On entend par littérature ukrainienne la littérature de langue ukrainienne (tous confondus). Elle comprend aussi bien les œuvres écrites (et orales) en Ukraine (en toute langue (minoritaire ou non)), que celles créées par la diaspora ukrainienne.
Les œuvres produites en russe ou biélorusse (langues slaves orientales) ou en polonais (langues slaves occidentales) sont généralement considérées comme faisant partie respectivement des littératures russe, biélorusse ou polonaise. Idem des œuvres en yiddish, en tatar, en grec, etc.
Le développement de la littérature ukrainienne a été entravée par l’absence prolongée d’un État ukrainien indépendant. Lors des dominations étrangères (polonaise, russe, autrichienne, etc.) la langue ukrainienne fut reléguée au deuxième plan et souvent interdite.
Histoire pré-moderne Tradition orale La tradition orale est liée à la musique ukrainienne traditionnelle : chants paysans, chants religieux, chants épiques, (tous confondus)
Des cultures proto-historiques de la région, puis des entités du Haut Moyen Âge (Empire hunnique, Onoghours, Avars, Ancienne Grande Bulgarie, Empire khazar, Khanat bulgare de la Volga, Khaganat de la Rus'), il reste peu de textes dans les langues slaves orientales.
Moyen Âge La principauté slave-orientale connue comme Rus' de Kiev (882-1240), ou Ruthénie prémongole, constitue pendant près de trois cents ans un État puissant, vaste, multi-ethnique et multi-culturel, qui connaît son âge d'or sous les règnes de Vladimir le Grand (980-1015) et de son fils Iaroslav le Sage (1019-1054), avec la maîtrise de la route commerciale des Varègues aux Grecs et de la route commerciale de la Volga.
La conversion officielle au christianisme orthodoxe date de 988 : un missionnaire grec, Cyrille, convertit l’aristocratie kiévienne (surtout varègue) et la majorité de la population au christianisme. La christianisation de la Rus' de Kiev est dans la réalité plus complexe, et plus ancienne si l'on tient compte de la Tauride-Crimée (thème byzantin de Cherson) et des Grecs pontiques. Et les premières connaissances en mythologie slave viennent de ces missionnaires chrétiens non-slaves. Le métropolinat de Kiev, créé vers 988, reste dans le patriarcat œcuménique de Constantinople jusque vers 1580.
Hilarion (métropolite de Kiev) (990-1055) rédige un célèbre (Slovo o zakone, Moiseom dannom, i blagodati i o istine, Sermon sur la loi donnée par Moïse, la grâce et la vérité), rédigé entre 1037 et 1050..
Les grands textes littéraires sont des chroniques et/ou des épopées, seulement connues par des copies et/ou traductions tardives, et que diverses langues s'autorisent à revendiquer comme textes fondateurs (chroniques russes et ukrainiennes) : Chronique des temps passés (réputée du moine Nestor, compilée en 1111-1113), Le Dit de la campagne d'Igor (vers 1200), Chronique de Kiev (vers 1200).
L'invasion mongole de l'Europe s'épuise dans l'invasion mongole de la Rus' de Kiev (1223-1240), qui fait éclater la Rus' de Kiev en divers pouvoirs régionaux, dont les plus notables demeurent la principauté de Galicie-Volhynie (1180-1352) et le grand-duché de Lituanie (1236-1569).
La Rousskaïa Pravda (Justice de la Rus' de Kiev, vers 1280) est considérée comme la première constitution d'État ukrainienne. Le dernier grand texte littéraire parvenu est la (vers 1300), dernier élément de la trilogie de la chronique d'Ipatiev.
Les deux seules langues d'écriture, pour la minorité lettrée, principalement en monastères (liste des monastères ukrainiens, dont la Laure des Grottes de Kiev), sont longtemps le latin et le vieux-slave (devenant slavon d'église). Le grec médiéval (ou grec byzantin) est d'usage dans les relations diplomatiques avec l'Empire byzantin.
En ukrainien (et autres langues slaves orientales), subsiste la production de chants rituels agricoles, et de récits épiques transmis par des musiciens itinérants aveugles (kobzari, ), s'accompagnant à la kobza, à la bandoura ou à la vielle à roue (). La est considérée comme nécessaire dès les années 1900 : des enregistrements sont réalisés, désormais numérisés. Ce serait une des sources de la douma, qui semble apparaître au sous la forme reconnue. Mais, sous régime communiste, très vite, particulièrement au congrès de Kharkiv (1932), c'est la . Depuis cette époque, une tradition se reconstitue : , , .
