L'église Saint-Martin est une église catholique paroissiale située à Rousseloy, en France. Elle possède un beau clocher roman caractéristique de la région, mais coiffé d'un toit moderne, et une chapelle également romane, avec d'intéressants chapiteaux à l'intérieur. Le chœur-halle gothique du comporte deux vaisseaux de deux travées, et représente la plus grande partie de l'église depuis qu'elle a été privée de sa nef en 1826. C'est une variante plus rustique des chœur-halles bien répandus dans la région, avec la particularité d'être recouvert par des toits en pierre. L'église a été classée au titre des monuments historiques par arrêté du .. Elle est affiliée à la paroisse Sainte-Claire de Mouy.
Localisation
L'église est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, sur la commune de Rousseloy, chemin de l'Église / chemin des Monts. Bâtie sur le plateau de Cambronne alors que le village s'étale dans une vallée, l'église domine tout le village depuis le nord, et est visible de loin. Sa situation est assez pittoresque. Seulement un chemin escarpé permet d'y accéder depuis la route de Clermont, qui dessert également l'école et la mairie à mi-chemin. Le cimetière entoure toujours l'église, mais au sud, le terrain descend rapidement de façon assez abrupte : s'y trouvait jadis une carrière avec des habitations troglodytiques..
Historique thumb|left|Vue depuis le village.
Au début, Rousseloy ne possédait qu'une chapelle déjà dédiée à saint Martin, érigée ultérieurement en paroisse. : Il pourrait s'agir de l'occasion pour élever l'église actuelle au . La paroisse a toujours dépendu du diocèse de Beauvais, et la cure était à la nomination du chapitre de l'abbaye Saint-Symphorien de Beauvais. L'histoire de l'église est très sommairement documentée, et sa première mention explicite connue ne remonte qu'au : l'analyse archéologique du monument doit suffire pour dater ses différentes parties, comme c'est fréquemment le cas.. Cette datation n'est pas très précise : s'agissant d'une petite église rurale, les innovations de l'architecture ne sont pas toujours appliquées dès leur apparition, et les bases des colonnes pouvant fournir de précieux indices manquent tous. Le clocher et l'actuelle chapelle des fonts baptismaux au nord datent du ; le chœur et son collatéral datent du ; l'arcade entre la base du clocher et le chœur avec ses deux colonnes toscanes a probablement été refaite au ; la sacristie a été ajoutée au également ; et un massif de maçonnerie a été ajouté devant l'actuelle façade occidentale en 1826..
Les archives municipales sont en possession de quelques documents qui livrent des clés pour comprendre l'évolution de l'édifice depuis la fin du , qui a connu d'importantes évolutions entre 1780 et 1826. En 1780 en effet, la foudre fait tomber la flèche en pierre du clocher, ce qui explique le toit à la hache actuel, recouvert d'ardoise. Au début du , l'église se trouve dans un état de délabrement critique. Le , sous l'injonction du sous-préfet de Clermont, le conseil municipal de Rousseloy fait dresser un état des lieux par deux entrepreneurs locaux. L'on ignore quel suite est donné à leur devis, concernant notamment des réparations de la nef et du bas-côté. Mais étant donné que le conseil municipal constate dans sa séance du que la nef est pratiquement tombée en ruines, pas grand chose n'a dû être entrepris. Le conseil municipal ne dispose pas des moyens nécessaires pour sa remise en état, et cette grosse dépense est de surcroît considérée comme inutile : l'on estime que le chœur puisse contenir une centaine de fidèles, alors que la commune tout entière ne compte que 137 habitants, tous les âges confondus. S'impose donc l'idée de démolir la nef. La décision est ajournée dans un premier temps.. thumb|upright|left|Vue depuis l'ouest.
Puis, le , le sous-préfet fait dresser un devis pour la réparation du chœur : il s'agit de boucher trois baies (sans doute celles du collatéral qui sont toujours bouchées) ; de rejointoyer la couverture du chœur et de la sacristie ; de refaire une voûte ; de réparer quatre vitraux (qui doivent être les quatre fenêtres actuelles, au sud et à l'est) ; et de confectionner un autel-tombeau avec tabernacle. La nécessité de ces travaux accélère sans doute la prise de décisions, car la commune veut conserver au moins le chœur. Trois jours plus tard, le conseil municipal décide de faire démolir la nef et de vendre les matériaux récupérés par adjudication afin de financer la réparation du chœur. Les travaux sont entrepris au cours de l'année 1825. En attendant, la nef est provisoirement conservée, puis sa démolition est confiée à un maçon de Saint-Claude, qui touche une somme de et doit avoir terminé la démolition en mars 1826. Les matériaux sont vendus par la suite.. Malheureusement, la nef n'est pas documentée avant sa démolition. L'état des lieux de 1801 mentionne un pignon sud, en plus du pignon ouest dominant la façade occidentale, ce qui implique qu'une chapelle a dû exister au sud de la nef. En tout cas, l'église n'a jamais possédé de transept, car le mur méridional de la base du clocher est d'origine. Le bas-côté nord a dû s'apparenter à un couloir de dégagement, comme l'indique la petite arcade plein cintre dans le mur occidental de la chapelle des fonts. Le manque de place au sud exclut l'existence d'un bas-côté de ce côté-ci, au bord de la carrière..
Dans son Répertoire archéologique du Département de l'Oise paru en 1862, Emmanuel Woillez indique : comme le souligne René Parmentier, Woillez commet ici une grave méprise, car la nef n'a jamais été reconstruite, et l'église était dépourvue de nef depuis trente-six ans déjà lors de la parution du répertoire.. Le , le clocher est de nouveau touché par la foudre, conséquence de la situation exposée de l'église en surplomb du village et des plateaux des environs. Les réparations ne sont effectuées qu'en 1870.. L'édifice est classé au titre des monuments historiques par arrêté du .
