Henri-Alexis Brialmont, né le à Maagdenberg (Venlo) et mort le à Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles), est un militaire, architecte et personnalité politique belge.

Il est célèbre pour la conception et la réalisation du fort de Shinkakasa et des places fortifiées d'Anvers, de Liège et de Namur.

Biographie Famille Henri-Alexis Brialmont, né le à Maagdenberg près de Venlo, est le fils aîné de Mathieu Brialmont, officier supérieur et ministre de la Guerre, et de son épouse née Anna-Maria Verwins. Le , il épouse Justa-Sophie de Potter, la fille de Louis de Potter, membre du gouvernement provisoire de 1830, qui meurt le dans l'hôtel familial à Saint-Josse-ten-Noode, le laissant sans descendance. Par sa sœur Élisabeth, il est l'oncle du peintre Robert Mols (1848-1903).

Carrière militaire

De son propre aveu, il reçoit une éducation P. Crokaert, Brialmont - Éloge et mémoires, Bruxelles, 1925, .. Il est reçu de justesse à l’École royale militaire en 1838, mais il se distingue rapidement et se classe premier de sa promotion dès la deuxième année. Il conserve ce rang jusqu’à la fin de son parcours à l’École d’application, en 1843. Ses condisciples le surnomment « le Romain », pour son ardeur au travail et son caractère.

Il est ensuite désigné pour servir au régiment du Génie, en garnison à Liège puis participe, en tant qu'observateur, aux modifications de la forteresse de Diest en 1844.

En 1847, promu lieutenant, il est envoyé à Anvers pour coopérer aux travaux d’une brigade de topographes militaires. La même année, il est attaché au cabinet du ministre de la Guerre, le général Chazal.

Après les événements de 1848, qui ébranlent l’Europe, mais épargnent la Belgique, qui avait épuisé ses velléités révolutionnaires en 1830, l’armée, déjà mal vue par une opinion plutôt pacifiste, est considérée comme un fardeau inutile. Pourquoi, en effet, un pays neutre, dont la neutralité est garantie en théorie par les Grandes Puissances, aurait-il besoin d’une armée ? Brialmont se décide à combattre le camp pacifiste, rassemblé sous la bannière des Amis de la Paix. À cette fin, il publie en 1849 Éloge de la guerre, pamphlet qui rencontre un vif succès.

En , son père Mathieu Brialmont remplace Chazal au poste de ministre de la Guerre. Il démissionne toutefois quelques mois plus tard, sur les conseils de son fils, à la suite des débats parlementaires houleux sur le budget de l’armée que l’on voulait réduire de moitié. Après la démission de son père, Henri-Alexis Brialmont publie, en 1851 et 1852, un nouvel ouvrage, Considérations politiques et militaires sur la Belgique. Ces ouvrages, qui ont un grand retentissement aussi bien dans la presse belge que dans la presse étrangère, valent à Brialmont une décoration de chevalier de l’ordre de Léopold en 1856.

Il écrit ensuite une biographie du duc de Wellington, dont il est un fervent admirateur. Le premier volume parait en 1856, les deux suivants en 1857. Traduit en anglais, cet ouvrage rencontre un vif succès en Grande-Bretagne. À plusieurs reprises, il se rend en villégiature à Nieuport (Belgique). Il y rencontre le capitaine Dreyfus.upright|vignette|gauche|Buste d'Henri-Alexis Brialmont au musée royal de l'armée et de l'histoire militaire La carrière d’architecte militaire d’Henri-Alexis Brialmont débute véritablement en 1857, lorsqu’il dessine la nouvelle position fortifiée d'Anvers. Cette première expression de son génie, inspirée de sa visite officielle des nouvelles fortifications allemandes (Coblence, Germersheim, Koenigsberg, Minden, Rastadt), qu’il fut chargé d’étudier en 1855, sont à même de faire face au canon rayé. Introduit dans les parcs de siège en 1859, le canon rayé est considéré comme le premier développement majeur de l’artillerie au cours de la seconde moitié du .

Revenu d’Allemagne », c'est à Anvers qu’il réalise ses premières coupoles d’artillerie cuirassées.

