L'église Saint-Médard est une église catholique paroissiale située à Creil, en France. Édifiée à partir du début du à l'emplacement d'une église précédente sur le plan d'une croix grecque, elle a été terminée avant la fin de ce même siècle. Devenu rapidement trop petite, elle a été profondément modifiée aux et s, avec déplacement du chœur vers le nord-est, à l'emplacement de l'ancien croisillon nord. Cette solution était l'unique moyen d'agrandir l'église, confinée dans un tissu urbain serré, avec la muraille d'enceinte de la ville butant presque contre ses murs au nord-est. Le croisillon sud et la croisée du transept remplissent la fonction de nef depuis. À la suite de l'effondrement des voûtes du chœur à la fin de la guerre de Cent Ans, elles ont été reconstruites à un niveau plus bas, mais l'ancienne nef avec ses deux bas-côtés reste presque inchangée. Son mur nord-est a toutefois été percé afin de faire communiquer cette partie avec une haute et élégante chapelle, ajoutée dans l'angle avec le nouveau chœur à la fin du . L'église prend alors sa forme actuelle, mais le voit encore se construire un nouveau clocher-tour au sud-ouest, terminé seulement vers le milieu du siècle dans le style de la Renaissance, alors que tout le reste de l'église est gothique. Du fait de son plan d'une rare irrégularité, les élévations extérieures ne révèlent guère la structure de l'espace intérieur et paraissent quelque peu chaotiques. L'intérieur montre bien sûr une grande diversité des supports et les symétries sont rares, mais l'architecture est d'une qualité certaine, et les finitions ont été soignées. Les parties des différentes campagnes de construction cohabitent sans ruptures trop marquées, et l'intérieur est malgré tout harmonieux. L'église Saint-Médard a été classée au titre des monuments historiques par arrêté du . Elle est au centre de la paroisse bienheureux Frédéric Ozanam du Creillois-Centre.
Localisation L'église est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, sur la commune de Creil, place Saint-Médard, au cœur de ce qui fut le centre-ville ancien sur la rive gauche de l'Oise. Le chevet, orienté vers le nord-est, donne sur la rue Albert-Dugué.
Historique La construction de l'église aux thumb|upright|left|Angle nord-est, chapelle du début du et pan de la muraille d'enceinte. thumb|La base du clocher et le portail flamboyant du porche cachent une église essentiellement gothique rayonnante. Une église Saint-Médard est bâtie au sein de l'enceinte médiévale de la ville, qui est probablement antérieure au . Elle aurait donc existé avant l'église actuelle, et plusieurs autres églises l'ont vraisemblablement précédée, comme l'indique l'ancienneté de son patron. Saint Médard de Noyon, évêque de cette ville, est mort en effet en 545. Le patronage de la cure appartient alors au chapitre de la collégiale Saint-Évremond, bâtie pendant le troisième quart du dans l'enceinte même du château royal de Creil. Officiellement, le curé de Saint-Médard n'est considéré que comme vicaire par les chanoines, et le chapitre garde une mainmise étroite sur l'administration de la paroisse..
L'emplacement de l'église n'a pas été bien choisi, car il n'a permis aucune expansion substantielle, alors que le nombre d'habitants était en croissanceOn constate en effet que la chapelle devant le chevet du collatéral nord du chœur bute contre la muraille, et l'angle nord-est du croisillon nord y touche également. La rue Charles-Auguste Duguet n'existe pas à l'époque, mais elle aurait déjà été située en-dehors de l'enceinte. En effet, l'espace à l'intérieur de l'enceinte est un rectangle mesurant sur seulement, perpendiculaire à l'Oise, et dans l'axe du pont reliant la ville à l'île Saint-Maurice où se situe le château royal..
Eugène Lefèvre-Pontalis affirme que l'église ne comporte aucune partie antérieure au , contrairement à l'opinion de nombreux archéologues (et au dossier de protection) qui font remonter les parties les plus anciennes au . Il ne peut en même temps pas faire de doute qu'une autre église existait avant, la ville de Creil ayant été mentionnée dès 851..
