L'église Saint-Nicolas est une église catholique située à Civray, commune du département de la Vienne, en région Nouvelle-Aquitaine, en France. C'est l'un des édifices majeurs de l'art roman en Poitou.

Histoire et description Saint-Nicolas de Civray est une église du à façade saintongeaise rectangulaire richement sculptée sur deux étages de trois arcades, limitée par deux clochetons d'angle. Ces clochetons couverts d'écailles ont été ajoutés au .

Il est rare, en Poitou, que l'agencement de la façade corresponde à l'articulation intérieure de l'église. Saint-Nicolas en offre, pourtant, un bel exemple. En effet, les arcatures aveugles du deuxième étage, alignées au même niveau, répondent par leur position aux trois nefs de l'église-halle.

L'église est classée au titre des monuments historiques dès la première liste de 1840 ; les terrains attenants sont classés le , consultée le ..

L'église Saint-Nicolas est construite en moyen appareil ocré et régulier en façade, et en appareil irrégulier sur les flancs.

Son plan Le plan de l'église est traditionnel pour une église romane. Ainsi, il se retrouve dans une soixantaine d'églises en Poitou. Il prend la forme d'une croix latine avec une nef et deux collatéraux, un transept saillant sur lequel ont été ajoutées deux absidioles, et un chœur d'une travée qui se termine par une abside.

Aspect extérieur La façade occidentale - vue d'ensemble vignette|Saint-Nicolas de Civray.

Le principal intérêt de l'église Saint-Nicolas de Civray réside dans sa façade occidentale, même si cette dernière a souffert du temps et des hommes. Elle présente toujours, au début du , un ensemble décoratif et iconographique d'une grande richesse et d'une remarquable qualité.

Cette façade est, avec celle de la collégiale Notre-Dame-la-Grande de Poitiers, une des façades d'église de l'époque romane du Poitou les plus riches.

Sa façade-écran rectangulaire, flanquée de deux faisceaux de colonnes, est plus large que haute : de largeur pour de hauteur.

La façade est rythmée verticalement par trois travées d'arcatures et horizontalement par des corniches saillantes formées d'une succession de petits arcs reposant sur des modillons. Ces derniers offrent des surfaces qui permettent aux sculpteurs romans de laisser libre cours à leur imagination : têtes d'animaux sauvages (aigle, renard tenant un fromage dans sa gueule) ou domestiques (une vache aux cornes très reconnaissables), diablotins, têtes humaines, très réalistes, présentées de face et toutes différentes, grimaçantes, difformes ou souriantes, comme le visage d'une femme aux longs cheveux, vue de profil, avec deux dés sculptés devant elle.

La façade accuse une forte horizontalité du fait de l'absence d'un pignon triangulaire qui lui aurait donné de l'élan.

Restauration de la façade Au , la façade occidentale présente deux pathologies : la partie basse est altérée par des remontées capillaires d'eau, la partie haute au niveau du pignon est désolidarisée de la voûte de la première travée et penche vers l'ouest. Pour traiter ces problèmes trois architectes ont été successivement consultés entre 1838 et 1840. L'architecte voyer J. Serpt est consulté en . Il propose de remplacer les pierres endommagées et d'accrocher la façade aux murs gouttereaux par des tirants. Les travaux ne sont pas entrepris immédiatement et l'église subit les crues de la Charente pendant l'hiver 1839-1840. L'architecte départemental de la Vienne Dulin a proposé un nouveau devis en reprenant les solutions de son prédécesseur. L'église est classée au titre des monuments historiques en 1840. Le ministre de l'Intérieur et des Cultes charge Maximilien Lion d'une mission pour la Commission des monuments historiques. Il se rend sur le chantier au début de l'année 1841. Dans son rapport, il écrit que l'origine des pathologies vient du chéneau situé à l'arrière du parapet qui avait pris l'eau avec des maçonneries gorgées d'eau. Il déconseille la pose de tirants, propose de couler du lait de chaux dans le corps du mur et de rejointoyer la totalité des blocs de la façade après les avoir brossés. Dulin s'opposant à la dépose des tirants, un autre architecte, membre de la Commission des monuments historiques, est missionné : Auguste Caristie. Dans son rapport du il écrit que les maçonneries de la façade ne sont pas en assez bon état pour être ancrées sur les murs gouttereaux et qu'il faut d'abord les restaurer. Il est décidé de restaurer la partie basse par des reprises en sous-œuvre, de déposer et de remonter le registre supérieur de la façade, de poser des tirants reliant la façade aux piliers orientaux de la première travée, de consolider la voûte de la première travée et de rejointoyer la façade. Le chantier est repris le sous la direction de Maximilien Lion et la supervision de Charles de Chergé, inspecteur des monuments historiques de la Vienne. Les travaux sont confiés à J.-B. Barles, sculpteur, mouleur et appareilleur.

