Ernest Courtot de Cissey, né le à Paris et mort le à , est un général et un homme d'État français, grand-croix de la Légion d'honneur et médaillé militaire.

Durant la répression de la Commune de Paris, il commande le de l'armée versaillaise ; il occupe ensuite le poste de ministre de la Guerre de à , puis de à . Enfin, il est vice-président du Conseil de à .

Issu d'une famille de la noblesse bourguignonne originaire de Beaune et apparentée au maréchal Davout, il entre en 1835 dans le prestigieux corps d'état-major après ses études à l'école royale de Saint-Cyr. Il est alors affecté dans l'armée d'Afrique où il participe à la conquête française de l'Algérie. Il se distingue ensuite comme chef d'état-major du général Bosquet au cours de la guerre de Crimée et accède au généralat. En butte à l'inimitié du maréchal Randon, il occupe alors des postes peu prestigieux jusqu'à la guerre de 1870, où il reçoit le commandement de la 1re brigade du corps d'armée. Fin manœuvrier et doté d'un grand courage physique, il bat les Prussiens en à Borny, Rezonville et Saint-Privat. Assiégé dans Metz avec l'armée du Rhin puis fait prisonnier, il est captif à Hambourg jusqu'en .

De retour en France, il est nommé par Patrice de Mac Mahon à la tête du et chargé de réprimer la Commune ; il fait le siège du fort d'Issy et pénètre le dans Paris. Durant la Semaine sanglante, il s'empare de la totalité de la rive gauche et son corps d'armée procède à de nombreuses exécutions sommaires d'insurgés. Remarqué par Adolphe Thiers, il est nommé ministre de la Guerre en , et entre à l'Assemblée nationale à l'occasion des élections partielles du .

Famille Courtot de Cissey vignette|Armes de la famille Courtot de Cissey telles que figurant à l'armorial de Bourgogne, en 1428.|gauche Fils de Jean Maurice Courtot de Cissey (1765-1849) et de Henriette Antoinette Decroix (1782-1852), Ernest Louis Octave Courtot de Cissey naît le dans l'ancien 2e arrondissement de Paris, dans une famille bourguignonne ruinée par la Révolution française. En effet, son grand-père (seigneur de Ménétreux, capitaine des Dragons de la Reine, lieutenant-colonel aux dragons de Ségur) et son père (capitaine de cavalerie puis commandant de la Garde nationale du Doubs) ont servi en tant qu'officiers dans les unités de dragons de l'armée royale, et possèdent des terres en Franche-Comté, mais son père Maurice Courtot de Cissey émigre en Suisse après le renversement de la monarchie. Ce choix est motivé par la volonté de surveiller la propriété familiale de Bourgogne.

En 1801, sous le Premier Empire, Maurice Courtot de Cissey obtient du maréchal Davout, son influent cousin, d'être rayé de la liste des émigrés ; il peut revenir en France, mais la période révolutionnaire a réduit sa fortune à néant. Davout intercède une nouvelle fois en sa faveur et lui obtient la concession de la manufacture des tabacs de Besançon. Son épouse, Antoinette de Cissey née Decroix, lui succède à la tête de la manufacture en 1815 et la tient jusqu'en 1830. À cette date, le couple décide de vivre de ses rentes : les Courtot de Cissey, profondément légitimistes, refusent en effet de servir le roi .

Ernest Courtot de Cissey et son frère aîné, Alfred, sont destinés à la carrière militaire par leur père, qui projette ses ambitions déçues sur eux et compte sur ses fils pour relever l'honneur de la famille. Alfred de Cissey, décrit comme tandis qu'Ernest est , est admis au Prytanée royal de La Flèche en 1818 en qualité de ; en 1824, il intègre l'école militaire de Saint-Cyr dont il sort avec un classement médiocre, ce qui le destine à l'infanterie. Il passe au d'infanterie et finit sa carrière avec le grade de colonel au d'infanterie.

Carrière militaire Officier d'état-major Déterminé à reconquérir pour sa famille une position sociale élevée, Ernest Courtot de Cissey accepte la carrière militaire à laquelle le propose son père. Contrairement à son frère, il n'obtient pas de bourse pour rentrer au Prytanée militaire et est de fait scolarisé au collège jésuite de Dole. En 1830, il réussit le concours d'entrée de l'école militaire de Saint-Cyr après y avoir échoué l'année précédente. En effet, comme beaucoup de familles légitimistes refusent de servir sous le drapeau tricolore du , leur progéniture renonce à intégrer l'armée, ce qui rend le concours moins compétitif cette année-là. Maurice Courtot de Cissey, malgré sa fidélité à la branche aînée des Bourbons, a pris conscience dans ses années d'exil que l'honneur de l'armée demeure tandis que les régimes passent et il ne souhaite pas que son fils connaisse les mêmes déceptions que lui. Ernest de Cissey sort de Saint-Cyr en 1832 dans les vingt premiers, ce qui lui permet d'intégrer la prestigieuse école d'application d'état-major où il suit un cursus de deux ans à l'issue de laquelle il obtient le grade de lieutenant, en 1835..

