L'église Saint-Aubin est une église catholique située à Ennery, en France.
Elle fait cohabiter de façon peu harmonieuse les éléments et adjonctions des différentes époques, contrairement à la plupart des autres églises réunissant de divers styles architecturaux. En l'occurrence, les styles roman, gothique primitif et Renaissance sont représentés ; le style flamboyant bien répandu dans la région manque par contre. L'ensemble Renaissance édifié entre 1565 et 1588 est d'une grande homogénéité, mais surtout l'élégant clocher roman de deux étages du second quart du peut être considéré comme un chef-d'œuvre. Les grandes arcades de la nef, de la seconde moitié du , sont un bel exemple du gothique primitif d'Île-de-France.
L'église est classée monument historique depuis 1911..
Localisation
L'église est située en France, en région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, sur la commune d'Ennery, rue du Moutier. Elle ne jouxte pas directement la rue mais est précédée par un parvis engazonné, représentant l'ancien cimetière. C'est ici que se situe le portail principal du sud, sous un porche moderne. L'on peut faire le tour complet de l'édifice, mais les murs de clôture des propriétés privées avoisinantes s'approchent de près du chevet et du mur septentrional. La façade occidentale donne sur une autre voie, l'allée du château, encore longtemps propriété privée.. En raison d'une légère différence de niveau entre l'église et l'allée, située plus bas, la façade bute presque immédiatement sur un muret couronnant un mur de soutènement, et un escalier est aménagé au nord-ouest, en direction du château.
Historique Histoire de la paroisse
Sous tout l'Ancien Régime, la paroisse d'Ennery dépend de l'archidiocèse de Rouen, et la cure est à la présentation de l'archevêque de Rouen. D'après une tradition, constatée devant notaire à Pontoise le , Ennery aurait fait partie de ce qui est appelé l'exemption de Pontoise : un territoire formé par les trois paroisses de Pontoise (Saint-Maclou, Saint-Mellon et Notre-Dame) et cinq paroisses des environs (Ennery, , Livilliers, Osny et Puiseux-Pontoise), et relevant uniquement de l'archidiacre désigné par le chapitre de Saint-Mellon, et non de l'archevêque de Rouen. L'église Saint-Mellon aurait été la paroisse primitive de tout ce territoire, et les sept autres paroisses auraient été fondées par le chapitre de Saint-Mellon. Les chanoines prétendent en outre avoir été les curés primitifs de toutes ces paroisses. Or, aucun acte authentique prouvant l'existence réelle de cette exemption n'est connu, et une certaine réserve vis-à-vis de l'exactitude des prétentions des chanoines de Saint-Mellon est de mise.
Les origines des huit paroisses sont très anciennes et restent obscures. Curieusement, le chapitre de Saint-Mellon ne possédait que le patronage d'une seule cure, celle de Saint-Maclou, et ne touchait la grosse dîme d'aucune des autres sept paroisses dans le périmètre de l'exemption. Aucun lien matériel ou spirituel n'existait donc entre Saint-Mellon et les autres paroisses. À Ennery, quatre établissements religieux se partageaient la dîme : la moitié revenait à la collégiale Saint-Honoré de Paris ; un tiers à l'hôtel-Dieu de Pontoise ; la neuvième part au prieuré Saint-Pierre de Pontoise ; et la dix-huitième part au couvent des Trinitaires de Pontoise..
Histoire de l'édifice thumb|upright|Pile nord-ouest du clocher, vue depuis l'ancien croisillon nord : à gauche, chapiteau roman de 1080 / 1120. thumb|upright|Le croisillon sud Épiais-Rhus : seule la table sur le pignon manque, et la petite porte n'existe pas à Ennery.
