L'église Saint-Martin est une église catholique paroissiale située à Attainville, en France.

Elle succède à une église précédente dont la dédicace n'a été célébrée qu'en 1529. Mais cette église menace ruine en 1570, et doit être remplacée d'urgence. Bien que la paroisse ne dispose pas d'économies, un emprunt permet de lancer les travaux en 1572. La direction du chantier est confiée au maître-maçon Nicolas de Saint-Michel de Luzarches, qui adopte un plan simple sans transept et une élévation dans la tradition des églises gothiques flamboyantes. Il conçoit un agréable décor dans le style Renaissance, dont il maîtrise parfaitement le vocabulaire ornemental. Les travaux progressent très rapidement. Quand les fonds viennent de manquer en 1575, l'édifice n'est pas entièrement achevé. La consécration est néanmoins célébrée en septembre 1576, et l'église est utilisée pour le culte à partir de cette date.

Elle est sobre, élégante et lumineuse. Malgré la répétition des mêmes motifs sur tous les supports de la nef et des bas-côtés, la monotonie ne s'installe pas. La façade occidentale, l'étage de beffroi du clocher, la majeure partie du bas-côté nord et les voûtes ne sont bâtis qu'ultérieurement. Ainsi, l'achèvement définitif n'a lieu qu'en 1817. Pour tous les ajouts postérieurs à 1576, l'esprit de l'architecture d'origine est tout à fait respecté, et l'homogénéité de l'ensemble est étonnante. L'église est classée monument historique depuis 1912. Elle représente un exemple remarquable de l'architecture Renaissance en Pays de France, et tout en sachant qu'elle n'a pas été achevée lors de sa consécration, elle peut être considérée comme l'une des églises au délai de construction le plus bref.

Localisation

L'église est située dans le département français du Val-d'Oise, sur la commune d'Attainville, passage de l'Église, à l'est de la mairie. Église, mairie et une poignée d'autres bâtiments sont bâtis sur une proéminence assez faible, que l'on n'aperçoit pas de loin car se situant dans une cuvette. Que l'on monte par l'escalier depuis la rue de l'Orme (RD 9e) ou par le passage de l'Église depuis le grand carrefour au centre du village, l'on s'approche de l'église par la façade occidentale. L'élévation méridionale donne sur le cimetière, et le mur septentrional sur un parking. L'on peut ainsi faire le tour de l'église, mais il n'est pas possible de regarder l'élévation du chevet avec du recul, car elle donne presque immédiatement sur un terrain privé. La meilleure vue de l'église est assurée depuis la limite sud du cimetière.

Historique thumb|left|Vue d'ensemble depuis le sud. thumb|Clé de voûte portant la date de 1574.

En 1147, le pape Eugène III confirme la donation de l'église d'Attainville au prieuré Saint-Martin-des-Champs par un évêque de Paris qui n'est pas cité nommément ; cette même donation est confirmée quelques années plus tard par Thibaud, évêque de Paris.. Ce sont donc les religieux de Saint-Martin-des-Champs qui présentent à la cure d'Attainville. Après le milieu du , Philippe de Mézières rachète la seigneurie d'Attainville afin de la donner au monastère des Célestins de Paris, où il se retire lui-même pour y finir ses jours. Les religieux Célestins deviennent ainsi seigneurs d'Attainville et le démeurent jusqu'à la Révolution française..

