L'église Saint-Martin est une église catholique paroissiale située à Groslay, en France. Elle se compose essentiellement d'une nef et d'un bas-côté sud gothiques du ; et d'un prolongement de la nef avec chœur à l'abside en hémicycle ainsi que d'un collatéral nord et d'un prolongement du collatéral sud du . Les parties ajoutées en premier lieu affichent le style gothique flamboyant, alors que les finitions des parties ajoutées pendant la dernière campagne de travaux sont empreintes de la Renaissance, mais seule l'abside est conçue entièrement dans le style de la Renaissance. À la suite de remaniements et ajouts maladroits, uniquement la façade septentrionale et en partie la façade du chevet conservent leur caractère authentique. L'intérieur est assez harmonieux et construit avec grand soin, ne présentant pas de rupture réelle entre les différentes parties. La véritable richesse de l'église sont ses six verrières Renaissance, constituées dans certains cas de fragments montés ensemble. L'édifice est classé monument historique depuis 1929.
Localisation
L'église est située dans le département français du Val-d'Oise, sur la commune de Groslay, au cœur du centre ancien du village, sur la route départementale 193 qui porte le nom de rue du général Leclerc à l'est du carrefour près du chevet de l'église, en venant de la gare, et qui devient la rue de Montmorency après ce carrefour. Y commence la rue Pierre-Corre, qui monte vers le cimetière, au nord, et depuis laquelle l'on peut bénéficier d'une vue d'ensemble de l'édifice. Toute la façade nord de l'église est alignée sur la rue Paul-du-Boys, accessible depuis la rue Pierre-Corre. Grâce à une étroite ruelle passant devant la façade occidentale, l'on peut faire le tour de l'édifice, et l'on arrive sur le parvis de l'abbé Adeux, jouxtant la rue de Montmorency. Anciennement appelé cour du Rocher, ce parvis porte son nom actuel depuis le , en l'honneur d'Henri Adeux qui fut le curé à exercer le plus longtemps à Groslay, de 1958 à 1983..
Historique Les origines thumb|left|Approche de l'église depuis le sud, par la rue de Montmorency. thumb|left|Nef, croix de consécration sur le pilier engagé au début des grandes arcades du nord.
D'après la tradition orale locale, la paroisse de Montmorency aurait été démembrée de celle de Groslay pendant le haut Moyen Âge. Cette légende est impossible à vérifier, mais expliquerait pourquoi la collégiale Saint-Martin de Montmorency est dédiée au même saint patron que l'église de Groslay, Martin de Tours.. En effet, les églises construites dans une localité voisine de la paroisse-mère ne sont jamais dédiées au même saint patron qu'elle, alors que c'est fréquemment le cas d'églises construites sur des parties démembrées d'une paroisse plus ancienne. Le village de Groslay doit être d'origine très ancienne, car mentionné dès 862 dans un document de l'abbaye Saint-Denis.. Vers 1100, les habitants de Saint-Brice-sous-Forêt se rendent à la messe à Groslay, car ne possédant pas encore leur propre église (au moins c'est la lecture de l'abbé Pacaud du texte de l'abbé Lebeuf..). Louis, l'abbé, offre des vignes situés près de Groslay à ses moines, pour qu'ils puissent en tirer leur boisson ordinaire.
La première mention de l'église ne remonte toutefois qu'à 1186, quand Maurice de Sully, évêque de Paris, la donne aux moines du prieuré de Deuil. Octave Comartin indique sans source l'année 1160 comme date de fondation de l'église et pense aussi que le bas-côté sud de la nef daterait de la seconde moitié du .. L'abbé Lebeuf ne cite cas pas cette date et situe la construction de l'édifice actuel au . Une datation précise est possible depuis la découverte de deux médailles à l'effigie de Louis VIII sous l'un des piliers au nord de la nef, en 1872 : la fondation a donc dû être jetée avant la mort de ce souverain, en 1226. Une église romane a donc dû exister au préalable, et des vestiges devraient en subsister dans la base du clocher, qui correspond à la quatrième travée du bas-côté sud. À l'exception du clocher et du chœur, l'église romane est entièrement remplacée au début du par une nef de cinq travées accompagnée de deux bas-côtés. Le chœur roman est encore conservé pendant trois siècles environ. On a dû laisser subsister encore longtemps la fondation de l'ancien maître-autel, que l'abbé Lebeuf observe encore en 1742, au droit des bancs des choristes, c'est-à-dire dans la sixième travée. À un moment indéterminé, sans doute pendant la guerre de Cent Ans, la nef perd ses voûtes d'origine. La reconstruction du ne laissera en place que la façade, le bas-côté sud, la base du clocher et quatre piliers au nord de la nef. La façade sera victime de la Révolution française, et les quatre piliers au nord seront repris en sous-œuvre après 1865 (voir ci-après). thumb|Vue générale intérieure depuis la . thumb|La date de 1542 est gravée sur le cinquième contrefort au nord. thumb|Collatéral sud, clé de voûte de la , de la même époque. thumb|Chevet du collatéral nord.
La fête patronale de la paroisse est le , jour anniversaire de son ordination et de la translation de son corps de Candes-Saint-Martin à Tours.. Un autre jour particulier pour la paroisse était longtemps le . Au dernier quart du , dame Richilde ou Richolde de Groslay et de Roissy-en-France fonde en effet une distribution de pain devant se faire ce jour, et une messe est dite en son honneur, en plus des matines qui sont chantées dès la veille. L'acte original s'est depuis longtemps perdu. Un règlement émis par l'archevêque de Paris, le cardinal de Noailles, au début du , étend la distribution de pain sur tous les samedis d'hiver. Le blé est en partie livré par le curé et la fabrique. Les habitants de Groslay devaient également à dame Richilde une exemption de taxes pour vendre leurs cerises sur le marché de Saint-Denis, qui a été vigoureusement défendue jusqu'à la Révolution. — Sous tout l'Ancien Régime, Groslay dépend de l'archidiocèse de Paris, et la cure reste à la nomination du prieur de Deuil..
