L'église Saint-Didier, anciennement dédiée à saint Éterne, est une église catholique située à Villiers-le-Bel, en France. Hormis deux murs et le croisillon sud remontant au premier quart du , l'édifice date essentiellement du dernier quart du et de la seconde moitié du , et les influences gothique flamboyante et Renaissance se superposent parfois dans une même partie de l'édifice. Or, le plan reste d'une grande homogénéité, et les façades tout comme l'intérieur sont assez harmonieux. Surtout les voûtes flamboyantes et les finitions Renaissance sont remarquables, dont les contreforts devant le bas-côté sud et le côté nord de la nef. L'église est classée monument historique depuis 1931. Des problèmes de stabilité ont rendu nécessaire une reconstruction entière du clocher en 2007.

Localisation

L'église est située dans le département français du Val-d'Oise, sur la commune de Villiers-le-Bel, dans le centre ancien, place Aristide-Briand. La façade méridionale, qui est la façade principale, donne sur la place Aristide-Briand, au point de confluence de la rue Gambetta et de la rue de la République. La façade occidentale, très peu décorée, donne sur l'étroite rue Victor-Gouffé, qui ne permet guère de la contempler avec du recul. Les deux autres façades donnent sur les emprises de l'école Saint-Didier. L'élévation septentrionale est visible de loin en montant la rue Victor-Gouffé ; le chevet n'est visible que de loin, en s'approchant depuis l'est, ou depuis l'entrée de l'école.

Historique thumb|upright|left|Façade occidentale. thumb|upright|Vue depuis le sud-est. thumb|upright|Contrefort Renaissance.

Une présence chrétienne est attestée à Villiers-le-Bel dès la fin de l'Antiquité. Rien n'est toutefois connu des édifices cultuels antérieurs à l'église actuelle. Pendant la première moitié du , Radulphe de Bel offre à l'église les reliques d'Éterne d'Évreux. Vers 1140, la famille Le Bel, seigneurs du lieu, fonde un prieuré attaché à la cure puis donne l'église et le prieuré à Étienne de Senlis, évêque de Paris. Ce dernier confie le prieuré à l'abbaye Saint-Victor de Paris, qui le conserve jusqu'à sa dissolution sous la Révolution française. Le prieur est en même temps le curé. La construction de l'église actuelle commence seulement au début du avec l'édification d'une nouvelle façade occidentale et du bas-côté sud. Le transept de l'église précédente est remplacé vers 1220. Ensuite, les travaux cessent et ne reprennent qu'au avec la construction d'un nouveau chœur au chevet plat et de ses collatéraux entre 1486 à 1498. La reconstruction de la nef commence également, mais n'est pas menée à terme...

Ce n'est qu'en 1546 que les marguilliers lancent une nouvelle campagne de travaux rendue indispensable par l'instabilité que la nef présente alors. Ces travaux sont financés par les habitants. Après consultation de trois maîtres-maçons, le marché est attribué à Guillaume Godart de Beauvais par contrat du . Tout d'abord, les voûtes du bas-côté sud sont refaites, puis les parties hautes de la nef sont reprises entre 1550 et 1554. La famille de Montmorency étant devenue seigneur de Villiers-le-Bel, elle participe désormais au financement et envoie des ouvriers supplémentaires en provenance des autres chantiers sur son territoire. En 1561, à la suite d'une demande d'Anne de Montmorency, l'église de Langres offre un os du bras Didier de Langres. Le connétable compte ainsi renforcer son impact sur la ville et raviver la foi catholique face à la Réforme. La nef est à son tour revoûtée, et le bas-côté nord est presque entièrement rebâti. Des arcs-boutants sont ajoutés pour étayer les murs, opération terminée en 1572. Trois ans plus tard, les travaux pour l'édification du nouveau clocher sont lancés. À partir de 1579, la direction du chantier est reprise par Nicolas Godart qui prend la succession de son père. La veuve d'Anne de Montmorency fait appel aux maîtres-verriers Nicolas Deloys puis Antoine Porcher.

Pendant le , l'église est équipée d'un riche mobilier baroque dans le cadre de l'effort de Contre-Réforme, la communauté protestante étant particulièrement nombreuse à Villiers-le-Bel. Les reliques sont également mises à contribution pour attirer davantage de fidèles. Le grand retable est installé en 1635, et en 1669, le marchand Denis Rehaut offre à l'église l'orgue. Un dernier agrandissement de l'église est entrepris en 1672, quand une chapelle est ajoutée au nord par le maître-maçon Charles Nepveu. Sous la Révolution, les reliques de saint Éterne se perdent. — L'édifice est classé au titre des monuments historiques par arrêté du .

Avec la démolition du mur extérieur du croisillon nord lui servant d'arc-boutant, la base du clocher se dressant au-dessus de la croisée du transept peine à supporter son poids et présente très tôt des désordres. Au , le clocher est presque entièrement reconstruit, mais l'on omet de consolider sa base. Il est par ailleurs recouvert d'une voûte d'arêtes en matériaux légers. La pile sud-ouest montre un important déversement qui atteint entre sa base et son sommet à la fin du , et les arcades sont déformées. Les cloches cessent de sonner dès 1992. Le clocher doit être étayé provisoirement, et en raison du risque d'effondrement et pour faciliter les travaux de remise en état, l'église est fermée au culte en 2002. La restauration commence finalement en 1998 et comporte trois tranches. L'opération la plus spectaculaire est la déconstruction du clocher, tout en laissant en place la charpente et le toit, reposant sur un échafaudage. Ensuite, le clocher est reconstruit à l'identique pierre par pierreCatholique95 - L'église de Villiers-le-Bel en travaux. Après huit ans de fermeture, l'église est rouverte aux fidèles le après des travaux de restauration totalisant un coût total de deux millions d'eurosLe Parisien - Les fidèles de Villiers-le-Bel retrouvent leur église, article du janvier 2011.

Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.

L'église suit un plan cruciforme et se compose d'une nef de quatre travées accompagnée de ses deux bas-côtés ; d'un transept non saillant ; d'un clocher central s'élevant au-dessus de la croisée du transept ; d'une chapelle d'une travée prolongeant le transept au nord ; et d'un chœur au chevet plat de deux travées, flanqué de deux collatéraux de pareille longueur. La structure des toitures est simple : les bas-côtés et collatéraux sont recouverts par des toits en appentis, et les parties hautes par des toits à deux rampants, avec des pignons aux quatre extrémités de l'église, soit du côté de la façade occidentale, du côté du chevet, et des deux côtés du transept. L'église possède deux accès, à savoir le portail occidental et le portail méridional dans la troisième travée du bas-côté sud..

Intérieur Nef et bas-côtés thumb|upright|Intérieur de la nef.

L'église paraît élancée et lumineuse. Le mur méridional du bas-côté sud, ses trois premières voûtes, quelques-uns de ses doubleaux et le mur occidental subsistent encore du Moyen Âge, sans révéler leur caractère gothique. Les arcades ouvrant dans le transept sont également contemporaines de ce dernier et datent donc des années 1220, même leurs faces orientées vers la nef et ses bas-côtés ; elles sont décrites dans le chapitre suivant consacré au transept. Tout le reste date du et illustre l'évolution progressive du style flamboyant vers le style de la Renaissance. Comme Charles Terrasse, beaucoup d'auteurs appliquent une définition plus chronologique qu'analytique des styles, et qualifient l'architecture du temps du règne de François de première Renaissance, et l'architecture Renaissance bien affirmée de seconde Renaissance : dans ce cas, toute la nef et ses bas-côtés sont considérés comme œuvres de la Renaissance, sans pour autant nier les nettes influences gothiques pendant les premières décennies. En tout cas, c'est du sud au nord que l'évolution s'observe à Villiers-le-Bel, plutôt que du bas vers le haut, comme c'est plus fréquemment le cas dans d'autres édifices : L'église a été successivement reconstruite travée par travée, mur par mur, tout en restant ouverte au culte. En résultent deux bas-côtés dépareillés, et même des élévations différentes de la nef au nord et au sud. Des voûtes homogènes et identiques dans toute la nef établissent le lien.

Bas-côté sud

La partie la plus ancienne est le bas-côté sud, qui n'a pas été entièrement reconstruit : les piliers ont été repris en sous-œuvre en 1547, même les piliers engagés dans le mur du sud, et les trois premières voûtes sont conservées. Les piliers se rapprochent encore de l'esthétique des supports fasciculés de la fin de la période rayonnante, tout en appliquant la logique des piliers ondulés de la période flamboyante, qui a tendance à supprimer les chapiteaux. Ainsi, les grandes arcades en arc brisé peu ouvert montrent des nervures prismatiques qui se fondent en partie dans les piliers d'un plan hexagonal, ou se continuent sur l'arête des piliers, et les piliers engagés dans les murs sont identiques sans présenter une consistance avec les nervures : elles subsistent des voûtes du et le raccordement entre nervures et supports a été négligé (sauf bien sûr au début de la quatrième travée, car ayant reçu une nouvelle voûte en 1547). Les chapiteaux anciens ont toutefois été supprimés, et contrairement à la logique des piliers ondulés, les doubleaux entre les voûtes retombent sur des consoles du côté des grandes arcades. Toutes ces consoles prennent appui sur un chérubin aux ailes déployées. La première met en scène cinq angelots nus debout, les deux autres les bustes de personnages penchés sur une balustrade. La sculpture est inspirée de la Renaissance italienne. On trouve une iconographie semblable sur les chapiteaux du chœur de Boran-sur-Oise et des grandes arcades du sud de Viarmes. Les clés de voûte sont sans intérêt..

Nef thumb|upright|Nef, vue depuis l'est. thumb|upright|Voûtes de la nef.

La nef est rebâtie entre 1548 et 1554, mais pas entièrement : manquent encore les voûtes des deux premières travées et sans doute le mur septentrional. Les archives de la fabrique ne sont plus complètes, mais aucun document ne témoigne d'autres travaux jusqu'au début des années 1570. Charles Terrasse suppose que les travaux s'interrompent ou qu'ils se concentrent uniquement sur le clocher, ce qui serait également plausible en tenant compte des actes conservés. L'élévation méridionale de la nef est stylistiquement très proche du bas-côté sud. Il est intéressant de remarquer que les piliers des grandes arcades ont d'abord été repris en sous-œuvre, comme déjà mentionné, alors que les murs hauts auraient été abattus quelques années plus tard seulement. Mais l'on voit que la fabrique passe un nouveau marché pour chaque étape de la reconstruction, ce qui est peut-être la clé de compréhension. En dépit de l'interruption des travaux qui se terminent vers 1572 pour la nef, toutes les voûtes sont homogènes. Ce sont des voûtes sur croisées d'ogives avec des liernes et tiercerons, formant le dessin dit en étoile à losange central. Pour Dominique Foussard, ces voûtes peuvent être considérées comme les éléments les plus remarquables de l'église..