Les causes de l'autisme, un trouble du neurodéveloppement, font toujours l'objet de recherches.

Les données disponibles plaident pour une origine multifactorielle. Comme l'ont montré des études sur les vrais et faux jumeaux, elle est largement génétique, avec une soixantaine de mutations génétiques impliquées. Mais elle présenterait également des causes environnementales et épigénétiques, rapprochant l'autisme d'une variation neurologique naturellement présente parmi la population humaine, dont seule l'extrémité pathogène entraînerait un niveau élevé de handicap..

Conception médicale

L’autisme est défini sur la base de symptômes comportementaux, listés dans la Classification Internationale des Maladies (CIM 10) de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS)., et le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) de la Société américaine de psychiatrie (APA). Ces symptômes forment la dyade autistique, servant de référence pour la pose du diagnostic : Déficits persistants dans les interactions sociales et la communication (difficultés à interagir avec autrui) ; Comportements, intérêts ou activités à caractère restreint ou répétitif (stéréotypies, résistance au changement…). Des troubles sensoriels y sont fréquemment associés, pour un ou plusieurs systèmes sensoriels. : hypersensibilité, avec une sur-stimulation d'un ou plusieurs sens pouvant entraîner divers troubles envahissants ; hyposensibilité et/ou ; traitement monosensoriel des stimulis. Selon cette hypothèse, alors qu'une personne neurotypique, dans sa relation à l'autre, peut simultanément intégrer et traiter plusieurs flux d'informations venant de canaux sensoriels différents (ouïe, vue, odorat…), certaines personnes autistes hypersensibles, au contraire, auraient besoin de traiter un seul flux (et donc un seul canal sensoriel) à la fois afin de se protéger d'une surcharge sensorielle (et donc cognitive) Marina MIGNOT (2020) Trouble du spectre de l'autisme & sensorialité ; une problématique centrale à appréhender pour une meilleure prise en charge orthophonique : présentations de profils types et proposition d’aménagement. Mémoire de Certificat de capacité d’orthophonie ; université de Poitiers – Faculté de Médecine et Pharmacie – École d’orthophonie, promotion 2015-2020 ; voir p13-25. C'est une manière de s’adapter au contexte, qui pourrait expliquer certains comportements atypiques.

D'après Steve Silberman, l'assimilation de l'autisme à une « anomalie » polarise les débats sociétaux vers la recherche de « causes » et de « facteurs de risque » (impliquant des consultations génétiques prénatales pouvant déboucher sur une interruption de grossesse.). Certaines organisations comme le mouvement pour les droits des personnes autistes militent pour que l'autisme ne soit plus défini comme un trouble mental à corriger. Elles estiment aussi que la peur d'une « épidémie » d'autisme tend à biaiser les recherches : l'usage des fonds publics et privés s'oriente ainsi vers l'élimination des causes de l'autisme, plutôt que vers l'amélioration de la qualité de vie des personnes reconnues comme autistes.

Histoire thumb|Eugen Bleuler, le psychiatre qui a créé le mot « autisme », et a défini une acception qui est alors associée à la schizophrénie chez l'adulte.

En 1911, Eugen Bleuler crée le terme « autisme » (autismus). et associe ce trouble à la « démence précoce », par opposition à la « démence sénile », dans le groupe des schizophrénies. Page 202-203 pour l'aspect théorique et jusqu'au moins la page 206 pour les autres données..

En 1943, le terme « autisme » est réutilisé, sur la base d'analogies avec la description de Bleuler. Pourtant, la description donnée, tout à fait différente. Jacques Postel, Dictionnaire de la psychiatrie, éditions Larousse, 2003., est celle d'un trouble distinct et précoce dont les caractéristiques sont listées d'après les travaux de Leo Kanner et de Hans Asperger. Indépendamment des principes énoncés par Eugen Bleuler, le terme « autisme » est couramment employé comme un terme générique pour désigner ce qui est mis en évidence par Kanner. Il est question de trouver la ou les causes de cet « autisme », en tant qu'état constaté et parfois perçu comme définitif.