Affectations en Algérie gauche|vignette|Ernest Courtot de Cissey durant son affectation à Blida. Tout d'abord affecté au régiment d'infanterie dans lequel sert également son frère, il réussit à se faire muter en au régiment d'infanterie légère en Algérie, grâce à l'appui du général d'Arlanges qui a connu la famille de Cissey dans les tribulations de l'émigration. La conquête de l'Algérie est en effet la première campagne où une nouvelle génération d'officiers peut espérer s'élever à la hauteur de ses aînées, toutes auréolés de la gloire impériale, et où l'avancement est plus rapide que dans les garnisons de métropole. Il participe à la bataille de la Sikkak et à l'attaque ratée sur Constantine ; sa mutation au régiment de hussards en menace de l'empêcher de prendre part à la prise de Constantine, mais le général Trézel se l'attache en tant qu'aide de camp en dépit des ordres formels du général Bernard, alors ministre de la Guerre. Proposé pour la Légion d'honneur à la suite de la victoire française, il est écarté par le ministre en raison de cette désobéissance, en dépit de l'intercession de sa tante , et se voit intimer l'ordre de rejoindre son régiment d'affectation à Niort. En , il obtient finalement la Légion d'honneur, preuve du crédit toujours attaché au nom de Davout.

Promu capitaine en , il devient aide de camp du général Dejean, inspecteur général de la cavalerie, puis en aide de camp du général de Rumigny, commandant la brigade d'infanterie d'Alger. Le retour en Algérie de Cissey, coïncide avec l'arrivée de renforts massifs qui portent les effectifs à . C'est à cette période que Cissey devient un proche du voyageur Maxime Du Camp. Cissey prend part à la bataille du col de Mouzaïa et gagne une citation à l'ordre de l'armée pour s'y être distingué ; il suit ensuite Rumigny dans sa mutation à l'état-major d'Alger. De mars à , Cissey est aide de camp du général de Tarlé, chef d'état-major général de l'armée d'Afrique. Cette succession de postes prestigieux est la preuve de son appréciation par le haut-commandement militaire tout autant que de l'ampleur de ses relations familiales. De 1840 à 1844, il est en tout cité six fois, dont cinq fois par le général Bugeaud qui voit en lui un : il se fait remarquer sous Miliana (), lors des combats de la colonne de l'Ouarsenis du colonel Pélissier avec qui il se lie d'amitié et dont il devient le chef d'état-major (11-), par une charge au premier rang le , à Dellys et Ouarzedine (12 et ) et finalement à la bataille d'Isly () en prenant la tête de la cavalerie de réserve. Atteint d'une maladie incapacitante, il cesse de prendre part aux combats entre mai et ; à son rétablissement, il est nommé chef d'escadron. Le , il épouse Marie-Anne Rigodit en la cathédrale Saint-Philippe d'Alger. Elle est la fille de l'amiral Rigodit, alors à la tête de la flotte d'Alger et détenteur d'une importante fortune ; ce mariage comble Cissey, autant par la profonde entente qui le lie avec sa femme que par le train de vie d'officier supérieur qu'il lui permet de soutenir.

Le , Ernest de Cissey est nommé officier de la Légion d'honneur par le général Trézel , sur proposition du maréchal Bugeaud. Aide de camp temporaire du prince de Joinville à l'occasion de sa tournée de l'Algérie, il est remarqué favorablement par ce dernier. En 1849, il quitte temporairement les bureaux de l'état-major et participe à la prise de l'oasis de Zaatcha ; il sert ensuite comme chef d'état-major de la colonne de Kabylie du général Napoléon de Barral ; ce dernier trouve la mort pendant les combats et le , Cissey est cité pour la dixième fois du fait d'un rude accrochage avec la tribu des Béni-Ymel. En juin, il est nommé lieutenant-colonel ; dans l'attente d'une affectation de premier rang, il reste un an en disponibilité. Le , le général Pélissier, gouverneur par intérim de l'Algérie, en fait son chef de cabinet ; il prépare ainsi la mise en état de siège consécutive au coup d'État présidentiel. En , il devient sous-chef d'état-major général de l'armée d'Algérie, puis chef d'état-major général en , promotion qui est précédée en mai par son passage au grade de colonel. Cette position en fait ; il y prépare les plans d'occupation de la Kabylie pour les généraux Mac Mahon, Vantini et Pélissier. À cette occasion, il émet un ferme rappel à l'ordre envers François du Barail qui s'est aventuré avec ses hommes dans le Mzab sans en avoir reçu l'ordre.

Guerre de Crimée et généralat vignette|Le général de Cissey et le capitaine Lantivy de Trédion, entre 1856 et 1857. Dès la fin de l'année 1853, la guerre de Crimée menace entre la France et l'Empire russe, du fait de la prétention de ce dernier à résoudre la question d'Orient à son profit. Le , Ernest de Cissey est nommé chef d'état-major de la deuxième division de l'armée d'Orient, commandée par le général Bosquet, et embarque à Marseille le . Après des mois d'inactivité dans les Balkans, l'armée française débarque en Crimée en ; à la bataille de l'Alma, Cissey conduit la charge des zouaves décidée par Bosquet qui fait basculer la situation ; à la bataille de Balaklava et à celle d'Inkerman, sa division vient soutenir le corps expéditionnaire anglais et éviter sa destruction. Dans ses rapports, son supérieur direct ne tarit pas d'éloges pour lui et le propose au grade de général de brigade, qu'il obtient le . Bosquet prenant la tête du corps d'armée en , il le suit et devient chef d'état-major de cette unité. Le , il est cité à l'ordre de l'armée d'Orient pour sa contribution à la prise des redoutes qui défendent Sébastopol, et notamment le Mamelon vert. À l'assaut final contre Sébastopol, le , il mène la charge aux côtés du général Bosquet, qui est grièvement blessé, quand son jeune beau-frère, Émile Rigodit, est tué dans l’assaut.

Pour sa participation remarquée à la guerre de Crimée, Cissey recevra les décorations étrangères de l'ordre du Bain et de l'ordre du Médjidié ().