L'église Saint-Crépin-Saint-Crépinien est une église catholique paroissiale située à Bréançon, en France. Elle a été édifiée successivement entre la fin du et le début du , en commençant par le petit chœur carré et la croisée du transept, en même temps base du clocher. Ces deux travées renferment des chapiteaux d'une grande qualité, et illustrent bien la transition du style roman vers l'architecture gothique. Le transept est également intéressant pour l'ordonnancement inhabituel des supports des voûtes. La nef et ses bas-côtés ont été bâties peu de temps après les parties orientales, bien que l'aspect extérieur suggère une construction de style néo-classique : en effet, la façade et les murs des bas-côtés ont été refaits en 1774, et la nef a été adapté quelque peu au goût de l'époque, mais les grandes arcades et les voûtes gothiques ont été conservées. L'étage de beffroi du clocher central du avait disparu au . Il a été réinventé à l'occasion d'une importante campagne de restauration en 1894. Ainsi, l'église a retrouvé sa silhouette emblématique, assez représentative des petites églises gothiques de la région. Elle est classée monument historique depuis 1980. Bréançon est aujourd'hui affilié à la très grande paroisse d'Avernes et Marines, et l'église Saint-Crépin-Saint-Crépinien n'accueille plus que deux messes dominicales par an, ainsi que des célébrations particulières.
Localisation
L'église est située en France, en région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, dans le Parc naturel régional du Vexin français, sur la commune de Bréançon, au centre du village, rue de l'Église (RD 64). Bien dégagée et bien visible depuis l'ouest, le sud et l'est, elle est entourée de son ancien cimetière, qui a été converti en espace vert, ou en parvis en ce qui concerne la partie devant la façade occidentale. C'est l'élévation méridionale qui est alignée sur la rue. Le chevet donne sur une impasse nommée rue du Presbytère. Au nord de l'église, se trouvent un petit parking et un jardin privé.
Historique thumb|left|Vue depuis le sud-ouest.
La date de fondation de la paroisse n'est pas connue avec certitude. L'abbé Vital Jean Gautier la situe au . L'église est dédiée aux saints Crépin et Crépinien, martyrs au . Sous l'Ancien Régime, Bréançon relève du doyenné de Meulan, de l'archidiaconé du Vexin français et de l'archidiocèse de Rouen. Le collateur de la cure est l'archevêque de Rouen.. L'histoire de l'église reste encore à élucider. Les différentes étapes de sa construction ne sont pas attestées par des documents, et doivent être identifiées par l'analyse archéologique. Bernard Duhamel évite de se prononcer sur le sujet, et dit que l'église date pour l'essentiel des et s. L'architecte des bâtiments de France penche pour la limite / , ce qui paraît plus concluant. Le petit chœur carré et la croisée du transept, en même temps base du clocher, ont été bâtis en premier lieu, conformément à l'usage. Ici, les chapiteaux sont pour la plupart sculptés de feuilles d'eau et de feuilles d'acanthe, et sont caractéristiques de la période romane finissante, et de la première période gothique. Les autres parties ont probablement suivi immédiatement après, sans interruption trop importante du chantier, car les croisillons font appel aux mêmes profils pour les nervures des voûtes que le chœur et le carré du transept, et les motifs de certains chapiteaux des croisillons se retrouvent sur les chapiteaux des grandes arcades de la nef. thumb|Bas-côté nord, clé de voûte de la - date de 1774.
Selon la tradition, l'édifice aurait été partiellement détruit par les Anglais en 1435, pendant la guerre de Cent Ans. Il est réparé par la suite, mais le style gothique flamboyant n'y est pourtant pas présent, et il n'a apparemment pas été nécessaire de reconstruire entièrement des travées ou des voûtes. Une nouvelle consécration est célébrée en 1508. En 1774, la façade occidentale et les murs gouttereaux des collatéral sont entièrement refaits dans un style sobre et un peu froid, qui est placé sous l'influence du style néo-classique. Tous les faisceaux de colonnettes à chapiteaux sont remplacés par des massifs de maçonnerie, sauf à l'extrémité orientale des trois vaisseaux. Grâce à une reprise en sous-œuvre, les voûtes gothiques peuvent être conservées. Enfin, une restauration profonde est entreprise en 1894. Elle fait perdre à l'église une partie de son authenticité. Sous la direction de l'architecte Yolland, l'étage de beffroi du clocher et son toit en bâtière sont reconstruits de toutes pièces par l'entrepreneur en maçonnerie Boisdenghien. Il paraît que le clocher gothique avait disparu bien avant. Après une inscription à l'inventaire supplémentaire., l'édifice est classé aux monuments historiques par arrêté du . Bréançon est depuis longtemps affilié à la paroisse de Marines. En raison du manque de prêtres, cette paroisse a été réunie à celle d'Avernes, et compte aujourd'hui trente-cinq clochers. De ce fait, les célébrations eucharistiques se font rares en l'église Saint-Crépin-Saint-Crépinien, et il n'y a plus que deux messes dominicales par année..