La construction de l'église gothique commence au début du par une chapelle toujours bien identifiableCette chapelle est située précisément tout à l'est de l'édifice, implantée en biais par rapport à toutes les autres travées, et trois de ses murs sont libres. De la même époque que la chapelle, datent le mur de la seconde travée du collatéral nord, avec laquelle elle communique, ainsi que le contrefort entre cette travée et la première travée du collatéral nord (toujours en tenant compte du plan initial quand ces travées flanquaient le chœur liturgique). Ce contrefort est intégré dans le mur oriental du collatéral oriental du nouveau chœur (qui dispose d'un collatéral oriental car l'orientation a changé de 90°).. Le plan initial de cette église est celui d'une croix grecque, avec quatre branches de longueur à peu près égale, abstraction faite de la chapelle. Les parties subsistantes (nef, bas-côtés, croisillon sud, et une travée de chacun des collatéraux de l'ancien chœur) permettent une datation des années 1260 environ. Le style est gothique rayonnant. L'église reste en l'état pendant une cinquantaine d'années tout au plus, car un nouveau chevet est édifié au début du au nord du croisillon nordLes trois mètres entre l'angle nord-ouest de l'église et la muraille d'enceinte permettent l'adjonction d'une travée de plan triangulaire, qui n'agrandit que modérément l'église. Mais il ne s'agit pas d'un simple agrandissement : le croisillon nord est presque entièrement démoli, sauf l'arcade le faisant communiquer avec le bas-côté nord de l'ancienne nef, et il est intégré dans le nouveau chœur, beaucoup plus élevé que l'ancien transept. De même, la première travée du collatéral nord du chœur est également démolie sauf les deux arcades ouvrant sur le chœur et la seconde travée du bas-côté, afin de construire la première travée du collatéral oriental du nouveau chœur. Sa seconde travée ajoutée au nord donne également un modeste agrandissement, sachant que ce collatéral de deux travées est moitié moins large que le vaisseau central.. Ensuite, l'église demeure inchangée pendant un siècle environ, jusqu'en 1434 quand la ville est assiégée par les Anglais, ou en 1441 quand elle est reprise par Charles VII..
Les agrandissements et remaniements du thumb|L'ancien chœur a complètement changé d'apparence et est devenu méconnaissable. thumb|Frises ayant remplacé des chapiteaux dans l'ancien chœur.
Les agrandissements ou remaniements sont probablement la cause de l'effondrement des deux voûtes du vaisseau central de l'ancien chœur, initialement aussi élevé que la nef. La reconstruction commence aussitôt, au milieu du Étant donné la fonction actuelle comme bas-côté, les voûtes sont reconstruites à un niveau plus bas, mais légèrement plus hautes que les bas-côtés d'origine. Pour la première travée, les claveaux d'origine sont récupérées. La seconde travée porte clairement les marques de son époque architecturale, qui est le début du style gothique flamboyant. Des solutions peu conformes aux conventions confèrent à l'ancien chœur un aspect extérieur insolite. Le vaisseau central est ainsi recouvert par un toit en appentis faiblement incliné s'appuyant contre la croisée du transept, et le chevet de l'ancien collatéral sud se termine par un mur oblique.. La fenêtre de l'ancien chevet est également refaiteD'après Eugène Lefèvre-Pontalis, il est probable que l'ancien chœur se terminait également par un chevet plat, comme aujourd'hui. D'après Dominique Vermand, il se serait prolongé par une travée triangulaire démolie au milieu du , et le mur biais de la dernière travée du collatéral sud daterait d'origine. La chapelle dans la suite du collatéral nord trouverait ainsi son explication en tant que partie intégrante de ce collatéral, avec un chevet entièrement oblique mais sans ressauts.. Dans le cadre de la même campagne de travaux, le porche devant le croisillon sud est agrandi. Les amorces d'une voûte du et l'arcade occidentale datable de cette même époque démontrent cependant l'existence d'un porche plus petit dès les origines de l'église...
