La collégiale Saint-Évroult de Mortain est une ancienne collégiale et chapelle royale qui se dresse sur le territoire de la commune française de Mortain, dans le département de la Manche, en région Normandie. L'édifice est classée au titre des monuments historiques.

Localisation La collégiale Saint-Évroult est située sur la commune de Mortain, dans le département français de la Manche.

Historique vignette|redresse| vignette|redresse| vignette|redresse|

La fondation La collégiale de Mortain est fondée en 1082 par Robert, comte de Mortain, frère utérin de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie et roi d'Angleterre.

Robert et son épouse Mathilde de Montgommery achèvent de bâtir l'église de Mortain et l'érigent en collégiale en honneur de Dieu et de saint Évroult avec le consentement du roi Guillaume, de ses barons et de Michel, évêque d'Avranches.

Robert établit des chanoines sur ses propres ressources pour le salut de son âme, du roi son frère, de ses ancêtres et de ses enfants. La collégiale a un doyen et huit prébendes, sept autres prébendes sont fondées par les barons du comte.

Guillaume de Mortain, fils du fondateur, ajoute l'église d'Yvrandes avec le fief du curé pour le chanoine revêtu de la dignité de doyen. Un chanoine grand-chantre est institué avec des revenus particuliers. Pour les autres prébendes, le comte assigne l'église de Saint-Clément avec la portion appelée le désert, quinze acres de terre, la dîme de la paroisse et de la foire du lieu et celles des vacheries et des bergeries, la dîme de toute la forêt de la Lande Pourrie, des blés, du panage, du pâturage et la dîme de la moitié de la foire de Saint-Pierre-d'Entremont.

Le comte Guillaume fonde une autre prébende avec toutes les églises de Tinchebray avec les dîmes et la terre de l'aumône, les dîmes de la foire Saint-Luc, de la forêt, panage, moulins, fours, une rente sur le Trésor et deux acres de terre.

À la demande du comte Robert, Onfroy du Champ-Ernoult fonde une autre prébende avec l'église de Saint-Pierre près de Tinchebray avec sa dîme et deux-cent acres de terre sur cette paroisse. Raoul Vallée y ajoute quarante acres de terre.

Il est établi par le comte que dans tout le val de Mortain, il n'y aurait pas d'autre école que celle de Saint-Évroult et, si une autre est découverte, les livres seront confisqués par les chanoines et mis au trésor de la collégiale.

Les chanoines, chapelains particuliers du sire de Mortain, ont droit à une partie des offrandes, le doyen et le chantre ont droit à sa table quand il réside à Mortain. Ils sont libres et affranchis de toute coutume sur le territoire de Mortain. L'évêque d'Avranches affranchit la collégiale du synode et de toute coutume épiscopale.

Guillaume, roi d'Angleterre, Robert, comte de Mortain, sa femme Mathilde, son fils Guillaume, l'archevêque de Rouen Guillaume, l'évêque d'Avranches Michel, l'évêque de Bayeux Eudes, l'évêque de Coutances Gaufride, et l'évêque de Lisieux Gilbert Maminot assistent à la dédicace et souscrivent à la fondationAbbé Dumaine : Tinchebray et sa région, tome : 1, pages: 23-25, Vidimus en latin par Philippe de Valois en 1330, page 503..

En 1204, la collégiale est en partie détruite par un incendie lors de la conquête de la Normandie par Philippe Auguste. Elle sera reconstruite à partir de 1216 quand le comté de Mortain fut confié à Philippe Hurepel, fils naturel du roi..

Les prébendes La collégiale possède deux prébendes de dignités, le doyen et le chantre, quatorze prébendes dont la prébende de Gorron à laquelle sera annexée la théologale.

Prébendes du Rocher, de Beuzeville, du Mesnil-Gilbert, de Condé, de Reffuveille, de Montigny, de Virey, de Husson, de Touchet, de la Mancellière, de Gorron, du Fresne, de Saint-Pierre de Tinchebray, de Notre-Dame de Tinchebray.