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
Régulièrement orientée, l'église répond à un plan cruciforme symétrique, et se compose d'une nef de quatre travées accompagnée de deux bas-côtés ; d'un transept largement débordant ; d'un clocher central s'élevant au-dessus de la croisée du transept ; et d'un chœur carré au chevet plat, à peu près des mêmes dimensions que les croisillons du transept. L'extension est-ouest est de environ, et l'extension nord-sud avoisine les (il n'est malheureusement pas précisé si les dimensions s'entendent hors œuvre ou dans l'œuvre). La hauteur de la nef serait de , ce qui semble correspondre à la ligne faîtière plutôt qu'à la hauteur sous le sommet des voûtes. Une sacristie occupe l'angle entre croisillon nord et chœur, et une tourelle d'escalier flanque l'angle sud-est du croisillon sud. L'ensemble de l'église est voûté d'ogives. On y entre par le portail occidental de la nef, ou plus habituellement par le portail latéral de la troisième travée du bas-côté sud. Nef et bas-côtés sont recouverts ensemble d'une toiture à deux rampants, avec deux demi-pignons à l'ouest, et une croupe au-dessus de la façade de la nef. Les croisillons et le chœur sont munis de toits en bâtière perpendiculaires au clocher, avec pignons au nord, à l'est et au sud..
Intérieur Nef et bas-côtés thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|Nef, élévation nord.
. La façade et les élévations latérales des bas-côtés annoncent une construction néoclassique un peu sommaire, comme on la voit à Brenouille, autre exemple d'une reconstruction de la fin de l'Ancien Régime, alors que la nef est en fait de style gothique. Il n'y a que la corniche au profil d'un méplat et d'une doucine qui court au-dessus des grandes arcades, ainsi que les blocs moulurés qui remplacent les chapiteaux du second ordre, pour rappeler les travaux de grande envergure menés en 1774. Les bas-côtés ont, bien sûr, souffert de la suppression des faisceaux de colonnettes, et le remplacement des fenêtres en lancette simple par des oculi n'est pas du meilleur effet. Mais ceci ne porte pas atteinte à l'impression de la nef, sauf en réduisant quelque peu sa luminosité. Même par un beau temps ensoleillé, la nef reste assez sombre. Il n'est pas certain si des fenêtres latérales existaient primitivement. Les lunettes de la voûte, soit l'espace compris entre les formerets et la corniche, ont été enduites, et décorées de bossages, ce qui obligerait de chercher les traces dans les combles des bas-côtés. Les piliers des grandes arcades sont plutôt courtes et paraissent un peu trapus, mais ils représentent exactement la moitié de la hauteur sous le sommet des voûtes, et les chapiteaux du second ordre se situent à peu de distance au-dessus du sommet des grandes arcades. Si des fenêtres hautes existaient, elles devaient être poussées haut sous le sommet des formerets, et se limiter à des oculi, comme à Grisy-les-Plâtres, Marly-la-Ville, Saint-Ouen-l'Aumône, Vallangoujard et dans le chœur de Jouy-le-Moutier.
La voûte de la première travée est précédée d'une courte section voûtée en berceau, qui est délimitée à l'ouest par un formeret au même profil que les ogives, soit un tore en forme d'amande entre deux cavets, et à l'est, par un arc-doubleau au profil d'un filet entre deux tores ordinaires, comme les doubleaux suivants. Ce ne sont pas les profils prismatiques de la période flamboyante qu'a cru voir Bernard Duhamel. On les retrouve dans les bas-côtés. Les formerets consistent en un rang de claveaux non moulurés, relié à la surface murale par un quart-de-rond, ce qui est inhabituel, et correspond presque à la corniche intérieure de la nef. Il devrait s'agir d'une reprise dans le cadre des travaux en 1774, alors que les profils des ogives et doubleaux cadrent bien avec le style gothique primitif, et excluent un revoûtement après la guerre de Cent Ans (dans les bas-côtés, les formerets se résument au rang de claveaux non moulurés). De même, les clés de voûte de la nef, qui sont ornées de petites rosaces de feuillages, sont tout à fait caractéristiques de l'époque de construction de l'église. Les clés de voûte des bas-côtés ne sont pas décorées pour la plupart, et les nervures des voûtes s'y croisent simplement, où on voit un petit disque sans sculpture. Sous la voûte de la première travée du nord, se lit le millésime de 1774, ce qui ne doit pas porter à croire que les voûtes datent de cette année.
Les blocs moulurés que le maître d'œuvre de 1774 a substitués aux chapiteaux du second ordre reposent sur trois colonnettes, qui sont d'un diamètre analogue et sont toutes placées sur le même plan. Selon Maryse Bideault et Claudine Lautier, cette disposition contribue à l'effet de platitude recherché dans le traitement des parois. On retrouve le même procédé à Beaumont-sur-Oise, Champagne-sur-Oise, Champeaux et Grisy-les-Plâtres. Les bases des colonnettes ont des socles cubiques, qui sont portés par les tailloirs des grosses colonnes cylindriques des grandes arcades. Les tailloirs sont sommairement profilés d'une plate-bande et d'un biseau, et de faible hauteur. Ils sont de plan carré, aux angles abattus. Les corbeilles des chapiteaux sont également de faible hauteur. Elles sont sculptées très simplement de feuilles plates striées, aux extrémités parfois recourbées en crochets, à raison de huit feuilles par chapiteau, ou de feuilles de nénuphar, à raison de douze feuilles par chapiteau. Des feuilles plus grandes alternent avec des feuilles plus petites. Sous le tailloir, un anneau se profile derrière les feuilles de certains chapiteaux, pour assurer ainsi la transition vers le plan rond des piliers. Le dernier chapiteau intact des bas-côtés se trouve dans l'angle nord-est du bas-côté nord. Quant aux bases, elles sont formées de deux tores, et dépourvues de griffes. Leurs socles sont de plan octogonal en haut, et de plan carré en bas.
Croisillons thumb|upright|Croisillon sud, vue vers le nord dans la croisée.