La précédente église d'Attainville a été consacrée en septembre 1529 par Gui de Montmirail, évêque in partibus de , en présence de Pierre Jourdan, curé. Il ne faut pas en conclure que cette église était neuve, car elle se trouve très dégradée au milieu du , et elle menace ruine en 1570. Les procureurs des Célestins sur place, dom d'Orléans et dom du Corroy, décident en concertation avec le curé Denis Tissier de faire construire une nouvelle église. Attainville est pauvre et l'argent fait défaut. Vue l'urgence de bâtir une nouvelle église, les marguilliers reçoivent l'autorisation de contracter des emprunts à concurrence de livres en hypothéquant les biens de la fabrique. Le marché est attribué au maître-maçon luzarchois Nicolas de Saint-Michel : son nom est consigné dans un inventaire des titres de l'église rédigé au . Les travaux commencent peu de temps après, au plus tard en août 1572. Ils sont rondement menés, et selon Dominique Foussard et Charles Terrasse, le chœur aurait été terminé en 1574, à en juger par la date gravée dans une clé de voûte. Seul bémol, cette clé de voûte se trouve dans la nef qui n'a été voûtée qu'au début du ... En tout cas, les travaux s'arrêtent dès 1575 pour raison d'épuisement des fonds, sans que l'église soit entièrement achevée. Les marguilliers doivent encore 250 livres tournois à l'architecte, qu'ils se proposent de rembourser par des annuités de 20 livres. Ce qui manque surtout est la façade occidentale. Les autres éléments non encore construits ne sont pas indispensables pour pouvoir utiliser l'église : l'étage de beffroi du clocher, les voûtes de la nef et du bas-côté sud, ainsi que probablement le bas-côté nord hormis sa dernière travée. Charles Terrasse n'est pas certain si la nef elle-même est déjà terminé dans un si bref délai, tout en la considérant comme une œuvre de Nicolas de Saint-Michel...

La consécration solennelle peut être célébrée dès le par Henri le Meignen, évêque de Digne résidant à Paris du fait des guerres de religion, et natif d'Oissery. Il est assisté de Noël Tissier, curé d'Attainville, et de Denis Tissier, son vicaire, en présence du sous-prieur Jean du Courroy et d'autres représentants du couvent des Célestins de Paris. Trois autels sont consacrés en ce jour, et la fête patronale est fixée pour le dimanche après la Nativité de la Vierge. Les travaux restants sont ajournés pendant si longtemps que l'église se retrouve une fois de plus en mauvais état en 1667. Elle est alors réparée et dotée et enfin dotée d'une façade occidentale digne de ce nom. Le baron Ferdinand de Guilhermy indique l'année 1682 comme date d'achèvement, mais Charles Terrasse remarque qu'il lui est impossible de dire pour quelle raison. Le clocher n'a toujours pas reçu son étage de beffroi au milieu du quand l'abbé Lebeuf visite Attainville, qui dit que le clocher est bas mais très bien bâti. La nef est alors recouverte d'une fausse voûte en berceau de plâtre. Ce n'est donc qu'à la fin de l'Ancien Régime que le clocher reçoit son étage de beffroi d'une facture élégante, à moins que l'abbé Lebeuf ait commis une erreur, car l'architecture évoque plutôt le . L'intérieur n'est voûté sur croisées d'ogives qu'en 1817. Cette information est tirée de la date qui se lisait encore sur une clé de voûte au milieu du et qui a été relevée par le baron de Guilhermy : les archives de la paroisse sont si incomplètes que l'on ignore jusqu'au nom de l'architecte malgré la date relativement récente. L'édifice est classé au titre des monuments historiques par .

Après la Révolution française et la création du département de Seine-et-Oise, la paroisse est rattachée au nouveau diocèse de Versailles qui correspond exactement au territoire du département. Dans le contexte de la refonte des départements d'Île-de-France, le nouveau diocèse de Pontoise est érigé en 1966, et Attainville en fait partie à l'instar de toutes les autres paroisses du département. Le diocèse de Paris se limite désormais à la seule ville de Paris. La paroisse d'Attainville n'est plus indépendante, et est desservie par le curé de Domont. Des messes dominicales y sont célébrées le premier dimanche du mois seulement.

