vignette|redresse=1.25|Principales localités à Hominina anciens du continent africain (dont celle de Lucy, découverte sur le site ET-1, à Hadar, dans l'Afar éthiopien). Les découvertes de fossiles, principalement dans la Vallée du Grand Rift, ont donné naissance au modèle de l'East Side Story, mais ces découvertes s'expliquent en partie par un biais taphonomique : dans de nombreuses régions d'Afrique, la faible sédimentation, le couvert forestier actuel qui donne des sols acides, l'érosion et d'autres facteurs en ont empêché la fossilisation, la conservation, ou la mise au jour.
La théorie de l'East Side Story est un modèle de spéciation allopatrique par vicariance, construit à partir de la consilience des données (fossiles, biogéographie, paléoclimatologie et géologie), expliquant l’apparition de la lignée humaine en Afrique de l'Est par une divergence climatique liée à la formation du grand rift est-africain.
Proposée initialement par l’éthologue néerlandais Adriaan Kortlandt (1972), New perspectives on ape and human evolution, Amsterdam, Stichting voor Psychobiologie, cette hypothèse de la savane orientale a été popularisée en 1983 sous le nom d’East Side Story par le paléoanthropologue français Yves CoppensYves Coppens (1983), Le singe, l'Afrique et l'Homme, Paris, Fayard, 148 p.Yves Coppens (1994), « East Side Story, the origin of Humankind », Scientific American, , , .
Description La formation du rift est-africain, à partir de quelque d'années (Ma) (Oligocène), à un rythme géologique très lent, aurait fini par produire une divergence climatique et environnementale entre la région située à l'ouest, humide et boisée, et la région située à l'est, plus sèche et occupée par la savane. À partir d'une souche commune remontant à environ , deux populations d'Hominini auraient été isolées et deux lignées évolutives auraient émergé.
À l'Ouest, région restée humide et couverte de forêts tropicales, se serait développée la lignée des Panina, regroupant les ancêtres des chimpanzés et des bonobos. Les caractéristiques environnementales auraient contribué à maintenir un mode de déplacement quadrupède au sol et arboricole.
À l'Est (territoires actuels de la Tanzanie, du Kenya, de l’Éthiopie), à l'abri des précipitations bloquées par la barrière du rift, un climat plus sec se serait mis en place, accompagné de la formation d'une végétation beaucoup moins dense, faite de savanes faiblement arborées. En réponse à ce nouvel environnement, plusieurs branches de la lignée des Hominina se seraient développées, notamment les Australopithèques, les Paranthropes et le genre Homo. Climat et végétation auraient favorisé, chez ces ancêtres et collatéraux, les déplacements au sol et la bipédie, permettant l'amélioration de la perception visuelle des prédateurs ou du gibier. La bipédie favorisant la libération des membres antérieurs, ceux-ci seraient devenus disponibles pour utiliser progressivement des outils.
Remise en cause du modèle Tchad Ce modèle a été remis en cause par les découvertes au Tchad, par l’équipe de Michel Brunet, d'Australopithecus bahrelghazali (Abel) en 1995 et de Sahelanthropus tchadensis (Toumaï) en 2001, soit à l'ouest du rift est-africainMichel Brunet (1997), « Origine des hominidés : East Side Story… West Side Story… », Géobios, M.S. , .Michel Brunet, Franck Guy, David Pilbeam, Hassane T. Mackaye, Andossa Likius, et al. (2002), « A new hominid from the Upper Miocene of Chad, Central Africa », Nature, vol.418, 11 juillet 2002, p.145-151.
Michel Brunet a suggéré que l'Histoire évolutive de la lignée humaine serait une Pan African Story, à l'encontre de la théorie de l'East Side Story.
Yves Coppens a reconnu dès 2003 que son hypothèse ne correspondait plus aux données actuellesYves Coppens (2003), « L'East Side Story n'existe plus », La Recherche, n° 361. Pascal Picq a précisé : .
Toujours arboricoles ? Ce modèle a également été contesté par la mise en évidence d’une locomotion encore largement arboricole chez les Australopithèques. De plus, la découverte d’Ardipithecus ramidus en 1994 en Éthiopie et d’Orrorin tugenensis en 2000 au Kenya suggèrent que la bipédie est née dans des environnements boisés au sein de paysages mosaïques. Cette diversité , avec des cas d'homoplasie (convergence évolutive, évolution parallèle).
Perte du pelage Pour Emmanuelle Bessot, auteure du roman Celui-qui-Doute (2017), la bipédie serait apparue dans l'ouest africain sous couvert forestier, mais serait le résultat d'une modification anatomique précise : une perte du pelage affectant un clan d'Hominini dans une zone circonscrite. Selon cette théorie, l'histoire de la lignée humaine aurait commencé en Afrique occidentale, il y a environ huit millions d'années, lorsqu'un Hominini aurait perdu son pelage.
C'est en effet grâce à la fourrure de sa mère que le nouveau-né chimpanzé s’accroche autour de son ventre ; sans cela, rien ne le retient et une chute en hauteur lui serait fatale. La guenon devenue glabre aurait donc été contrainte de descendre à terre. Mais au sol, le petit ne tient pas davantage et pour le garder contre elle, elle aurait dû le soutenir, ce qui aurait nécessité de mobiliser au moins l'une de ses mains. Or dans cette position, il est plus facile de se déplacer sur deux jambes que sur trois, ce qui l'aurait obligée à se redresser et à marcher.
Le brassage avec les clans velus voisins a pu se faire aussi longtemps que tous conservaient le même patrimoine génétique, notamment en raison de l'évitement de l'inceste pratiqué au sein de ces populations. L'ancêtre glabre aurait ainsi essaimé dans les groupes avoisinant son territoire tout un patchwork de caractères plus ou moins évolués et une grande population aurait prospéré dans un premier temps dans l'ouest africain, dissimulée sous le couvert forestier, puis à l'est, en milieu plus ouvert.
Cette population aurait acquis des caractères anatomiques d’autant plus composites qu’ils n'auraient pas été seulement le résultat de leur héritage génétique, mais également celui de leur adaptation à leur environnement et/ou à leur alimentation. Les mutations se seraient poursuivies jusqu’à ce qu’une mutation génétique sépare finalement les sous-espèces en espèces distinctes (Panina à l'Ouest, Hominina à l'Est).
L'évolution des espèces est buissonnante, dans le sens où elle ne suit pas une ligne droite, mais forme plutôt une succession de branches qui se séparent et parfois s'hybrident.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Vallée du Grand Rift Bipédie humaine Hominisation
Liens externes Théorie de l'East Side Story, sur hominides.com
Catégorie:Histoire évolutive de la lignée humaine Catégorie:Concept ou hypothèse paléontologique