L’église Saint-Pierre-aux-Liens de Six-Fours-les-Plages est une ancienne collégiale située à Six-Fours-les-Plages (Var).
Histoire La collégiale Saint-Pierre-aux-Liens de Six-Fours, classée au titre des monuments historiques en 1840, est le seul édifice restant de l'ancien village de Six-Fours qui fut abandonné par sa population quand l'autorité militaire décida de le raser pour y construire un fort dont les travaux commencèrent en et furent terminés en 1879.. Cette église est composée d'une construction romane orientée est-ouest sur laquelle est venue se greffer au un édifie néo-gothique orienté nord-sud. La paroisse est confiée depuis 2006 aux pères serviteurs de Jésus-Sauveur, assistés des sœurs du même institut Diocèse de Fréjus : les Pères Salvitas de Six-Fours.
Partie romane La partie romane, sud de l'église actuelle, a été construite au . Derrière la façade ouest de cette partie romane se trouve dans le sous-sol une citerne destinée à recevoir les eaux pluviales, le site étant dépourvu de source. Il ne peut s'agir en aucun cas d'un sanctuaire primitif remontant au .
Partie gothique À la fin du , l'église romane devenait trop petite pour recevoir la population du village qui avait fortement augmenté. La communauté de Six-Fours décide alors de faire agrandir l'église suivant le projet de l'architecte Guillaume Borelli de Marseille, qui prévoyait la construction d'une nouvelle église orientée nord-sud s'encastrant dans l'église romane, ce qui nécessitait la destruction de son collatéral nord. La première pierre est posée en 1608 et la première messe est célébrée le . Cette église est consacrée le par l'évêque de Toulon, Auguste de Forbin. Cette consécration est matérialisée, selon le rite catholique, par les douze croix peintes sur les piliers de l'église.
Par délibération du , le conseil de la communauté demande à Alphonse-Louis du Plessis de Richelieu, archevêque de Lyon et abbé de Saint-Victor, d'ériger l'église en collégiale : l'acte est passé le . Le collège comprenait onze chanoines et un doyen. En l'honneur du chapitre, un ensemble de soixante stalles est installé dans le chœur et des orgues sont placées au-dessus de la porte d'entrée.
Plan de l'église vignette|Plan de l'église. Légende :
Intérieur de l'église Partie romane Cette partie de de long et de large est construite en petit appareil régulier en calcaire d'Évenos. Le plan comprend une nef de de large voûtée en berceau plein cintre débouchant sur une abside plus basse voûtée de même et terminée par un chevet plat. En entrant par la porte principale située au sud, on débouche sous la tribune supportant l'orgue.
Chapelle Sainte-Catherine Cette chapelle (repère D), également appelée chapelle de l'Enfant Jésus, correspond à l'ancien collatéral droit de l'église romane. Elle renferme un autel de forme primitive ainsi qu'une pierre aux armes de Jean Denans, notaire royal à Six-Fours de 1660 à 1714 et auteur d'un manuscrit d’une Histoire de la ville de Six-Fours et de La Seyne déposé aux archives départementales du Var.
Chœur Dans le sous-sol du chœur (repère B), on peut observer un mur semi-circulaire mis au jour par des fouilles effectuées en 1965 par François Jouglas qu'il estimait correspondre à l'abside d'une église primitive qui remonterait au . Cette hypothèse est rejetée par les archéologues actuels qui ne voient dans ce mur qu'une puissante semelle de fondation imposée par la pente et le caractère tourmenté du sous-sol. On peut également observer un autel en calcaire bleu constitué d'un bloc monolithique de de long sur de large et d'épaisseur, pesant . Cet autel, placé sur un bloc de pierre de de haut, serait du mais, là aussi, rien n'atteste que cet autel soit de cette époque.
Dans une fenêtre obstruée du chevet est placée une statue de saint Paul en bois datée du . De chaque côté de l'autel, deux alvéoles sont creusés dans le mur. Dans celui du nord étaient déposés le pain et le vin ; il y a été placé une statuette de la Vierge à l'enfant du . Dans celui du sud était placée la sainte eucharistie pour les absents et les malades.
Chapelle Sainte-Madeleine Cette chapelle (repère C), ancien collatéral nord de l'église romane, contient un autel identique à celui de la chapelle Sainte-Catherine sur lequel a été placée une statue de sainte Madeleine agenouillée devant une bible et un crâne.
Chapelle Sainte-Philomène Dans cette chapelle (repère E) qui se situe à l'extrémité ouest de la nef romane, se trouve un bassin circulaire de rétention d'eau qui pourrait être, pour certains, les vestiges d'un baptistère. Toutefois ce bassin circulaire a été reconstitué par François Jouglas et son équipe à partir de matériaux récupérés. La margelle de ce bassin qui mesure de de diamètre est composée de deux matériaux bien différents, d'une part du calcaire gréseux jaune pale de même nature que le calcaire employé pour la construction de l'église gothique, et d'autre part du calcaire gris-bleu identique à celui utilisé pour la construction de l'église romane. Ces dernières pierres pourraient simplement provenir des anciens fonts baptismaux qui se trouvaient contre le mur ouest. Cette reconstitution, abusive pour certains, devrait donc être revue. vignette|Polyptyque de Ludovico Brea. Sur le mur ouest est exposé un polyptyque classé monument historique peint par Ludovico Brea, peintre d'origine italienne actif en Ligurie et dans le comté de Nice. Cet ensemble de de haut et de de large a été exécuté entre 1520 et 1523 et se trouvait primitivement dans l'église de Saint-Jean-des-Cottes, qui avait appartenu aux abbés de Saint-Victor et qui sera détruite à la Révolution. Brea a repris la même composition que son retable qui se trouve dans l'église Saint-Jean-Baptiste des Arcs-sur-Argens, exécuté en 1501. Ce polyptyque comporte deux rangées superposées de cinq compartiments dans lesquels sont représentés divers personnages.
