La bataille de New Bern a lieu le , près de la ville de New Bern (Caroline du Nord), pendant la guerre de Sécession. C’est la troisième opération (et la troisième victoire fédérale) de la campagne de Burnside en Caroline du Nord, après la bataille de Roanoke Island et la bataille d'Elizabeth City.

Une force confédérée en infériorité numérique, mal entraînée et mal organisée, est défaite par l’, la du brigadier général Ambrose Burnside, qui est constituée de régiments d’élite de Nouvelle-Angleterre, et a de plus l’appui des canonnières de la () unioniste.thumb| La ville de New Bern (Caroline du Nord) est située au fond d'une ria, au sud-ouest du sound ou baie de Pamlico.

Données géographiques thumb|Le port de New Bern, au bord d'une côte plate, fourmille d'activité : dans le port 16 vapeurs et 6 goélettes, et le train entre en gare en passant sur le pont au-dessus de la Neuse. Noter la qualité de la lithographie ("Major & Knapp Engraving, Manufacturing & Lithographic Co" , 1864).

New Bern se trouve sur la rive droite (sud-ouest) de la Neuse, à environ 37 miles (60 km) en amont de son débouché dans le sound ou baie de Pamlico. La Neuse est assez large et profonde à cet endroit pour que des bateaux pouvant naviguer dans les eaux du sound puissent y naviguer sans obstacle.

Très prospère port de mer pendant la période coloniale, New Bern a par la suite décliné au profit des villes voisines de Morehead City et Beaufort. Cependant, la ligne ferroviaire passe par New BernOfficial atlas, plate 138. et en fait une cible stratégique, d’autant plus que cette voie croise plus à l’intérieur, à Goldsboro, la ligne , qui est le cordon ombilical reliant la Confédération avec son unique port de mer en eaux libres : Wilmington.

Sur le plan technique, le terrain de cette partie de la Caroline du Nord est plat, parfois marécageux, avec des collines couvertes de bois de pins (ou de feuillus) et coupées par des ravinesORA I, v. 9, pp. 224 & 225 où coulent de petites rivières. L’une de celles-ci, la Trent, coule au sud de New Bern, et sépare la ville de la terre ferme. Un autre cours d’eau guère plus large, le Slocum’s Creek s’écoule () plus en aval. C’est sur le terrain situé entre la Trent et le Slocum que s’effectuera le débarquement des forces fédérales, et c’est là qu’aura lieu le gros de l’action, à part la prise de la ville elle-même.

En ce qui concerne les voies de communication : la voie ferrée court sur des bermes et parfois dans des tranchées à environ de la rivière, et pénètre dans New Bern en passant sur un pont au-dessus de la Trent.

Une grand-route, qui relie New Bern, Morehead City et Beaufort, traverse aussi le secteur. Au niveau du champ de bataille, elle passe entre la rivière et la voie ferrée, qu’elle traverse à 1,5 mile au nordOfficial atlas, planche 40. Voir aussi le dessin accompagnant le rapport de Branch.. Cette route, qui n’était pas pavée (comme les unionistes l’apprendront à leurs dépens), continuait vers le nord-ouest et traversait la Trent sur un pontCe pont était un "drawbridge" : il était articulé, son tablier se levait pour permettre le passage des gros bateaux à environ () à l’ouest de New Bern.

Préliminaires thumb|right|Ce qui reste aujourd’hui de Fort Thompson : des talus de terre. Noter la largeur de la rivière : comme les confédérés avaient détruit les ponts en prenant la fuite, les canonnières fédérales durent faire traverser leurs fantassins. Après la sécession, la défense de la Caroline du Nord ne fut pas entreprise avec vigueur : à Richmond, le Secretary of War, Leroy P. Walker puis son successeur Judah P. BenjaminBattles and leaders, v. 1, p. 6., considéraient que les opérations en Virginie étaient de loin prioritaires, et ils y consacraient leurs meilleures troupes.

Ainsi, au moment de la bataille des Hatteras Inlet Batteries (), seulement 6 régiments d’infanterie confédérés étaient affectés à la défense de l’immense façade côtière de la Caroline du NordTrotter, Ironclads and columbiads, p. 17.. Le secteur nord de la côte (depuis environ Cap Lookout jusqu'à la limite avec la Virginie) comprenait New Bern, et avait été affecté au brigadier général Daniel Harvey Hill.

