Leonardo Torres Quevedo, parfois écrit Leonardo Torres y Quevedo, (né dans le village de Santa Cruz de Iguña, en Cantabrie et mort le à Madrid), est un ingénieur des travaux publics, mathématicien, physicien et inventeur espagnol de la fin du et au début du . Membre de l’Académie royale des sciences d'Espagne dès 1901, il en devient président en 1928, il était aussi un membre correspondant de l'Institut de France Scanning Our Past From Madrid consulté le .

Torres fut le premier à utiliser des relais électromécaniques pour implémenter les fonctions arithmétiques d'une machine à calculer. Il montra que tous les éléments mécaniques de la machine analytique de Charles Babbage pouvaient être remplacés par des éléments électriques construits avec des relais. Il en fit la démonstration en construisant deux machines analytiques extrêmement limitées mais fonctionnelles, une en 1914 et une en 1920.

Il inventa le premier automate joueur d’échecsBrian Randell, « Ce joueur d'échecs automate, est considéré comme le premier au monde (le joueur d’échecs considéré comme l'unique précédent et présenté par von Kempelen, avait un petit opérateur humain caché dedans ; voir Chapuis et Droz 1958) » traduit de « This chess automaton, believed to have been the world’s first (the one earlier apparent chess automaton, exhibited by von Kempelen, turned out to have small human operator hidden inside it; see Chapuis and Droz 1958) » et créa ainsi le premier jeu électronique Nick Montfort (2005).

Il inventa un dirigeable qui fut utilisé durant la Première Guerre mondiale 7th International Airship Convention consulté le ., un téléphérique pour les chutes du Niagara qui est encore en service de nos jours et, avec Nikola Tesla, il fut un pionnier dans l'invention des télécommandes.

Biographie Leonardo Torres Quevedo est le fils de Luis Torres y Vildosola Urquijo, un ingénieur des chemins de fer espagnol et du génie civil de Bilbao, et de Valentina de Quevedo y Maza.

Il a fait ses études secondaires à Bilbao, et se rendit ensuite à Paris, où il étudia pendant deux ans au collège des frères de la Doctrine Chrétienne (1868 et 1869).

En 1870, il revient en Espagne, et rejoint sa famille qui s'est installée à Madrid. Il commença des études à l'École officielle de génie civil. En 1873, il interrompit temporairement ses études, pour se porter volontaire à la défense de Bilbao, assiégée par les troupes carlistes au cours de la Troisième Guerre carliste. Une fois la levée du siège de Bilbao, le , il reprit ses études et les termina en 1876.

Il a commencé sa carrière dans l'entreprise de chemin de fer dans laquelle exerçait son père et avec lequel il collabora. Mais bientôt, il se lance dans un long voyage en Europe pour constater de visu, les progrès scientifiques et techniques, en particulier dans le domaine émergent de l'électricité. De retour en Espagne, il s'installe à Santander où il commença une activité de recherche et d'étude.

Le , il épousa Luz Polanco y Navarro, et ils eurent huit enfants (Leonard et Julia, morts jeunes, Luz, Valentina, Luisa, Gonzalo, Leonardo et Fernando).

En 1887, il travailla sur la réalisation de son premier ferries, qu'il présenta en 1890 en Suisse, mais son projet ne fut pas retenu.

En 1889, il s'installa à Madrid, en prenant part à la vie sociale, littéraire et scientifique. Il présenta un Rapport sur les machines algébriques à l'Académie royale des sciences exactes, physiques et naturelles de Madrid.

En 1893, il publia son premier article scientifique sur les résultats de l'ensemble de ses recherches.

En 1895, il présenta un rapport Sur les machines algébriques lors d'une conférence à Bordeaux.

En 1900, il présenta un autre rapport sur les "Machines à calculer" à l'Académie des sciences à Paris.

En 1901, il créa le Laboratoire de mécanique appliquée à l'université de Madrid, dont il devint le responsable. Ce laboratoire élabora des instruments scientifiques. Cette même année, il entra à l'Académie royale des sciences exactes, physiques et naturelles espagnole. Il en devint le président en 1910.

