L'église Saint-Quentin est une église catholique située dans la commune de Saint-Quentin-de-Baron, dans le département de la Gironde, en France.

Localisation L'église est située dans le sud-ouest du village, sur la route départementale D120 qui mène, vers le sud-ouest, en direction de Camiac-et-Saint-Denis et, au-delà, à La Sauve.

Historique

L'église Saint-Quentin est fondée au cours du . Sa construction primitive se compose d'une nef unique terminée par un chœur et une abside en hémicycle.

L'édifice est fortifié au avec le rehaussement d'un parapet crénelé et des modifications, au , lui apportent des éléments de style gothique flamboyant : la façade ouest à contreforts plats et son clocher-pignon ; la nef à deux travées reçoit des voûtes d'ogives en étoile ; des baies géminées sont percées dans le mur sud et, en 1522, la façade nord reçoit un bas-côté à chevet plat dédié à Notre-Dame, commandé par le seigneur de Bisqueytan.

Au , une sacristie est construite contre le chevet du bas-côté. Elle est remplacée en 1903, puis démolie en 2007.

Sur la façade sud de l'église se trouve un cadran solaire moderne et les vestiges de plusieurs cadrans canoniaux.

L'intérieur de l'église

L'édifice est classé au titre des monuments historiques en 2004.

L'église Saint-Quentin recèle un trésor de l'art roman : adoration des Rois mages, archange terrassant le dragon, cycle d'Abraham, Daniel livré aux lions, Samson tuant le lion, sirènes, centaures, etc. Les sculptures comptent des pièces originales et uniques et d'autres qui ont été reproduites, avec un souci de fidélité, depuis des modèles de l'abbaye de La Sauve-Majeure et qui ont aujourd'hui disparu ou sont abîmées.

L'iconographie extérieure Sous la fenêtre axiale du chevet, un bas-relief présente l'adoration des Rois mages tandis que le chevet est orné de 14 chapiteaux dont quatre sont figurés et de 26 modillons. Il y a un :

L'adoration des Rois mages :

L'ensemble sculpté s'insère entre les deux colonnes-contreforts orientales et à l'aplomb de la baie axiale de l'abside. Il est composé de deux parties : un premier panneau de six personnages, avec une bordure rectangulaire, et, au-dessus, un bandeau allongé avec deux anges nimbés qui volent l'un vers l'autre.

L'œuvre montrant aujourd'hui quelques signes d'érosion, on peut, pour appuyer la description, faire référence à un dessin de Léo Drouyn datant de 1880 et montrant quelques détails aujourd'hui disparusRevue Catholique de Bordeaux, 1880 : L'église de St-Quentin-de-Baron.

La scène principale est délimitée par deux arbustes à feuilles fantaisistes. On peut y voir six personnages visibles auxquels il faut ajouter l'enfant Jésus, supposé se tenir assis ou debout près de sa mère ; Marie et l'enfant ont été presque totalement remplacés par un bloc de pierre venant colmater la fissure produite par l'ancienne fenêtre de l'abside.

À l'extrême gauche du panneau, Hérode trône sur un fauteuil bas. Le roi est nu-tête, mais le sceptre, tenu dans la main droite, et le privilège de recevoir une ambassade en croisant les jambes sont les marques de la royauté. De sa main gauche, il indique au premier mage le chemin à prendre et lui donne congé. Les deux autres mages sont parvenus à Bethléem, où ils trouvent la sainte Famille pour lui offrir leurs présents. Les mages portent la tiare conique du clergé mazdéen qui permettait de les reconnaître en Occident.

Vers le milieu du panneau, les deux failles verticales correspondent à la lumière de l'ancienne fenêtre de l'axe et une pierre brute a été utilisée pour combler la cavité et remplacer la sculpture originale. Il ne reste plus de Marie que la moitié du nimbe auréolant son visage et son coude gauche, qui devait tenir Jésus. Derrière elle, Joseph est debout, le buste incliné et la joue posée sur la paume de sa main. Il était devenu traditionnel depuis les Carolingiens de figurer Joseph des représentations de la Nativité dans cette posture stéréotypée.

