L'église Saint-Malo est une église catholique du située à Dinan, en France.. Elle est représentative du gothique flamboyant en Bretagne.

Localisation L'église est située dans le département français des Côtes-d'Armor, dans la commune de Dinan.

Historique La première église Saint-Malo se situait hors les murs à l'emplacement de l'actuelle chapelle Saint-Joachim (boulevard Flaud, Dinan), cette première église dépendait du prieuré Saint-Malo fondé en 1066 par Olivier, vicomte de Dinan.. L'évêque d'Aleth céda le prieuré à l'abbé de Marmoutier en 1108..

Durant la deuxième moitié du , plusieurs partis se disputent la couronne ducale, ce conflit est à l'origine de la guerre de Bretagne qui durera de 1465 à 1491. En 1488, l'armée française menace la Bretagne, le duc François II craignant la prise de Dinan ordonne la destruction de la première église Saint-Malo, afin d'éviter que l'armée française de Charles VIII ne l'utilise comme point d'appui pour attaquer la ville. Et : Laurent Guitton, La Malédiction des sept péchés. Une énigme iconographique dans la Bretagne ducale, Presses universitaires de Rennes, 2017, . Il donne son accord pour financer une nouvelle église à condition qu'elle soit reconstruite intra-muros. Fin , après la défaite bretonne de la bataille de Saint Aubin du Cormier, l'armée française commandée par Louis de la Trémoille entame le siège de Dinan, la ville capitule rapidement et en aout 1488 Jean II de Rohan, premier baron de Bretagne mais allié de la France, prend le contrôle de la ville. Il en restera le capitaine de 1488 à 1516.

Jean II de Rohan reprend à son compte le projet de reconstruction et décide avec la communauté de la ville de Dinan, comme convenu, de bâtir l'église Saint-Malo à l'intérieur des remparts. Désireux de récupérer la couronne ducale, il veut que cette église soit représentative de son pouvoir. Il finance les achats de terrain, puis les travaux. En tant que fondateur de l'égliseBanque d'images de la BNF, "Fondation de l’église Saint-Malo de Dinan par Jean, vicomte de Rohan (12 juin 1489)", MSS FRANCAIS 22340, folios 230v, 230, 231v, 231., il disposera d'une sépulture dans la chapelle centrale du chœur et ses armes seront sculptées sur pierre et présentes dans les vitraux.

Un plan à chevet polygonal à trois chapelles rayonnantes (architecture de style Beaumanoir) est choisi, choix se démarquant de la mode des chevets plats préférés dans les grandes églises construites à cette époque en Bretagne. Le choix de cette architecture pourrait avoir été imposé par Jean II de Rohan, des églises ayant le même type d'architecture sont en effet réparties dans ses possessions dans d'autres régions de BretagneConférence de Jeanne Bréard, Guide conférencier, tenue à Dinan le 11 décembre 2016 au Théâtre des Jacobins.

Ainsi que l'atteste l'inscription sculptée sur le pilier sud-est du transept, la pose de la première pierre a lieu en . Une partie des matériaux est récupérée sur le site de l'ancienne église Saint-Malo (actuelle chapelle Saint-Joachim) dont il ne subsistera qu'une partie de la nef, le complément est fourni par du granit de Querignan provenant d'une carrière de Languedias puis de Mégrit. Le maître-d’œuvre de la construction est Guillaume Juhel, les travaux avancent rapidement et en 1491 la partie basse du chœur peut déjà être couverte de chaume.

En 1505, à la demande de la fabrique, Jehan Lemaître, maître Maçon, successeur de Guillaume Juhel, se rend à Coutances, afin d'examiner l'église Saint-Pierre de Coutances récemment terminée, il s'inspirera de cette visite pour terminer la partie haute du chœur de l'église.

En 1508, le financement de l'église est repris par la duchesse Anne puis par le roi Louis XII. Ces dons ajoutés à ceux des fidèles de la paroisse Saint-Malo permettent de terminer le chœur (sanctuaire couvert d'une voûte en bois, déambulatoire et chapelles), les murs du transept et le vaisseau central de la nef. Le clocher (sans sa flèche) est construit en 1517.

