L'église Saint-Michel est une église catholique paroissiale, située à Juziers, dans les Yvelines, en France.
Ses origines remontent au . Elle était placée sous le patronage de l'abbaye Saint-Père-en-Vallée de Chartres sous l'Ancien Régime, qui entretenait un prieuré au nord de l'église à partir du et jusqu'à la fin du . Dans sa forme actuelle, l'église se compose d'une nef basilicale très austère du milieu du , d'un transept contemporain, et d'un chœur du troisième quart du . Les parties les plus anciennes sont d'une grande valeur archéologique, car très peu d'édifices de cette ampleur de cette époque subsistent en Île-de-France. Leur intérêt est toutefois diminué par la reconstruction de la façade occidentale, le voûtement d'ogives et la réduction de l'arcade vers le croisillon sud au cours des années 1850, et l'effondrement du clocher central en 1753, entraînant de gros dégâts dans le transept.
Le chœur est tout aussi précieux pour son architecture originale, non dépourvue d'élégance, et en tant que témoin des commencements de l'architecture gothique. Il n'a subi aucun remaniement depuis sa construction.
L'église Saint-Michel a été classée monument historique très tôt par avis de classement du ., et soumise à une restauration intégrale au cours de la période suivante. Juziers est aujourd'hui affilié au secteur pastoral de la Rive Droite de la Seine avec siège à Meulan, et l'église Saint-Michel accueille des messes dominicales anticipées un samedi sur deux, à 18 h 30.
Localisation
L'église Saint-Michel se situe en France, en région Île-de-France et dans le département des Yvelines, dans le Vexin français, sur la rive droite de la Seine, sur la commune de Juziers, rue de l'Église. Cette rue est une place publique engazonnée et plantée d'arbres, qui est délimitée par une rangée de maisons au nord, l'avenue de Paris (RD 190) au sud, et l'église et son ancien cimetière à l'ouest. Il est aménagé en espace vert, et permet de voir les ruines de l'ancien croisillon sud de l'église, qui a été reconstruit au selon un plan réduit. Le cimetière actuel se situe de l'autre côté de la RD 190, en face, et la Seine, juste derrière. L'église est également visible depuis la RD 190, dont elle n'est que peu éloignée. Son chevet est cependant enclavé dans une propriété privée, et il en va de même de l'élévation nord.
Historique thumb|upright|left|Armes de l'abbaye Saint-Père de Chartres - prieuré de Juziers.
Sous l'Ancien Régime, Juziers relève de l'archidiocèse de Rouen, de l'archidiaconé du Vexin français avec siège à Pontoise, et du doyenné de Magny-en-Vexin. Le principal patron de son église est saint Michel archange, mais seulement depuis 1700 : jusque-là, elle est placée sous le vocable de saint Pierre. Par une charte datée du , la comtesse Letgarde, cousine de Hugues Capet par sa mère et descendant de Charlemagne par son père, donne l'église et la terre de Juziers à l'abbaye Saint-Père-en-Vallée. L'abbaye chartraine devient ainsi le collateur de la cure et son curé primitif, et établit un prieuré au nord de l'église dès le siècle suivant. L'église existe donc à ce moment, ou est au moins en construction. L'on constate souvent que les donations à des établissements religieux entraînent un agrandissement ou une reconstruction partielle des églises. Le manque de moyens des patrons laïcs semble même parfois justifier les donations. En l'occurrence, les parties les plus anciennes de l'église, à savoir la nef de plan basilical et le transept (sauf le croisillon nord) datent globalement du milieu du , et sont donc bien postérieures à la donation. Le manque de sources d'archives et de caractéristiques stylistiques propres à une période bien précise ne permettent pas d'établir une datation plus exacte. Le chœur ne pose pas ce problème, et est datable du tout début de la période gothique, au troisième quart du ..
Sortie relativement indemne de la guerre de Cent Ans, l'église ne subit aucune reconstruction à la période gothique flamboyante, contrairement à la majorité des églises du Vexin français. Ce sont les guerres de religion qui ébranlent la situation économique du prieuré, et il est réduit à un simple bénéfice vers la fin du : sans être officiellement dissout, les derniers moines bénédictins le quittent, et son domaine agricole est affermé à un fermier-receveur. À partir du , les messes paroissiales peuvent être célébrées depuis le maître-autel dans le chœur, jusque-là réservé aux religieux, et non plus depuis l'autel avancé dans la nef.. En 1753, le clocher central qui s'élève au-dessus de la croisée du transept s'écroule en raison de son mauvais état. Le croisillon sud, également endommagé, est démoli partiellement et rebâti selon un plan réduit. Son intérieur est désormais assimilé au bas-côté sud, tandis que l'étage accueille le beffroi en charpente où sont suspendues les cloches, et sert donc de clocher provisoire. Sous la Révolution française, Juziers est rattaché au nouveau diocèse de Versailles avec l'ensemble des paroisses du département de Seine-et-Oise. Le prieuré est dissout, et ses possessions sont vendues aux enchères comme bien national. Le curé Delécluze fait tout son possible pour empêcher que l'église ne soit vidée de son mobilier et subisse des actes de vandalisme, en vain : il paie son attitude courageuse par l'enfermement dans la prison de la Conciergerie, où il meurt. Sous la Terreur, à l'automne 1793, le culte catholique est interdit, et en raison de l'absence de prêtre, il n'est rétabli que le . thumb|upright|Plaque commémorative de la de restauration achevée en 1864.