Lors du démontage de la façade en 1842, il a été possible de constater la présence de nombreuses traces de polychromie, notamment des bleus et des rouges. Les sculptures étaient donc peintes.

Le rez-de-chaussée vignette|centre|redresse=2.7|Façade : le rez-de-chaussée.

Le portail Tympan et première voussure La première voussure, entourant le tympan, représente en son centre le Christ avec les symboles des Évangélistes : l'ange pour Matthieu, le lion pour Marc, l'aigle pour Jean et le taureau pour Luc. De part et d'autre, des anges adorateurs l'encensent. La figure du Christ dans la mandorle est très endommagée. Le Christ est représenté bénissant, présentant le livre des évangiles.

Le tympan, quant à lui, ne date que de 1858 : il est l’œuvre de Pierre-Amédée Brouillet. Il est incongru, car l'art roman poitevin ignore totalement ce genre d'élément architectural. Sur le tympan comme sur la voussure, le Christ est assis. Il est dans une auréole elliptique. Il tient la Bible dans sa main gauche et bénit de sa main droite à la manière latine. Il est entouré des quatre Évangélistes ailés.

Cette iconographie est tirée de l'Apocalypse de Jean. C'est l'une des trois visions de Dieu ou Théophanie. Elle représente, donc, le Christ en majesté, entouré du tétramorphe et, certaines fois, d'un chœur composé de (ou plus ou moins selon l'espace disponible). Dans la représentation traditionnelle, le Christ, comme ici sur le tympan, est sculpté dans une mandorle. Les quatre animaux qui symbolisent les quatre Évangélistes sont regroupés autour de lui et le regardent ;

vignette|centre|redresse=2.7|Le portail.

Deuxième voussure La deuxième voussure raconte la parabole des vierges sages et des vierges folles. Le Christ dans une demi-mandorle, est entouré à gauche des cinq vierges sages et à droite des cinq vierges folles. Cette parabole est rapportée dans l'Évangile selon Matthieu. Les vierges sages symbolisent les élus. Les vierges folles représentent les damnés. L'époux figure le Christ. Le Jugement dernier est associé à cette parabole qui se retrouve souvent sur les cathédrales gothiques, comme à Strasbourg ;

Troisième voussure La troisième voussure présente l'Assomption de la Vierge Marie. La Vierge, dans une mandorle, est portée au ciel par des anges. L'Assomption de la Vierge est un thème iconographique qui s'est développé à partir du ;