En 1902, il a présenté un rapport préliminaire sur la technologie des dirigeables à l'Académie des sciences de Madrid, et déposa à Paris, en 1903 le brevet de Telekino.

vignette|gauche|<center>Leonardo Torres Quevedo, 1917Joaquin SorollaThe Hispanic Society of America, New York En 1910, il se rendit en Argentine pour participer au Congrès américain international et proposer la mise en place d'une biographie scientifique et technologique.

En 1920, il entre à l'Académie royale espagnole et la même année devient membre de l'Académie des sciences à Paris. Il est également président de la Société espagnole de mathématiques.

En 1922, il est fait docteur honoris causa de l'université de La Sorbonne.

En 1930, il fait partie, avec Blas Cabrera et six prix Nobel de physique et de chimie, du comité de mécénat pour la création de la Société des Amis d'André-Marie Ampère, qui créera l'année suivante le Musée Ampère près de Lyon, premier musée de l'histoire de l'électricité.

Il était un ardent défenseur de la langue internationale espéranto, qu'il a soutenue, entre autres, au sein du Comité sur la coopération culturelle de la Société des Nations.

Il mourut à Madrid en pleine guerre civile espagnole, le , à dix jours de ses 84 ans.

Prodigieux inventeur

Dans ce même livre, et après avoir décrit les inventions de Torres en passant par ses machines analytiques, son joueur d’échec, sa télécommande et ses calculateurs analogiques, Maurice d'Ocagne conclus:

Inventions Machines analytiques thumb|upright=1.0|Machine analytique de Torres Quevedo. Cet arithmomètre électromécanique, le premier de ce genre, construit en 1920, était commandé par une machine à écrire qui permettait d'inscrire les commandes et d'imprimer les résultats. Les travaux de Babbage avaient été bien connus du petit groupe des experts sur les machines à calculer d'avant la seconde guerre mondiale et ils furent célébrés dans leurs livres (Maurice d'Ocagne, Le calcul simplifié - 1894 -Maurice d'Ocagne, (1894), L. Jacob, Calcul mécanique - 1911 -L. Jacob (1911…). Mais les premiers historiens de l'informatique ne réalisèrent pas ce fait:

et donc, initialement, après la seconde guerre mondiale, Leonardo Torres ne fut pas reconnu comme un des précurseurs des calculateurs programmables alors qu'il avait inauguré l'ère des machines à calculer à relais avec ses premières machines analytiques électromécaniques.

Utilisation de relais Torres montra que la machine analytique mécanique de Babbage pouvait être construite avec des relais électromécaniques et le décrivit avec des schémas complets dans son Essais sur l'automatiqueCopie internet de Essais sur l'automatique page consultée le ..

Il réinventa ainsi, avec des relais, toutes les fonctions qui composaient la machine analytique : des composants de mémoires, un composant d'addition, de soustraction, de multiplication et de division et un lecteur de cartes perforées.

Les engrenages et roues de comptages des machines à calculer de Pascal (pascaline), de Thomas (arithmomètre), de Felt & Tarrant (comptomètre) et de tant d'autres disparaissent dans la machine de Torres. Ces roues de comptage servaient aussi de mémoire pour le résultat des opérations précédentes ; dans la machine de Torres, un élément de mémoire à un chiffre était composé d'une réglette coulissante contrôlée par deux relais et deux moteurs électriques, la roue n'est plus nécessaire. Konrad Zuse utilisa aussi des réglettes coulissantes pour les mémoires binaires de son Z3 qu'il commença en 1939.

Première machine analytique La première machine analytique limitée de Torres avait une petite mémoire et permettait de calculer une équation à une inconnue. Elle est plus simple que la machine analytique dont il décrivit l'architecture interne dans ses Essais sur l'automatique, mais c'est la première machine à posséder une mémoire électromécanique.