En 1983, Lorna Wing impulse un changement théorique en mettant en évidence une unité, un « spectre de l'autisme », sur la base de trois critères, après avoir redécouvert les travaux de Hans Asperger, et fait reconnaître le trouble qu'il a décrit sous le nom de « syndrome d'Asperger ». Depuis 2013, l'autisme est reconnu par le DSM-5, puis par la CIM-11, comme un spectre de troubles entraînant un niveau de handicap variable, dont le diagnostic est posé indépendamment des mesures d'intelligence et de verbalisation chez la personne.

Approche psychanalytique thumb|Carl Gustav Jung (ici devant le Burghölzli en 1910).

La majorité des psychanalystes réfutent que l'autisme soit un trouble neurodéveloppemental à causes majoritairement génétiques et à héritabilité élevée, et continuent de postuler, en dépit de l'absence de preuves de cette théorie, une origine psychogène..

Les protagonistes de la psychanalyse et de l'émergence de la notion d'autisme(s) sont proches les uns des autres. Ainsi, Eugen Bleuler, qui a créé le mot autisme en 1911, avait sous sa direction Carl Gustav Jung qu'il avait chargé de faire le rapprochement avec Sigmund Freud pour présenter ces théories au sein de sa clinique (le Burghölzli), même s'il garde ses distances avec la dimension sexuelle des théories freudiennesBleuler précise que l'autisme est à peu près la même chose que ce que Sigmund Freud appelle l'auto-érotisme, mais il explique qu'il souhaite en supprimant le radical /éros/ se démarquer de la référence de Freud à une conception élargie de la sexualité qui risque de « donner lieu à de nombreuses méprises » ..

Conceptualisation et structure symbolique

La psychanalyse de l'enfance théorise la façon dont le psychisme de l'enfant se met en place relativement à son environnement. L'autisme y est abordé comme une rupture, « une chose qui se passe mal » dans cette mise en placePropos accordé à Françoise Dolto, par exemple dans l'article autisme, une énigmatique malédiction, Danièle Sastre, ..

Selon la psychanalyse, c'est à travers sa relation à l'environnement que l'enfant peut organiser ses représentations propres, un processus désigné sous le terme de symbolisation. Lacan précise qu'il s'agit du monde de la parole. Cette base unique se décline en une multitude de formulations et de concepts relatifs au langage et aux théorisations de chaque auteur. Pour Lacan, concernant l'autisme, il s'agit du hasard de rencontre avec l'autre dans son réel (et non pas face à l'autre et son réel) . Ainsi, l'environnement est parfois désigné symboliquement comme les soins corporels, la mère, le sein, ou l'objet primaire.

Dans la psychanalyse, l'autisme est parfois associé à des difficultés survenant lors des premières étapes de l'organisation psychique, notamment à une carence marquée dans le processus de symbolisation primaire. Cela induirait une sorte de blocage interne : une part de l'expérience ne parviendrait pas à être exprimée, partagée, symbolisée par le langage. Les mots employés et les éléments plus particuliers diffèrent d'un auteur à l'autre, c'est le mécanisme du blocage qui est compris et décrit différemment.

Freud a décrit les trois temps du développement pulsionnel du bébé, dont le dernier est celui où le bébé se fait l'objet de satisfaction de l’Autre, après s'être élancé vers l'objet de satisfaction et s'être retourné sur lui-même dans le stade auto-érotique, le second stadeFreud, Pulsions et destins de pulsions, O.C. Vol , PUF, 1988.. Ce troisième temps de l'organisation pulsionnelle de l'enfant consisterait selon Lacan en « une apparente passivité dans laquelle quelqu’un se laisse regarder, se laisse manger… dans le jeu du faire semblant »Lacan, Les quatre concepts fondamentaux, Paris, Seuil, 1973.. Les théorisations les plus récentes, comme celles de Marie-Christine Laznik évoquent un défaut du « troisième temps pulsionnel oral »..