La construction de l'église initiale romane commence vers la fin du ou au début du , entre 1080 et 1120. Il n'en reste que les quatre piles du clocher, délimitant la croisée du transept, et ses deux arcades latérales nord et sud vers les croisillons, avec leurs chapiteaux. La voûte initiale de la croisée a disparu, mais ses traces auraient encore été visibles à la fin du . S'organisant autour de la base du clocher, la première église est certainement de plan cruciforme, mais sa physionomie exacte reste incertaine. Elle ne possède vraisemblablement pas de bas-côtés, car les arcades entre les croisillons et les bas-côtés sont plus récentes que les arcades déjà citées. Le clocher primitif est remplacé dès le second quart du par deux étages toujours romans, coiffés d'une flèche en pierre. Ce clocher aux proportions particulièrement heureuses et d'une facture élégante a été imité sur plusieurs églises des environs. Le chœur roman est remplacé à partir du milieu du siècle par une construction gothique. À cette occasion, les croisillons romans sont remaniés ; la nef est dotée de bas-côtés afin d'augmenter la capacité de l'église ; et la hauteur des arcades faisant communiquer la croisée avec le chœur et la nef est dédoublée. Les murs de cette époque subsistent au moins au bas-côté sud et sans doute partiellement au nord. Le vaisseau central du chœur gothique est par contre démoli vers 1578 pour relier le nouveau chœur Renaissance à la base du clocher. Seuls les murs extérieurs des collatéraux subsistent, situés sur une même ligne avec ceux des bas-côtés de la nef. Avec les hautes arcades à l'est et à l'ouest de la base du clocher, ils indiquent que le chœur gothique devait avoir à peu près la même élévation que la nef actuelle...
À partir de 1170 / 1175, la vieille nef est finalement remplacée elle aussi par un vaisseau de style gothique primitif. Afin de tenir compte de sa largeur plus importante, les chapiteaux et colonnettes à l'ouest de la base du clocher sont déplacés vers les extrémités des piles (si l'on rejoint Bernard Duhamel), et reçoivent la retombée des grandes arcades nouvellement construites. Les murs extérieurs des bas-côtés construits peu de temps avant sont conservés, et leur largeur se trouve ainsi réduite. L'analyse stylistique montre que les travaux pour cette nouvelle nef ne sont apparemment pas achevés avant le début du . Contrairement à l'usage de l'époque influencé par la cathédrale Notre-Dame de Paris, l'on renonce à une élévation sur trois niveaux avec des fenêtres hautes afin de pouvoir faire l'économie d'arcs-boutants. De ce fait, les formerets des voûtes délimitent directement les grands arcs de décharge du triforium. Cette solution s'avère problématique pour la stabilité des murs. Conscient de cette faille, le maître d'œuvre a peut-être renoncé à voûter la nef, ou bien les voûtes ont été supprimées ultérieurement afin de réduire la poussée exercée sur les murs : les amorces des voûtes toujours en place permettent l'une ou l'autre des options. Toujours est-il que les murs hauts ne présentent aucun signe de déversement et que la nef est simplement plafonnée. Dans la partie médiévale de l'église, seuls les croisillons du transept et la seconde, la troisième et la quatrième travées du bas-côté sud sont aujourd'hui voûtés d'ogives, présentant un profil monotoriques assez primitif..
Vers le milieu du , une reconstruction totale de l'église est envisagée. Les travaux commencent vers 1565 et sont confiés aux maîtres-maçons pontoisiens Denis et Nicolas Le Mercier. Denis, moins connu que Nicolas et Pierre, est probablement le frère ou neveu de Nicolas Le Mercier. Ce dernier dirige en même temps la reconstruction de l'église voisine Notre-Dame d'Épiais-Rhus. Il s'inspire apparemment du chœur de l'église Saint-Martin de Triel et crée deux édifices assez semblables à Ennery et Épiais-Rhus. Maurice Lotte fait observer que les terres des deux villages appartenaient fréquemment aux mêmes seigneurs, ce qui peut également expliquer ce rapprochement. Les travaux commencent à l'est de l'ancien chœur (maintenu dans un premier temps), et portent sur un nouveau transept ; un nouveau chœur de deux travées au chevet à pans coupés ; une petite chapelle à l'est du croisillon nord ; et sur la sacristie à l'est du croisillon nord. Ces éléments sont achevés en 1578. L'un des très rares documents retrouvés concernant l'histoire de l'église porte sur deux piliers construits en cette année. La reconstruction complète de l'église paraît alors trop onéreuse et l'on décide de conserver l'église ancienne hormis le chœur. Ce dernier doit être sacrifié pour établir la liaison entre la base du clocher et le nouveau transept. Il est remplacé par deux travées de nef dans le même style que le nouveau chœur et le nouveau transept. Les voûtes des bas-côtés sont en partie abattues en vue d'une reconstruction, mais cette dernière est différée et les travaux s'arrêtent en 1588 avec la consécration des nouvelles parties...
