La basilique Saint-Sauveur de Dinan est un édifice religieux catholique situé à Dinan dans les Côtes-d'Armor, en France. Elle est historiquement l'une des deux églises paroissiales de la ville, l'autre étant l'église Saint-Malo.
Les parties les plus anciennes de l'édifice ont été construites au . Une campagne de reconstruction commencée en a ajouté à la nef un bas-côté septentrional et complètement rebâti le chevet et le transept. Les parties hautes de la façade ont également été reconstruites. Les travaux ayant dû être interrompus, ont subsisté de l'église romane le mur sud de la nef et les parties basses de la façade.
Cette campagne de reconstructions est un bon indicateur du dynamisme de la ville à la fin du Moyen Âge. La décoration des chapelles rayonnantes, qui en est l'un des fruits, témoigne du métissage des formes gothiques et renaissances en Bretagne au début du . Cependant, l'effondrement du clocher en conduit à des modifications de l'église, et en particulier à renoncer au voûtement du chœur qui est donc couvert d'une charpente lambrissée.
L'église est également devenue un lieu de dévotion mariale à Notre-Dame-des-Vertus, bas-relief du autrefois conservé au couvent des Cordeliers de la ville. Objet d'une vénération locale, cette représentation de l'Assomption de la Vierge a permis que l'édifice soit érigé en basilique mineure par le pape Pie XII le .
Outre ce relief, l'édifice conserve un mobilier assez riche, dont le cénotaphe du cœur de Bertrand du Guesclin.
Localisation La basilique Saint-Sauveur de Dinan est située dans le département français des Côtes-d'Armor, commune de Dinan, au cœur du Site patrimonial remarquable (ancien secteur sauvegardé). Elle surplombe la Rance. Derrière le chevet se trouve le Jardin anglais, ancien cimetière..
Histoire Légende de la fondation vignette|Plan de Dinan montrant l'enceinte médiévale, les deux églises et la délimitation entre le territoire des paroisses.
+Délimitation des paroisses de Dinan au Moyen Âge 1 Église Saint-Malo 2 Église Saint-Sauveur A Territoire de la paroisse Saint-Sauveur B Territoire de la paroisse Saint-Malo
D'après la légende, Riwallon le Roux, seigneur de Dinan, aurait fondé en , à son retour de Terre sainte, le prieuré Saint-Sauveur de Dinan. Fait prisonnier au cours de la première croisade, ce chevalier, petit-fils de Josselin de Dinan, fils d'Olivier de Dinan et frère de Geoffroy de Dinan, aurait fait vœu d'édifier une église dédiée au saint Sauveur et à la sainte Trinité s'il revoyait un jour son pays. Il ne subsiste aucun document qui viendrait confirmer cette tradition orale. Cependant, une charte de , instituant le partage de la ville entre Olivier II et Alain de Dinan, neveux du fondateur, rappellerait que l'édifice et son cimetière appartenaient déjà alors à l'abbaye de Saint-Jacut., à moins que le prieuré n'ait été donné à l'abbaye en par un fils de Geoffroy de Dinan. Les archives anciennes ayant été perdues, ces éléments sont issus de la tradition locale et sujets à caution. Quoi qu'il en soit, Saint-Sauveur de Dinan était à partir de l'une des deux paroisses de la ville, l'autre étant Saint-Malo. La première dépendait de l'abbaye Saint-Jacut et l'autre de celle de Marmoutier. Toutes deux relevaient du diocèse de Saint-Malo. Des conflits de juridiction ayant émergé entre les deux églises, il est alors décidé que Saint-Sauveur desservirait une partie de la ville, au sud de la voie reliant le pont de la Rance à la porte Jerzual, tandis que Saint-Malo desservirait la partie nord. La limite correspond aux actuelles rue du Petit Fort, rue Jerzual et rue La Lainerie, ainsi que la Grande Rue.