Les chapelles nord n'auraient été construites qu'au milieu du , une inscription sculptée dans la dernière chapelle du déambulatoire nord indique : « En l'an 1549. Jehan : de la Haye Sr du Bouais // a cott cette chapelle ».

Le manque d'argent, les guerres de Religion et l'occupation de Dinan par les Ligueurs suspendent les travaux. Les grandes arcades de la nef sont bouchées (les bas-côtés de la nef ne sont pas encore bâtis) mais les fondations de la nef complète sont néanmoins établies. La nef, le porche d'entrée et la flèche du clocher restent à terminer.

En 1597, un magasin de poudre situé tour Saint-Julien explose, l'église est endommagée et demande à être réparée.

Les familles nobles investissent les chapelles du chœur en y installant des enfeus et en y inscrivant leurs armoiries. À la fin du , les héritiers de Jean II de Rohan sont devenus protestants, Henri II de Rohan cède alors son droit d'enfeu dans la chapelle axiale de l'église au sénéchal Raoul Marot des AlleuxNotice sur l'église de Saint-Malo (anonyme, 29 mars 1950), Archives départementales des Côtes d'Armor, V 1168, il s'y fait bâtir un mausolée en marbre blanc en forme de sarcophage durant la première moitié du .

Le porche triomphal côté Grand' Rue (entrée sud du transept) est érigé entre 1613 et 1630, le granit provient une nouvelle fois d'une carrière de Languedias (granit de Querignan).

En 1727, un architecte de Saint-Malo, M. Datour intervient pour consolider la nef dont l'une des colonnes n'était plus d'aplomb, le montant des travaux s'élève à 500 livres, la nef est abaissée de et trois arcs-boutants sont construitsDélibération du Conseil municipal de Dinan, le 12 août 1851. Archives départementales des Côtes d'Armor, V 1168, ils étaient encore visibles sur le plan cadastral de 1843 (section B1) disponible aux archives départementales des Côtes d'Armor. L'inscription présente sur le mur sud de la nef, originellement positionnée sur le mur de remplissage des arcades, date de cette époqueLa voix de Saint-Malo, bulletin de la paroisse Saint Malo de Dinan, 13 et 20 août 1923, , Archives départementales des Côtes d'Armor, CP 146 .

En 1775, un grand vitrail est détruit par une tempête. L'église semble cependant dans un état acceptable, au moins pour le chœur puisqu'elle abritait le mausolée de Marot des Alleux ainsi que quinze pièces de tapisserie (histoire de Constantin et histoire de Joseph). L'état des verrières, en cette deuxième moitié du n'est pas connu.

Durant la Révolution, l'église n'est plus affectée au culte, elle sert de halle aux blés, d'écurie, de salle de spectacle et de caserne. La plupart des marques nobiliaires présentes dans l'église sont martelées conformément aux consignes de la Convention, le mausolée du sénéchal Marot des Alleux est détruit en 1795 (cinq fragments en sont connus : deux ont été remployés comme devants d'autels — chapelle dans l'église Saint-Malo et chapelle Saint Joachim — , deux sont stockés au musée et le dernier est utilisé en parement dans une chapelle de la basilique Saint Sauveur ). Durant toute la période révolutionnaire, l'église se dégrade, la toiture de la nef déverse les eaux de pluie dans la nef, les deux chapelles qui avaient été construites aux deux angles du transept et de la nef menacent de tomber en ruine, le lierre a envahi les pinacles et les gargouilles, les fenêtres ont été obturées aux endroits où les vitraux étaient cassésArchives départementales des Côtes d'Armor, V1168. Saint-Sauveur de Dinan qui accueillait les assemblées du peuple durant la période révolutionnaire est en bien meilleur état. Les paroissiens de Saint-Malo de Dinan se plaignent de cette différence de traitement entre les deux églises dans une lettre au conseil général et au préfet datée du 22 floral an XI.

