vignette|M. Surcouf, Comité des Dames, 1907vignette|1er vol d'un équipage féminin. Pilote Marie Surcouf, passagère Georgette Gache, le 23 août 1906. Carte postale éditée par l'Aéronautique-Club de France Marie Surcouf, née Marie Valentine Nelly Bayard à Ham (Somme), le et décédée à Paris ( arrondissement) le Archives de Paris, acte de décès n°565, vue 27 / 31 est une aérostière et féministe française.
Biographie Marie Valentine Nelly Bayard est la fille d'Ernest Julien Bayard et de Marie Clémentine Augustine Félicie Pollet (1842-1925), marchands épiciers, résidant au 2 rue de Chauny, à Ham.
En premières noces, le , elle épouse Albéric Roussel (1853-1904), docteur en médecine. Le couple a deux enfants, Pierre Stanislas André Roussel, né le et qui décède 13 jours plus tard, le et André Pierre Stanislas Roussel, né le , décédé le . À cette époque, le couple habite au 5 rue Charlot, dans le arrondissement de Paris. Le , elle divorce d'avec Albéric Roussel.
Marie Bayard se remarie avec Édouard Surcouf, ingénieur et aéronaute, le à Paris dans le arrondissement, dont elle divorce le . Marie Surcouf décède en 1928, à 64 ansL'Aéronautique, n] 107 avril 1928. Son décès ne fera l'objet que d'un article de quelques lignes dans l'Aérophile.
C'est sous son second nom de femme mariée, Marie Surcouf, qu'elle va devenir célèbre en œuvrant à la promotion de l'aéronautique féminine.
Le Comité des Dames de l'ACDF, première association française de femmes aéronautes Marie Surcouf adhère en à l'Aéronautique-Club de France (ACDF), association aérostatique fondée en et dont son époux Édouard Surcouf est membre depuis Registres d'inscriptions de l'ACDF. Archives de l'ACDF, Aérodrome de Meaux-Esbly.
De même que toutes les associations aérostatiques de l'époque, les statuts de l’Aéronautique-Club de France n’admettent les femmes « à aucun titre comme membres du Club ». A la réunion du Comité de direction du , prenant en compte le nombre de femmes ayant accompagné des membres lors d'ascensions ou étant apparentées à des membres, le président Jules Saunière pose la question de la reconnaissance des « Dames » comme membre de l’ACDF. L’étude de cette proposition est cependant repoussée à des séances ultérieuresL’Aéronautique, revue de l'Aéronautique-Club de France supplément au n° du janvier 1904..
C’est à la séance du Comité de direction du , que les femmes apparentées aux membres de l’ACDF se voient le droit de participer aux ascensions, moyennant la somme de 80,00 F.L’Aéronautique, revue de l'Aéronautique-Club de France juillet 1904,
Peu après, l’assemblée générale du modifie l’article 4 des statuts de l’ACDF, afin de permettre aux « Dames apparentées aux membres du club » d’être admises avec « les mêmes droits et avantages […] et les mêmes obligations » que les sociétaires masculins, avec la restriction cependant qu’elles ne peuvent faire partie du Comité de directionL’Aéronautique, revue de l'Aéronautique-Club de France janvier 1905, . Par ailleurs, si elles peuvent participer aux ascensions en ballon, cela ne peut se faire qu’accompagnées d’un de leurs deux parrains.
La séance du Comité de direction du voit les premières adhérentes féminines, Saunière, femme du président, Surcouf et Gritte inscrites comme membres de l’ACDF. Dans le même temps, la section lyonnaise de l’ACDF, autorise également l’adhésion des femmes apparentées aux membres et leur participation aux ascensions, mais dûment munies d’une autorisation maritale.
Une nouvelle étape est franchie avec la création du Comité des Dames de l'ACDF. Celui-ci est fondé en et c’est le de la même année qu’est organisée la première réunion de ce nouveau comité, dont le règlement sera adopté le par le Comité de direction de l’ACDF.
Le Comité des Dames est doté de la même structure que l’ACDF, à savoir un comité de direction, dont la présidence est assurée par Marie Surcouf, la vice-présidence par Jeanne Saunière, femme du président de l’ACDF et le secrétariat par Georgette Gache. Cependant, le Comité des Dames n'a pas de budget propre et les adhésions, après validation du Comité, sont soumises à l'approbation du Comité directeur de l'ACDF.
