La cathédrale Saint-Benoît de Castres est l'une des églises-mères de l'archidiocèse d'Albi, Castres et Lavaur et la plus grande église de la ville de Castres.
Il existait à l'origine une abbaye bénédictine fondée en 812 et dénommée « abbaye de Bellecelle ». Son abbatiale est élevée au rang de cathédrale en 1317 avant de prendre le titre d'église paroissiale en 1801, le diocèse de Castres, supprimé au moment de la Révolution française, n'ayant pas été rétabli par le Concordat. En 1922, le titre d'évêque de Castres est repris par l'archevêque d'Albi.
La cathédrale de Castres a été détruite au par les huguenots, et lors de sa reconstruction, il était prévue qu'elle devienne la plus grande cathédrale de France. Cependant, les travaux ne furent jamais finis, et l'édifice actuel correspond à ce qui aurait seulement dû être un chœur de cathédrale.
Origine de la cathédrale Saint-Benoît Origine légendaire Une légende dit que l'abbaye Saint-Benoît de Castres, située sur le plateau Saint-Jean, a été fondée vers l'an 640 ou 647 par trois jeunes nobles qui, après avoir été des combattants, ont décidé de se retirer du monde sur les bords de l'Agout pour y vivre selon la règle de saint Benoît où ils se sont construit de petites cellules..
Origine factuelle : un prieuré bénédictin devenu abbaye puis évêché Au début du , en 812, est fondé le prieuré bénédictin de Bellecelle, à l'instigation de Benoît d'Aniane, sur un terrain offert par Ulfarius (ou Wulfarius), un comte de l'Albigeois, sur les hauteurs de l'Agout... Le prieuré est situé sur le plateau Saint-Jean. Il comprend à son origine un prieur et douze moines venus de l'abbaye d'Aniane et il se développe rapidement. Benoît d'Aniane rédige un règlement pour le prieuré et le fait approuvé par Louis le Pieux, le , qui prend d'ailleurs le monastère sous sa protection. Le prieuré obtient alors le droit de devenir autonome et d'élire un abbé... Sous , l'abbaye devient vassale directe de la couronne, en 844, obtenant de facto son indépendance de celle d'Aniane. Un premier castrum se développe bientôt à proximité, lorsque les paysans viennent se réfugier sous la protection de l'abbaye, castrum qui à l'origine de la ville de Castres..
L'abbaye prend le nom de saint Vincent comme second patron lorsque des reliques de ce martyr sont apportées d'Espagne en 858. Il est possible que les reliques de saint Vincent soient transportées à Toulouse en 863 pendant une attaque des Normands.. Après une suite de miracles accomplis par les reliques, la basilique Saint-Vincent est construite à l'écart de l'abbaye, afin de permettre à tous de venir les admirer.
Pendant la décadence de l'empire carolingien, l'abbaye passe sous le contrôle de la féodalité locale. En 1069, la fille du vicomte d'Albi, Raimond-Bernard Trencavel, apporte en dot l'abbaye de Bellecelle à son époux le comte de Bruniquel.
gauche|vignette|Le sceau de Castres en 1226 : le clocher de la cathédrale est représenté à gauche, la basilique Saint-Vincent au centre, et la Tour Caudière à droite.
L'abbaye de Bellecelle, accusée de relâchement, est affiliée en 1074 à l'abbaye Saint-Victor de Marseille, et placée sous la tutelle de son abbé, Bernard de Millau.. Mais la réforme grégorienne, menée par , va entraîner un redressement monastique. Elle connait alors une période de renouveau matériel et spirituel. Elle abandonne bientôt le plateau Saint-Jean pour s'installer près de la rive de l'Agout, à l'aval, où de nouveaux bâtiments sont construits. La petite ville qu'est alors Castres délaisse aussi le plateau, pour suivre l'institution religieuse à l'emplacement où elle demeure depuis. L'abbatiale est construite à la fin du selon un plan en croix latine et une architecture romane, avec une abside semi-circulaire. Deux tours flanquent les murs de l'abbaye.. C'est à cette époque que le clocher Saint-Benoît, qui existe toujours aujourd'hui (mais pris dans le palais épiscopal), est élevé, vers 1100. Il sert aussi de tour de guet..