Reconstruction de la fin du Moyen Âge L'église du fait l'objet d'une campagne d'importants travaux à partir de : un bas-côté doté d'une file de chapelles est construit au nord de la nef romane ; le niveau supérieur de la façade est reconstruit. Au sud de la nef, un bas-côté était prévu mais n'est pas construit ; à la place, une petite chapelle à trois pans est bâtie à l'ancien emplacement d'une porte, à partir de .
Le chevet est entièrement reconstruit à partir de , sous la direction d'un maître d'œuvre nommé Roland Bougnard. L'ensemble du chevet est probablement achevé vers , date à laquelle la tour de croisée s'effondre. Après cet événement, un chantier de reconstruction est lancé, qui prévoit le contrebutement du haut chœur par des arcs-boutants. Ces parties sont achevées en par une charpente lambrissée, remplacée par une fausse voûte en plâtre au .
Église et paroisse à l'époque moderne À l'époque moderne, Saint-Sauveur de Dinan dessert, avec l'autre paroisse de la ville, Saint-Malo, une population qui oscille entre et et dont la pratique religieuse est importante : on compterait au jusqu'à pour la seule paroisse de Saint-Sauveur.
À partir de la fin du , dans le mouvement de la Réforme catholique, de nombreuses confréries se développent dans la paroisse, pour atteindre au le nombre de douze confréries de métier, placées sous le patronage des saints saint Clément, Fiacre, Barbe, Jean Baptiste, Joseph, Crépin, Cécile, Éloi et Laurent, ainsi que sous le vocable de l'Ascension et la Trinité. La confrérie des marchands forains n'a pas de patronage. Il faut également compter quatre confréries de dévotion, dédiées à sainte Catherine, au Saint Sacrement, aux agonisants sous l'invocation de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel, ainsi que l'archiconfrérie de l'Annonciation de la Glorieuse Vierge Marie. S'y ajoute la confrérie dite des prêtres en l'honneur de l'Assomption et de la Nativité de la Vierge, qui accueille également des notables laïcs en nombre important. Cette dernière confrérie est l'héritière d'ancêtres médiévales, fusionnées en : la confrérie de l'Assomption de la paroisse Saint-Sauveur et celle de la Nativité de la Vierge à l'Hôtel-Dieu.
La vie liturgique de l'édifice est riche et comprend, outre les offices paroissiaux, ceux qui sont célébrés par les confréries. La plus présente, celle des prêtres, assure la célébration d'une messe chantée avec diacre et sous-diacre au grand autel tous les matins. S'y ajoutent deux messes solennelles chaque année, ainsi que les services funèbres solennels pour les confrères défunts.
La Révolution française et ses suites La Révolution transforme l'église en Temple de la Raison, puis en grenier à foin, avant qu'elle ne soit rendue au culte en . En 1808, un orage emporte la toiture, avant qu'une fenêtre ne s'écroule en 1820.. vignette|Portail de la Basilique Saint-Sauveur dans les années 1900-1902 L'architecte Hippolyte Béziers-Lafosse conduit en – une campagne de restauration. Il refait notamment les ouvertures de la façade occidentale et du bras sud suivant le dessin des anciennes baies. Victor Ruprich-Robert lui succède entre et . L'édifice est classé au titre des monuments historiques en .. La façade et le transept nord font l'objet d'une nouvelle campagne de restauration en . En , l'église reçoit le titre de basilique mineure, en raison du culte qui y est rendu au relief de Notre-Dame des Vertus qui provient du couvent des Cordeliers de la ville..
Vie de l'édifice aujourd'hui Une campagne de travaux permet la restauration de la chapelle méridionale de la nef en – ; au premier semestre , les toitures du chœur sont restaurées à leur tour..