Au sud de New Bern, Hill avait élevé deux lignes de fortifications. La plus périphérique, appelée la ligne Croatan Trotter Ironclads and columbiads, p. 105., longeait un ruisseau (le Otter Creek) et s’étendait jusqu’à la ligne ferroviaire. À 6 miles (10 km) de là, plus près de la ville, une autre solide ligne de retranchements s’appuyait sur le fort Thompson au niveau de la rivière. Le fort était armé de 13 canons, dont 3 seulement étaient dirigés vers l’intérieur Trotter, Ironclads and columbiads, p. 106. ORA I, v. 9, p. 234., et 10 vers la rivière, d’où on présumait que viendraient les ennemis. Hill avait aussi ordonné la construction de batteries le long des rivières, afin de repousser l’invasion par voie d’eau qui paraissait la plus à craindreORN I, v. 7, p. 109. : 5 fortins le long de la Neuse (en comptant Fort Thompson) - et 2 sur la Trent.

De plus la rivière Neuse était barrée à 2 endroits. À 1,5 mile (2,5 km) en aval de Fort Thompson, avait été plantée une double ligne de pilotis qui affleuraient la surface, étaient chapeautés de fer, et doublés par une ligne de 30 mines chargées chacune de 200 livres (100 kg) de poudre noire. Le second barrage en travers de la Neuse se trouvait en face de Fort Thompson : c’était une ligne de chevaux de frise et de coques immergées qui ne laissait qu’un étroit passage, juste sous les canons du fortORN I, v. 7, p. 112. En fait les mines ne fonctionnèrent pas, leur poudre s’étant sans doute altérée sous l’eau….

Daniel Harvey Hill espérait recevoir suffisamment de troupes pour tenir ses défenses, mais l'organigramme de la défense côtière de Caroline du Nord fut encore remanié, et Hill, muté en Virginie, fut remplacé par le brigadier général Lawrence O'B. Branch, cependant que la zone nord des sounds, la Baie d'Albemarle (et en particulier l’île Roanoke) était affectée au brigadier général Henry A. Wise. Wise dépendait du commandant de place du port de guerre de Norfolk, le brigadier général Benjamin Huger, alors que Branch dépendait du brigadier général Richard C. Gatlin, commandant du « Department of North Carolina »Trotter, Ironclads and columbiads, ..

Cependant, après la bataille de Roanoke Island, le vice-amiral Goldsborough est rappelé à Hampton Roads, et il laisse le soin de la flotte fédérale stationnée dans les sounds au commander Stephen C. RowanBrowning, From Cape Charles to Cape Fear, .. Rowan remporte sur la « Flotte Moustique » confédérée la bataille de Elizabeth City.

Les eaux des sounds (Baie d'Albemarle au nord et baie de Pamlico au sud) sont ensuite intégralement aux mains des fédéraux, qui attaquent la plus importante des villes riveraines : New Bern.

thumb|left|Les lignes défensives des Confédérés le 14 mars 1862. La ville de New Bern est en haut, les fédéraux avancent à partir du bas de la carte. La Neuse est à droite. La voie ferrée coupe le champ de bataille de bas en haut. La défense principale fait face à la rivière, mais une solide ligne de retranchements, perpendiculaire à la Neuse, unit sa berge et la voie ferrée. Au-delà, elle est bien plus légère et suit le cours d'un ruisseau. Le terrain est boisé, sauf devant les lignes, où il a été défriché pour ôter toute protection aux assaillants.

Bien qu’après la bataille de Roanoke Island et la prise de l’île Roanoke les fédéraux aient attendu un mois avant d’ attaquer New Bern, les confédérés restèrent pratiquement inertes pendant ce délai. Pourtant un des subordonnés de Branch estimait qu’il serait nécessaire d’avoir pour pouvoir tenir efficacement les lignes de défense de New Bern ; or les confédérés n’étaient que , comptant de plus beaucoup de miliciens mal armés, et leur nombre était d’ailleurs réduit par la maladie. Branch se résolut donc à raccourcir sa ligne de défense en la rapprochant de New Bern, et il abandonna les solides retranchements établis par son prédécesseur : le maître ouvrage serait la ligne de retranchements appuyée sur Fort ThompsonTrotter, Ironclads and columbiads, ..