Renaissance L'humanisme de la renaissance et de la réforme protestante suscitent les débats :
Iouriy Drohobytch (1450-1494), astronome, astrologue, médecin et philosophe ukrainien établi en Italie, (1470-1517), Paulus Joannes De Crosno, Ruthenus, poète, traducteur, humaniste, Stanisław Orzechowski (1513-1566), prêtre, catholique, humaniste, démocrate, Konstanty Wasyl Ostrogski (1526-1578), prince, staroste, maréchal, voïvode, Hipacy Pociej (1541-1613), métropolite, écrivain, polémiste, théologien, (vers 1550-1632), ruthène, lexicographe, Ivan Vichenski (vers 1550-1620), orthodoxe, moine, polémiste (anti-catholique, anti-uniate), au mont Athos (?-1627), orthodoxe, théologien...
L'Académie d'Ostrog (1576) publie sa traduction de la Bible en vieux slavon, la Bible d'Ostrog (1580).
La Douma (épopée ukrainienne) est poème épique chanté qui a pris naissance en Ukraine à l'époque des cosaques Hetmanate au .
Se constituent également les réalités et les mythes concernant les Cosaques, et particulièrement les Cosaques zaporogues et les cosaques Mamaï.
L'Union de Brest (1595, puis 1596) entraîne des polémiques entre jésuites-catholiques et orthodoxes, des luttes confessionnelles, et la création de l'Église grecque-catholique ukrainienne (uniate).
En 1632 est créée l'Académie (orthodoxe) Mohyla de Kiev, future Université nationale Académie Mohyla de Kiev.
Quelques grands noms méritent d'être mentionnés : (1577-1633), Pierre Movilă (1596-1646), métropolite, fondateur de l'académie, auteur du descriptif liturgique Liturgiarion (1629), Ivan Vyhovsky (1608-1664), hetman cosaque (1657-1659), (1662-1738), prêtre, catholique, historien, Théophane Prokopovitch (1681-1736), moine ukrainien et russe, Grigori Skovoroda (1722-1794), philosophe, poète, chantre, pédagogue, en latin et vieux-slave, Vassili Kapnist (1758-1818) théâtre et poésie...
Vers 1760, dans une Ukraine éclatée entre royaumes et empires (république des Deux Nations, royaume de Hongrie Empire russe, empire d'Autriche), s'amorce une renaissance ukrainienne, qui va participer au printemps des peuples.
Histoire moderne et contemporaine 1798 – 1917 Jusqu’au début du , la langue écrite diffère significativement de la langue parlée. La littérature ukrainienne moderne naît au . Des écrivains de la nouvelle génération commencent alors à écrire en langue du peuple, cherchant la codification qui refléterait la prononciation.
Première moitié du Cette vague commence avec Ivan Kotliarevsky (1769-1838), dont le poème Eneyida () (1798) est considéré comme la première œuvre en ukrainien moderne. Sa pièce de théâtre Natalka Poltavka est devenue un classique de la littérature ukrainienne, jouée encore aujourd’hui dans de nombreux théâtres de l’Ukraine.
Hryhoriy Kvitka-Osnovianenko (Grigori Kvitka-Osnovianenko, 1778-1843), nouvelliste Ostap Veressaï (1803-1890), kobzar, ménestrel, poète, interprète de poèmes épiques douma, inspirateur de l'ethnomusicologue Mykola Lyssenko (1842-1912) Mikhaïl Maximovitch (1804-1873), historien, folkloriste, Chansons petit-russiennes, Chansons populaires ukrainiennes Ismaïl Sreznevski (1812-1880), écrivain, philologue et paléographe Antiquités zaporogues (1833-1838)
Mais c’est l’œuvre de Taras Chevtchenko (1814-1861), fils de paysans serfs qui a eu la chance d’être libéré et de recevoir de l’éducation, qui marque véritablement la renaissance littéraire ukrainienne. Chevtchenko écrit ses poèmes en s'inspirant de l’histoire ukrainienne telle qu'elle est transmise par des chants populaires, ainsi que de la vie quotidienne des paysans, marquée par des souffrances dues à la pauvreté mais surtout au servage. Dans le poème Caucase (1843), il se solidarise avec la lutte des peuples du Caucase contre la domination russe. La popularité de Chevtchenko est énorme et contribue à l’émergence de la conscience nationale sur les terres ukrainiennes tant dans l'Empire russe que dans l'Empire autrichien.
