ou Cœur d'épouse est un film japonais de Mikio Naruse, sorti en 1956.

Synopsis Dans une petite ville, Kiyoko est la belle-fille des Tomita, une famille de commerçants de la classe moyenne dont la boutiqueLa boutique de la famille Tomita est en réalité une pharmacie : son enseigne, visible au début et à la fin du film, porte le nom 富田 (Tomita) et l'inscription , la devanture affichant par ailleurs le mot « APOTHECARY ». périclite. Son mari Shinji, le fils cadet, ne parvient pas à faire vivre l'affaire et ils projettent d'ouvrir un café sur le terrain attenant. Pour le financer, Kiyoko sollicite Kenkichi Takemura, employé de banque et frère de son amie Yumiko qui leur accorde un prêt sans garantie.

Mais Zenichi, l’aîné de la famille, revient au foyer après avoir perdu son emploi salarié. L'installation de Kaoru, l'épouse de Zenichi, et de leur fille Rumiko désorganise la maisonnée. Leur jeune sœur se marie ce qui occasionne encore des frais. La famille, en particulier la mère Kō, presse Kiyoko de céder à Zenichi l'argent difficilement obtenu pour monter lui aussi un restaurant. Celui-ci disparait ensuite avec une partie de l’argent.

À mesure qu'elle côtoie Kenkichi, dont la force tranquille contraste avec l'effacement de Shinji, Kiyoko éprouve un sentiment qu'elle n'exprime jamais. Peu après, Shinji apprend à sa femme qu'une geisha du quartier, Fuku, s'est suicidée après avoir passé une nuit avec lui ; au courant des rumeurs sur Kiyoko et Kenkichi, il lui laisse le champ libre. Kiyoko choisit néanmoins son mari et sa belle-famille : elle étouffe les rumeurs et reprend le projet de café, comme si rien ne s'était passé.

Fiche technique Titre français : Le Cœur d'une épouse Titre français alternatif : Cœur d'épouse Titre original : Titre anglais : A Wife's Heart Réalisation : Mikio Naruse Scénario : Photographie : Lumière : Musique : Ichirō Saitō Son : Décors : Montage : Eiji Ōi Assistant réalisateur : Production : Sanezumi Fujimoto, Société de production : Tōhō Pays de production : Langue originale : japonais Format : noir et blanc — 1,37:1 — 35 mm — son mono Genre : drame Durée : 98 minutesLes sources divergent sur la durée : l'Eiren et eiga.com indiquent 98 minutes, la NFAJ 97 minutes (métrage 8 772 ft, soit 2 675 m). La JMDb donne 101 minutes, chiffre incompatible avec ce métrage — dix bobines / 2 675 m correspondant à environ 97-98 min à 24 images par seconde. (métrage : dix bobines - ) Dates de sortie : Japon : .

Distribution

Eiko Miyoshi : Kō Tomita, la mère Minoru Chiaki : Zenichi Tomita, le fils aîné de Kō Chieko Nakakita : Kaoru Tomita, l’épouse de Zenichi Natsuko Matsuyama : Rumiko Tomita, la fillette de Zenichi et Kaoru Keiju Kobayashi : Shinji Tomita, le deuxième fils de Kō Hideko Takamine : Kiyoko Tomita, l’épouse de Shinji Akemi Negishi : Sumiko Tomita, la fille de Kō Ranko Hanai (Shintōhō) : Sadako, la patronne de l'Akagiya Haruo Tanaka : Kunio, son époux Yōko Sugi : Yumiko Takemura, une amie de Kiyoko Toshirō Mifune : Kenkichi Takemura, le frère de Yumiko, employé de banque Daisuke Katō : le patron du restaurant "Haruna" Sadako Sawamura : Namiko, son épouse : Fukuko, une geisha : Suzume, une geisha (créditée Yayoko Kitano) : Kohana, une geisha (créditée Toyoji Shiozawa) Noriko Honma : Tane, la tante de Kiyoko Yoshio Tsuchiya : Shōtarō, le fils de Tane : Yoshiko, l’épouse de Shōtarō : Watanabe, un collègue de Kenkichi : Tamura : Sayama : l’architecte

Analyse Dans , Catherine Russell écrit que Le Cœur d'une épouse relève de la catégorie des films où, à la manière de nombreux récits du cinéma d'auteur, « rien ne se passe » : l'accent porte moins sur l'action dramatique que sur les fluctuations émotionnelles du quotidien. Le film pousse toutefois cette esthétique à une limite, au point que sa mélancolie tient précisément à l'absence d'expression de la tristesse. Comme l'écrit Russell, « ce n'est pas tant que rien ne se passe, mais plutôt que rien n'est donné à voir ».