Comme cependant cette ligne de fortifications n’allait que de la rivière à la voie ferrée Atlantic & North Carolina Railroad (elle se terminait là dans une briqueterie qui jouera un grand rôle lors de la bataille), Branch décida de l’étendre au-delà de la voie ferrée, jusqu’aux marécages. Ceci malheureusement doublait presque sa longueur. Et comme il manquait de travailleurs, Branch décida d’utiliser comme obstacle naturel la rive d’un ruisseau (voir le plan ci-contre). Or ceci était une grosse erreur : le retranchement (qui d’ailleurs était plutôt une succession de trous d’hommes et de redans longés par le ruisseau) comportait de ce fait un saillant en son milieuTrotter, Ironclads and columbiads, p. 111. ORA I, v. 9, p. 242.

La bataille

Préparatifs Les soldats de la Coast Division d Ambrose Burnside s’entassent dans leurs bateaux de transport et le convoi quitte l’île Roanoke le , accompagné par une canonnière de l’US Army et 14 canonnières de l’US Navy. Une des unités de l’ US Navy est envoyée stationner dans l’estuaire de la rivière Pamlico : le bruit court que les confédérés y prépareraient 2 bateaux destinés à attaquer les transports qui s’éloigneraient de la protection de l’US Navy... Le reste du convoi traverse la baie de Pamlico, entre dans l’estuaire de la rivière Neuse, et au crépuscule les bateaux fédéraux jettent l’ancre près de l’embouchure du Slocum’s Creek.

Le brigadier général confédéré Branch, averti de l’arrivée des fédéraux, réagit immédiatement et se met sur sa défensive. Il rassemble des réserves au croisement de la ligne ferroviaire et de la route de Beaufort, et envoie le colonel James Sinclair et son 35th North Carolina Infantry sur la plage d’Otter Creek (devant le retranchement Croatan) avec la mission de s’opposer à un débarquement ennemi. Le colonel Zebulon Vance reçoit l’ordre de poster son 26th North Carolina dans le retranchement Croatan. Et toutes les unités reçoivent l’ordre suivant : si elles sont repoussées, elle doivent se replier sur le fort ThompsonTrotter, Ironclads and columbiads, p. 108. ORA I, v. 9, pp. 242 & 243.

À l’aube du , les troupes fédérales commencent à débarquer sur la plage d’Otter Creek; une petite unité confédérée essaie de les en empêcher, et est rapidement dispersée par le feu des canonnières : le colonel Sinclair a appliqué ses ordres d’une façon minimalisteORA I, v. 9, p. 262.. Pendant toute la matinée, les hommes débarquent, et avec eux 8 obusiers (6 de l’US Army et 2 de l’US Navy) ; Burnside essaye de débarquer davantage d’artillerie, et plus près de l’ennemi, mais un brouillard dense se lève, et la tentative est abandonnée faute de visibilitéTrotter, Ironclads and columbiads, p. 109 - ORA I, v. 9, p. 202.

Peu après midi les forces unionistes se mettent en route, et la pluie commence. La route se transforme en boue, et le simple fait de marcher devient très pénible. Comme les canonniers qui traînent leurs obusiers sont vite épuisés, un régiment d’infanterie (le 51th Pennsylvania) est envoyé à leur aide, et s’acquitte avec peine de sa tâche Trotter, Ironclads and columbiads, pp. 109 &110 - ORA I, v. 9, .. La colonne fédérale avance lentement, et de leur côté, sur la rivière, les canonnières les précèdent à courte distance, en arrosant les emplacements où des confédérés pourraient être embusqués.

Du côté des confédérés, le colonel Campbell, qui commande l’aile droite, interprète cette canonnade comme la préparation d'un autre débarquement fédéral plus en amont, et, craignant d’être encerclé, il ordonne un repli général sur Fort Thompson. Aussi, quand les fédéraux arrivent sur les retranchements ennemis, trouvent-ils le fortin Croatan abandonnéORA I, v. 9, pp. 241–244; 262.