Seconde machine analytique La seconde machine analytique de Torres fut conçue pour le centième anniversaire de l'invention de l'arithmomètre, elle consistait d'une machine à écrire, d'un arithmomètre électromécanique et d'une imprimante. Il suffisait de taper 123 × 345 sur la machine à écrire, pour voir le résultat apparaître sur l'imprimante.

Essai sur l'automatique Dans son Essai sur l'automatique Torres définit les machines analytiques du futur qui ne seront limitées que par leurs complexité. Torres écrit dans son essai :

Dirigeable thumb|right|upright=1.0|Le dirigeable Astra-Torres de 1911.

En 1902, Leornardo Torres Quevedo présente à l'Académie des sciences de Paris un nouveau type de dirigeable avec une conception nouvelle pour le maintien et le renfort de la voilure par un système auto-rigide au moyen de câbles flexiblesFrancisco A. González Redondo. Leonardo Torres Quevedo, 1902-1908. The Foundations for 100 years of Airship designs In book: Proceedings of the 7th International Airship Convention, pp.1-12, Publisher: German Society for Aeronautics and Astronautics (DGLR), October 2008..

À partir de 1911, il collabore avec l'ingénieur en aéronautique Édouard Surcouf, au sein de la société aéronautique Astra, pour la réalisation d'un nouveau modèle de dirigeables dans les ateliers d'Issy-les-Moulineaux. Ce nouveau dirigeable, l'Astra-Torres N°I est beaucoup plus rapide et performant. Il y aura ensuite d'autres "Astra-Torres", dont le Pilâtre de Rozier (Astra-Torres N° XV), en l'honneur de l'aérostier Jean-François Pilâtre de Rozier, qui atteindra , les dimensions du Zeppelin.

En 1918, Leonardo Torres Quevedo conçut en collaboration avec l'ingénieur Emilio Herrera Linares, un dirigeable transatlantique, qu'ils ont appelé Hispania, faisant de l'Espagne le premier pays à voler en dirigeable au-dessus de l'océan Atlantique.

Téléphérique thumb|upright=1.0|Ce téléphérique, inauguré le est toujours en service En 1907, Torres réalise la première navette de transport public pour la montée des collines de Saint-Sébastien en Espagne.

En 1916, il réalise le funiculaire au-dessus des tourbillons de la rivière NiagaraTéléphérique du Tourbillon, page consultée le ..

Télécommande thumb|upright=1.0|left|Le Telekino, qui exécutait des commandes transmises par ondes électromagnétiques.

Leonardo Torres Quevedo a été un pionnier dans le domaine de la télécommande. En 1903, il a présenté le projet "Telekino" à l'Académie des sciences de Paris, accompagné d'une démonstration expérimentale. La même année, il a obtenu un brevet en France, Espagne, Grande-Bretagne, et aux États-Unis.

Le Telekino était un robot dont les commandes étaient transmises par ondes radio. Ce fut la seconde machine radio-commandée publiquement démontrée au monde, Nikola Tesla ayant breveté son propre bateau contrôlé par télécommande en 1898Brevet américain déposé en 1898 par Nikola Tesla, mais contrairement aux mécanismes "marche / arrêt" de Tesla, exécutant une action, selon qu'un signal est reçu ou non, Torres a défini une méthode de contrôle tout appareil mécanique ou électrique avec différents états de fonctionnement. Il a conçu un système de télécommande qui nécessitait deux choses : un émetteur, qui était capable d'envoyer une famille de différents mots de passe au moyen d'un signal télégraphique binaire, et un récepteur, capable d'établir un état de fonctionnement différent dans le appareil utilisé, en fonction du mot de code. En appliquant le Telekino aux navires à propulsion électrique, Torres a pu sélectionner différents postes pour le moteur de direction et différents vitesses du moteur de propulsion indépendamment. Il a également pu agir sur d'autres mécanismes comme la lumière, pour allumer ou éteindre, et un drapeau, pour le soulever ou le laisser tomber, en même temps. Plus précisément, il a pu faire jusqu'à 19 actions différentes avec son prototypes.