L'église Saint-Laurent est une église catholique paroissiale située à Beaumont-sur-Oise, en France. Derrière une façade sans particularités, flanquée d'un remarquable clocher-tour Renaissance, se cache un édifice d'une grande élégance, qui témoigne des débuts de l'architecture gothique. Les chapiteaux des grandes arcades sont d'une valeur artistique certaine. Puisque l'église se singularise par de doubles bas-côtés, ce qui n'est le cas d'aucune autre église de la même période dans tout le nord de l'Île-de-France historique, ces chapiteaux sont nombreux. La nef est restée inachevée pendant de longs siècles. Son élévation devait porter sur trois niveaux, avec triforium et fenêtres hautes. Mais l'étage des fenêtres hautes n'a jamais été réalisé, et la nef a été recouverte par une simple charpente en attendant un potentiel voûtement d'ogives. En 1862, l'église a été classée monument historique par la liste de 1862., qui apporte la deuxième série de classements après celle de 1840. La restauration commence pendant les années 1870 mais n'est pas menée en concertation avec l'architecte en chef des monuments historiques : des voûtes sont établies au niveau du triforium, dont les arcs de décharge tiennent lieu de formerets. La charpente d'un grand intérêt historique et la chance de pouvoir ménager des fenêtres hautes sont perdues, la hauteur de la nef se trouve abaissée, et l'église demeure particulièrement sombre. De ce fait elle est rayée de la liste des monuments historiques, mais est toutefois de nouveau classée en 1895. Le chœur conserve quant à lui les dispositions du dernier quart du ; c'est la partie la plus ancienne église. Éclairée par des fenêtres hautes et se terminant par une abside carrée sans bas-côtés, le chœur est assez lumineux et présente un plan original. L'église Saint-Laurent est aujourd'hui au centre d'un ensemble paroissial incluant les villages de Mours, Nointel et Presles.

Localisation

L'église est située dans le département français du Val-d'Oise, sur la commune de Beaumont-sur-Oise, place Monseigneur-Gosselin. Elle est bâtie à l'extrémité septentrionale du centre-ville historique, et sur l'un de ses points les plus élevés, dominant ainsi la vallée de l'Oise située en contrebas au nord-ouest. Seulement la façade occidentale donne sur la voie publique. L'on ne peut faire le tour de l'édifice ni s'approcher des autres façades par des rues voisines, et le chœur notamment reste totalement invisible pour le public.

Historique

thumb|left|upright|Statue de saint Laurent.

L'édifice est classé au titre des monuments historiques par liste de 1862, avec quatre autres édifices sur le territoire de l'actuel département du Val-d'Oise. Cinq ayant été classés par liste de 1840, l'église Saint-Laurent est ainsi parmi les dix premiers monuments historiques du Val-d'Oise.

La première mention de l'église date de 1170, mais son authenticité n'est pas assurée, et l'on ne possède aucun document relatif à la construction de l'église. Sa partie la plus ancienne, à savoir la cinquième travée du bas-côté nord ayant servi de base à un clocher arasé en 1778 à hauteur des combles, ainsi que les parties adjacentes, peuvent être datées d'autour de 1130. Le chœur est de quelques décennies plus jeune et remonte probablement au troisième quart du . Le reste de l'édifice date du premier tiers , excepté la sacristie au sud du chœur ajoutée au , et le clocher-tour devant la première travée du bas-côté sud qui date du . L'on ne sait pas si l'église de la seconde moitié du fut détruite par un incendie ou était restée inachevée...

La nef avait été conçue pour être voûtée d'ogives, mais elle a été finalement recouverte d'une charpente apparente en forme de carène renversée, s'appuyant sur les chapiteaux initialement prévus pour recevoir la retombée des ogives et des arcs-doubleaux. La physionomie de la charpente est connue grâce à un dessin exécuté par Henri Léonard Bordier, chargé par le maire d'une courte notice sur l'église. En 1734, la charpente a été dissimulée derrière une fausse voûte en berceau en plâtre financée par le legs de Charles d'Aubigny (1768-1734). Cette voûte commençait un peu en dessous des arcades faisant communiquer la nef avec les bas-côtés, et cachait ainsi entièrement les arcades des tribunes, si bien que l'existence de ces dernières avait été complètement oubliée au moment où le berceau fut abattu en 1860.

En cette année, commença une « restauration » malheureuse sous la direction d'Eugène Millet. Il fait reconstruire le pignon de la façade occidentale, la tourelle d'escalier au sud et libère les arcades des tribunes, qui sont toutefois presque retaillées et perdent beaucoup de leur substance. Au lieu de restaurer la charpente du , il la fait vendre aux enchères moyennant une somme dérisoire. En attendant une solution définitive, l'église est recouverte d'un plafond provisoire jusqu'en 1878. En cette année, des voûtes d'ogives en carreaux de plâtre sont construites sans concertation avec l'architecte en chef des monuments historiques et sans mandat officiel, ce qui entraîne le déclassement de l'édifice. Ces voûtes diminuent la hauteur de la nef et portent atteinte à son esthétique, tout en bafouant l'esprit de son architecture d'origine. Sur l'initiative de Paul Selmersheim, le classement aux monuments historiques fut toutefois renouvelé en 1895, ce qui permit notamment la restauration du clocher Renaissance sous la direction de Gabriel Ruprich-Robert. L'extérieur de l'église bénéficia de restaurations en 1907 / 1908 sous le même architecte, puis à partir de 1928 sous Jules Formigé. C'est lui également qui s'occupa de la remise en état de l'édifice après les bombardements de 1940.

Description thumb|upright|Plan de l'église.

