L'église Saint-Martin est une église catholique paroissiale située à Triel-sur-Seine, en France. C'est un vaste édifice issu de quatre époques différentes. En raison des agrandissements successifs entre la fin du et le milieu du , le plan est devenu très complexe, et la nef gothique du second quart du ne représente plus qu'une partie infime de la superficie totale. À l'origine, c'est une église d'un plan cruciforme régulier. Les voûtes de son vaisseau central s'effondrent probablement au bout de deux générations, ce qui motive la reconstruction des parties hautes au début du . Elles se caractérisent par un triforium de style gothique rayonnant particulièrement élégant. L'église conserve toutefois le défaut d'un vaisseau central et d'un transept trop étroits, et les habitants y remédient à la fin du en équipant l'église d'un second bas-côté sur tout son flanc sud, et d'une grande chapelle de deux vaisseaux au nord du transept et du chœur. Ces parties sont de style gothique flamboyant, et plus soignées et plus homogènes à l'extérieur qu'à l'intérieur, où le raccordement avec les parties anciennes est malaisé. Sous le règne de Henri II, l'église gothique ne répond plus aux exigences, et l'on décide de la rebâtir dans le style de la Renaissance. Le chantier commence par la construction d'un nouveau chœur à l'est de l'ancien, plus large et muni d'un déambulatoire, quoique moins élevé. Mais les travaux ne vont pas plus loin, et l'église gothique est conservée. Le chœur Renaissance est remarquable pour son architecture bien étudié sans aucun excès d'ornementation, qui est nettement en avance par rapport à son époque. Des particularités sont le passage d'une rue sous la première travée, et la présence d'une crypte en hémicycle sous le déambulatoire. En tant qu'édifice d'une grande valeur artistique, qui peut en plus s'enorgueillir de posséder une bonne douzaine de verrières de la Renaissance, l'église Saint-Martin est classée au titre des monuments historiques assez tôt par la liste de 1862.. Or, à la fin du , la nef menace de s'écrouler, et sa démolition semble inévitable. Elle est finalement sauvée par une importante campagne de restauration menée à terme en 1911, et l'église est restaurée pour une seconde fois dans les années 1970. L'église Saint-Martin demeure le centre d'une importante paroisse, et accueille des célébrations eucharistiques presque quotidiennement, sauf le lundi.

Localisation thumb|left|Vue générale depuis le sud.

L'église Saint-Martin se situe en France, en région Île-de-France et dans le département des Yvelines, dans la vallée de la Seine, sur la rive droite du fleuve et dans le Vexin français, sur la commune de Triel-sur-Seine, au centre-ville, rue Galande. Cette rue étroite est perpendiculaire à la rue principale de la ville, la rue Paul-Doumer (RD 190), et monte le coteau en direction du massif de l'Hautil en passant sous le chœur de l'église grâce à un passage voûté. L'église est donc bâti à flanc de coteau, dominant les parties basses de la ville, et son orientation irrégulière sud-est - nord-ouest s'explique par le souci de construire perpendiculairement à la pente pour éviter des travaux de terrassement trop importants. Au Moyen Âge, l'église s'arrêtait avant la rue. L'état actuel ne date que de la seconde moitié du . Si le chœur ajouté à cette époque est presque entièrement enclavé dans des propriétés privées, et le chevet totalement inaccessible, les autres parties de l'église sont bien dégagées, et l'on peut en faire le tour. Au sud de l'édifice, s'étend une grande place, dite cité Saint-Martin, qui sert de parking. Devant la façade occidentale, la place devient étroite, et au nord, c'est seulement une ruelle qui permet de regagner la rue Galande.

Historique thumb|upright|Portail occidental du . thumb|upright|Chœur Renaissance et passage de la rue Galande, vue depuis le nord. thumb|upright|Plaque commémorative pour la restauration de la nef, 1976.

La date de fondation de la paroisse n'est pas connue, mais sachant que le bourg de Triel existe dès le , elle devrait remonter à cette époque. Des sarcophages mérovingiens découverts à Triel sont exposés au musée d'archéologie nationale à Saint-Germain-en-Laye. L'église actuelle, dédiée à saint Martin, ne date du début du pour ses partes les plus anciennes, et est donc au moins le second édifice au même endroit. Sous l'Ancien Régime, la paroisse de Triel relève de l'archidiocèse de Rouen, de l'archidiaconé du Vexin français avec siège à Pontoise, et du doyenné de Meulan. Le collateur de la cure est l'abbé de l'abbaye de la Trinité de Fécamp, comme pour les paroisses voisines de Carrières-sur-Seine et Chanteloup-les-Vignes... Depuis la Révolution française, Triel dépend du diocèse de Versailles nouvellement créé, qui regroupe l'ensemble des paroisses du département de Seine-et-Oise, et aujourd'hui, des Yvelines. Triel forme toujours une paroisse indépendante, et l'église Saint-Martin accueille des messes dominicales chaque semaine, le samedi à 18 30 et le dimanche à 10 h 30. La prière des laudes est proposée tous les matins sauf le lundi, et l'Eucharistie est également célébrée plusieurs fois en semaine..