La reconstruction et les extensions du
La guerre de Cent Ans a dû être particulièrement ravageur à Groslay, car le village ne compte guère plus que cinquante habitants en 1470.. En 1520, l'ancienne nef est reconstruite, de la première à la quatrième travée.. Sous Guillaume de Montmorency puis le connétable Anne de Montmorency, le vieux chœur est au moins partiellement démoli et remplacé par une travée supplémentaire de la nef, et un nouveau collatéral de cinq travées est construit au nord. Cette extension est achevée en 1542. Une seconde extension enchaîne directement sur la première, portant sur deux travées supplémentaires pour le vaisseau central et deux autres pour le collatéral nord. Octave Comartin affirme que les chapiteaux du chœur du , tant du premier ordre que du second ordre, auraient été retaillés sur place pour en faire des chapiteaux et consoles corinthiens. Mathieu Lours ne revient pas sur cette hypothèse, que la comparaison des dimensions exactes des chapiteaux gothiques conservées dans le bas-côté sud et celles de style Renaissance permettrait aisément de vérifier. En tout cas, cet emploi de l'ordre corinthien à la période de la Renaissance est rare en pays de France et ne se retrouve ici que dans l'église Notre-Dame-de-l'Assomption d'Ézanville..
Curieusement, la dernière travée du collatéral nord se termine par un mur biais afin de ne pas empiéter sur la voie publique. Le bas-côté sud du est maintenu et seulement prolongé de deux travées supplémentaires. Les trois premières travées de la nef ancienne sont voûtées sur croisées d'ogives, et des colonnes engagées posées sur les tailloirs des piliers du pour recevoir les nervures des voûtes. Pas plus tard que 1560, une abside en hémicycle est collée à l'est devant le chœur se terminant jusque-là par un chevet plat. Cette fois-ci, le style Renaissance s'impose. Vers 1572-1575 enfin, le collatéral sud est prolongé d'une travée vers l'est, obstruant la face méridionale du chœur. En réponse au manque de solidité du clocher, un porche à deux arcades est bâti devant le portail sud vers 1750, allant du centre de la seconde travée jusqu'à la quatrième travée. Il comporte à l'étage un petit logement réservé au bedeau ou au chapelain. L'ancien portail dans la base du clocher est remplacé par un portail de style classique (aujourd'hui bouché), et le portail actuel est aménagé à sa gauche. Extérieurement, l'église obtient ainsi sa configuration actuelle. L'absence de caractère du clocher est déjà remarquée par l'abbé Lebeuf en 1742, et est donc antérieure à la construction du porche (.).
Les effets de la Révolution française
La Révolution française est d'un effet particulièrement dévastatrice pour l'église Saint-Martin, car elle entraîne la destruction quasi complète du portail occidental (et non seulement la mutilation de sculpture, comme c'est le cas ailleurs). L'église est également privé d'une partie de son mobilier et de « vases sacrés ». Ces actes de vandalisme et de vol sont attestées par des documents conservés dans les archives municipales de Groslay. Comme partout en France, le conseil de fabrique est exproprié des propriétés foncières qu'il possède, et dont les rentes permettaient l'entretien de l'église. Toutes les cloches sauf une sont confisquées et fondues pour frapper de la monnaie. La seule cloche restant en place date de 1783 et avait été baptisée Louise en présence de Louis V Joseph de Bourbon-Condé. Ce baptême de cloche coïncida avec celui de Marie-Josèphe Tétart, et étrangement, la cloche se fêle lorsqu'elle sonne le glas de son enterrement, quatre-vingt ans plus tard. La nouvelle cloche est inaugurée le et répond au nom de Marie-Jeanne-Élisabeth..
Les transformations du
Au début du , le déversement des murs sous l'effet de la poussée des voûtes d'ogives provoque des désordres importants, notamment à l'ouest, au nord de la nef et du côté du clocher. Les récits des différents auteurs ne sont ni complets, ni tout à fait concordants sur les travaux qui ont dû être exécutés d'urgence, à une époque que l'État n'accorde aucune subvention, et que la fabrique ne dispose plus de revenus réguliers. Concernant le bas-côté du , l'on ignore s'il a possédé de vraies voûtes d'ogives en pierre pendant une période donnée, ou si ses fausses voûtes actuelles représentent ses premières voûtes. Concernant la nef de la même époque, l'une de ses voûtes les plus anciennes doit être remplacée par un . Le collatéral sud du chœur est reconstruit en 1818 , d'après Octave Comartin, maire de Groslay en 1865. En consultant les archives de la paroisse, l'abbé Georges Pacaud a retrouvé un rapport d'architecte qui dit que les forts gels de 1820 auraient contribué à l'effondrement de ces voûtes : l'année 1818 doit donc être erronée. Le baron de Guilhermy, l'un des premiers archéologues s'intéressant à l'étude des églises médiévales, visite l'église Saint-Martin vers 1842 et note que . Il n'utilise pas un vocabulaire bien précis et doit parler des grandes arcades de la sixième travée, considérée comme première travée du chœur. Comartin évoque également le buffet d'orgue sur une tribune au début de la nef : plus rien n'en subsiste... thumb|upright|Statue de sainte Geneviève. thumb|upright|Abside.