Courant , plusieurs séances permettent d’enregistrer de nouvelles adhésions au Comité des Dames et d’étoffer l’équipe dirigeante.
Le , se déroule au parc d'aérostation de l’ACDF, situé à l'usine à gaz de Rueil, la première fête du Comité des Dames. Environ 600 personnes assistent à des ascensions et des lâchers de ballonsL’Aéronautique, revue de l'Aéronautique-Club de France juillet 1906.
Brevetée pilote aéronaute le , c’est le que Surcouf exécute à bord du ballon « Bengali », son premier vol en tant que pilote, accompagnée de Gache, la secrétaire du Comité. Ce vol, il s’agit du premier vol d’un équipage féminin, va mener les deux femmes du parc des Coteaux de Saint-Cloud, à Neuilly-sur-Marne et ce en 2h45 de vol.L’Aéronautique, revue de l'Aéronautique-Club de France septembre 1906,
En , le nombre d’adhérentes au Comité des Dames est de 42L’Aéronautique, revue de l'Aéronautique-Club de France janvier 1907, , pour atteindre 55 en . Ces adhésions représentent pour Surcouf, un « gage du triomphe du féminisme aéronautique »Discours de Surcouf, réunion plénière du 22 mars 1907, l’Aéronautique, juillet 1907, .
Si le succès du Comité des Dames se confirme au fil des mois, un différend au moment de l’organisation du repas du dixième anniversaire de l’Aéronautique-Club de France va susciter des tensions entre le Comité des Dames et le comité de direction de l’ACDF.
Le , lors d’une plénière du Comité des Dames, celles-ci reprochent en termes virulents au comité de direction de l’ACDF de ne pas tenir compte de l’avis des membres féminins et de contrer leurs initiatives. À cette même réunion, les adhérentes du Comité des Dames rédigent une pétition qui demande officiellement « de procéder à la séparation du Comité [des Dames] et de l’ACDF »Compte-rendu de la séance du Comité des Dames du 13 janvier 1908 – archives ACDF, aérodrome de Meaux-Esbly (77).
Le texte de la pétition est présenté à l’assemblée générale de l’ACDF du . Vigoureusement défendu par Surcouf, appuyée par son époux, le texte est cependant rejeté par le Comité de direction de l’ACDF. Celui-ci décide alors de gérer le Comité des Dames en lieu et place de son Conseil de direction, qui est alors dissoutCompte-rendu de la séance du Comité des Dames du 22 février 1908 – archives ACDF, aérodrome de Meaux-Esbly (77).
Dans la foulée, le , le Comité directeur de l’ACDF adopte un règlement intérieur qui redéfinit le rôle et les attributions du Comité des Dames. Ce texte, on s’en doute, ne fait pas l’unanimité chez les membres féminins de l’ACDF, même si Surcouf est nommée directrice.
Le , Surcouf démissionne de la présidence du Comité des Dames. À partir de ce moment, la direction de l’ACDF prend en main définitivement les destinées du Comité, même si la présence et les activités aérostatiques des femmes au sein de l’ACDF ne sont pas remises en causeL’Aéronautique, mai 1908, .
Aéroclub féminin la Stella Après sa démission de l'ACDF, Marie Surcouf fonde le club féminin la Stella le . L'association est déclarée à la préfecture de Paris le , avec publication dans le Journal Officiel le .
Les premières adhérentes et les membres de la direction sont issues principalement de l’ancien Comité des Dames de l’ACDF. Le , la Stella devient une des associations affiliées à l’Aéro-Club de France.
Dans un premier temps, l'association est domicilié à l'adresse de Marie Surcouf, au 92 bis boulevard Pereire à Paris, puis est transféré successivement au 25 rue de Marignan et en , au 86 boulevard Flandrin. À partir de , le siège social est au 6 rue de l’Amiral-Courbet, dans l'hôtel particulier mis à disposition par M. et Richefeu, puis au 5 rue Chernoviz en 1920, adresse de Surcouf-Bayard après son divorce.