À cause de l'affaiblissement de la royauté, trop éloignée de Castres, les abbés de Saint-Benoît renoncent à la protection de la couronne pour se placer sous celle des Trencavels, puissants vicomtes d'Albi. Ainsi, en 1160, le vicomte Raimond Trencavel, en l'abbaye, affranchit d'impôts tous les habitants de Castres.
En 1258, l'évêque d'Albi et le seigneur sépare la basilique Saint-Vincent, elle-aussi déplacée en 1226 sur les rives de l'Agout, de la juridiction l'abbaye de Bellecelle, pour la confier à l'ordre des Prêcheurs. Ceux-ci fondent alors leur couvent, et obtiennent une part du cimetière de la ville, qui dépendait jusqu'alors dans sa totalité de l'abbaye. Dès lors, les rapports entre bénédictins et dominicains se tendent.
Lorsque le pape restitue son indépendance à l'abbaye de Bellecelle, l'érigeant en évêché le , son abbatiale donne alors naissance à la cathédrale Saint-Benoît.
Historique de la cathédrale Saint-Benoît Premiers temps Le pape érige un nouvel évêché le en formant le diocèse de Castres par l'attribution de 140 paroisses ou succursales prises sur le diocèse d'Albi. Le premier évêque de Castres est Déodat de Séverac, ancien abbé de Lagny-sur-Marne puis de Castres. Les moines deviennent les chanoines de la cathédrale.
En 1477, le comte de Castres, Jacques d'Amagnac, est décapité pour trahison et Boffille de Juge le remplace. Néanmoins, l'évêque de la ville est alors , frère du condamné, qui n'apprécie pas que l'un des hommes ayant participé à la mort de son frère soit comte de Castres. Agitant la ville, il est chassé de son évêché sur ordre du roi et sur demande de Boffille, mais peut revenir en 1483, lors de l'accession de au trône de France. La population se soulève alors contre le comte, qui doit prendre les armes pour conserver ses terres.
Le chapitre de la cathédrale continue à vivre sous la règle de saint Benoît jusqu'en 1536.. A cette date, le chapitre est sécularisé par le pape . Le nouveau chapitre est alors composé de 17 chanoines, avec l'évêque, qui jouissent d'une prébende, ainsi que les six dignitaires qui comprenaient quatre archidiacres, le préchantre et le sous-chantre.
Entre 1503 et 1540, un procès entre les bénédictins et les dominicains a lieu, concernant les droits de ces derniers sur la basilique Saint-Vincent. Jugé par le Parlement de Toulouse, il est remporté par les dominicains : dès lors, les chanoines de Saint-Benoît ne peuvent entrer en la basilique que trois fois par an, lors de la Purification de Marie, à la Saint-Vincent (le ) et à la translation de ce saint.
Les guerres de Religion
À partir de 1530 la région est parcourue par des prédicateurs luthériens, puis, au milieu du , le calvinisme devient prédominant. Les idées iconoclastes vont alors s'imposer à Castres. En 1560, tous les consuls de la ville sont protestants. L'année suivante, ils donnent l'ordre de détruire toutes les idoles se trouvant dans les églises. Les voûtes de la cathédrale sont même démolies en 1563. La cathédrale Saint-Benoît est finalement détruite en 1567 par les huguenots occupant Castres lors des guerres de Religion. En 1574, l'évêque et le chapitre fuient la ville qui est aux mains des protestants.
Dès 1568, une ordonnance royale prescrit la reconstruction de la cathédrale. Les guerres de Religion continuant, elle n'est pas immédiatement suivie d'effet. Il faut attendre la pacification du pays après l'édit de Nantes pour qu'un arrêt du Conseil privé du roi , le , fixe la participation financière de l'évêque à cette reconstruction. En 1601, le chapitre décide que la reconstruction doit se faire à l'emplacement de l'ancienne abbatiale bénédictine du dont il ne demeure qu'un clocher.. La nouvelle cathédrale est désormais séparée de son clocher par une rue. Dès 1609 elle reçoit un tabernacle en bois sculpté doré commandé à Toulouse au sculpteur Louis Behorry. Cette cathédrale est très simple. C'est une église à nef unique à chevet plat surmonté d'un petit clocheton comme on peut le voir sur un plan de la ville de Castres réalisé en 1674. Le bâtiment est de nouveau abandonné pendant les troubles qui ont lieu dans le Midi, entre 1621 et 1629. Les troupes protestantes du duc de Rohan saccagent alors ce qui avait été reconstruit. Il faut attendre la signature de la paix d'Alès, le , pour que l'évêque et le chapitre puissent revenir à Castres. Ils reprennent possession de la cathédrale à Pâques 1630, mais faute de moyens financiers peu de travaux sont entrepris sur le bâtiment.
