L'église Saint-Hilaire est une église catholique située sur la commune de Challement, dans le département de la Nièvre, en France.

Présentation « Cette église paroissiale d'un modeste village mérite de retenir notre attention par la riche décoration de son chevet et surtout de son gros clocher-porche. Si les statues, et en particulier celle de la Vierge, d'une exécution un peu naïve, ne sont pas l'œuvre d'un grand artiste, les statuettes des saints sont d'un bon travail et malgré la lourdeur des draperies ne sont pas dépourvues de grâce ; mais c'est surtout l'habileté de la technique et le sens de la décoration qui apparaissent dans ces deux ensembles »Marcel Anfray, La cathédrale de Nevers et les églises gothiques du Nivernais, Paris, Picard, 1964, p. 174..L'édifice est ouverte sur demande. Il faut s'adresser à la mairie pour obtenir les clés.

Historique

Général La paroisse de Challement est mentionné pour la première fois en 1136 lorsque l’évêque Fromond donne à l'abbaye Saint-Martin de Nevers l’église de Boisgirault et ses dépendances :« Ecclesia Nemoris Geraudi cum ominbus appeditiis suis, videlicet ecclesiam de Huberto (Hubans), ecclesiam de Charemanto (Challement), ecclesiam de S. Genovefa (La Montagne, (Grenois), ecclesiam de Canabo (Champlin) »ADN : H 219..Cette première église de Challement est dédiée aux saints Côme et Damien. Parmentier, dans son Histoire des évêques de Nevers, relate qu’elle est incendiée en 1445.

L’église actuelle, dédiée à saint Hilaire, est bâtie dans le premier tiers du . L’édifice est consacré le 24 avril 1538 par Philibert de Beaujeu, évêque de Bethléem.

L'exhumation du « sieur de Chalemant » En juillet 1612, un procès-verbal relate l’intervention des commissaires chargés de l’exécution de l’édit de Nantes à Challement, à la suite de l’inhumation dans l’église paroissiale du seigneur de Challement, décédé dans la religion prétendue réformée.

L’évêque de Nevers, Eustache du Lys, signale cette inhumation comme une violation des édits de pacification, qui interdisent aux protestants d’être enterrés dans les églises et cimetières catholiques, même lorsqu’ils en sont fondateurs ou patrons. Les commissaires se rendent donc à Challement avec l’évêque le 22 juillet et constatent que le corps a été placé dans la chapelle Sainte-Anne, où se trouvent également les fonts baptismaux. Ils examinent l’église, sa structure, ses autels, ses chapelles et les marques de consécration, et concluent que la chapelle Sainte-Anne fait pleinement partie de l’église consacrée. Le fils du défunt, seigneur de Challement, demande que son père puisse rester dans cette chapelle en invoquant ses droits de seigneur du lieu, ses bienfaits envers l’église et les services qu’il lui a rendus, mais les commissaires lui rappellent que les édits royaux interdisent cette sépulture.

Après plusieurs échanges, il accepte de se conformer à la décision royale, tout en demandant un délai pour organiser une nouvelle sépulture et en proposant notamment de faire fermer l’arcade de la chapelle. Les commissaires refusent de considérer cette clôture comme suffisante, puisque le corps resterait dans un lieu sacré catholique. Ils désignent alors comme cimetière pour les membres de la famille de la Ferté appartenant à la religion réformée un terrain dépendant du presbytère, constitué par la grange attenante à celui-ci. Ils ordonnent finalement l’exhumation du corps du défunt et son transfert dans ce nouveau cimetière, ou, si son fils le préfère, à Corbigny (où vit une importante communauté protestante) ou dans tout autre terrain lui appartenant, à condition qu’il ne s’agisse pas d’une église, d’une chapelle ou d’un cimetière catholique.

Le 24 juillet, le corps est finalement retiré de la chapelle Sainte-Anne et inhumé dans le cimetière désigné, en présence de l’évêque, du clergé, de la famille du défunt et de plusieurs habitants de Challement. Le jugement rappelle enfin l’interdiction générale d’inhumer les défunts de la religion réformée dans les lieux sacrés catholiques et impose l’exécution de ces dispositions.« Et considérant que par tel acte contraire aux saints canons, ladite église étoit pollué, il auroit envoyé faire cesser la célébration du divin service en ladite église et retirer les saints sacremens d’icelle, pour être portés en une chapelle de ladite paroisse, distante de demi-lieue, en laquelle il auroit ordonné au curé dudit Chalemant de faire le divin service et y assembler ses paroissiens pour y faire leurs dévotions accoutumées ».Comme l'église de Challement est interdite au culte, la paroisse déménage temporairement à la chapelle Saint-Marc, située à Challement, siège de l'ancien prieuré-cure de BoigiraultRecueil des actes, titres et mémoires concernant les affaires du clergé de France, Guillaume Desprez Imp., 1771, p. 1552-1665..

Architecture

Général L’église de Challement est une église à nef unique à quatre travées sur laquelle s’ouvrent deux chapelles au nord et une au sud. Le chœur se termine par un chevet à pans coupésJacques Esterle, Congrès archéologique de France, Nivernais, Paris, Société française d'archéologie, 1967, p. 29..