Tout le mobilier doit être renouvelé, et (Eugène Lefèvre-Pontalis).Par conséquent, aucun élément n'est classé monument historique au titre objet à ce jour ; cf. .. Grâce à l'implication personnelle de Prosper Mérimée, l'édifice est classé au titre des monuments historiques par avis de classement du . Il représente en effet l'édifice le plus considérable du dans le nord de l'Île-de-France. Le ministre de la Justice et des cultes, Pierre Jules Baroche, est propriétaire à Juziers, et fait bénéficier l'église d'une restauration intégrale sous la direction de l'architecte Pierre-Joseph Garrez, puis Antoine Isidore Eugène Godebœuf. Garrez s'était déjà illustré par une restauration malencontreuse de la façade de la collégiale de Champeaux. À Juziers, il affuble la nef de voûtes néogothiques, ce qui est contraire à l'esprit de l'architecture d'origine. La croisée du transept est revoûtée pareillement. Les élévations extérieures de la nef perdent une bonne partie de leur authenticité. Au début du , elles restent dans un état satisfaisant, mais l'intérieur nécessite une restauration. L'humidité ambiante, constatée depuis de longue date, a occasionné des désordres de structure dans les maçonneries, notamment celles du chœur. Des mouvements de maçonnerie ont engendré des fissurations au droit de la façade occidentale et au droit des voûtes du vaisseau central. L'architecte en chef des monuments historiques, Philippe Oudin, préconise trois tranches de travaux, qui restent à financer .. — Juziers est aujourd'hui affilié au secteur pastoral de la Rive Droite de la Seine avec siège à Meulan, et l'église Saint-Michel accueille des messes dominicales anticipées un samedi sur deux, à 18 h 30, en alternance avec Vaux-sur-Seine..
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
Orientée à peu près régulièrement, avec une légère déviation de l'axe vers le nord-est du côté du chevet pour rester parallèle à la route et à la Seine, l'église répond à un plan cruciforme, qui était symétrique jusqu'à la reconstruction du croisillon sud au . L'église se compose d'une nef basilicale de cinq travées accompagnée de deux bas-côtés ; d'un transept à deux bras inégaux, dont celui du nord déborde nettement par rapport au bas-côté, et dont celui du sud, plus petit, abrite au premier étage le clocher ; et d'un chœur de deux travées, qui est constitué d'une travée droite et d'une abside en hémicycle à l'intérieur, et à cinq pans à l'extérieur. Une tourelle d'escalier flanque la première travée du chœur, au sud, dans l'angle avec l'ancien croisillon. Il n'y a pas de sacristie proprement dite, mais la première travée de chacun des bas-côtés est fermée par des murs, et celle du sud sert de sacristie. La nef est à deux niveaux d'élévation, avec l'étage des grandes arcades et l'étage des fenêtres hautes, et est recouverte de fausses voûtes d'ogives en bois plâtré de la première moitié du . Les bas-côtés restent simplement plafonnés de bois. Le croisillon sud possède depuis le un plafond semblable, qui ne dépasse pas en hauteur celui des bas-côtés. Hormis le croisillon sud, le transept atteint la même hauteur que la nef. La croisée du transept a reçu une fausse voûte d'ogives du même type que la nef, tandis que le croisillon nord a été voûté d'ogives lors de la construction du chœur, après le milieu du . Le chœur est à trois niveaux d'élévation, et possède donc un étage de triforium au-dessus des grandes arcades, et en dessous des fenêtres hautes. L'on accède à l'église par le portail occidental de la nef. La nef avec la croisée du transept et le chœur sont munies de toitures à deux rampants, avec un pignon en façade et un pignon intermédiaire à l'intersection. Les bas-côtés sont recouverts par des toits en appentis. Le croisillon nord possède un toit à deux rampants de la même hauteur que celle de la nef, et le croisillon sud, en même temps clocher, un toit en pavillon..
Intérieur Nef et bas-côtés thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|Nef, vue vers l'ouest.
La nef est une construction austère, mais relativement bien éclairée, spacieuse, et assez élancée, avec une hauteur sous la charpente apparente (aujourd'hui dissimulée par les voûtes du milieu du ) qui devait deux fois dépasser la largeur. La longueur dépasse les vingt-trois mètres. Selon Eugène Lefèvre-Pontalis, les voûtes produisent un effet très disgracieux. Cet auteur les dit en pierre meulière ; Anne Prache les dit en bois, ce qui semble plus probant étant donné l'absence de toute forme de contrebutement à l'extérieur. Il faut donc faire abstraction des voûtes pour s'imaginer la nef telle que conçue par son architecte. L'harmonie qu'elle dégage provient des rapports de proportions simples et judicieusement choisis. Ainsi, les grandes arcades représentent un peu moins que la moitié des élévations latérales, et représentaient sans doute exactement la moitié avant que le sol de la nef ne fut exhaussé. La largeur des piliers correspond à un tiers de l'ouverture des grandes arcades, qui sont deux fois plus hautes que larges. Les fenêtres hautes sont moitié moins larges et moitié moins hautes que les grandes arcades. Ces proportions évitent un aspect trapu de la nef ou des grandes arcades, et également un effet de lourdeur, que pourraient dégager des piliers carrés et nus plus volumineux. La vue ne s'accroche pas aux détails architecturaux de la nef, qui n'en possède guère, et est attirée par le chœur, lieu de la célébration eucharistique...