L'église Saint-Martin est une église catholique paroissiale située à Cormeilles-en-Parisis, en France. Elle succède à une église romane, dont ne restent que deux chapiteaux au début de la nef. Le principal seigneur de Cormeilles est l'abbaye Saint-Denis : c'est sous son abbé Suger que la construction de la crypte sous le chœur de l'actuelle église est lancée, vers 1145. Peu connue et généralement fermée au public, elle représente néanmoins l'une des deux plus anciennes cryptes gothiques connues, avec celle de la basilique Saint-Denis, et est d'une grande valeur archéologique. Le chœur de l'église, au chevet plat, est édifié un peu plus tard, au dernier quart du ; puis il est prolongé vers l'ouest pendant la première moitié du . Ce chœur a considérablement évolué depuis, car des problèmes de stabilité ont plusieurs fois donné lieu à des reconstructions. Le collatéral sud notamment est refait à neuf au , dans le style flamboyant. La plupart des chapiteaux de la nef sont du même style, et datent des années 1515-1525 : six grandes arcades ont dû être reprises en sous-œuvre à cette époque. Une seule base de pilier rappelle que la nef doit initialement dater du . Hormis les chapiteaux, elle ne présente rien de remarquable, sauf sa physionomie générale, qui évoque la période romane. Cette forme archaïque n'a pas encore été expliquée, et la datation du clocher pose également problème, d'autant plus qu'il a été en grande partie rebâti en 1865, en même temps que la façade occidentale. Dans son ensemble, l'église Saint-Martin est un édifice hétérogène et atypique, ce qui fait en partie son intérêt, et motive son classement au titre des monuments historiques par arrêté du , avec la crypte.. Son aspect intérieur est en grande partie celui qu'on lui a donné au . Le mobilier n'est pas très riche, mais comporte néanmoins des boiseries et un retable du maître-autel d'une valeur artistique certaine. L'église Saint-Martin reste le principal lieu de célébration d'une paroisse vivante, et accueille régulièrement les messes de la communauté de Cormeilles-La Frette.

L'Association pour la Sauvegarde de l’Église Saint-Martin (ASESM) œuvre à la conservation du bâtiment et à faire vivre ce haut lieu du patrimoine cormeillais.

Localisation L'église est située en Île-de-France, dans le département du Val-d'Oise, au nord-ouest de Paris, non loin de la rive droite de la Seine, sur la commune de Cormeilles-en-Parisis, 124 rue Gabriel-Péri. La façade occidentale donne directement sur le trottoir de cette rue, et il n'y a pas de parvis, mais une petite place existe du côté opposé de la rue. Elle permet de contempler la façade et le clocher avec un peu de recul. Au nord, une courte impasse avance jusqu'au clocher, puis des terrains privés s'approchent de l'église, et l'on ne peut pas en faire le tour. Au sud, le square Daguerre borde l'église. C'est un petit jardin public qui tient son nom du pionnier de la photographie qui est né à Cormeilles, un peu plus bas dans la même rue, et dont un buste orne l'entrée. En même temps ce jardin comporte la voie d'accès au parking, qui se situe à l'est et au sud-est de l'église. L'on bénéficie d'une vue sur le chevet depuis ce parking.

Histoire Histoire de la paroisse thumb|left|Chapiteau du avec le blason de l'abbaye Saint-Denis.