La nouvelle cathédrale Il faut attendre la nomination de Michel Tubeuf comme évêque de Castres, en 1664, pour que des travaux soient entrepris. Il fait d'abord construire un nouveau palais épiscopal, en remplacement de l'ancien, petit et vétuste. Il intègre à la construction le clocher de la cathédrale, toujours séparé de celle-ci par une rue. vignette|233x233px|L'évêque de Castres Michel Tubeuf. Une délibération du chapitre a lieu le pour discuter une proposition du grand archidiacre sur la réédification de la cathédrale, proposition qui est acceptée. Des travaux préparatoires ont lieu de 1671 à 1678 qui concernent la démolition de toutes les constructions se trouvant à l'emplacement de la future construction.. L'évêque obtient un arrêt du Conseil d'État de , le , l'autorisant à construire le chœur de la cathédrale en conservant l'ancienne église qui devait servir de nef. Les chanoines sont intéressés par ce nouveau projet et fixent leur choix sur les plans dressés par Pierre MercierPierre Mercier appartient à une famille de tailleurs de pierre et de sculpteur de Toulouse. Il a réalisé le retable du chœur de la cathédrale de Toulouse., architecte et sculpteur de Toulouse. Ce dernier avait auparavant travaillé sur le portail des Trinitaires de Castres.
Le , au cours d'une réunion du chapitre, en présence de l'évêque, les architectes, dont Pierre Mercier, présentent leurs plans pour le futur chœur de la cathédrale. Les chanoines confirment alors leur choix de confier la construction à Pierre Mercier, mais dès le l'évêque marque son opposition à cette décision. Il demande alors un nouveau projet à un architecte de Carcassonne, Guillaume Cailhau, qui lui avait travaillé pour les Dominicains de Castres. Les chanoines s'inclinent finalement devant le choix de l'évêque, qu'une délibération du entérine.
Le plan et le devis ayant été approuvés, l'adjudication est lancée le . Le nouveau chœur doit être réalisé au lieu-dit Ormeaux de l'Évêché. Le plan de Castres dressé en 1674 par Samuel Picard le montre derrière la cathédrale Saint-Benoît avant ces travauxCastres Archéopole : Plan de Castres levé par Samuel Picard en 1674.. Les travaux du nouveau chœur sont bénis le . Les travaux des fondations ont été confiés aux entrepreneurs Arquier et Monnier. Puis, par contrat passé le , Jacques Monnier, architecte, et Jean Favier, sculpteur, doivent construire sur les fondations une base toscane de pierre de taille en dehors... et d'élever les murs du chœur sur une hauteur de trois cannesLa canne de Castres mesure . sur un délai de trois ans. La mort de l'évêque Michel Tubeuf, le , arrête les travaux. centré|vignette|270x270px|Plan de Castres en 1674 : l'église Saint-Benoît (), les vestiges de l'ancienne cathédrale (), les Ormeaux de l'évêché (), le clocher () et le palais épiscopal () vignette|209x209px|L'évêque Augustin de Maupeou désigne Augustin de Maupeou comme nouvel évêque de Castres le mais il ne reçoit l'accord du pape que onze ans plus tard, le . Entre ces deux dates, les chanoines nomment tout de même Augustin de Maupeou comme vicaire général du diocèse. Le nouveau prélat choisi alors de ne pas reprendre les travaux du chœur interrompus mais il demande au sculpteur Jean Favier d'étudier la réappropriation de l'ancienne église Saint-Benoît. Après un second projet, avec Jacques Arquier, le sculpteur s'engage par contrat du à élargir la nef de trois cannes () et à allonger le sanctuaire de (), en empiétant sur les murs déjà dressés du chœur.