Les idées de Brialmont, en contradiction , font scandale. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il se sert du nom d’emprunt de Keller pour publier ses plans.

En 1858, le général russe Édouard Totleben, l'ingénieur militaire qui avait construit les défenses grâce auxquelles Sébastopol avait pu soutenir un siège d’un an avant de tomber, pendant la guerre de Crimée, visite la place forte d’Anvers. À cette occasion, on lui soumet les différents projets pour l’établissement des nouveaux ouvrages fortifiés autour d’Anvers, sans en préciser les auteurs. Sans hésiter, il choisit le « projet Keller », donc celui de Brialmont. Les détracteurs se taisent et les plans de la place forte d’Anvers sont examinés et approuvés en . Les travaux commencent en et s’achèvent, après maintes modifications des plans primitifs, en 1864.

En 1863, à la suite de l’introduction du canon rayé dans les parcs de siège, développement qu’il ignorait au moment de la conception des forts d’Anvers, Brialmont publie Études sur la défense des États et sur la fortification, où il justifie la conception du système défensif belge et le système de fortifications permanentes appliqué à AnversR. Deguent, Étude d’ensemble de la fortification terrestre. Historique, Bruxelles, 1932, , qu’il juge parfaitement apte à résister au canon rayé.

En 1869, il publie son Traité de fortification polygonale. La guerre de 1870 prouve sans appel aux ingénieurs militaires français que le tracé bastionné (selon les conceptions de Vauban) est désormais complètement dépassé et que seul le tracé polygonal (défendu par Brialmont) peut être envisagé. Durant cette guerre, Brialmont qui est le chef d’État-Major général de l’Armée d’Anvers, constate la faiblesse des fortifications sur la rive gauche de l’Escaut. Sous son impulsion, on réalise une seconde enceinte fortifiée autour d’Anvers.

En 1877, il est promu lieutenant-général.

En 1882, il publie La situation militaire de la Belgique. Travaux de défense de la Meuse, où il expose ses idées sur la fortification de la vallée de la Meuse à Liège et à Namur.

Pourtant, il tombe en disgrâce en 1883 (mis en non-activité par mesure d’ordre, par arrêté royal du ) pour avoir répondu favorablement à l’appel de Carol , roi de Roumanie, en vue d’une étude du système défensif de son pays. Il s’agissait de protéger Bucarest par une ceinture de forts, comparable à celles qu’il imagine pour Liège et Namur. Bucarest, centre commercial, siège du gouvernement et principal nœud de communications de la Roumanie, avait été choisi pour devenir la place d’armes où se regrouperaient toutes les forces militaires du pays qui s'y défendraient jusqu’à l’arrivée de renforts envoyés par les pays alliés. Une fois cette décision prise, Brialmont est appelé en Roumanie comme conseiller, puis est chargé d’établir les plans des fortifications. Son projet prévoit une ceinture de dix-huit grands forts situés à environ quatre kilomètres l’un de l’autre et appuyés par des batteries intermédiaires. Ce dernier point est particulièrement intéressant car Brialmont est hostile à l’installation de batteries entre les ouvrages prévus pour Liège et Namur. Les forts de Bucarest sont du même modèle que ceux prévus en Belgique : une redoute centrale armée de canons et d’obusiers en tourelles, entourée d’un fossé, d’une muraille détachée et de galeries de contrescarpe. La redoute comporte aussi une batterie à ciel ouvert de quatre obusiers.

L’empire austro-hongrois prend ombrage de ces projets. Afin de calmer le jeu, le gouvernement belge décide de mettre Brialmont provisoirement sur la touche. Toutefois, cet impair de Brialmont lui est vite pardonné et il est rétabli dans ses fonctions d’inspecteur général du Génie et des Fortifications, par arrêté royal du .

En 1886, dans le sillage de la « crise de l’obus-torpille », Auguste Beernaert, chef du gouvernement belge, fait voter, non sans peine, le budget nécessaire à la construction des têtes de pont de Liège et de Namur, que l’on peut considérer comme le chef-d’œuvre de Brialmont dans le domaine de la fortification permanente. Il en avait déjà exposé les grandes lignes dans La situation militaire de la Belgique. Travaux de défense de la Meuse, publié en 1882.