Aperçu général

Le plan de l'église est influencé par celui de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Dénuée de transept, elle se compose d'une nef de six travées accompagnée de deux bas-côtés doubles, ainsi que d'un chœur au chevet plat de trois travées, possédant également deux bas-côtés doubles laissant toutefois libre la troisième travée. Les bas-côtés de la nef et du chœur sont parfaitement homogènes. La cinquième et la sixième travée du second bas-côté nord possèdent toutefois d'épais piliers carrés, car ayant servi de base au premier clocher. Le clocher actuel se dresse à droite de la façade, à côté de la première et la seconde travée du second bas-côté sud. Une sacristie a été ajoutée devant la septième et la huitième travée du même collatéral. L'on accède par l'église par le portail occidental ou par le petit portail latéral à sa droite : aucune des autres façades ne donne en effet sur la voie publique. La structure des toitures est simple : la nef est recouverte par un toit à deux rampants, et les bas-côtés par des toits en appentis s'appuyant contre le toit de la nef. L'intérêt architectural de l'église relève essentiellement des doubles collatéraux, rares pour l'église d'une bourgade rurale, et de la configuration peu habituelle du chœur. En plus, les chapiteaux des grandes arcades du nord sont d'une grande expressivité et variété. L'extérieur est par contre très simple, exception faite du clocher, et la façade occidentale a perdu en grande partie son caractère authentique du fait de la reconstruction du pignon... Aucun élément du mobilier n'est classé ou inscrit monument historique.

Extérieur

La partie centrale de la façade correspond à la nef et est encadrée par deux contreforts. Le portail en tiers-point s'inscrit dans une quadruple archivolte retombant sur des colonnettes aux chapiteaux à crochets. L'archivolte est cernée d'un cordon de feuillages retombant sur des mascarons. En haut, un triplet de baies en arc brisé éclaire la nef. Au-delà de cette baie, commence le mur de 1879. Chacun des bas-côtés possède également une baie en arc brisé dans son axe, ornée d'un cordon de dents de scie. Devant la façade septentrionale, visible seulement de loin depuis la ville basse, une tourelle d'escalier à pans coupés fait saillie. Il flanquait l'ancien clocher et remontait plus haut du temps de son existence. Le mur septentrional n'était consolidé que par deux contreforts jusqu'au , quand un risque de glissement de terrain donna lieu à l'ajout de contreforts supplémentaires. Ces travaux exécutés en 1777 n'ont pu être financés qu'en vendant la cloche du beffroi de la ville, déjà démoli depuis 1718.

Le clocher carré de style Renaissance possède quatre niveaux, visibles extérieurement par l'agencement de la façade et les larmiers à l'intersection des étages. Alors que les deux premiers niveaux sont de hauteur égale, le second étage est moins élevé, et le troisième et dernier étage dépasse tous les autres en hauteur. Deux contreforts strictement verticaux flanquent chaque angle du clocher, et les quatre faces sont subdivisées verticalement par un bandeau. Chacun des huit segments par face ainsi formés est ajouré d'une baie plein cintre, orné de moulures variant selon les étages. Au troisième étage, il s'agit de hautes baies abat-son. Il est toutefois à noter que le premier étage abrite une grosse cloche installée en 1820, au frais du percement de la voûte du rez-de-chaussée. Par ailleurs, côté ouest et côté sud, des niches à dais flamboyants sont ménagées dans les contreforts au niveau du premier étage. L'un des contreforts au sud arbore une petite sculpture d'un bouvier menant un bœuf.

Les murs du clocher se terminent par des balustrades reposant sur des corniches agrémentées de rinceaux, et les contreforts sont couronnés d'urnes ornées de guirlandes. Un dôme en pierre forme le toit, appuyé par des contreforts supplémentaires également couronnés d'élégantes urnes sculptées. Il est surmonté d'un lanternon ajouré, accoté par quatre dauphins qui le rattachent par d'élégantes volutes au dôme. Ce dernier est divisé en huit sections égales par des nervures saillantes, sur lesquelles s’agrippent des chimères. La cohabitation de formes d'expression gothiques et Renaissance permet de penser que le clocher ait été élevé pendant le second tiers du ..

Intérieur Nef thumb|upright|Vue générale intérieure. thumb|upright|Vue depuis le sanctuaire.

La nef est d'une grande élégance, mais extrêmement sombre, car ne recevant le jour que par les baies occidentales, en grande partie bouchées par l'orgue de tribune, et indirectement par le chœur et ses bas-côtés. Or, quatre travées du bas-côté sud sont dépourvues de fenêtres en raison de la présence de la sacristie et du clocher, et toutes les fenêtres des bas-côtés sont de petites dimensions. Le chœur ne possède qu'une seule baie dans son chevet, qui elle aussi est en partie obstruée par le mobilier. — Les grandes arcades brisées faisant communiquer la nef avec les bas-côtés sont au profil d'un méplat entre deux tores, très courant jusqu'au milieu du . Par l'intermédiaire de tailloirs octogonaux aux arêtes abattues, elles retombent sur des chapiteaux à crochets d'une grande pureté de style, qui prennent appui sur des colonnes isolées appareillés en tambour. Leurs bases sont à deux tores inégaux séparés par une scotie, et garnies de griffes d'angle. Le plan des hauts socles aux pans coupés correspond aux tailloirs. L'on note que la sculpture est moins développée et stylistiquement moins avancée côté nord que côté sud. Au-dessus des arcades, jusqu'à la hauteur des tribunes, les assises ne datent que de la restauration après 1860 et ont remplacé celles endommagées lors de la construction de la voûte en berceau en 1734...