Dans le bandeau supérieur, sur la gauche, le buste ailé d'un ange saille des nuages représentés par des ondulations. Sa main exhibe un objet circulaire (peut-être une hostie), à l'endroit où la main de Dieu traverse le firmament accompagnée du vol d'un colombe. L'ange de droite apparait en entier, revêtus d'une longe tunique à plis verticaux. Sa main droite est offerte à la colombe. Conformément au code iconique, cette colombe escortée d'anges est la forme corporelle de l'Esprit saint, dont a été conçu Jésus.

Le diptyque exprime avec économie, en peu d'espace : une histoire : la visite et l'offrande des Rois mages à Jésus ; un dogme : l'incarnation en Marie du Messie par le Saint-Esprit ; un mystère : le Dieu unique en trois personnes ; la verticale réunit la filiation divine, Dieu le Père (Dextra Domini), le Saint-Esprit (la colombe) et le Fils monogène sous les traits de Jésus enfant. La ligne horizontale réunit la famille terrestre et corruptible.

La colonne méridionale :

À la même hauteur que le diptyque, se trouve une corbeille avec deux animaux. Cette corbeille est reliée au diptyque par un décor de nature végétale. La première bête incline la tête sous son corps, elle a des pattes griffues et sa queue est rentrant et sagittée. La seconde bête a des oreilles de taureau, de grandes cornes et également des pattes griffues ou palmées.

Certains guides y voient le bœuf et l'âne de la Nativité, en rapport avec le diptyque, d'autres y voient le lion de saint Marc et le taureau de saint Luc. La bête qui incline sa tête n'est pas un équidé, en raison de ses pattes griffues et n'est pas non plus le lion de saint Marc en raison de sa queue rentrante et sexuée, qui est un symbole de la honte. Toute interprétation est sujette à caution.

Les sculptures de cette partie basse du chevet datent, probablement, du dernier quart du .

Les chapiteaux du chevet

Les corbeilles des chapiteaux de la corniche faîtière sont de format moyen, sans tailloirs. Le plat de la corniche, à décors d'acanthes y a été substitué. Les corbeilles ont souffert de l'érosion. La majorité des corbeilles sont à décor végétal et imitent ceux encore visibles à l'abbaye de La Sauve-Majeure. Il y a trois chapiteaux figurés :

Deux sirènes : Au milieu de la face principale, deux sirènes mono-caudales, dressées sur leur nageoire . Elles sont côte à côte, les chevelures retombent autour des seins et leurs mains tiennent des tiges feuillues. Les sirènes symbolisent les femmes qui attirent les hommes et les tuent par leurs cajoleries et leurs paroles trompeuses. Les tiges qu'elles tiennent font référence à une plaisanterie de nature sexuelle.

La composition est une copie d'un grand chapiteau de l'abbaye de La Sauve-Majeure.

Deux modillons encadrent les sirènes : un loup mordant une longue saucisse ou un objet cylindrique et un homme nu et ithyphallique. Ils sont les témoins de la réussite de la tentation induite par les femmes-poissons.

Têtes qui crachent des lianes : Trois masques vomissent des tiges ou lianes feuillues : aux angles, deux gros mascarons à têtes d'hommes et au centre un petit protomé de bête non identifiable. Les humains ont des lèvres épaisses, d'où jaillit un entrelacs de lianes que le masque animalier repêche avec ses propres lianes recourbées.

La symbolique de la végétalisation de la bouche, du nez et des oreilles est une question qui relève du mythe de l'« Homme vert ». Cependant, dans les églises romanes, l'iconographie des êtres vivants qui présentent cette particularité relève toujours de la culpabilité morale.

Trois personnages et un animal : Ce chapiteau est en partie englobé dans la maçonnerie du bas-côté, construit au . Il est difficile d'interpréter la scène sans connaître le contenu de la représentation qui est cachée.