Quatrième voussure La quatrième voussure montre les travaux des mois et les signes du zodiaque correspondants. Cette iconographie est souvent présente en cet endroit pour illustrer le caractère universel de l'histoire sainte. Dans l'imagerie romane, malgré leur origine païenne, les signes du zodiaque trouvent leur place comme présence du ciel. Aux douze mois de l'année correspondent douze travaux ou activités auxquels sont liées des correspondances célestes. C'est une manière de donner au temps profane et aux simples occupations humaines une dimension cosmique et spirituelle. L'ascension vers le ciel se construit dès la vie d'ici-bas : janvier et février : les deux mois sont représentés par deux hommes assis, l'un dans un fauteuil et l'autre de face, ses bottes posées à côté de lui. Ils symbolisent et illustrent le temps du repos de la terre, en hiver ; mars : c'est la période de la taille de la vigne, symbole du renouveau et de l'arrivée du printemps ; avril : c'est le temps des labourages ; mai : la scène très dégradée est peu lisible ; juin : c'est le moment de la fenaison ; juillet : c'est le mois de la moisson ; août : c'est le moment pour le battage du grain ; septembre : c'est la saison des vendanges ; octobre : c'est le mois de la glandée ; novembre : les bœufs sont rentrés à l'étable ; décembre : c'est le temps de la fête, la table est parée pour un festin.

Le recours simultané aux deux formes d'agencement (radial et tangentiel) des figures témoigne d'une étroite parenté avec le portail occidental de l'église Saint-Pierre d'Aulnay. Ce dernier servit, en effet, de modèle pour de nombreux portails du Poitou et de la Saintonge.

La porte en bois avec ses pentures, a été réalisée par Pierre Amédée Brouillet (1826-1901).

Les arcatures encadrant le portail

L'intérieur des deux arcatures géminées encadrant le portail est richement décoré. Parmi ce décor caractérisé par des motifs géométriques très soignés, il est possible de reconnaitre quelques scènes bibliques : Samson et le lion. Cette scène est située sur un chapiteau de la grande arcature de gauche. Le thème de Samson combattant le lion est une des scènes les plus représentées de la légende de Samson. Samson, d'une force surhumaine grâce à sa chevelure, réalise comme premier exploit de tuer à mains nues, un lion en lui écartant les mâchoires et en le déchirant de ses propres mains ; Jésus marchant sur les eaux du lac de Tibériade. Cette scène est située au-dessus d'un pied-droit du portail. Elle est tirée de l'Évangile selon Marc ; Samson et Dalila. Cette scène est située sur un des chapiteaux de l'une des petites arcatures, à droite de la façade. Cette scène raconte le deuxième épisode le plus populaire de la légende de Samson : celui de la trahison de Dalila. Dalila, une femme de Gaza, séduit le cœur de Samson. Elle endort sa vigilance et profite de son sommeil pour lui couper les cheveux. Or c'était dans sa splendide chevelure que Samson tirait sa force ; le combat de saint Georges contre le dragon. Cette scène se tient à proximité d'un personnage tenant une hostie dans la bouche et montrant ses parties génitales. Cette scène est située sur la voussure interne de la grande arcade de droite. Cette image a connu un grand succès en Occident au . Saint Georges est souvent représenté sous les traits d'un paladin, c'est-à-dire comme un seigneur de la suite de Charlemagne, à l'exemple de Roland, brave et chevaleresque. La scène représentée est la plus populaire de la vie de saint Georges. Elle est l'allégorie de la lutte du bien contre le mal, des apôtres contre l'hérésie. À partir du , le culte de saint Georges et cette représentation disparaissent peu à peu, au moment où les combats singuliers à la lance et à l'épée cèdent la place aux armes à feu et notamment à l'artillerie ; une sirène. Cette sculpture, représentant une femme avec une queue de poisson, est visible sur un chapiteau près du portail. La sirène est le symbole par excellence de la luxure et de la tentation. L'iconographie de la sirène en Poitou renvoie aussi à la légende de la sirène de Lusignan ; un griffon. C'est un animal fabuleux dont la tête, les ailes et les pattes antérieures sont celles d'un aigle et dont le corps, la queue et les pattes postérieures sont celles d'un lion. Alliant la puissance terrestre du lion et l'énergie céleste de l'aigle, le griffon est le symbole de la double nature du Christ : humaine et divine. Il est aussi un symbole de la dualité qui existe en l'homme, tiraillé entre les biens terrestres et la sagesse spirituelle ;