Le château de Fassion est une place forte du située à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs en Isère. Elle a le label Patrimoine en IsèreLa maison forte de Fassion sur le site isere-patrimoine.fr..
Histoire
L’étude dendrochronologique a confirmé que la maison forte a été initialement édifiée entre 1335 et 1340. Nous ignorons qui l'a construite en ce début du . Cet ensemble architectural a été édifié en deux temps au minimum. Le bâtiment initial fut vraisemblablement construit dans le même mouvement que la reconstruction en 1340 de l'enceinte murale de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, percée de quatre portes : porte de Varanin à l’est, porte de Bressieux à l’ouest, porte neuve au nord, porte de St Geoirs au sud.
La maison forte avait à l’époque une vocation défensive, vocation perdue plus tard avec l’arrivée des canons qui permettaient de percer les muraillesAu début du en Europe, on assiste au déploiement de pièces d’artillerie. Cette artillerie primitive, en usage dans la guerre de siège dès le milieu du , était en réalité peu efficace. Le projectile de pierre éclatait à l’impact ; son effet était plutôt d’ordre psychologique et sûrement moins efficace que les projectiles envoyés par les catapultes. La fin du et le début du sont particulièrement riches au niveau des innovations technologiques.. Sa forme parallélépipédique formait un carré presque parfait, comme la plupart de ces constructionsEnquête Delphinale de 1339 : En Grésivaudan, en 1339, une vaste enquête est réalisée à la demande d'Humbert II ; ce dernier projette de céder ses États du Dauphiné au pape Benoît XII, et la contre-enquête menée par les représentants du pape, la plus précise, recense et fortes. Dans cette contre-enquête, nobles, ou se prétendant telles, ne possédant pas de maison forte sont tenues pour négligeables : « XXI foci nobilium vel se gerentium pro nobilibus non habentium domos fortes ».
Au , le modèle le plus courant de maison forte est la maison-tour. La maison-tour est un type d'habitat médiéval de plan quadrangulaire ; elle est divisée en quatre niveaux. Ces maisons-tours se trouvent en grand nombre dans les villes en Italie, où elles sont appelées casatorre ou simplement torre en Toscane. Elles forment aussi la base de nombreux châteaux d'Écosse, où l'on parle de tower-house. En Italie, elles étaient initialement fortifiées lors de leur apparition au puis elles perdirent leur rôle défensif, les attributs militaires symbolisant alors la puissance de leurs propriétaires. En Écosse au contraire, les châteaux sont fréquemment développés autour de la maison-tour, ajoutant donc de nombreux bâtiments et défenses. Les derniers travaux effectués sur cet ancien bailliage du Dauphiné ont permis de recenser et fortes mentionnés par les textes. fortes ont pu être localisées sur le terrain. Parmi , à une maison forte avec tour, en sont dépourvues et appartiennent pour la plupart à une période de fortification tardive.. Cet édifice militaire est situé à proximité du mur d’enceinte de St Étienne, qui traversait le parc actuel du sud-ouest au nord-est.
Propriétaires successifs connus
En 1501, sous Louis XII, apparaît André, seigneur de la Baume d'Hostun (1480 – 1553André de la Baume d'Hostun meurt un an avant son frère aîné Meraud († 1544).. Le , à l’âge de 21 ans, André est marié par son père à Isabelle de BonifaceFamille de Boniface sur genobco., elle aussi âgée de 21 ans, dame de la Forteresse, fille d'Antoine de Boniface seigneur de la Forteresse, et d'Antoinette LoubertIsabelle de Boniface meurt en 1559 à l'âge de 79 ans, trois ans après de Fassion. Comment la propriété s'est-elle retrouvée parmi les possessions d'Antoine de Boniface seigneur de la Forteresse ? Peut être tout simplement par le biais d’acquisitions foncières. Toujours est-il qu'en 1502, un an après ce mariage, la terre de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs est vendue à la puissante famille de Fassion. Bayart, gouverneur du Dauphiné, la rachète au nom de François en 1520.
