L'église Sainte-Madeleine est une église catholique paroissiale située à Trie-Château, commune du Vexin français, dans le département français de l'Oise et la région Hauts-de-France.

Organisée tout en longueur, elle se compose d'un narthex roman tardif des années 1160, d'une nef unique romane des alentours de 1100 et d'un chœur gothique de deux travées d'une centaine d'années plus récent. Le narthex, avec sa façade à la décoration exubérante, et son ancien portail latéral nord également richement décoré, constitue l'une des œuvres romanes les plus extravagantes dans le Vexin. Il est souvent comparé au croisillon nord de l'église Saint-Étienne de Beauvais. Or, seul le rez-de-chaussée est authentique, excepté certains éléments abîmés refaits pratiquement à l'identique au cours de la restauration des années 1860/67. Les parties hautes sont une création néo-romane imaginée par l'architecte Aymar Verdier.

À l'intérieur, le narthex a été remanié, ou bien n'a jamais été achevé, car il n'est pas voûté, et des doutes sont permis que cela ait jamais été le cas. Il se trouve ainsi intégré dans la nef, mais séduit néanmoins par la décoration intérieure des fenêtres qui est presque analogue aux élévations extérieures. La nef proprement dite est de faible intérêt, mais elle partage avec le narthex une charpente gothique flamboyante munie d'une sablière sculptée et d'engoulants sous la forme de têtes d'homme grotesques, de facture rustique et d'un style naïf. Un arc triomphal fruste de dimensions restreintes ouvre sur le chœur gothique bâti vers 1200 à l'emplacement de l'ancien sanctuaire roman. Ce chœur constitue la seule partie de l'église qui soit voûtée d'ogives.

Son architecture est de bon niveau, comme le souligne la décoration des fenêtres, mais fait aussi certains compromis imposés par les contraintes économiques, dont l'appareil en moellons et les colonnettes non monolithiques. Le chevet plat est éclairé par un triplet, qui rappelle qu'un triplet de trois baies romanes en provenance de Trie-Château est exposé au Victoria and Albert Museum. L'église est classée monument historique par liste de 1862. Elle est au centre de la paroisse Vexin-Nord jusqu'à la création d'une paroisse unique pour la partie du Vexin affiliée au diocèse de Beauvais, en 2015.

Localisation thumb|left|Approche par l'ouest.

L'église Sainte-Marie-Madeleine est située en France, dans la région Hauts-de-France, dans le Vexin français, à l'extrémité sud-ouest du département de l'Oise, proche de la limite avec les départements limitrophes de l'Eure (Normandie) et Val-d'Oise (Île-de-France), sur la commune de Trie-Château, place de l'Église. Cette place, de forme triangulaire, correspond au centre du village, et se situe à l'intersection de la rue Nationale (RD 981) avec plusieurs autres rues, dont notamment la rue de la Gare et la rue des Écoles, qui se débranche de la rue Nationale un peu plus au sud et aboutit au pied de la façade occidentale de l'église. C'est celle-ci qui regarde la place. Le presbytère se situe à proximité, pratiquement en retour d'équerre, rue des Écoles, et ferme la perspective de vue sur l'élévation méridionale de l'église. Seul un étroit passage demeure libre entre l'église et le jardin du presbytère. Il dessert la sacristie. L'élévation septentrionale donne en revanche sur la voie publique, en l'occurrence un cul-de-sac qui relie la place au parc municipal du château. Le chevet de l'église est visible depuis le parc. Deux autres monuments historiques de Trie-Château jouxtent la place de l'Église, à savoir le château de Trie. qui abrite aujourd'hui la mairie, et l'ancien auditoire de justice, également ancienne mairie..

Historique L'histoire de la paroisse thumb|left|Vue depuis le sud-ouest.