Seconde moitié du En Ukraine occidentale, l’écrivain socialiste Ivan Franko (1856-1916) est un des promoteurs des œuvres de Chevtchenko.
Parmi les écrivains de la même époque, on peut également citer Panteleïmon Koulich (1819-1897), poète, critique, folkloriste, traducteur, Le Conseil de la plèbe (1857) Marko Vovtchok (Maria Aleksandrovna Vilinska) (1833-1907), Récits populaires (1858), Maroussia (1871) Ivan Netchouï-Levytsky (1838-1918), nouvelliste, romancier, Mykola Dzerja (1878), Au bord de la Mer Noire (1890) Mykhaïlo Drahomanov (1841-1895) Panas Myrny (1849-1920), nouvelliste, Les Chevaux se battent quand il n'y a pas de foin dans le râtelier (1880) Borys Hrintchenko (1863-1910), prosateur, historien Tymofi Bordouliak. (1863-1936), prosateur, Nos Proches (1899) Olha Kobylianska (1863-1942), romancière, féministe, Un dimanche à l'aube elle cueillait des simples (1909) Mykhaïlo Kotsioubynsky (1864-1913), romancier, Fleur de pommier (1902), Fata Morgana (1903-1910), Les Ombres des ancêtres oubliés (1911) (qui inspire Les Chevaux de feu de Sergueï Paradjanov) Lessia Oukraïnka (1871-1913), écrivaine, critique, poétesse, féministe, dramaturge, Chant des forêts (1911) . (1871-1916), nouvelliste, romancier Vassyl Stefanyk (1871-1936) (en ruthène), journaliste, politique, romancier, Le Livret bleu (1897), La Croix de pierre (1900) Volodymyr Hnatiouk (1871-1926), ethnographe, journaliste, écrivain, traducteur Hnat Khotkevytchhttp://diasporiana.org.ua/wp-content/uploads/books/13740/file.pdf (1877-1938), écrivain, ethnographe, musicologue, dramaturge
Dès la fin du , l’usage de l’ukrainien est interdit dans l'Empire russe : (1863), puis oukase d'Ems (1876).
À cela s’ajouta la censure tsariste. Bien que l'interdiction de la langue soit levée au début du , les périodiques de langue ukrainienne mènent une vie précaire, menacés de fermeture pour des raisons politiques. À cette époque, la russification reste la politique officielle de l’Empire. La situation est différente en Galicie, où le pouvoir autrichien permet une certaine liberté d’expression et ne cherche pas à assimiler ses sujets ukrainiens.
Indépendance de l’Ukraine (1918-1920)
Après la chute de la monarchie russe (1917), l’Ukraine proclame son autonomie, puis, lorsque le conflit armé avec les Bolcheviques s’intensifie, l’indépendance (1918). De nombreux écrivains participent au gouvernement, à l’administration et aux troupes indépendantistes (Volodymyr Vynnytchenko est un des chefs du nouvel État). Après la chute de la République populaire ukrainienne et de la république populaire d'Ukraine occidentale, beaucoup partent en exil, alors que d’autres s’allient au gouvernement soviétique (ou, en Ukraine de l’Ouest, cessent la lutte contre la Pologne et la Roumanie).
Renaissance fusillée (1920-1930) Dans les années 1920, l’Ukraine de l’Est connaît le mouvement d’ukrainisation (et d'indigénisation), un ensemble de mesures visant à protéger la langue ukrainienne. Cette époque voit l'éclosion de toute une génération d'écrivains talentueux, dont Les Kourbas (1887-1937), dramaturge (1889-1939)., poète, traducteur, linguiste Mykola Zerov (1890-1937), poète (1891-1937), poète (1891-1947), poète Pavlo Tytchyna (1891-1967), poète, Clarinettes du soleil (1918) (1891-1978), écrivain, dramaturge Mykola Koulich (1892-1937), dramaturge Mykola Khvyliovy. (1893-1933), écrivain, poète, Le Rédacteur Klark Maïk Johansen (1895-1937), poète, dramaturge, traducteur, cofondateur de Vaplite (1895-1937), poète, futuriste, prosateur, dramaturge Maxime Rylski (1895-1964), poète, journaliste, académicien, Sous les étoiles de l'automne (1918), Le lointain bleu (1922)