En 1540, Isabelle de Boniface, qui l'avait surement héritée de son père, vend la maison forte dite “du reconnaissant” au “Chevalier Estienne de Fassion, Sieur de Mantonne”Aux ADI, voir l'Inventaire dit Marcellier, pour le mandement de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, données provenant du mémoire de S. Guilin.. C'est probablement à cette époque (la dendrologie indique que l’abattage des arbres pour les poutres de la charpente du château eut lieu au printemps 1542) qu'Estienne de Fassion entame, à un mètre de cette maison forte, la construction de l’aile nord du château qui comprendra deux tours : il laissera son nom à l’édifice “le château de Fassion”. Il n'en profita que peu de temps, tout au plus une quinzaine d’années puisqu'il fut fauché par la mort en 1556. Entre-temps, deux documents connus citent Estienne et la maison forte : en 1549, une reconnaissance par Estienne de Fassion à Saint-Étienne, en la “maison forte du dit reconnaissant” (réf : ADI 2 E 995, terrier du ) ; et daté du , le testament d'Estienne de Fassion, « chevalier du lieu et ville de Saint-Étienne de Saint-Geoirs, habitant au Touvet au-dessus de Grenoble... Acte passé dans la maison forte à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, “dans la chambre au-dessus de la cave” »Réf : BM Grenoble, fonds Chenavaz, CH 104..
Étienne de Fassion ayant légué la maison forte à son ami et confident Guigues Chalan, prieur de l'abbaye de Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, c'est donc en 1556 que ce dernier en prend possession. On ne sait pas combien de temps Guigues Chalan l'a gardée, et l’histoire se fait discrète sur les successeurs de ce dernier. Il est fort probable que vu l’état des finances du clergé de province, Guigues s’en sépara rapidement.
La famille de Fassion garda certainement des terres aux environs, car on retrouve la trace d'un procès en 1622 entre les habitants de St Étienne et Pierre de Fassion, seigneur verrier, propriétaire d'une partie de la forêt de Chambarand.
Nous retrouvons ensuite comme propriétaire la famille du baron Étienne de Ponat, puis la famille de Barral (ce dernier était conseiller au parlement de Grenoble) :
c'est peut-être Gaspard de Barral († 1667) qui acheta la propriété au . Sa veuve était Hélène de Chaste-de-Gessan-de-Clermont, qui aurait tenu la propriété de son beau-frère le baron Étienne De Ponat, marié à sa sœur Françoise de Chaste. Le père de Gaspard de Barral était Louis de Barral, capitaine châtelain de Voiron (quand les seigneurs n'occupent pas tous les châteaux forts qu'ils tiennent en fief, ils y mettent un capitaine châtelain) le . Louis de Barral fut nommé commandant dans les mêmes ville et château par lettres patentes du de la même année. Il fut aussi nommé, le suivant, capitaine des gens de pied qu'il eut ordre d'assembler en plus grand nombre qu'il lui serait possible, et dont il eut le commandement en considération de son expérience et de ses services. Enfin, le , il fut créé lieutenant provincial des mines et minières du Lyonnais, Forez, Beaujolais et Bourbonnais. Louis avait épousé, le , Anne de Chambaran, d'une famille noble et ancienne, sœur de François de Chambaran, écuyer, homme d'armes de la compagnie du seigneur de Boissac, et fille de Claude de Chambaran et de Claude de Ponchon. Il eut de ce mariage : Ennemond, décédé à Carmagnolle, au-delà des monts, où il commandait la compagnie du sieur de Presseing ; Claude, écuyer, capitaine-châtelain du mandement de Voiron, gouverneur du château d'Entremont, et de la garnison qui était entretenue dans le comté ; Gaspard de Barral, qui suit.
Gaspard de Barral, maître des requêtes de la reine-mère le , avait le épousé Hélène de Chaste-de-Gessan-de-Clermont, cousine germaine d'Annet de Chaste-de-Gessan, grand-maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, fille de noble Jean de Chaste-de-Gessan et de Pernette de Sallignon. Gaspard testa le , et laissa : François ; Claude, tué au siège de Turin au service de S.M. ; Louis-Benoît, capitaine d'infanterie puis gouverneur du château de Culan, tué à la tête de sa compagnie au siège de Montrond (1651 - 1652).