Au sein de la Stella, les hommes sont admis en tant que membres, mais n'ont pas le droit de faire partie des membres décisionnaires de l'association, ils peuvent accompagner leurs épouses en tant que passagers. Très rapidement, le club évolue avec un recrutement plus mondain ( la princesse de Polignac, la comtesse de Poliakoff ou la duchesse d’Uzès) ou de notabilités (Mme Gabrielli, femme du sénateur Gabrielli…). Parallèlement, le club organise des conférences, des soirées artistiques avec chants lyriques, des parties de thé baptisées « Stella-Thé », tout en reprenant la tradition des banquets annuels, à l’exemple de celui organisé le dans les salons du palais d’Orsay. Par ailleurs, outre les ascensions et les vols en avion, des visites d’installations aéronautiques (hangars de la société Astra, le terrain de Villacoublay ou celui de Buc) animent la vie du club.
À partir d’, les réunions du Comité et les attractions mondaines de la Stella ne se déroulent plus dans les salons de l’hôtel Crillon comme il en était coutume depuis la création du club, mais à l’hôtel Astoria, situé au 133 avenue des Champs-Élyséesl’Aérophile, octobre 1912. L'hôtel fut détruit par un incendie en 1972..
Le , Marie Surcouf, après son brevet de pilote aéronaute obtenu à l'Aéronautique-club de France, à la demande de la direction de la Stella, l'Aéro-Club de France lui attribue le brevet de pilote sportif. Il s'agit du premier brevet attribué à une femme. Ce brevet est commun aux hommes, à savoir 10 ascensions dont 2 seules à bord et une de nuit.
En 1911, la Stella compte 122 adhérents, dont 79 femmes. Fin 1913, se sont 350 membresL'Aérophile, février 1914. À l’assemblée générale du , il est précisé que la Stella compte 6 pilotes féminins d’aérostatsL’Aérophile, 15 avril 1914- discours de Surcouf, à l’Assemblée générale du 17 mars 1914 et 7 pilotes aviatrices : Mmes Jeanne Pallier, Carmen Damedoz, Marthe Richer, Hélène de Plagino, Béatrix de Rijk, Marie-Louise Driancourt, Hélène DutrieuL’Aérophile, mai 1914- discours de Duchange, secrétaire générale à l’Assemblée générale du 17 mars 1914 . A noter que contrairement à ce qui est souvent écrit, Marie Marvingt n'a jamais fait partie de la Stella.
Les activités aéronautiques et mondaines du club étant suspendues dès , la Stella, sous l'impulsion de sa présidente, organise principalement pendant la durée de la guerre, des œuvres de bienfaisance au profit de l'Aéronautique militaire. Mais la Stella ne résiste pas au conflit de la Première Guerre mondiale. Au milieu des années 1920, Marie Surcouf tente de relancer l'aéroclub féminin, sans grand succès. Finalement, l'annonce de la dissolution de la Stella est faite le à la réunion de la Commission permanente consultative des sociétés affiliées à l'Aéro-Club de FranceL'Aérophile, janvier 1926.
L'époque de l'aérostation s'achève, même si l'utilisation des dirigeables se poursuit. Le temps de l'aviation est en plein développement. Les femmes se tournent dorénavant vers le pilotage d'avions au détriment de celui des ballons à gaz.
Féministe Marie Surcouf fut une militante moderne et féministe. Ses nombreux discours et entretiens révèlent une femme qui bouscule les convenances de la Belle Époque.
(Déclaration de Marie Surcouf reproduite dans la revue L'Aéro : Les femmes s'en mêlent, du ). (L'Aérophile, )
Le , au Palais d'Orsay, lors du grand banquet annuel de la Stella, Marie Surcouf plaide ouvertement la cause des femmes. En , à l'initiative de quelques dirigeants sportifs masculins, est fondée la Fédération des sociétés féminines sportives de France (FSFSF), fédération qui regroupe les clubs sportifs ayant en leur sein des sections féminines. Le 1er président de la FSFSF est le docteur Raoul Baudet, chirurgien en chef des Hôpitaux de Paris. À ses côtés, les dirigeants de la fédération font entrer deux femmes au Conseil, Alice Milliat comme trésorière et Marie Surcouf, en tant que vice-présidente. Marie Surcouf restera à ce poste jusqu'en , puis deviendra vice-présidente honoraire de la FSFSF.
Notes et références
Bibliographie