Avec le partage du Vexin entre Guillaume le Conquérant, duc de Normandie et Philippe en 1077, le Vexin français est rattaché à la couronne. Ce statu quo n'est pas accepté par Robert II de Normandie, entré en pouvoir en 1087, qui envahit le Vexin français avec ses troupes à plusieurs reprises (dès 1087, puis en 1094, et en 1097 / 1098). Le château de Trie-la-Ville n'est pas très favorablement situé pour assurer la défense des frontières du Vexin français. C'est dans ce contexte qu'intervient la fondation de Trie-Château en tant que place forte dépendant de Trie-la-Ville, vers l'an 1100. La nouvelle ville est d'emblée dotée d'une église, car sa nef est effectivement datable de l'époque en question. Sous tout l'Ancien Régime, la paroisse de Trie-Château relève de l'archidiocèse de Rouen, de l'archidiaconé du Vexin français avec siège à Pontoise, et du doyenné de Chaumont-en-Vexin.. La cure est à la présentation du seigneur, de même qu'à Trie-la-Ville, Villers-sur-Trie, à la maladrerie Saint-Lazare, à la chapelle Sainte-Marguerite et à celle du château. La patronne de l'église est sainte Marie-Madeleine.. Sous la Révolution française, les diocèses sont organisés par département, et la paroisse de Trie-Château est ainsi rattachée ⁷au diocèse de Beauvais avec l'ensemble du département de l'Oise, avant que le culte ne soit interdit sous la Terreur. Le concordat de 1801 apporte la suppression du diocèse de Beauvais à la faveur du diocèse d'Amiens, qui est annulée en 1822. Trie-Château demeure pendant les une paroisse indépendante. Dans le cadre de la définition de quarante-cinq nouvelles paroisses à l'échelle du diocèse en 1996, motivée par le manque de prêtres, Trie-Château devient même le siège de la grande paroisse Vexin-Nord. Au début de l'année 2015, les trois paroisses de Vexin-Nord, Chaumont-en-Vexin et Vexin-Sud fusionnent à leur tour pour former la nouvelle paroisse Saint-François-d'Assise du Vexin, qui s'étend sur quarante-huit communes... Le presbytère de Trie-Château est habité par le vicaire de la paroisse du Vexin jusqu'à la suppression du poste en 2018. Des messes dominicales anticipées sont toujours célébrées chaque samedi soirPour le calendrier des célébrations, cf. ..

Les campagnes de construction thumb|Vue depuis le sud-est.

L'église de Trie-Château a toujours été à vaisseau unique. Elle se compose au départ de la nef déjà signalée, qui commence à l'arrière de la façade actuelle, et d'un sanctuaire dont l'on ignore les caractéristiques. Au cours des années 1160, une certaine activité de construction est déployée à Trie-Château. Sur la grande route, l'on édifie l'auditoire de justice, et l'église est prolongée vers l'ouest par l'adjonction d'un narthex, probablement à usage du seigneur et de ses proches, comme le suggère Dominique Vermand.. Cette fonction noble justifie la recherche architecturale et la richesse sculpturale extraordinaire dont la construction fait preuve. La dignité du seigneur en tant que collateur de la cure n'y est certainement pas non plus étrangère. L'église n'a jamais abrité un chapitre et n'a jamais été associée à un prieuré. Comme à Lavilletertre et Saint-Leu-d'Esserent, le narthex s'organise sur deux niveaux, avec un plafond intermédiaire. C'est vraisemblablement à la tribune qu'incombe la fonction de chapelle seigneuriale. Lieu de passage, le rez-de-chaussée assure plutôt les fonctions habituelles d'un porche (accueil des jeunes enfants non encore baptisés, des indigents, et des personnes excommuniées, catéchisme…). C'est l'hypothèse proposée par Philippe Bonnet-Laborderie. et Jacques Thiébaut. L'hypothèse défendue par Pierre Héliot, que le rez-de-chaussée aurait servi d'enclos funéraire pour la famille seigneuriale, n'est pas partagée par les autres auteurs. Thiébaut est par ailleurs persuadé que les ouvertures du porche auraient initialement été ouvertes sur l'extérieur (donc pas de vitrages, ni de vantaux de porte).. L'on suppose que tout l'intérieur a été remanié, car le narthex apparaît comme une partie de la nef, et il n'y a pas de voûtes, contrairement à Lavilletertre et Saint-Leu-d'Esserent. Cependant, il n'est pas assuré que le narthex ait jamais été achevé à l'intérieur, et la disposition des colonnettes n'est pas compatible avec un voûtement régulier (voir la description). Vers la fin du ou au tout début du , le chœur primitif roman est remplacé par un nouveau chœur gothique de deux travées successives, terminé en chevet plat. L'église prend ainsi sa forme actuelle. L'on ne rapporte pas de remaniements au contrairement à la plupart des églises du Vexin. Le petit clocher en charpente, assis sur la toiture du chœur, est toutefois postérieur à la période gothique. Le mur sud du narthex est quant à lui rebâti en 1720, et perd son caractère roman.