La façade tournée vers l'actuelle place Saint-Médard trouve ainsi sa physionomie actuelle, exception fait du clocher qui n'est pas encore entamé.
Entre 1443 et 1574, la plupart des travaux effectués dans l'église ont laissé des traces écrites dans les carnets de comptes de la fabrique, retrouvés par hasard à Beauvais en 1850. Un dernier agrandissement est entrepris vers 1490, avec la construction de la chapelle Saint-Catherine dans l'angle entre l'ancien bas-côté nord et le nouveau chœurLa fenêtre haute à l'ouest de l'ancien croisillon sud, percée au début du siècle précédent, est de ce fait bouchée, mais elle reste toujours bien visible. Le mur nord de l'ancien bas-côté nord de la nef est démoli et remplacé par un gros pilier isolé. Deux arcades sont construites pour faire communiquer ce bas-côté avec la grande chapelle. Parmi les tores de leurs moulures, ceux situés tout au sud sont les anciens formerets des voûtes. À l'ouest, l'ancien bas-côté nord reçoit une nouvelle fenêtre. Pour relier la chapelle au chœur, les vitraux et le remplage de ses deux fenêtres occidentales sont supprimées, et le soubassement de la première fenêtre est également démoli : ceci explique la cohérence stylistique des hautes arcades des deux côtés du chœur, alors que près de deux siècles séparent le collatéral oriental de la chapelle Sainte-Catherine.. Cette dernière est terminée en 1496 ou 1497, mais elle n'est consacrée que le , jour de la fête patronale, et placée sous le vocable de Notre-Dame. Ce patronage est contraire aux vœux des deux fondateurs de la chapelle, Robert Parent, échanson du roi et gendre de Louis XI, et Jeanne Arode sa femme, consignés dans un acte du . Cette charte de fondation parle en effet d'une chapelle Sainte-Catherine, et il ne fait pas de doute qu'il s'agisse de la même..
La construction du clocher au thumb|upright|left|Le style Renaissance se manifeste à partir du premier étage du clocher, avec notamment le dais à droite. En 1505 et 1508, les comptes font mention de deux cloches, ce qui indique que l'église possédait bien un clocher avant le lancement des travaux pour l'édification d'un nouveau clocher, en 1521. En 1521, la démolition de la tourelle d'escalier de l'ancien clocher et de la croix de cimetière dégagent l'espace nécessaire à la construction du nouveau clocher, sous la direction de l'architecte Michel de BrayMichel de Bray est aussi l'architecte qui avait été chargé en 1505, avec Gilles Hazart, de restaurer le chœur de la cathédrale Notre-Dame de Senlis, incendié en 1504..
Au bout de deux ans, le rez-de-chaussée est terminé et une porte posée (aujourd'hui murée), mais cette base de clocher est couverte d'un toit provisoire en chaume. Ensuite, les comptes de la fabrique montrent des lacunes, et ce n'est qu'en 1539 qu'il est de nouveau question du clocher. Michel de Bray n'est apparemment plus en vie. Entretemps, le style Renaissance a pris le relais du style flamboyant. En 1547, deux maçons travaillent à l'achèvement de la flèche.
L'une des cloches datait de 1553, elle a été refondue en 1878..
Transformations intérieures du Un jubé de bois est construit à l'intérieur de l'église entre 1508 et 1514, mais certaines de ses statues ne sont sculptées qu'en 1574 par Philippe Lesueur de Beauvais. Plus rien ne rappelle ce jubé. Trois vitraux sont commandés aux maîtres-verriers Jean et Adam Souldoier de Senlis, en 1514 et 1534, cette dernière commande porte sur la grande rosace du croisillon sud. En 1516, le chœur est repavé, et le maître-autel ainsi que les autels de saint Pierre et saint Antoine sont refaits.
Évolutions de l'époque moderne thumb|Clé de voûte de la chapelle du début du , souvent considérée comme une œuvre du .