L'église Saint-Gervais-et-Saint-Protais est une église catholique paroissiale située à Bessancourt, en France. Bien que le village ait été érigé en paroisse en 1189, l'analyse de l'architecture de l'église ne permet pas de faire remonter la construction des parties les plus anciennes, le chœur et le transept, beaucoup avant le milieu du . Les travaux commencent donc après la fondation de l'abbaye de Maubuisson, dotée de Bessancourt et de Frépillon dès l'origine grâce à la générosité de Blanche de Castille. De style gothique rayonnant, le chœur, la croisée du transept et le croisillon sud sont d'une finesse que l'extérieur très sobre ne laisse pas soupçonner : seul le remplage délicat des fenêtres témoigne de la construction avec grand soin. La nef et ses bas-côtés sont d'une facture moins élégante et de toute évidence plus récents. Les grandes arcades avec leurs gros piliers cylindriques isolés évoquent le style gothique primitif, mais les frises en dessous des tailloirs, le pilier sud-est du clocher, les bas-côtés et les fenêtres hautes révèlent un style gothique flamboyant du dernier quart du . Construite après la guerre de Cent Ans, la nef et les bas-côtés reprennent peut-être une partie des dispositions de leurs prédécesseurs, mais présentent en tout cas certains anachronismes. Une certaine lourdeur n'empêche pas un décor sculpté de grande qualité, notamment sur les frises des piliers. Le clocher et la façade occidentale ont été achevés vers 1527, l'une des rares dates connues avec certitude grâce à une inscription gravée. Ultérieurement, peu avant ou après le milieu du , le croisillon nord est entièrement bâti à neuf dans le style de la Renaissance. La décoration intérieure est partiellement en bois et trahit que cette partie est demeurée inachevée. La nef est vraisemblablement voûtée en 1561 ou 1573 seulement, ce qui explique que ses nervures retombent sur des consoles. L'église est restaurée successivement entre 1860 et le début du . Elle est classée au titre des monuments historiques par arrêté du .. Une deuxième grande campagne de travaux a lieu pendant les années 1990 et 2000.
Localisation
L'église est située dans le département français du Val-d'Oise, sur la commune de Bessancourt, à l'est du centre-ville, le long de la Grande-Rue qui passe devant la façade méridionale et le chevet. La façade occidentale donne sur le parvis de l'église, qui se prolonge vers l'ouest par la place du marché, et vers le nord par le parc Keller. Seule l'élévation nord de l'édifice est moins bien visible et donne en partie sur la maison paroissiale, près du croisillon nord. Avec cette exception, l'église est dégagée d'autres constructions et bien visible de tous les côtés.
Historique Les origines thumb|left|Élévation sud.
À l'époque des règnes de Pépin le Bref et de Charlemagne, existe un comté du nom de Bercaudus qui entretient des rapports avec l'abbaye de Saint-Denis. Aucun élément ne permet de savoir de quelle entité dépendait ce comté, mais il est probable que le nom donne Bercaudicurtis puis se déforme en Bercencourt, et corresponde ainsi au Bessancourt actuel. Mais jusqu'au Moyen Âge central, il ne s'agit que d'un hameau de la paroisse de Taverny, érigé en paroisse par Maurice de Sully, évêque de Paris, en 1189 seulement. La présentation à la cure appartient à l'abbé de l'abbaye Saint-Martin de Pontoise. Dans les Pouillés antérieurs au règne de saint Louis, il est fait référence à la nouvelle paroisse sous l'appellation de Bercencourt justement. Le village appartient à la famille Tirel, seigneurs d'un territoire assez considérable qui s'étend jusqu'à Pontoise, mais originaire de Poix-de-Picardie. En 1240, Hugues II Tirel le vend à Blanche de Castille, qui en dote l'abbaye de Maubuisson qu'elle fonde l'année suivante. Les abbesses de Maubuisson sont souvent qualifiées de Dames de Bessancourt, Sognolles et Frépillon (Sognolles étant un hameau de Frépillon)...
La construction de l'église thumb|upright|Croisée du transept, vue dans le chœur : cette partie est la plus ancienne de l'église.
Comme fréquemment, ce semble être la donation de la paroisse à une puissante abbaye qui déclenche la construction d'une nouvelle église. Le chœur, la croisée du transept et le croisillon sud qui sont ses parties les plus anciennes sont de style gothique rayonnant, et correspondent tout à fait à une période de construction autour du milieu du (bien que l'abbé Lebeuf parle du ). Près de la porte de la tourelle d'escalier du clocher, une plaque commémorative de la bénédiction de trois cloches le dit que l'église aurait été consacrée vers 1185 par Maurice de Sully, mais aucune foi ne peut être prêtée à cette affirmation qui n'est pas confirmée par les sources. Richard Fumey pense qu'il s'agit d'une chapelle, mais il s'agit de toute évidence d'une simple confusion entre érection du village en paroisse et consécration de l'église. Une chapelle a bien dû exister au moment de la création de la paroisse, mais elle n'est mentionnée dans aucun document, et aucune trace construite n'en subsiste. Après l'édification du chœur et du transept de la nouvelle église au , sa nef a encore dû servir pendant une certaine période jusqu'au début des travaux pour la nef actuelle.