La restauration de l'église thumb|upright|Narthex, élévation nord, fenêtre de droite, chapiteau médian : seule la partie inférieure de la corbeille du côté gauche a été refaite. thumb|upright|Engoulant de la charpente de la nef, déposé en 2011.

Dès 1827, Louis Graves note que l'église Sainte-Marie-Madeleine constitue un monument intéressant pour les amis des arts. La façade se trouve alors en mauvais état. Quelques travaux sont effectués en 1840 par M. Poulet.. Un relevé est effectué en 1849. Sans doute en raison du manque de moyens, le premier projet de restauration, porté par l'architecte départemental Bourguignon, n'est pas suivi d'exécution. En 1857, le comte Joseph Arthur de Gobineau acquiert le château de Trie. Il intervient alors auprès des autorités pour débloquer les crédits nécessaires à une restauration de l'église. Elle commence par la démolition du porche en bois qui masque le portail, en 1860, et dure jusqu'en 1867. Selon Bernard Duhamel, elle serait confiée à Joseph Auguste Émile Vaudremer.. Les autres auteurs indiquent toutefois Aymar Verdier. Son projet rencontre l'opposition de Prosper Mérimée. Plutôt que d'une restauration dans le sens propre du terme, il s'agit en effet d'une reconstruction presque intégrale. Si Bernard Duhamel n'a pas l'impression que ces travaux dénaturent l'esprit de l'édifice roman, Jacques Thiébaut qualifie la restauration de radicale et abusive, et Dominique Vermand parle d'une démarche condamnable au point de vue de la conservation du patrimoine. C'est notamment la réinvention des parties hautes de la façade qui est incriminée, avec la création d'une rosace qui n'a jamais existé en cet endroit, d'un réseau de losanges sur le pignon inspiré du croisillon nord de l'église Saint-Étienne de Beauvais, et le placement de deux colonnes fantaisistes surmontées de griffons au-dessus des contreforts du premier niveau.

Quoi que l'on pense des ajouts apportés à l'édifice par Verdier, il a le mérite d'avoir remis au jour l'ornementation des deux fenêtres et de la porte bouchées au nord du narthex, qui étaient méconnaissables et dissimulées sous un crépi. D'autre part, le rapprochement avec Saint-Étienne de Beauvais n'est pas fortuit, car les parties authentiques du narthex de Trie-Château renvoient effectivement à cette grande église romane, et aussi à Saint-Germer-de-Fly. L'on y retrouve le (Bernard Duhamel) ou (Dominique Vermand) qui évoque davantage l'art roman du Sud-Ouest de la France que les créations habituelles dans la région. Pour Dominique Vermand, seul le portail et la baie à sa gauche sont authentiques. Si tout au-dessus de la frise de feuilles entablées qui sépare les deux niveaux d'élévation est incontestablement du , la réalité est un peu plus nuancé. Le portail et la baie à sa gauche comportent eux aussi des éléments refaits, et la baie garde des années 1160 l'archivolte, quelques bases et la frise à la limite de l'allège. Au nord, les éléments authentiques sont majoritaires. Au lieu d'être entièrement remplacés, certains chapiteaux ont été reconstitués grâce à des incrustations, méthode pas aussi radicale que la création de toutes pièces des parties hautes de la façade. Avec l'ancien hôtel de ville (auditoire de justice) et le dolmen., l'église est classée aux monuments historiques assez tôt, alors que les travaux de reconstruction sont en cours, par la liste de 1862.