En 1575, le chapitre possède le fief de Saint-Barthélemy avec le patronage et la présentation de l'église paroissiale, un petit fief à Saint-Jean-des-Bois, un membre de fief en la bourgeoisie du Teilleul, la maison du doyenné de Mortain, les moulins le roi près de Pont-Bossard, les recettes de la foire de Saint-Pierre à Juvigny et diverses rentesMémoires de la société d'archéologie, de littérature, sciences et arts d'Avranches, 1898, page 202..

Les études À la suite de la guerre de Cent Ans et des troubles de la fin du , l'écolâtre prébendé de Gorron n'est plus assez riche pour rétribuer des régents et l'instruction s'éteint.

En 1609 est affecté un docteur en théologie chargé de prêcher et de catéchiser avec cette prébende. Il prêche les dimanches et fêtes et donne trois fois par semaine une leçon publique de l'Écriture Sainte. Le titulaire d'une prébende préceptorale instruit gratuitement les jeunes enfants de la ville de Mortain. Il prêche, catéchise et fait des leçons et exhortations au chapitre et aux ecclésiastiquesArchives départementales de la Manche, A 717..

Vers 1700, les bourgeois de Mortain se plaignent que le théologal ne propose plus de régents et ils en nomment un auquel le chapitre donne une maison et des émoluments attachés à l'écoleArchives départementales de la Manche, A 718..

En 1704, le duc d'Orléans rétablit le collège. En 1745, les prébendes sont modifiées et la prébende de Gorron est répartie entre le théologal élu par le chapitre et les régents du collège, le surplus est réparti entre le curé et ceux qui l'assistent au chœur. En 1789, le collège a quatre professeurs dont un laïcAbbé Lerosey, Notices, mémoires et documents publiés par la société d'agriculture, archéologie et d'histoire naturelle du département de la Manche, 1904, pages: 105-106..

Le développement et la fin Le fondateur de la collégiale, Robert de Mortain choisit Vital de Savigny comme chapelain et chanoine de la collégiale. Il occupe cette charge pendant vingt ans. En 1154, les habitants de Mortain s'emparent du corps de saint Guillaume Firmat et ses reliques sont élevées dans la collégiale en 1157 par Herbert, évêque d'Avranches, et Hugues, archevêque de RouenNotices, mémoires et documents publiés par la société d'agriculture, d'archéologie et d'histoire naturelle du département de la Manche, page: 54.. Elles se trouvent toujours sur un autel du bas-côté sud de l'église.

L'église actuelle date de 1230 et est due au financement de Mathilde de Dammartin, belle-fille de Philippe Auguste., et épouse du comte de Mortain Philippe Hurepel de Clermont (1234), qui donne la somme énorme pour l'époque de mille livres.

En 1256 et 1263, lors de ses visites pastorales, Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, fait de nombreuses remarques sur la tenue et la non résidence de nombreux chanoines. Il nomme la collégiale CAPITULUM SANCTI FIRMATI, ce qui prouve qu'avec les reliques de saint Guillaume Firmat, l'église l'associe à saint ÉvroultVisites pastorales d'Eudes Rigaud, pages: 245 et 458..

Pendant les guerres de Religion, les chanoines sont inquiétés par les protestants. En 1562, ils protestent contre un édit du duc de Bouillon demandant qu'on leur laisse les armes et moyens de se défendreArchives départementales de la Manche, A 692.. En 1582, la marquise de Montpensier donne aux dix vicaires, deux marguilliers et quatre enfants de chœur, douze acres de terre au « Breuil » de MaisoncellesArchives départementales de la Manche, A 737. et vers 1600, le duc de Montpensier accorde à la collégiale cent écus pour la réédification des orgues pillées par les protestantsArchives départementales de la Manche, A 738.. Pour une meilleure protection, en 1602, le parvis de l'église reçoit une clôtureArchives départementales de la Manche, A 490..