Les différentes étapes de la construction de l'église ne sont pas documentées par des sources écrites. On peut seulement les déduire grâce à l'analyse archéologique et un petit nombre d'indices concrets (armoiries, emblèmes, dates sur des vitraux). Au début du , sont édifiés la nef, le transept, les deux premières travées du chœur (qui se terminaient probablement par un chevet plat), et les bas-côtés de la nef et du chœur. Une cinquantaine d'années après l'achèvement environ, les quatre voûtes s'écroulent déjà, et sont refaites au dans le style gothique rayonnant, avec l'ensemble des parties hautes. L'on pourrait croire que ces parties n'auraient jamais été construites auparavant, mais Eugène Lefèvre-Pontalis estime que les faisceaux de trois colonnettes à l'intersection des deux premières travées constituent une preuve suffisante. Les parties hautes et les voûtes de la nef constituent en tout cas la seconde campagne de construction. Ensuite, il faut attendre la fin de la guerre de Cent Ans pour assister au premier agrandissement de l'église, dans le nouveau style gothique flamboyant. Au sud, le mur gouttereau est jeté bas, et un second bas-côté est construit. Sa première travée sert de porche, et est ouverte sur l'extérieur. Au nord, les supports engagés dans le mur latéral et certaines fenêtres basses sont refaites ; une chapelle peu profonde est adjointe à la quatrième travée ; et une vaste chapelle de deux vaisseaux de trois travées est bâtie au nord du transept et du bas-côté nord du chœur à l'intention de la confrérie de la Charité. L'objet de ces confréries, qui existent dans la plupart des paroisses d'une certaine importance, est d'accompagner les confrères défunts sur leur dernier chemin, et de leur assurer des obsèques dignes, même pendant les périodes de forte mortalité, lors des guerres et épidémies...

Après le milieu du , l'on projette la construction d'une nouvelle église dans le style de la Renaissance. Afin de pouvoir continuer d'utiliser l'église pour le culte, et conformément à l'usage général, l'on commence par l'abside, et élève un nouveau chœur à l'est de l'ancien. Le mur méridional s'aligne sur celui de l'église gothique, mais le nouveau chœur est nettement plus large, ce qui rend le raccordement malaisé : une partie de la dernière travée du chœur gothique est démoli pour que le vaisseau puisse s'évaser vers l'est. L'on ne rechigne pas devant un obstacle d'envergure, le passage d'une voie publique (l'ancien chemin du Roi) devant le chevet : la rue ne pouvant pas être déviée, l'on construit un passage voûté en berceau pour faire passer la rue en dessous du nouveau chœur. Il en résulte une importante différence de niveau entre l'ancien et le nouveau chœur, qui est compensée par six marches d'escalier. Au lieu d'édifier la partie d'arrière du chœur sur une terrasse, ce qui serait le plus logique, l'on construit une crypte en hémicycle tenant lieu de soubassement. Après l'achèvement du chœur, les instabilités politiques suscitées par les guerres de religion provoquent l'abandon du chantier, et l'église conserve son état voulu provisoire.

En tant qu'édifice imposant d'un grand intérêt architectural, possédant des caractéristiques partagées par aucune autre église d'Île-de-France, l'église Saint-Martin est classée au titre des monuments historiques par liste de 1862. Mais insuffisamment contrebutés, les murs de la nef ne résistent plus à la poussée de la voûte. Ils étaient depuis longtemps précairement maintenus en place par des solives en bois tenant lieu d'étrésillons. Vingt-cinq ans après le classement, ce dispositif ne suffit plus. L'on se voit dans l'incapacité de procéder à une reprise en sous-œuvre des piliers de la nef sous ces conditions, et croit la nef vouée à une démolition prochaine.. En 1911, l'on parvient malgré tout à réaliser la reprise en sous-œuvre indispensable, et parvient à sauver la nef in extremis. En outre, le triforium du croisillon sud est restitué, et les murs de réfend non authentiques qui séparent les travées du deuxième bas-côté sud les unes des autres sont supprimés.. Une seconde campagne de restauration de grande envergure se conclut à Noël 1976, comme le rappelle une plaque commémorative dans le bas-côté nord.

Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.

Orientée irrégulièrement vers le sud-est du côté du chevet, l'église répond initialement à un plan cruciforme symétrique, au chevet plat et sans déambulatoire, qui a été rendu irrégulier par les ajouts des . Elle se compose d'une nef de quatre travées, qui est accompagnée d'un bas-côté simple au nord et d'un double bas-côté au sud ; d'un étroit transept, qui est également flanqué d'un bas-côté au sud ; d'un chœur gothique de deux travées, qui est accompagné d'un double bas-côté au nord tant qu'au sud ; et d'un chœur Renaissance entouré d'un déambulatoire. Le clocher s'élève au-dessus de la croisée du transept, et une crypte se situe en dessous du déambulatoire. Elle est accessible par des portes depuis la rue Galande. Comme particularités de plan, l'on doit signaler le porche à l'emplacement de la première travée du deuxième bas-côté sud ; la petite chapelle ou plutôt niche au nord de la quatrième travée du bas-côté nord ; une tourelle d'escalier entre cette niche et le croisillon nord ; la sacristie de deux travées (dans le sens nord-sud) au nord du transept ; et le déambulatoire s'inscrivant extérieurement dans un rectangle, devant lequel une chapelle d'axe de plan triangulaire déborde à l'est, et dont les extrémités nord-est et sud-est sont formées par des travées triangulaires. La nef, le transept et le chœur gothique sont à trois niveaux d'élévation, avec l'étage des grandes arcades, l'étage du triforium et l'étage des fenêtres hautes. Le chœur Renaissance n'est qu'à deux niveaux d'élévation, sans triforium, mais est néanmoins voûté à la même hauteur, puisque le niveau de son sol est plus élevé. L'ensemble de l'église est voûté d'ogives. L'on y accède par le portail latéral sous le porche, ou par le portail occidental de la nef.

Intérieur Nef thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|, élévation sud.