En , la place située devant l'église et le Jardin anglais font l'objet de fouilles archéologiques préventives, dans le cadre d'un projet de réaménagement des lieux. Les chercheurs de l'Inrap découvrent à cette occasion des sépultures dans le Jardin anglais, connu pour occuper les lieux d'un ancien cimetière. La plus importante est celle d'une femme de l'époque moderne, inhumée avec son chapelet. Du côté de la place Saint-Sauveur, les archéologues mettent au jour quatre niveaux successifs d'occupation. Le plus ancien présente des trous de poteaux ; cependant, rien ne permet de le dater. Des restes de boucherie suggèrent que les halles attestées à cet endroit au pourraient avoir existé dès avant cette date ; enfin, les traces d'un calvaire attesté aux et au et une canalisation oubliée sont mises au jour. Sous le parvis, les chercheurs n'ont pas découvert d'objet marquant, mais ils ont montré que le niveau du sol était près d'un mètre plus bas que le seuil actuel de la basilique, ce qui interroge sur l'histoire du de la basilique : le niveau en aurait peut-être été rehaussé..
Après l'incendie de Notre-Dame de Paris le , la basilique et en particulier ses combles font l'objet d'une visite de contrôle de sécurité incendie, réalisée à la demande du maire.
L'église appartient aujourd'hui à la paroisse de Dinan, qui regroupe les communes de Dinan (avec l'église Saint-Malo), de Léhon, Aucaleuc, Quévert, Lanvallay, Saint-Solen et Tressaint..
Architecture vignette|redresse=1.2|Plan de l'édifice.|alt=Plan d'une église en croix latine, avec un seul bas-côté et un chevet à cinq chapelles rayonnantes.
L'édifice tel qu'on peut le voir aujourd'hui est construit sur un plan en croix latine, avec une nef dotée d'un seul bas-côté au nord, un transept saillant et un chevet à cinq chapelles rayonnantes.
Sur le plan stylistique, l'architecture de la basilique Saint-Sauveur de Dinan se partage en deux ensembles bien distincts : une partie romane du constituée par le rez-de-chaussée de la façade occidentale et le mur sud de la nef, et une partie gothique, c'est-à-dire le reste de l'édifice : le haut de la façade occidentale, le mur nord du bas côté de la nef, le transept et le chevet).
Extérieur vignette|redresse=1.0|Façade ouest.|alt=Photo d'une façade d'église dont le bas est roman et le haut gothique.
La façade vignette|redresse=1.2|Parties romanes de la façade.|alt=Photographie d'un bas de façade d'église avec trois arcades romanes. vignette|redresse|Chapiteau de la façade : la luxure.|alt=Photo d'un chapiteau en granite, avec une femme dont les seins sont dévorés par un crapaud.
Les parties basses de la façade sont romanes. Elles montrent une forte influence des constructions du sud de la Loire, notamment du Poitou et de la Saintonge. Plusieurs historiens trouvent des similitudes avec l'église Saint Nicolas de Civray., voire avec celle de Saint-Martin de Chadenac.. D'autres y voient des échos de l'architecture byzantine, une influence qui serait le fruit de la participation de Riwallon à la première Croisade, mais cette interprétation est peu probable.
Cette partie basse se divise en trois arcades en plein cintre et à triple voussure. L'arcade centrale est ornée d'un tympan sculpté du , qui surmonte les portes qui donnent accès à la nef. Autour de ce tympan, les voussures sont richement sculptées : la première porte les vieillards de l'Apocalypse et des travaux des mois ; la seconde porte des motifs végétaux stylisés faits de rubans perlés, peut-être d'inspiration byzantine.
Les arcades gauche et droite sont aveugles et subdivisées en deux arcades géminées plus petites, supportées par des colonnes torsadées sur les côtés et une colonne lisse au centre. Ces quatre arcatures sont occupées par des statues méconnaissables, car totalement érodées ou mutilées à une époque inconnue, surmontées d'un dais sculpté. Colonnes et statues reposent sur des lions couchés également très érodés.
Au-dessus des trois arcades, un bœuf et un lion tous deux ailés et tenant un livre, sont sans doute les symboles des évangélistes Marc et Luc. Ces sculptures pourraient être des remplois d'un édifice plus ancien.