En 1700, le chapitre a deux dignités, le doyen et le chantre, quatorze chanoines, huit vicaires, deux sacristains et quelques habitués et chapelains qui jouissent de de rente pour leur subsistance et l'entretien des chanoines présents, des huit vicaires et six enfants de chœur. Pour les réparations de l'église, le doyen a de rente, le chantre et le théologal chanoine de Gorron Pierre Gouhier, L'intendance de Caen en 1700, page: 531.. En 1756, les chanoines sont réduits à douze sous la direction du doyen et du chantre. En 1791, les chanoines qui perdent leurs revenus sont indemnisés, le doyen du chapitre, Léon Des Roys titulaire de la prébende d'Équilly : , Olivier de Cren de Kerbulo, grand chantre, prébendes de Cuves et Saint-Laurent n'a rien demandé, Étienne Julien Lebel, prébende de Tinchebray et curé de Mortain : . À sa demande, le département lui donne le maître-autel, la lampe d'argent et le dallage en marbre de l'abbaye de Savigny. Les chanoines tenant les prébendes de Beuzeville : , Husson : , Condé : , Touchet : , Saint-Pierre-de-Tinchebray : , Mesnil-Gilbert : , : , Montigny : , Fresne : , Sablonière : et le chanoine Michel Barbey : H. Sauvage, Mortain pendant la terreur..

Sigillographie Sceau ogival du du chapitre de Mortain : deux bustes à côté l'un de l'autre, celui de dextre tête nue, celui de senestre tête mitrée, accompagnés en haut et en bas d'une croix fleurieG. Demay, Inventaire des sceaux de Normandie, , page 261..

Description vignette|gauche De l'église primitive, incendiée en 1204, il ne reste que le portail géométrique roman de la façade sud, du début du . L'édifice a été reconstruite entre 1230 et 1250 par un architecte français attaché au service du comte Philippe Hurepel, pour la nef, et par un architecte normand pour le chœur, ce qui lui donne un caractère extrêmement homogène.

L'aspect intérieur a été profondément modifié par la restauration de 1993 qui a mis en valeur la voûte en bois qui était recouverte de plâtre, limitait la hauteur de la nef et lui faisant perdre son élégance.

La collégiale, construite en granit, rappelle par ses profils et le détail de sa construction la cathédrale de Lisieux. Elle présente peu de caractères de l'art normand et on peut la rattacher à l'architecture de l'Île-de-France, avec notamment ses tailloirs carrés aux angles abattus des massives colonnes qui appartiennent au premier style gothique de l'Île-de-France. En revanche les faisceaux de trois colonnettes adossées aux murs goutterots et qui reçoivent les retombées des voûtes sont normands, tout comme le chœur et le haut clocher latéral, avec ses contreforts d'une seule volée et ses baies étroites, édifiés par un autre architecte et qui a employé les motifs propres au style normand : culots coudés, tailloirs ronds ou polygonaux, ainsi que l'étage intermédiaire de fenêtres aveugles destinées à l'aération des combles qu'on retrouve à l'abbatiale de Lonlay.

Son plan sans transept et à déambulatoire se retrouve à la collégiale de Mantes, à l'abbatiale de Saint-Leu-d'Esserent, à Gonesse, à Poissy.

Elle comprend une nef à neuf travées terminée par un chevet circulaire avec des bas-côtés qui se continuent autour du chœur formant un déambulatoire sur lequel s'ouvre une unique chapelle. Les bas-côtés sont voûtés d'ogives, la nef est soutenue par de grosses colonnes sur bases carrées, le tailloir supportant trois colonnettes et de grandes arcades réunissaient les nefs en cintres brisées avant la restauration. Le triforium est remplacé par de petites baies en tiers-point, dans l'abside qui est postérieure à la nef, les bases des colonnes sont circulaires et une seule colonnette part du tailloir vers le faîte de l'édifice. D'un point central de la voûte du déambulatoire partent cinq branches d'ogives. La chapelle de la Vierge est composée d'une baie droite et d'une abside voûtée d'ogives.

La façade très simple est divisée en trois parties par des contreforts. Le portail occidental (vers 1230) est flanquée d'arcatures latérales aveugles. À la hauteur du chœur, le maître de l'œuvre avait projeté deux tours carrées, une seule () à l'épaule droite coiffée en bâtière est achevée et se distingue par la hauteur inusitée de ses baies géminéesLe bulletin monumental, 1911, pages: 313-317.. La tour gauche, qui n'a pas été construite, abrite dans sa souche le logement du custos (sacristain).

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