Les Barral sont suivis par la famille Berlioz. Joseph Berlioz (1700 - 1779), grand bourgeois, marchand, consul moderne et trisaïeul du grand compositeur Hector Berlioz né le au village voisin La Côte-Saint-André, acheta le domaine en 1750 alors que lui-même avait 50 ans. Les Berlioz conserveront le château jusqu’en 1840 ; c'est probablement cette famille qui a introduit des transformations importantes aux structures mêmes de l'ensemble, en sus de nombreux changements pas toujours heureux.
En 1840 la propriété fut rachetée par la famille Romain (Romain fut maire de St Étienne en 1852) qui la conserva jusqu'en 2008. En 2008 les propriétaires actuels l'achètent à leur tour et entreprennent de gros travaux pour redonner à ce monument historique tout son éclat d’antan. Depuis leur acquisition, l'édifice a obtenu le label Patrimoine en Isère.
Transformations et traits particuliers de l'édifice
Il est difficile de lire aujourd’hui les traces du passé lointain de la maison forte construite entre 1335 et 1340. Des restes de fenêtres à arcature en ogive romane sont encore bien visibles sur les façades. Peut être portait-elle des créneaux et des mâchicoulis, et était-elle un peu plus élevée qu'elle ne l'est de nos jours. L'on ne sait même plus par où l'on y pénétrait.
Le château a été bâti par Estienne de Fassion vers le milieu du , en position adjacente à la maison forte.
Des modifications, notamment de charpente et de transformations intérieures, sont intervenues aux . Lors de ces transformations, les deux bâtiments ont été reliés en vue de d'un espace d'un seul tenant, probablement par la famille Berlioz.
Transformations du
Le mystère des planchers rabaissés
Parmi les transformations passées des bâtiments, celle du rabaissement des planchers n'était pas le moindre mystère – d'autant que l'édifice ne montre aucune trace d'incendie ni de dégât des eaux.
Le château possède des murs très épais (1,20 m à leur base). Étienne de Fassion l'a fait construire à de la maison forte rachetée en même temps que les terres l’entourant à dame Isabelle de Boniface. Cet écartement minime entre les deux bâtiments originels suggère qu’Estienne de Fassion avait l'intention de démolir la maison forte subséquemment à la construction du château. En effet, si ce n'avait été le cas et considérant l'épaisseur des murs, les coûts de main-d’œuvre et surtout de matériaux déjà très importants à cette époque, il eût été plus efficace et moins onéreux de penser le château comme une simple extension en l'appuyant sur le mur pignon de la maison forte. Une fois achevée la construction du château, Estienne a pu être empêché de démolir la maison forte par sa mort en 1556.
Deux siècles plus tard, les propriétaires du moment – probablement les Berlioz – voulurent relier les deux bâtiments si proches l'un de l'autre. On demanda donc aux maçons de pratiquer une ouverture dans le pignon sud du château, et de même dans le pignon nord de la maison forte, afin de pouvoir passer de l’une à l’autre. Grosse surprise, les ouvriers travaillant dans le château sur le plancher du grenier se trouvèrent, après le percement du mur, avec le plancher correspondant de la maison forte... à hauteur d'yeux. Le plus simple et le moins coûteux fut d'abaisser tous les planchers de la maison forte et les mettre au même niveau que ceux du château. Le sol du grenier fut donc lui aussi abaissé d’environ .
On en profita également pour, cédant à la mode de l’époque, ôter les jolies tomettes rectangulaires qui pavaient pièces de réception et chambres, et les remplacer par du parquet en point de Hongrie, plus à la mode (pas de petites économies, tout pour l’apparence, celui-ci fut fait en sapin). Ces tomettes ont été retrouvées utilisées en pavement dans… les greniers.
À propos des planchers