L'église est rendue au culte en 1803 mais elle demande à être réparée, les travaux de réhabilitation sont estimés à . Cette somme que la municipalité ne peut financer l'incite à proposer la fermeture de l'église.

L'église n'est toutefois pas fermée et durant la première moitié du diverses solutions sont proposées, elles vont de la reconstruction des deux chapelles de la nef à la construction d'une nef complète, les devis varient de à .

Finalement, la solution la plus onéreuse est choisie grâce à l'aide de l'État, de la municipalité et des dons des paroissiens, rassemblés par la fabrique. La construction de la nef se déroule de 1855 à 1865, elle s'appuie sur des fondations datant du en respectant le plan originel (les colonnes de la nef dateraient du ). Les architectes néo-gothiques Alphonse Guépin et Charles Aubry reprennent le chantier et terminent la nef et le portail occidental. La flèche du clocher ne sera jamais construite.

Simultanément, de 1856 à 1873, la municipalité profite de la reconstruction du presbytère pour acheter puis démolir les maisons qui masquaient le chœur et gênaient la mise en valeur de l'architecture de l'église.

L'édifice est classé au titre des monuments historiques en 1907.

Architecture

L'édifice, de dimension x , est caractéristique du gothique flamboyant ou tardif en Bretagne et en particulier du style Beaumanoir.

Intérieur

Toute la partie est (chœur et transept) ainsi que le vaisseau central de la nef datent des (gothique flamboyant), le porche triomphal côté Grand' Rue, du (Renaissance) et les bas-côtés de la nef, du (intérieur et extérieur néo-gothiques mais respectant le style flamboyant original).

Le chœur () est soutenu par huit piliers, la voûte de granit y culmine à . Son architecture est imposante, témoin de la richesse de Dinan à cette époque : déambulatoire flanqué de neuf chapelles dont trois rayonnantes. Deux chapelles s'ouvrent sur le déambulatoire sud, elles sont suivies par une petite maison forte qui contient la sacristie, pièce voutée surmontée de la salle de la Fabrique. On y accède par la deuxième porte et un escalier en spirale. Cet escalier permet également d'atteindre le triforium. Ces deux portes en arcs brisés sont ornées d'animaux sculptés (chien, lion et 2 dragons) et de choux frisés. La salle de la fabrique est éclairée par une grande verrière gothique et dispose d'une ouverture donnant sur le chœur. Cette petite ouverture pourrait laisser supposer que Jean II de Rohan se servait de cette salle comme oratoire. Trois chapelles occupent l'abside et quatre le déambulatoire nord, la dernière contient la porte donnant sur l'escalier menant au clocher. Chaque chapelle dispose de crédence (le célébrant s'y lavait les mains ainsi que le calice) , de sacraire (niche contenant les objets du culte) et parfois de retable de pierre (pièce d’architecture contre laquelle est appuyé l’autel et dont le fond, placé au-dessus de l’autel, contient un tableau, un bas-relief, une statue, etc.). Certaines chapelles possèdent des enfeus en arcade indiquant leur affectation à de riches familles de Dinan.

Les grandes arcades du chœur sont séparées des fenêtres hautes par un triforium équipé de garde-corps ajourés, ils sont découpés selon un rythme similaire à celui des fenêtres hautes privilégiant ainsi la verticalité des façades. Chaque garde corps est composé de six éléments décorés d'arcs en accolades et de trèfles évoquant plutôt le gothique rayonnant. En arrière, deux arcades jumelées les surplombent. L'architecture des parties hautes du chœur aurait pu être inspirée par celle de Saint-Pierre de Coutances.

Le jeu de nervures du déambulatoire (fin , début ) comporte 19 clés de voute ornées de symboles religieux dignes d'intérêt bien que difficiles à observer. Certaines d'entre elles révèlent encore de belles traces de polychromie. Les clés de voûte du déambulatoire sud présentent les instruments de la Passion.