L'église est dédiée à saint Gervais et saint Protais, et la fête de la translation de leurs reliques est célébrée dans la paroisse le . La fête de la Dédicace a lieu le premier dimanche de septembre. Il paraît que l'église n'ait jamais possédé de reliques importantes de ses saints patrons. Au , il n'y en a plus aucune. En revanche, l'une des abbesses de Maubuisson lui a offert des reliques de l'une des compagnes de sainte Ursule. Dans tout l'Ordre cistercien dont dépend Maubuisson, les reliques de sainte Ursule sont assez répandues. Les vitraux d'origine du chœur, en majeure partie perdus aujourd'hui mais observés encore par l'abbé Lebeuf vers le milieu du , étaient dans la tradition de l'ordre de Cîteaux, qui favorisait les vitraux en grisaille au lieu des vitraux polychromes. L'un des vitraux avait été offert par Robert de Berceucourt (Bessancourt), chanoine de Paris. Il était représenté agenouillé sur ce vitrail, accompagné de l'inscription de son nom. L'on sait que Robert était official de Paris en 1270 et qu'il fut doyen de Bayeux à la fin de sa vie. Un panneau représentant une abbesse de Maubuisson et son blason avait été ajouté ultérieurement. D'après le blasonnement relaté par l'abbé Lebeuf, il devrait s'agir d'Angélique d'Estrées, abbesse en 1594..
Des hypothèses ont été formulées, selon lesquelles Robert de Berceucourt aurait donné l'impulsion pour la construction de la nouvelle église ; d'autres attribuent ce rôle à Blanche de Castille. Or, aucun document relatif à la construction de l'église n'est connu. Seul ses liens avec l'abbaye royale de Maubuisson ne font pas de doute. C'est dans ce sens qu'il convient sans doute d'interpréter le réseau flamboyant de la fenêtre occidentale de la nef, dans lequel apparaît une fleur de lys. Tout en reconnaissant le style flamboyant de cette baie, Richard Fumey affirme qu'elle aurait été percée en 1316, postérieurement à la construction de la nef (tout en sachant qu'aucun document sur la construction n'existe, ni d'inscription portant cette date, et que Fumey lui-même date la nef du seulement). Le réseau de l'apogée de l'art flamboyant de la fenêtre occidentale est en tout cas postérieur à la guerre de Cent Ans. Une autre légende voudrait que l'église aurait été initialement placée sous le vocable de Notre-Dame, légende non relatée par l'abbé Lebeuf. L'abbaye de Maubuisson et l'église de la paroisse-mère de Taverny sont effectivement dédiées à la Vierge..
Problèmes de datation de la nef et des bas-côtés thumb|Les grandes arcades de la nef correspondent au style gothique primitif, mais les nervures pénétrant dans les tailloirs et les frises reflètent le style flamboyant.
Si le chœur, la croisée et le croisillon sud sont homogènes et ne suscitent pas de questions de datation, la détermination de la période de construction de la nef s'avère plus problématique. Elle est globalement d'un style gothique flamboyant peu avancé : les moulures des grandes arcades se fondent dans les tailloirs des piliers cylindriques isolés, mais ne sont pas prismatiques, et il y a encore des fenêtres hautes, mais plus de triforium ou galeries. Les piliers n'ont plus de chapiteaux à proprement parler, mais sont décorés de frises à leur emplacement habituel. Un décor végétal alterne avec de petits animaux fantastiques ou des cherubins. L'on peut voir des frises de motifs similaires dans le bas-côté sud de l'église Saint-Didier de Villiers-le-Bel ou sur une partie des murs hauts du transept de la cathédrale Notre-Dame de Senlis. Les nervures des voûtes de la nef retombent sur des culs-de-lampe. La pile sud-est du clocher qui correspond au premier pilier des grandes arcades du nord est ondulé, comme dans l'église Saint-Denis de Méry-sur-Oise. Son appareil est homogène avec celui des murs, et une inscription indique que le clocher ait été bâti (terminé) en 1527. Le long des murs des collatéraux, il n'y a plus de tailloirs, et les nervures des voûtes sont prismatiques et pénétrantes...
En faisant le rapprochement avec l'architecture religieuse de la région pendant le dernier quart du , la nef et les bas-côtés de Bessancourt pourraient bien dater de cette époque, un ralentissement du chantier pouvant expliquer la date relativement tardif de 1527. À cette époque, les nervures des voûtes de la nef sont généralement pénétrantes dans les églises de la région, et les fenêtres hautes se font rares. L'abbé Jean Lebeuf estime que la nef avait deux cents à trois cents ans d'âge, ce qui correspond à une époque comprise entre 1450 et 1550 environ, et le baron Ferdinand de Guilhermy qui visite l'église pendant les années 1860 propose une datation au début du . Richard Fumey parlant d'un de l'église de Bessancourt, il n'a pas tort en pensant aux grandes arcades en tiers-point, dont la configuration est encore assez proche du style gothique primitif. L'on doit toutefois s'interroger pourquoi il suppose que la construction de la nef se serait faite au , à la suite de l'achèvement du transept : le style flamboyant n'existe pas dans la région au , période trouble marquée par la guerre de Cent Ans, n'ayant donné ici que des extensions d'églises existantes dans un style rayonnant tardif. Peut-être bien que la nef a été achevée pendant le premier quart ou la première moitié du , sous l'abbatiat d'Isabelle de Montmorency qui dure de 1308 à 1354, mais dans ce cas, elle aurait été en grande partie reconstruite après la guerre de Cent ans : ceci expliquerait certaines dispositions anachroniques, comme notamment le profil des grandes arcades, leurs gros piliers cylindriques et les fenêtres hautes, le maître d'œuvre s'inspirant des vestiges de l'ancienne nef. Une reprise en sous-œuvre des piliers n'est pas non plus à exclure.
La reconstruction après la guerre de Cent Ans thumb|Le pilier ondulé au début des grandes arcades du nord avec sa frise de pampres et ses deux chérubins reflète le style flamboyant.