La nef et les bas-côtés se délabrent successivement, ce qui est déjà acté en 1710. En 1763 enfin, la première travée de l'église est entièrement refaite et le bas-côté nord reconstruit. Bien entendu, le style classique est appliqué, ce qui vaut également pour la nouvelle façade occidentale avec sa porte surdimensionnée. Comme elle ne donne que sur une ruelle étroite, elle reste longtemps condamnée et l'entrée principale se fait depuis le portail latéral dans la troisième travée du bas-côté sud. En 1779, des réparations de couverture sont effectuées : un autre document retrouvé sur l'histoire de l'église porte sur ce sujet. Les deux travées de la courte nef Renaissance sont voûtées en 1902 seulement, et la voûte de la base du clocher est restaurée. L'édifice est classé au titre des monuments historiques par arrêté du .
Description Aperçu général thumb|upright|Plan de l'église.
L'église Saint-Aubin combine une église romane et gothique de la période comprise entre la fin du à la fin du , à laquelle l'on a soustrait le chœur, à une vaste extension Renaissance de la seconde moitié du . Un court segment de style classique à l'extrémité occidentale apporte une rupture de style brutale, mais cette partie de l'église est peu exposée aux regards. L'église actuelle présente donc un plan en croix de Lorraine avec deux transepts, dont le premier n'est pas saillant. Le clocher se dressant au-dessus de la croisée du premier transept paraît quelque peu écrasé par les vastes toitures et les adjonctions Renaissance. L'on peut considérer que la nef actuelle comporte sept travées barlongues, dont la première est classique, la deuxième à la quatrième gothique, la cinquième (le carré du premier transept) romane, et la sixième et septième Renaissance. Les bas-côtés sont par contre plus homogènes, avec une alternance d'oculi et de baies plein cintre. Un porche moderne s'élève devant le portail latéral dans la troisième travée du bas-côté sud, également moderne et sans intérêt, et une tourelle d'escalier ronde flanque le croisillon sud du premier transept. Le complexe Renaissance se compose d'un transept largement saillant de trois travées carrées de dimensions identiques, nettement plus grandes que les travées de la nef ; d'une première travée du chœur représentant la moitié d'une travée d'une transept ; d'une seconde travée du chœur deux fois plus profond mais à pans coupés ; d'une chapelle de deux petites travées devant le croisillon nord, n'étant pas plus profond que la première travée du chœur ; et d'une sacristie du côté opposé, représentant la moitié de la chapelle précitée... La nef gothique et son bas-côté nord sont plafonnés en bois avec des poutres apparentes, et la première travée de son bas-côté sud, ainsi que les deux bas-côtés de la nef Renaissance, possèdent des plafonds plats recouverts de plâtre. Toutes les autres travées sont voûtées d'ogives simples, sauf bien sûr l'abside à pans coupés, nécessitant une voûte sexpartite. — Dans sa totalité, l'église atteint une longueur de , le transept Renaissance est long de du nord au sud, et la nef avec ses bas-côtés est large de ..
Intérieur Nef gothique thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|Nef, vue vers l'ouest.