Dans les cinq compartiments inférieurs, on trouve de gauche à droite : Saint Jean-Baptiste tenant un livre de sa main gauche sur lequel repose un agneau qu'il désigne d'un doigt de sa main droite ; Saint Pierre, apôtre patron de Six-Fours, représenté tonsuré avec une barbe blanche et tenant dans sa main droite les deux clefs remises par le Christ : celle du ciel et celle de la terre ; La Vierge Marie est représentée dans un compartiment légèrement plus grand que les autres, vêtue d'un manteau bleu sur une robe rouge et tenant avec son bras droit l'enfant Jésus qui a sur sa main gauche un chardonneret. Le thème de la Vierge au chardonneret a été repris par de nombreux artistes dont Raphaël ; Saint Honorat dont les reliques ont été transportées en 1391 d'Arles aux îles de Lérins en faisant une halte à Saint-Mandrier ; Saint Benoît, vêtu d'une longue robe noire, tient dans sa main gauche une crosse d'abbé et dans sa main droite un livre qu'il lit.
Dans les cinq compartiments supérieurs on trouve de gauche à droite : Saint Martin coiffé de sa mitre, revêtu d'un manteau noir galonné d'or sur une tunique rouge tient sa crosse de la main gauche ; Saint Victor représenté en soldat romain avec cuirasse et manteau pourpre tient de sa main droite un drapeau blanc avec une croix rouge et de la gauche les palmes de martyr ; Le Christ en croix avec à ses pieds la Vierge Marie et saint Jean l'évangéliste ; Saint Sébastien le corps percé de flèches avec les mains liées derrière le dos ; Sainte Marguerite avec à ses pieds un dragon.
Partie gothique vignette|Le chevet et ses contreforts. L'église gothique est construite perpendiculairement à l'église romane. Elle comporte une nef unique de de largeur divisée en quatre travées voûtées sur croisées d'ogives et flanquées de chapelles latérales séparées par des murs épais faisant fonction de contrefort. Le chevet pentagonal s'appuie à l'extérieur sur de puissants contreforts d'angles. Cette nouvelle église mesure de long sur de large pour une hauteur totale de . Elle a été réalisée avec des schistes des environs tandis que les piliers sont en calcaire rose du cap Couronne situé sur le territoire de la commune de Martigues.
La nef La nef (repère A) orientée nord-sud se termine par une abside (repère I) semi-octogonale où se trouve le maître-autel en marbre blanc de la fin du . Derrière le maître-autel est placé un retable en bois sculpté, polychrome et doré, à deux groupes de trois colonnes réalisé en 1628 par Laurent Lieutaud, maître-tourneur de Six-fours, et Bouchoni, maître-doreur de Marseille. Les colonnes encadrent un tableau (repère 2) classé monument historique et réalisé en 1628 par le peintre allemand Guillaume-Ernest Grève (1580-1639) et représentant Jésus entouré des apôtres remettant à saint Pierre les clefs du ciel et de la terre, et le désignant comme chef de l'Église. Ce tableau a été commandé à l'artiste le par Jacques Lombard, curé de l'église paroissial de Six-Fours, pour la somme de quatre-vingt écus qui seront entièrement payés le .
Sous l'autel, deux caveaux renferment les restes des prêtres et chanoines de la collégiale. Des stalles (repère 3), en noyer réalisées en 1656 et classées monument historique, sont positionnées de chaque côté du chœur.
Chapelles situées à l'est Depuis l'entrée, en se dirigeant vers l'abside, on rencontre successivement sur la droite les trois chapelles des Carmes, de Saint-Clair et du purgatoire.
Chapelle des Carmes Au fond de cette chapelle (repère L), contre le mur est, un autel est surmonté d'un retable du encadré de colonnes surmontées d'un chapiteau corinthien et présentant en son centre un tableau (repère 4), La Vierge de l'Assomption, réalisé par Vincent Féraud vers 1840 ; ce tableau est une copie d'une célèbre toile du peintre espagnol Bartolomé Esteban Murillo (1618-1682). À droite du retable est présentée sur un socle une gloire en bois polychrome du .
À gauche, dans une niche du mur nord, est placée une statue (repère 6) en marbre blanc de de haut représentant la Vierge de l'Assomption et classée monument historique. Cette sculpture avait été attribuée à Pierre Puget, mais les ouvrages les plus récents réfutent cette attribution.
Sur la façade sud de cette chapelle est exposée une peinture sur bois d'une Fuite en Égypte (repère 5) du : un ange guide un âne sur lequel est assise la Vierge tenant l'enfant Jésus tandis que saint Joseph suit le groupe à pied.
Chapelle Saint-Clair vignette|redresse=1.2|Anonyme, Saint Bernard, saint Clair et sainte Théophila (début du ). Dans cette chapelle (repère K) est placé contre le mur nord un autel surmonté d'un tabernacle en bois doré de 1719 exécuté par Imbert de Toulon. Derrière l'autel se trouve une retable en bois sculpté, polychrome et doré, avec deux colonnes à chapiteaux doriques encadrant un tableau (repère 8) du réalisé par un artiste inconnu et représentant un Saint évêque avec à gauche un saint moine et à droite un saint coiffé d'une couronne qui pourrait être Christine de Bolsena, vierge martyre du ou sainte Thècle qui a pour attribut des serpents enroulés autour de son bras.