« Accusation » des mères thumb|Leo Kanner, psychiatre non psychanalyste, est à l'origine en 1943 de l'acceptation actuelle de l'autisme, mais aussi la même année d'une description d'une froideur parentale, puis en 1949 de propos plus forts, utilisant la métaphore du réfrigérateur et parlant qu'un détournement de l'enfant vers une solitude qui paraît être plus confortable (sous-entendu « que cette froideur »)Mots exacts en anglais : Léo Kanner (1943) Nerv Child 2: 217–50. Reprinted in Kanner, L (1968) « Autistic disturbances of affective contact » Acta Paedopsychiatr. 35(4):100–36. .

Dérivant et réinterprétant des mots de Leo Kanner sur la froideur des mères d'enfant autiste, Bruno Bettelheim écrit dans le premier livre sur l'autisme La Forteresse vide : . Si l'on ne peut résumer ainsi toute sa pensée (il a écrit sur d'autres thèmes)Bruno Bettelheim par Karen Zelan Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée (Paris, UNESCO : Bureau international d’éducation), vol. , -2, 1993, ., sa théorie sur l'autisme a été au cœur de son travail et elle est passée à la postérité, continuant à être la vision principale de l'autisme en psychanalyse, Précisons cependant que dès les années 1960, M. Malher soutient que le traitement de l'enfant autiste passe par la mise en place d'un « principe maternant », de sorte que dans sa pratique la mère et le psychanalyste sont associés dans le travail avec l'enfant.. Frances Tustin, psychanalyste britannique, publie entre 1972 et 1990, quatre ouvrages qui ont formé pour une grande part l'approche psychanalytique de l'autisme. Sa condamnation de la thèse de Bettelheim sur les parents nocifs est sans ambiguïté. Kanner, écrit-elle en 1986, a lancé une mode bien regrettable en caractérisant les mères d'enfants autistes comme « froides et intellectuelles ». « Depuis qu'il a dit cela, on s'est constamment renvoyé des expressions comme « mères réfrigérantes » pour parler d'elles. Je ne souscris pas à ce point de vue […] Je suis convaincue qu'il y a quelque chose dans la nature de l'enfant qui le prédispose à l'autisme ».

Théorie de l'esprit

La théorie de l'esprit est définie en 1978 par Premack et Woodruff comme la capacité à inférer des états mentaux (croyances, désirs, intentions…) pour se représenter le comportement d'autrui. Elle expliquerait ainsi la compréhension de l’environnement social, ainsi que la capacité à comprendre et à prédire le comportement d’autrui, et par là même d’adapter le sien à la situation sociale vécue.

Origine, test de Sally et Anne Cette formalisation a été transposée dans le cadre de l'autisme à travers plusieurs séries d'expériences. La première est effectuée par Baron-Cohen, Leslie et Frith en 1985 avec des enfants autistes, des enfants trisomiques et des enfants témoins (en reprenant approximativement le principe du test établi par Wimmer et Perner en 1983), mais sous la forme de l'expérience dite de « Sally et Anne ».

L'histoire suivante est représentée aux enfants avec des poupées, l'une nommée Sally et l'autre Anne (et l'on vérifie que l'enfant reconnaît bien les personnages par leur nom).

L'expérimentateur joue la situation suivante avec les poupées : Sally dépose une bille dans un panier puis elle sort de la pièce. Anne sort la bille du panier et la place dans une boîte. Sally revient dans la pièce. L'expérimentateur demande ensuite à l'enfant : « Où Sally va-t-elle chercher la bille ? » Si la réponse donnée est « dans le panier », l'expérimentateur considère que l'enfant a réussi à se mettre « dans la peau » du personnage de Sally comme on leur demande de le faire, et à comprendre que dans l'histoire représentée à l'enfant, elle ne peut pas être au courant de la manœuvre d’Anne.