L'église Saint-Denis est une église catholique paroissiale située à Berville, dans le département du Val-d'Oise, en France. Son histoire reste encore à élucider. L'édifice associe un chœur gothique du , austère et non voûté, à un transept et un clocher en bâtière de style flamboyant, et une nef Renaissance avec bas-côté. Comme l'indiquent deux clés de voûte, sa construction date du règne de Henri II (1547-1559). La construction aurait été prise en charge par le seigneur local, René de Bucy, que l'on sait proche d'Anne de Montmorency. C'est vraisemblablement sur cette base que l'on a attribué la nef et son portail occidental, qui a été plaqué devant la façade en 1552, au sculpteur Jean Goujon, architecte du roi impliqué dans le chantier du château d'Écouen. Si le transept et le clocher sont de bon niveau, c'est surtout pour ses parties Renaissance que l'église Saint-Denis est remarquable, car les nefs de style Renaissance sont peu nombreuses dans le Vexin. L'église est classée aux monuments historiques depuis 1920.. Elle est aujourd'hui affiliée à la paroisse d'Avernes et Marines, et les célébrations eucharistiques s'y limitent à deux messes dominicales par an.
Localisation thumb|left|Approche depuis l'est.
L'église est située en France, dans la région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, à la limite avec le département de l'Oise, dans le Parc naturel régional du Vexin français, sur la commune de Berville, au milieu du village, rue d'Heurcourt. Cette rue serpente sur le versant nord du plateau agricole qui occupe le sud du territoire communal. Avec la rue du Carrouge, qui la prolonge vers l'est, elle concentre la plupart des habitations du village, qui appartient au type du village-rue. L'église est entièrement dégagée de constructions mitoyennes, et bâtie sur un éperon rocheux, sur une petite terrasse ceinte d'un mur de soutènement. Ainsi, l'église domine légèrement la rue, sur laquelle son élévation méridionale est alignée. Ce n'est qu'à hauteur de la façade occidentale que la rue atteint le même niveau que la terrasse, qui n'est autre que l'ancien cimetière. Ainsi, l'accès peut se faire de plain-pied. Un petit parking se trouve à l'ouest de l'église.
Historique thumb|left|Approche depuis le plateau. thumb|left|Clé de voûte de la nef - monogramme H d'Henri II.
La date de fondation de la paroisse n'est pas connue avec certitude. L'abbé Vital Jean Gautier la situe vers 1161. L'église est dédiée à saint Denis de Paris, premier évêque de Paris et fondateur de l'abbaye de Saint-Denis, martyrisé vers 250. Sous l'Ancien Régime, Berville relève du doyenné de Chaumont, de l'archidiaconé du Vexin français et de l'archidiocèse de Rouen. Le collateur de la cure est le prieur des Deux-Amants, à Amfreville-sous-les-Monts, dans l'actuel département de l'Eure.. L'histoire de l'église reste encore à élucider. Les différentes étapes de sa construction ne sont pas attestées par des documents, et doivent être identifiées par l'analyse archéologique.
De toute évidence, l'église Saint-Denis a été bâtie pendant trois campagnes de construction bien distinctes, dont la première remonte au . En résulte le chœur gothique à pans coupés. D'une architecture très dépouillée, il résiste à la tentative d'une datation plus précise. Selon Bernard Duhamel, il aurait été initialement voûté d'ogives. Ses voûtes et ses supports auraient disparu, et remplacés par un plafond lambrissé au . Or, en l'absence de toutes traces d'un potentiel voûtement, l'on saisit mal quel élément pourrait justifier l'hypothèse de l'existence ancienne de voûtes. Les contreforts visibles à l'extérieur sont dimensionnés pour résister à la poussée des voûtes, mais le projet de leur construction a bien pu rester sans suite. Il n'est pas sans intérêt de constater que la base du clocher, en même temps croisée du transept, a d'emblée été conçue pour se raccorder à un chœur non voûtée, alors qu'elle est postérieure à l'époque supposée de la disparition des voûtes du chœur. En effet, deux contreforts font saillie dans le chœur à l'est, sans départ d'ogives. Avec ses deux croisillons et le clocher en bâtière, la croisée du transept reflète le style gothique flamboyant, et date sans doute de la période comprise entre 1500 et 1530 environ. L'absence de toute influence de la Renaissance et le remplage des fenêtres parlent en faveur de cette période. La physionomie globale du clocher est toujours celle habituellement rencontrée dans le Vexin depuis le début de la période gothique. thumb|Clé de voûte de la nef - les trois croissants de lune Diane de Poitiers. thumb|Clé de voûte de la nef (même motif sur le portail).