Description thumb|upright|Plan de l'église.
Aperçu général
L'église est incomplète, car privée de sa nef et de son bas-côté depuis 1826. Ces parties se situaient devant la façade occidentale actuelle, que l'on aperçoit dès que l'on entre au cimetière. Depuis, l'église Saint-Martin ne se compose plus que d'un clocher roman, dont la base sert de porche ; d'une chapelle latérale également romane au nord du clocher ; d'un chœur gothique rayonnant de deux travées dans le prolongement oriental de la base du clocher ; et d'un collatéral nord de deux travées dans le prolongement oriental de la chapelle, voûté à même hauteur que le chœur proprement dit et formant avec ce dernier un chœur-halle approximativement carré. En réalité, toutes les travées sont rectangulaires et de dimensions inégales. La base du clocher est voûtée en berceau brisé ; les autres travées sont voûtées sur croisées d'ogives simples. Une sacristie assez basse et voûtée d'arêtes a été ajoutée à l'est du collatéral. L'église ne possède qu'un seul accès, par la base du clocher. Ce dernier est recouvert par un toit à la hache de la fin du . Les deux vaisseaux du chœur-halle disposent chacun d'un toit en bâtière indépendant dans le sens de l'axe, avec des pignons à l'est. Ces toits sont aigus et recouverts de dalles de pierre. La chapelle est dotée d'un toit en appentis également en pierre, et s'appuyant contre le pignon occidental du collatéral.
Intérieur Base du clocher
La base du clocher, voûtée en berceau brisé dès l'origine, communique avec le chœur par une arcade en tiers-point non moulurée, qui s'appuie sur les deux colonnes toscanes déjà mentionnées. L'arcade ouvrant dans la chapelle est également en tiers-point, mais nettement plus basse. Elle se compose de deux rangs de claveau aux arêtes chanfreinées, retombant sur les gros chapiteaux romans de deux fortes demi-colonnes appareillées. Le chapiteau au revers de la façade montre une face d'oiseau entourée d'ailes et de pattes, et du côté de la chapelle, une tête de chien ; celui en face présente deux colombes buvant dans le même vase, motif fréquemment repris. En face, le mur méridional est percé d'une petite baie plein cintre au-dessus d'un long glacis, et le soubassement contient deux arcades plein cintre aveugles, sans colonnettes ni chapiteaux. Quant au mur occidental, il fait apparaître le sommet d'une arcade en tiers-point encore plus basse que celle vers la chapelle, et dont les piédroits d'origine manquent. La porte d'entrée a été appliquée derrière cette arcade, après la démolition de la nef en 1826.
Chapelle thumb|upright|Chapelle des fonts baptismaux.
La chapelle n'a pas toujours été la chapelle baptismale, les fonts baptismaux ayant été déplacés ici depuis le début de la nef en 1826. Emmanuel Woillez écrit à propos de cette chapelle : . Effectivement, les places sur les bancs en bois devaient être louées à l'année par les paroissiens, et les chaises étaient proposées par une loueuse de chaises. Mais René Parmentier attire l'attention sur l'arcade plein cintre bouchée dans le mur occidental de la chapelle, accompagnée d'une porte ayant jadis donné sur l'extérieur. Or, l'arcade ayant servi à relier la chapelle au bas-côté ou couloir de dégagement de la nef, elle n'a vraisemblablement été bouchée qu'en 1826, tout comme la porte. Parmentier estime que le banc en pierre n'a été aménagé qu'après cette opération, avec un autre banc contre le mur septentrional, et ceci afin d'accueillir les participants aux cérémonies de baptême. Ces deux bancs étaient encore recouverts de planches en bois au début du . — Le mur septentrional est percé d'une baie plein cintre largement ébrasée, et une arcade très aigüe s'ouvre dans le collatéral. Grossièrement construite sans aucune forme nette, elle est encore différente des arcades de la base du clocher, et dépourvue de toute ornementation, avec des arêtes simplement chanfreinées. La voûte d'ogives de la chapelle est très basse, et ses ogives et formerets retombent sur un faisceau de trois colonnettes dans chaque angle. Le profil des ogives est celui d'un tore en amande sur un méplat, alors que les formerets présentent un simple profil carré, avec des arêtes chanfreinées. Les chapiteaux sont décorés de rinceaux entrelacés, de rameaux de feuillages, de crochets d'une sculpture assez grossière, et de larges feuilles réunies deux par deux. Leurs tailloirs sont identiques à ceux de l'arcade vers la base du clocher. Quant aux bases des colonnes, elles ont été coupées à environ du sol afin de permettre l'établissement des bancs en pierre..
Les fonts baptismaux constituent l'un des deux seuls éléments du mobilier classés monuments historiques. (avec une cloche de 1504.). Les fonts en pierre calcaire datent de la première moitié du et sont formés d'une cuve octogonale, dont le socle et le sommet sont à peu près carrés et mesurent de long pour de large. Les quatre angles sont occupés par des colonnettes, dont les bases sont moulurées de la même façon que la partie inférieure de la cuve. De même, le motif des chapiteaux de crochets des colonnettes se poursuit en tant que frise sur la partie supérieure de la cuve. La cavité de la cuve est hémisphérique. René Parmentier note un trou d'écoulement, alors que la Base Palissy parle tout au contraire d'une absence d'évacuation..
Chœur et collatéral thumb|upright|Chœur, vue diagonale depuis l'angle nord-est.