Description Aperçu général

Orientée légèrement vers le nord-ouest du côté de la façade occidentale, l'église dépourvue de transept se compose d'une nef aveugle de cinq travées barlongues accompagnée de bas-côtés ; d'une abside à pans coupés ; du clocher s'élevant au sud de la première travée du bas-côté sud ; d'une sacristie au sud de l'abside ; et d'une annexe à l'ouest du bas-côté nord, comportant un escalier desservant les combles. La seconde travée de la nef est un peu plus profonde que les autres, et le bas-côté nord est plus étroit que le bas-côté sud. Sa largeur augmente successivement jusqu'à la limite entre la seconde et la troisième travée, puis va en diminuant. L'ensemble des travées est voûté d'ogives. L'église possède deux accès, les deux du côté de la façade occidentale : le portail principal et une petite porte dans la base du clocher. Le toit de la nef ne présente pas de pignon : il est à croupe au-dessus de la façade, et à trois pans au-dessus du chevet. Les bas-côtés sont couverts de toits en appentis s'appuyant contre les murs gouttereaux de la nef, tout en laissant libre une portion de mur avec une corniche.

Extérieur thumb|upright|Étage de beffroi du clocher. thumb|upright|Chevet, côté sud.

Charles Terrasse approuve l'originalité de la tour, mais qualifie la façade occidentale de pauvre et triste.. Sa partie est surmontée d'un petit fronton triangulaire et s'organise sur deux niveaux, tous les deux cantonnés de pilastres d'une facture simple. Le portail en cintre surbaissé est surmonté par une grande verrière en plein cintre, tout comme les baies du bas-côté sud et du chœur. L'extrémité occidentale du bas-côté nord n'entre pas dans la composition de la façade proprement dite ; elle fait saillie devant la façade, mais son contrefort sommaire, son appareil en moellons irréguliers et son toit en bâtière biscornu évoquent plutôt un bâtiment de ferme. La partie faisant saillie contient un escalier, et comme les deux premières travées du bas-côté nord, est réputée comme vestige de la précédente église..

À droite de la façade, se dresse le majestueux clocher, qui comporte une base et un premier étage aveugle, ainsi que l'étage de beffroi construit tardivement. La tour est épaulée par de massifs contreforts strictement verticaux. Ils sont scandés horizontalement par des ébauches d'entablements qui marquent les limites entre les étages. Un bandeau mouluré s'y ajoute en bas du rez-de-chaussée, et un larmier à mi-hauteur de l'étage de beffroi. Le rez-de-chaussée possède seulement une fenêtre côté sud. De ce côté, les contreforts sont deux fois plus saillants qu'à l'ouest et à l'est, et se retraitent à la fin du premier et à la fin du second étage moyennant des galbes. Les autres contreforts se contentent d'un galbe moins prononcé à leur sommet. L'étage de beffroi se termine par une balustrade agrémentée à chacun des quatre angles par un pot à feu très élancé, et le toit reste imperceptible. Chaque face est percée de deux hautes et étroites baies abat-son en plein cintre. Ce clocher est de style style classique, et la sobriété du décor ne fournit pas d'indices pour une datation exacte.

La façade méridionale donnant sur le cimetière est, elle aussi, dominée par le clocher. Elle paraît d'une grande sobriété, mais est agrémentée d'un décor tout en finesse. La partie supérieure du mur gouttereau de la nef qui affleure au-dessus du sommet du toit en appentis du bas-côté est ornée de chapiteaux de pilastres décorés de postes affrontés encadrant un feuillage. Ces chapiteaux représentent en fait les sommets des arcs-boutants de la nef dissimulés sous la toiture. Entre deux chapiteaux, court une corniche d'oves et de denticules, et des cartouches sont flanqués de branches de laurier. Les contreforts du bas-côté ont des socles et des bases attiques, et se terminent par des entablements doriques réduits à une frise de diglyphes à gouttes et une corniche d'oves. Les entablements sont recouverts de chaperons cintrés, qui présentent un petit fronton sur la face, et qui sont surmontés d'un dé ou acrotère placé de biais supportant une éolipyle. Ces contreforts sont inspirés du modèle mis au point sur l'église de Luzarches, mais ils sont plus aboutis à Attainville. Les baies sont plus larges que hautes et pourvues d'un réseau fort simple, composé de trois arcatures plein cintre, dont celle du milieu plus élevée que les autres..