Les terres de Cormeilles figurent dans le catalogue des terres dont l'abbaye de Saint-Denis jouissait en 832. Quand l'abbé Louis procède au partage des terres de l'abbaye entre lui et les religieux en 862, il leur donne le village de Cormeilles et les vignobles que l'abbaye y possède, pour en tirer leur vin ordinaire. Ce ne sont pas tous les vignobles de Cormeilles, car le prieuré d'Argenteuil en détient également une bonne partie. À cette époque, sous le règne de Charles II le Chauve, l'abbaye Saint-Denis est le seigneur de Cormeilles, et demeure le principal seigneur du bourg jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Initialement elle touchait l'ensemble de la dîme, mais au au plus tard, des portions de la dîme reviennent à des chevaliers. L'abbé Suger parle dans le traité qu'il a rédigé sur sa gouvernance de l'abbaye des cens de Cormeilles, qu'il avait augmenté de huit livres par an, ce qui le fit passer de douze à vingt livres, signe que la prospérité s'accrut. En tant que principal décimateur de Cormeilles, l'abbaye de Saint-Denis fait construire le chœur de l'église Saint-Martin, en commençant par la crypte, vers 1145. Elle fait également construire le nouveau collatéral sud du chœur pendant la seconde moitié du , où ses armes et l'initiale « D » figurent sur des chapiteaux. Malgré ce rôle prépondérant de l'abbaye Saint-Denis à Cormeilles-en-Parisis, la cure a toujours été à la pleine collation de l'évêque de Paris, et la paroisse fait partie du doyenné de Montmorency du diocèse de Paris sous l'Ancien Régime. Le patron de la paroisse est saint Martin de Tours...

Après la Révolution française et la création du département de Seine-et-Oise, la paroisse est rattachée au nouveau diocèse de Versailles qui correspond exactement au territoire du département. En 1937, une seconde église est construite au sud de la commune : l'église Christ-Roi. Dans le contexte de la refonte des départements d'Île-de-France, le nouveau diocèse de Pontoise est érigé en 1966, et Cormeilles-en-Parisis en fait partie à l'instar de toutes les autres paroisses du département. Le diocèse de Paris se limite désormais à la seule ville de Paris. L'importance de la commune permet à la paroisse de Cormeilles-en-Parisis d'éviter l'intégration dans un grand regroupement paroissial, entraînant toujours une diminution du nombre de messes : seule la paroisse de La Frette-sur-Seine est rattachée à celles de Cormeilles. L'église du Christ-Roi étant devenue vétuste, le chantier pour une nouvelle église est lancé en 2006, et elle est inaugurée dès fin novembre 2007. Une salle paroissiale y est associée. L'église Saint-Martin reste cependant le principal lieu de culte de la paroisse, et des messes dominicales y sont célébrées le samedi à 18 h 00 et le dimanche à 9 h 00..

Histoire de l'église thumb|Chapiteau roman de réemploi au début des grandes arcades du nord.

L'église Saint-Martin est un édifice hétérogène, qui est issu de plusieurs campagnes de construction, mais qui a également subi des remaniements profonds dans ses parties déjà construites, ainsi que des restaurations assez radicales au . Les documents d'archives sur le chantier de l'église faisant défaut, l'on est limité à se tenir à l'analyse archéologique, ce que l'architecte Albert Besnard a fait avec scrupule en 1904. La construction de l'église actuelle a été précédée par celle de la crypte, sous le chœur, sans doute jugée nécessaire pour parer à l'instabilité du terrain, qui doit également être à l'origine de divers remaniements. La crypte présente des analogies avec la crypte de Suger sous le chœur de la basilique Saint-Denis, commencé en 1140, mais elle est d'un style plus avancé car utilisant l'arc en tiers-point. Le début de la construction devrait donc être postérieur à 1145, surtout en sachant que la dîme de Cormeilles appartenait principalement à l'abbaye de Saint-Denis : l'on n'y aurait pas appliqué des innovations pour ensuite revenir en arrière pour la basilique Saint-Denis. Le vaisseau central de l'église a été entamé par le chevet plat, au cours du dernier quart du . Cette première campagne de construction porte sur la quatrième et la troisième travée du chœur, y compris pour les supports à la limite avec la seconde travée. Ces deux travées présentent les caractéristiques du style gothique primitif. Le chœur devait se raccorder à une nef romane, voir à l'avant-chœur roman faisant suite à cette nef, car la campagne de construction suivante ne se situe qu'au second quart ou au milieu du . Elle porte sur la seconde et la première travée du chœur, dont le profil des ogives diffère, et qui sont plus profondes que les autres. Mais la datation repose presque uniquement sur le pilier entre la première et la seconde travée au sud et son chapiteau. Des incertitudes subsistent, car le pilier précédent, qui marque le début des grandes arcades au sud du chœur, indique le style de la fin du . Ceci ne peut pas s'expliquer par l'incidence de la construction de la nef sur le chœur, car le chapiteau n'est pas situé à la bonne hauteur pour les grandes arcades de la nef. Il pourrait s'agir du résultat d'une première reprise en sous-œuvre..

thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|Le sanctuaire du dernier quart du . thumb|upright|Collatéral sud, vue vers l'ouest.

L'arc triomphal séparant le chœur de la nef est mouluré de deux tores séparés par un méplat, et paraît dater du , mais déjà au début du , Albert Besnard n'est pas sûr s'il ne s'agit pas d'une réfection du . La nef soulève encore davantage d'interrogations. À la première vue, elle paraît romane, car ses grandes arcades sont en plein cintre et non moulurées ; les murs hauts sont parfaitement nus et percés seulement de fenêtres de taille moyenne en plein cintre ; et rien n'a jamais été prévu pour un voûtement d'ogives. Des chapiteaux romans se trouvent effectivement engagés dans le mur occidental, au début des grandes arcades. Or, le premier chapiteau au nord est placé avec une volute d'angle en pointe, ce qui indique qu'il a été déplacé. Albert Besnard en conclut que les deux chapiteaux ne sont qu'un réemploi, et n'ont pas de lien avec la nef actuelle. Tous les autres chapiteaux de la nef datent du règne de François I (1515-1547), et plus précisément du premier quart du , ce qui explique, au moins en partie, que le service des Monuments historiques considère que la nef date du . Même si la période diffère, il s'agit dans les deux cas de la période gothique flamboyante. Or, le troisième pilier au sud de la nef possède une base du à plinthe carrée, gros tore aplati et à griffes. Albert Besnard suppose donc que le corps des autres piliers serait aussi du , et que la nef remonte en réalité au règne de Philippe Auguste. Les chapiteaux des années 1515-1525 résulteraient d'une reprise en sous-œuvre, ce qui n'explique toujours pas le tracé en plein cintre des arcades, qui ne revient à la mode qu'au milieu du . Pour que la nef ne soit pas antérieure aux deux premières travées du chœur, les années 1220 seraient les plus plausibles, et la nef aurait donc été bâtie en même temps que les deux premières travées du chœur. Mais le règne de Philippe-Auguste n'est vraisemblablement pas une datation à prendre à la lettre, car la base d'un pilier est un indice bien mince. En tout cas, la façade occidentale est un pastiche de l'architecture du , ce qui donne à penser qu'elle remplace une façade ancienne remontant, globalement, à cette époque. La construction de l'église n'est pas encore terminée : un clocher est édifié à l'emplacement de la troisième travée du bas-côté nord, peut-être en même temps que la nef, comme l'indique la fenêtre à sa base, ou seulement au début du : il est difficile de l'affirmer, car le clocher a été surmonté d'un second étage au .. L'abbé Lebeuf qui a vu le clocher au milieu du a pensé qu'il datait du : il aurait donc subi des remaniements flamboyants, que la reconstruction au aurait fait disparaître (à moins que l'abbé Lebeuf n'ait regardé que la voûte et ses supports, qui sont effectivement flamboyants). Des lettres données en 1359 par Charles V avaient ordonné la destruction de la cour de l'église, incorrectement lu tour par l'abbé Lebeuf, pour que les ennemis du royaume ne s'y retranchent pas. Ce qui a laissé supposer la nécessité d'une reconstruction du clocher après la guerre de Cent Ans. Mais rien ne prouve que le clocher fut réellement démoli..