Nous pouvons distinguer trois hommes et un quadrupède. L'un des hommes semble assis sur les genoux d'un autre qui le tient par le cou. L'homme assis tient son propre genou avec sa main gauche et touche la jambe du premier homme avec sa main droite. Le troisième homme est à genoux devant un animal. Cette partie de la corbeille est un avertissement contre les étreintes impures et coupables, car les constitutions monastiques étaient unanimes à condamner tout attouchement, fût-il le plus innocent. La partie cachée de la corbeille est certainement un leçon de bonne moralité, comme les chapiteaux du portail de l'église Saint-Saturnin de Cardan.

Les modillons Le programme figuré du chevet est d'origine et l'état de conservation est remarquable. Certains modillons, sur le mur nord, protégés depuis le par la toiture du bas-côté, ont même conservé des traces de leur peinture médiévale. Ici, la série modillonnaire est d'une qualité rare et d'une importance capitale, car elle est reproduite d'après le grand répertoire secondaire de l'abbaye de La Sauve-Majeure, aujourd'hui pratiquement inexistant. Les modillons sont à comparer avec des pièces analogues des églises Saint-Siméon de Bouliac, Saint-Christophe de Courpiac, l'église Saint-Martin de Carignan-de-Bordeaux et du musée The Cloisters de New York.

La façade ouest : Sur la façade ouest qui est de style gothique flamboyant, quatre modillons romans sont utilisés pour la décoration. Sans doute est-ce une ré-utilisation de certains modillons qui ornaient la façade romane. Ce sont quatre exemples typiques de l'iconographie romane : une feuille, un homme à cheval, un démon qui avale un homme et une bête difficile à identifier.

L'image d'un homme à cheval est très rare en Gironde. L'exemplaire, ici, est le seul modillon avec un cavalier ; un chapiteau de l'église Sainte-Eulalie de Lignan en porte un.

Le mur sud : Les modillons du mur sud de la nef sont, à première vue, des formes géométriques mais en s'approchant du chevet, on distingue plus nettement que ce sont des représentations moralisantes : une bête maléfique, un monstre qui dévore le pécheur, un homme nu.

Le chevet : Autour du chevet, les modillons sont exclusivement des symboles du péché : un dolio (instrument de musique à vent utilisé par les saltimbanques), un acrobate dont les contorsions le transforme en monstre, une bête maléfique, un lapin, symbole de la sexualité débridée, un couple d'hommes, un loup avec un objet cylindrique dans la gueule, un homme ithyphallique et un homme bien habillé touchant ses cheveux, un des symboles de la vanité, qui encadrent le chapiteau avec deux sirènes tentatrices.

Le mur nord : La série de modillons continue sur le mur nord. Ils sont cachés sous les combles du bas-côté. Cette protection, depuis cinq siècles, a permis de conserver des traces de peinture polychrome datant de l'époque médiévale.

On trouve un homme bicéphale, un homme nu tenant des fruits de la tentation dans chaque main et assailli par des serpents issus de son pubis, un joueur de vielle tout nu, un homme nu, accroupi et tirant ses commissures avec ses mains, un couple d'hommes, un homme agenouillé avec une longue chevelure et un protomé de loup.

Dans l'iconographie des modillons cette série est une évocation de la luxure.

L'iconographie intérieure La décoration romane de l'église est très riche. Elle se trouve, comme d'habitude, autour de l'arc triomphal, le chœur et le chevet.

Le pilier nord de l'arc triomphal

Au nord de l'arc triomphal, le pilier consiste en trois colonnes engagées. Chaque colonne porte une corbeille historiée. Les scènes sont des copies des corbeilles qui se trouvaient à l'abbaye de la Sauve-Majeure. Elles sont faites par un atelier un peu moins talentueux que celui du « Maître de La-Sauve ».

Baptême de Jésus : La face principale de la corbeille montre un ange déployant ses ailes et tenant la tunique du Christ. Au-dessus de sa tête, un météore informe représente probablement la colombe du Saint-Esprit. Cette figuration surprenante n'est pas décrite dans les Évangiles.