La nef et son unique bas-côté nord ont été édifiés en dernier lieu, un quart de siècle plus tard, en pleine Renaissance. Le projet diffère de celui envisagé au moment de la construction du transept, qui portait sur une nef unique. Des pierres de réserve et des départs de voûtes visibles dans les combles en témoignent. Deux motifs des clés de voûte de la première travée permettent d'indiquer la fourchette comprise entre 1547, année de l'avènement de Henri II, et 1559, année de sa mort : ce sont le chiffre H pour Henri II, et les trois croissants de lune pour Diane de Poitiers, son épouse. Selon Charon et al., les travaux auraient été pris en charge par le seigneur local, René de Bucy. L'on connaît ses bons rapports avec Anne de Montmorency. C'est ainsi que l'on explique que le style de la nef s'inspire du château d'Écouen, alors en construction, et plus particulièrement des apports du sculpteur Jean Goujon, architecte du roi, actif à Écouen à partir de 1541. Il ne semble toutefois pas y avoir de preuves pour l'intervention personnelle de Goujon dans le chantier de l'église de Berville. Il s'achève par l'ajout du portail occidental, qui semble plaqué devant une façade préexistante, et porte la date de 1552. Pour Bernard Duhamel, il évoque un petit arc de triomphe, et son style serait presque classique. Un porche, ajouté postérieurement mais disparu depuis longtemps, a laissé son empreinte sur la façade...
Sous la Révolution française, la paroisse de Berville est rattachée au nouveau diocèse de Versailles, qui est érigé pour regrouper l'ensemble des paroisses du département de Seine-et-Oise. L'église est classée au titre des monuments historiques par arrêté du . En 1966, le nouveau découpage administratif de la région parisienne apporte la création du diocèse de Pontoise, qui correspond au périmètre du nouveau département du Val-d'Oise, et Berville change de diocèse pour une seconde fois. Le village n'a depuis longtemps plus de prêtre résident, et est aujourd'hui affilié à la très grande paroisse d'Avernes et Marines, qui ne compte pas moins de trente-cinq clochers. De ce fait, les célébrations eucharistiques se font rares en l'église Saint-Denis, et il n'y a plus que deux messes dominicales par an..
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
Orientée un peu irrégulièrement avec une nette déviation de l'axe vers le sud-est du côté du chevet, l'édifice répond globalement à un plan cruciforme, et se compose d'une nef de trois grandes travées barlongues, accompagnée d'un unique bas-côté au nord ; d'un clocher central en bâtière se dressant au-dessus de la croisée du transept ; d'un transept qui ne déborde qu'au sud ; et d'un chœur d'une seule travée, qui commence par une profonde partie droite, et se termine par une abside à pans coupés. Une tourelle d'escalier est logée dans l'angle entre nef et croisillon sud. Comme fréquemment, la nef ne se situe pas tout à fait dans l'axe du chœur, qui dévie légèrement vers le nord. Mais le plan de Bernard Duhamel, qui suggère un passage berrichon entre la nef et la base du clocher, est erroné. L'élévation de la nef est différente au nord et au sud. Au nord, elle est à deux niveaux, et comporte des grandes arcades et un étage de murs aveugles, sachant que le bas-côté est recouvert d'un toit en appentis en continuité avec le rampant nord de la toiture de la nef. Au sud, l'élévation de la nef ne compte qu'un seul niveau. La première travée du bas-côté est fermée par des cloisons, et accueille actuellement la sacristie. La nef, le bas-côté et le transept sont voûtés d'ogives. Le chœur est simplement plafonné, avec des poutres et solives apparentes. L'on accède à l'église par le portail occidental de la nef, ou par le petit portail latéral au sud de la troisième travée. La nef et les croisillons possèdent des pignons à l'ouest, au nord et au sud, tandis que le chœur est pourvu d'un toit à croupes.
Intérieur Nef et bas-côté thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|, élévation nord. thumb|upright|Nef, vue vers l'ouest.
Les nefs d'un style purement Renaissance ne sont pas nombreuses dans la partie valdoisienne du Vexin, où l'on ne peut citer guère qu'Épiais-Rhus, église entièrement Renaissance, et Saint-Gervais. À Magny-en-Vexin et Vétheuil, le gothique flamboyant domine encore à l'intérieur ; Marines est restée inachevée ; et Commeny et Théméricourt ont seulement été voûtées ou revoûtées à la Renaissance. Plus rares encore sont des nefs Renaissance aussi petites que Saint-Denis de Berville, ce qui fait en partie son intérêt. L'absence de bas-côté n'est pas une exception à la période flamboyante et à la Renaissance. Elle peut s'expliquer autant par le manque de place, que par les limitations du budget, ou par la volonté d'améliorer l'éclairage par la lumière naturelle. En l'occurrence, la nef est bien lumineuse, et d'une facture assez élégante grâce à son architecture soignée, mais de proportions trapues. Les chapiteaux des voûtes se situent à une hauteur équivalente à la largeur du vaisseau. Les grandes arcades n'atteignent pas cette hauteur, et sont donc très basses, de même que le bas-côté. L'influence flamboyante persiste, puisque les formerets longitudinaux sont toujours en arc brisé. Sachant que la profondeur des travées est inférieure à la largeur du vaisseau, cette astuce permet d'éviter de donner aux formerets un tracé en cintre surhaussé, avec des ogives comportant une section verticale au-dessus des chapiteaux. Selon les préceptes de la Renaissance, l'arc en plein cintre est appliqué à toutes les autres nervures, y compris dans les bas-côtés, ainsi qu'aux fenêtres et aux grandes arcades. Les élévations latérales en tiennent un manque de cohérence, qui s'aperçoit notamment en les regardant de face. Les grandes arcades et les fenêtres latérales ne s'accordent pas aux formerets. Dans les angles près de la base du clocher, les contreforts de ce dernier font saillie dans la nef, comme ils le font dans le chœur, du côté opposé. Le maître d'œuvre de la Renaissance les a laissés en l'état.