Génériquement, il s'agit d'un nouveau tsuma-mono (« film d'épouse ») centré sur un jeune couple sans enfant et désuni. Reprenant une formule d'Audie Bock, Russell rappelle que « le film passe pour montrer une rigidité totale du système familial » : belle-fille d'une famille de commerçants de province, Kiyoko (Hideko Takamine) se trouve prise dans une situation étouffante. Alors que Naruse aurait voulu, après la passive Yukiko de Nuages flottants, « montrer des femmes plus fortes », Russell observe que Kiyoko n'est ni assez forte pour changer le système, ni assez forte pour suivre son cœur — lequel, suggère le film de façon oblique, « n'appartient pas à son mari ».

Le dispositif central du film est ce que Russell nomme un « centre vide », un trou au milieu du récit. Dans un café aménagé sur les terrains d'un temple, Kiyoko et Kenkichi (Toshirō Mifune) attendent la fin d'une averse ; leurs regards frôlent l'aveu, puis l'écran se fond au noir pour revenir sur le couple assis à la même table, la pluie ayant cessé. « Un fondu au noir signale d'ordinaire une ellipse temporelle, écrit Russell ; ici, il ne signifie rien d'autre qu'une absence, un manque. Rien ne se passe dans ce noir, et pourtant c'est le cœur émotionnel du film. » Le climax dramatique se réduit ainsi à « de la musique romantique, de la pluie, un jardin, "un homme et une femme" — selon l'expression de Shigehiko Hasumi — et un écran plongé dans le noir », la brève apparition de la tenancière du café suffisant à signifier les barrières sociales qui inhibent la romance.

Russell juge le film plus remarquable par sa facture visuelle que par son scénario. avait écrit un scénario original que Naruse a expurgé de l'un de ses personnages et d'une série d'affrontements violents entre hommes rivalisant pour Kiyoko ; Ide qualifiera lui-même la version finale d'« ennuyeuse ». Pour Russell, « c'est le seul titre de cette période qui ne repose pas sur une œuvre littéraire, et cela se ressent dans la faiblesse du script ». La mise en scène, en revanche, exploite l'ampleur d'une vaste demeure bourgeoise attenante à la boutique familiale : couloirs où les personnages se croisent, regards furtifs qui trahissent la tension domestique, profondeur de champ plus marquée que dans les drames antérieurs du cinéaste, et abondance d'objets (vaisselle, coussins, miroirs, meubles) où s'inscrit le matérialisme d'un discours obsédé par l'argent. La maisonnée est régie par la matriarche Kō (Eiko Miyoshi), marieuse impassible et gardienne du système familial.

Le film est construit en boucle : le plan d'ouverture et le plan final se répondent — l'enseigne de la pharmacie familiale et une vue aérienne de la ville adossée aux montagnes —, de sorte que tout revient à l'ordre initial « comme si rien ne s'était passé », à ceci près, note Russell, que rien, en effet, ne s'est passé, hormis la mort d'une geisha.

Sur le plan de la réception, Russell relève des lectures opposées de l'époque. La critique Tsuyako Abe admirait la capacité de Kiyoko à surmonter ses sentiments, y voyant moins l'effet d'une « morale ancienne » que celui de son sens des affaires. À l'inverse, les écrivaines Fumiko Enchi et Shigeko Yuki pointaient « le double standard que le film laisse intact : l'aventure du mari est une passade, tandis que l'épouse risque tout en allant simplement se promener avec un autre homme » — un ton « calme et raisonnable » qu'elles jugeaient conservateur. Russell souscrit à cette lecture d'un récit plus clos que bien des films de Naruse de la même période, dépourvu de l'ambivalence qui anime ses mélodrames les plus subjectifs. Elle conclut sévèrement : « Le Cœur d'une épouse est un film sans étincelle de vie, un film qui noircit son propre geste romanesque, et en cela il désigne malgré lui quelque chose de mort. »

Récompense 1957 : Prix Mainichi de la meilleure actrice dans un second rôle pour Sadako Sawamura (conjointement pour La Rue de la honte, Le Soleil et la rose et de Seiji Maruyama).

Notes et références

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