Extérieur À l'ouest de la nef se dresse un énorme clocher-porche, épaulé par des contreforts d'angle qui s'amortissent en pinacles couronnés des statues des Evangélistes, et divisé en trois étages par des cordons moulurés. vignette|300x300px|L'église de Challement depuis la rue du bourg. Au centre, sous un grand arc en tiers-point orné de tores et de moulures prismatiques séparés par des gorges, s'ouvre un portail divisé en deux baies en anse de panier encadrées par des tores et des gorges qui se prolongent sur les piédroits et le pilier central. Au-dessus, un vaste tympan est divisé en deux registres. Le registre inférieur est garni de six petites arcades aveugles, trilobées, abritant des statuettes figurant outre deux apôtres sans attributs caractéristiques (mais sans doute les saints Pierre et Paul), un saint Sébastien les mains attachées derrière le dos, un évêque tenant un livre de la main gauche, qui est sans doute saint Hilaire, les saints Cosme et Damien, vêtus de la robe doctorale et portant en main des vases de pharmacie, emblèmes de leur art. Au milieu, une Vierge à l'Enfant, reposant sur une console à écusson martelé, s'abrite sous un dais richement décoré qui soutient un Ecce Homo. Celui-ci, également abrité sous un dais sculpté, se profile au milieu du registre supérieur garni d'une arcature trilobée surmontée d'un remplage flamboyant. Sur les côtés et à mi-hauteur du tympan, deux statues de saint Jean-Baptiste et de sainte Madeleine reposant sur des consoles moulurées, ont trouvé place dans les voussures. Deux montants s'appuyant sur des consoles et amortis en pinacles font saillie sur le parement. Une baie étroite, et quelque peu désaxée vers la droite, ajoure le second étage et une fenêtre en tiers-point, divisée en deux formes trilobées surmontées d'un soufflet, s'ouvre sur les quatre faces de l'étage supérieur.

Cette grosse tour rectangulaire, flanquée au midi d'une tourelle d'escalier, est couverte d'un toit en pavillon peu élevé qui contribue plutôt à alourdir cette puissante masse. Les façades latérales, qui laissent apparaître sous le crépi un appareil irrégulier, sont dépourvues de contreforts et sont coupées par un cordon mouluré qui fait retour sous l'appui des fenêtres à double panneau et remplage flamboyant. Le chevet est épaulé aux angles par des contreforts saillants couverts d'un glacisMarcel Anfray, La cathédrale de Nevers et les églises gothiques du Nivernais, Paris, Picard, 1964, p. 172-174..

Intérieur vignette|300x300px|L'intérieur de l'église. Les trois premières travées de la nef sont couvertes de croisées d'ogives simples, à moulures prismatiques, pénétrant les supports adossés aux murs gouttereaux dans la première et retombant sur des consoles décorées d'écus, d'anges ou de personnages tenant des écussons ou banderoles dans les deux autres. Les nervures de la première aboutissent à un trou de cloche ; celles des deux suivantes sont ornées de rosaces de feuillages en fort relief. Les moulures prismatiques séparées par des gorges, des épais doubleaux, descendent jusqu'au sol le long des pilastres adossés aux murs. La quatrième travée est couverte d'une voûte en étoile avec liernes, tiercerons et nervures à moulures prismatiques descendant sur le côté des pilastres jusque sur des bases à facettes ; les clefs sont décorées de petites rosaces. La nef est éclairée, au nord par des baies simples en tiers-point trilobées, au sud par des fenêtres divisées en deux et trois formes surmontées de soufflets ; sous celles de la quatrième travée règne un cordon mouluré.

Sur la troisième travée, s'ouvrent par un grand arc en tiers-point, profilé d'un bandeau entre deux gorges, deux chapelles éclairées par deux baies de style Renaissance et voûtées de croisées d'ogives barlongues dont les nervures prismatiques retombent sur d'élégants culs-de-lampe ornés d'un oiseau, d'anges portant des armoiries et d'un personnage tenant une banderole. Les clefs sont décorées de petites rosaces. La chapelle, qui s'ouvre au nord, est également couverte d'une voûte d'ogives barlongue et est éclairée par une fenêtre, en tiers-point, divisée en deux formes avec remplage flamboyant.

Le chevet est couvert d'une voûte dont les nervures à moulures prismatiques retombent directement au sol dans les angles, ou aboutissent à la clef des grandes arcades en tiers-point qui encadrent les fenêtres. Celles-ci sont également en tiers-point à double division et remplage flamboyant, sauf la baie qui s'ouvre dans l'axe de l'édifice : celle-ci est divisée en trois formes avec un réseau composé de soufflets et de mouchettes.

Le fond de l'abside est complètement séparé de la travée précédente par un retable monumental, surmonté d'une balustrade sculptée d'un réseau de motifs flamboyants. Sur l'autel se dresse, en avant d'un lacis de moulures de même style, un tabernacle formé d'une élégante pyramide de pierre délicatement taillée, décorée à la base de saints personnages sous arcature surmontée d'accolades s'amortissant en fleurons et, à l'étage supérieur, d'arcades, de pinacles ciselés comme des objets d'orfèvrerie. De part et d'autre de l'autel s'ouvre, entre deux montants couronnés de pinacles, une porte en anse de panier bordée de fines moulures et surmontée d'une accolade garnie de choux frisés. Quatre statues de saints complétaient ce riche décor : saint Denis et saint Hilaire de chaque côté de l'autel, saints Côme et Damien aux extrémités du retable, adossés aux murs de l'abside. Elles se trouvent aujourd'hui dispersées dans les différentes chapelles de l'églises.

Mobilier L'église de Challement compte deux objets inscrits au titre de Monuments Historiques :

un bénitier, sculpture en pierre du , ; les fonts baptismaux, sculpture en pierre du , .