Les travaux s'étalent entre 1888 et 1891 (divisés en trois campagnes d'un an). Mais pour avoir dépassé le budget prévu, Brialmont est blâmé et contraint, cette fois, de prendre sa retraite, le . Le même mois, Brialmont est élu à la Chambre des représentants, ce qui lui permet de défendre ses idées dans l'enceinte du parlement. Il appartient au parti libéral, à une époque où ses principaux détracteurs d'antan, en premier lieu Walthère Frère-Orban, avaient disparu de la scène politique. vignette|Travaux au fort de Shinkakasa en 1899 Riche de son savoir-faire et de sa longue expérience, Brialmont voyage à travers l’Europe. Il établit les plans du camp retranché de Sofia, ainsi que les plans des défenses du Bosphore, des Dardanelles et de Constantinople. Il dresse également les plans du fort de Shinkakasa, construit en 1891, à Boma, par l’État indépendant du Congo pour défendre l’accès au fleuve Congo, notamment contre les Portugais de l’Angola.

Il meurt en son hôtel sis 7, rue de l'Équateur (actuellement 7, rue Brialmont) à Saint-Josse-ten-Noode le à l’âge de . Les funérailles civiles se déroulent le sans cérémonial, sans honneurs militaires ni discours, comme il en avait expressément formulé le souhait.

Brialmont et l'architecture militaire Brialmont peut réellement être considéré (avec le Français Séré de Rivières et l'Allemand Biehler) comme le Vauban de la fin du , d’autant qu’il est confronté à des progrès permanents dans le domaine de l’artillerie, alors que Vauban n’a jamais connu que des canons à âme lisse qui n’ont guère évolué de son vivant. Toute la vie de Brialmont a tourné autour de la lutte séculaire entre la flèche et le bouclier, le boulet et la muraille, l’obus-torpille et la voûte de béton.

D’une manière générale, les critiques qu’il essuie tout au long de sa carrière sont emblématiques de la Belgique et prouvent que nul n’est prophète en son pays. De plus, conscient de ce que toutes les invasions venant de l'est vers ce qui est désormais le territoire belge, étaient passées entre Maastricht et Visé, Brialmont avait réclamé un fort supplémentaire dans cette région, ce qui lui fut refusé par les parlementaires. Lors d'un échange vif, Brialmont aurait prophétisé : .

Il a été reproché à Brialmont d’avoir dépassé le budget initial des forts de Liège et de Namur de quelque 20 millions de francs-or. Ceux-ci avaient coûté au total millions de francs or, somme certes considérable pour l’époque, mais si l’on prend en compte le fait qu'il n'y eut peu, voire aucune critique quant au dépassement budgétaire d'autres grandes constructions contemporaines, comme celle du Palais de justice de Bruxelles (45 millions de francs-or) ou celle des nouveaux quais de l'Escaut et des ascenseurs à bateaux (environ 72 millions de francs-or), on peut s'étonner de la réaction des parlementaires.

Les forts de Liège et de Namur ont forcé l’admiration de tous les experts internationaux de l’époque, du moins jusqu’en 1914. Lucide, Brialmont n’a cependant cessé de marteler tout au long de sa carrière qu’un ouvrage fortifié, aussi moderne soit-il, ne sert à rien si ceux qui sont appelés à s’en servir ne sont pas convaincus de la nécessité de défendre le territoire, et s’il n’est pas adapté en permanence aux progrès incessants de l’artillerie de siège. Or, c’est ce qui s’est produit en Belgique en 1914 : lors de l’attaque allemande, les défenses belges étaient insuffisantes, l’armement des forts n’avait reçu aucune amélioration depuis 1891, et la défense par l'armée de campagne des intervalles entre les forts, pourtant primordiale, laissait à désirer par manque d'entraînement sur le terrain. L’œuvre de Brialmont, aussi remarquable fût-elle dans sa conception, se révèle donc imparfaite dans sa réalisation à cause de l'influence politique motivée par des considérations budgétaires.