L’architecture néoclassique en Italie est, dans la péninsule comme dans tous les pays occidentaux, la phase de l'histoire de l'architecture qui, après l'époque du baroque et du rococo, s'est orientée vers l'âge classique de la Grèce et de la Rome antiques en reprenant les idéaux et les apparences formelles. Influencée par l'attrait pour la mythologie qui régnait à l'époque où le Grand Tour marquait la formation de générations entières de nouveaux artistes et de toute une classe sociale, de l'aristocratie à la haute bourgeoisie, elle s'est développée dans la seconde moitié du . Le phénomène s'est prolongé jusqu'au et il est bien difficile d'arrêter des dates précises : le néo-classicisme se fond en effet avec l'éclectisme, ou bien continue à s'affirmer parallèlement à celui-ci, finissant par laisser des témoignages dans l'architecture contemporaine.

En Italie, on note la construction de quelques édifices classicisants à partir de la seconde moitié du . Le néo-classicisme ne s'est toutefois pas affirmé de manière unitaire sur tout le territoire, encore divisé à l'époque en une multitude de petits états souvent sous le contrôle direct de gouvernements étrangers. À Rome, par exemple, ont été réalisés d'extraordinaires monuments se ressentant encore de la culture baroque et rococo (comme la place d'Espagne ou la fontaine de Trevi) ; dans le Piémont, on trouve les réalisations de Filippo Juvarra et Bernardo Antonio Vittone ; dans le royaume de Naples, où furent appelés Ferdinando Fuga et Luigi Vanvitelli, furent construits le Real Albergo dei Poveri et le palais de Caserte ; la Vénétie au contraire était encore sous influence palladienne. D'importants édifices religieux furent également construits ou restructurés dans le style néoclassique, parmi lesquels la cathédrale Santa Croce à Forlì, en Émilie-Romagne, ou le dôme de Novare dans le Piémont.

Naples

À Naples les éléments de rupture avec la tradition baroque, déjà en partie visibles à divers endroits de la monolithique Reggia di Caserta de Luigi Vanvitelli, se trouvent dans la production architecturale réalisée durant la décennie française (1806-1815) et plus particulièrement dans deux ouvrages importants : la façade du Teatro San Carlo et la basilique San Francesco di Paola, enserrée dans l'hémicycle de la Piazza del Plebiscito

La première, commencée en 1810 par le Toscan Antonio Niccolini, est strictement française et florentine, avec une légère colonnade ionique ouverte au-dessus d'un haut soubassement en portique accoté au Palazzo Reale. Niccolini fut notablement influencé par le point de vue de la villa di Poggio Imperiale de Florence, projetée en bonne partie par Pasquale Poccianti quelques années auparavant. Durant les années suivantes, l'activité de Niccolini fut intense : il dessina le complexe de la Villa Floridiana au Vomero, à l'intérieur duquel il construisit la villa Lucia, imagina la nouvelle façade du Palazzo Partanna sur la piazza dei Martiri et se consacra à de nombreux autres projets, non exécutés, pour la rénovation du Palazzo Reale au jardin à l'anglaise à la vive sensibilité.

L'église San Francesco di Paola, de Pietro Bianchi, se place parmi les plus importantes œuvres d'architecture sacrée de la période, au point d'être considérée par la critique comme . Sa construction, liée à l'histoire complexe du royaume de Naples, fut entreprise pour réaliser le foro murattiano, mais en 1817 elle fut convertie en église comme ex voto par Ferdinand pour le retour au pouvoir des Bourbons de Naples. Son architecte, après un concours qui impliqua les principaux artistes de l'époque, réalisa un temple fortement inspiré du Panthéon de Rome, différent seulement par les proportions et la présence de deux coupoles secondaires.

Autres personnages remarquables de l'architecture néoclassique de la première moitié du furent , engagé dans les nombreux ouvrages publics durant la période française et durant la Restauration (Observatoire astronomique de Capodimonte, palais San Giacomo) et Gaetano Genovese (travaux à la Reggia vanvitellienne).

Vénétie

vignette|Atrium du Caffè Pedrocchi, Padoue

Ce fut précisément en Vénétie et en particulier à Venise que commença à se dessiner un autre goût architectural, plus proche des nouvelles tendances européennes. Une certaine cohérence se rencontre déjà à partir du portique de l'église San Nicolò da Tolentino (1706-1714) d', qui fut suivie par les églises San Simeone Piccolo de , maître de Giovanni Battista Piranesi et de La Maddalena (1780) de Tommaso Temanza. Dans le même temps, Venise eut également un rôle à jouer dans l'élaboration théorique des principes néoclassiques avec la présence de Carlo Lodoli et Francesco Algarotti, défenseurs des idées fonctionnalistes et antibaroques.

Toutefois, le principal artisan de ce renouveau fut Gian Antonio Selva avec le projet pour le Teatro La Fenice de Venise (1790-1792), remanié puis reconstruit après l'incendie dévastateur de 1996. Lui sont également attribués, bien que de manière incertaine, le à Possagno (1819-1833), fusion parfaite entre le modèle du Parthénon et celui du Panthéon.

Après l'intervalle napoléonien, qui ne produit aucun résultat intéressant, s'imposa Giuseppe Jappelli (1785-1852) ; élève de Selva, il doit sa réputation au Caffè Pedrocchi et au Pedrocchino de Padoue, édifice éclectique dans lequel se retrouvent des formes néogothiques. Il travailla dans de nombreuses villas vénètes, faisant preuve d'un style résolu et habile, digne du néo-classicisme international.

Rome

vignette|La Casina Valadier sur le Pincio

Le néo-classicisme ne parvint à Rome qu'avec le début des transformations des Musées du Vatican ordonnées par Giovanni Battista Visconti, commissaire des musées et surintendant aux antiquités, qui avait succédé à Johann Joachim Winckelmann après 1768. Sur le projet de et furent ajoutées d'imposantes salles comme celle des Muses cependant qu'entre 1817 et 1822, réalisait le Braccio Nuovo (l'aile nouvelle). L'ensemble constitue une séquence d'espaces divers, chacun caractérisé par une insolite propriété archéologique qui se révélera difficilement adaptée à des œuvres mineures.

L'arrivée des Français coïncide avec le succès de Giuseppe Valadier, auteur de la restauration du Colisée et de l'Arc de Titus, mais aussi de la Villa Torlonia, du célèbre Caffè du Pincio (connu comme la Casina Valadier), de la façade de San Rocco et de l'aménagement de la Piazza del Popolo. Cette dernière en particulier est un chef-d'œuvre du néo-classicisme italien. Jusqu'alors, la célèbre place apparaissait comme un espace chaotique, dominé par les églises de Carlo Rainaldi et délimité sur un côté par la Porta del Popolo. L'intervention de Valadier, qui fit suite à un premier aménagement par les Français, donna à la place une forme elliptique, avec l'insertion de deux murailles monumentales sur le côté des églises jumelles de Rainaldi. De ce fait, avec la réalisation de la Piazza del Popolo, le néo-classicisme n'apparaît pas comme l'élément dominant, mais contribue à la parfaite coexistence entre les différentes émergences architecturales.

Dans les années qui suivirent la réunification, le néo-classicisme ne produisit aucune réalisation significative mis à part la réalisation du Vittoriano, terminé en 1911 pour la célébration des 50 ans de l'unité italienneD'Aquino, Niccolò, Capitals : Rome, Europe (403), février 2001, .

Sicile vignette|gauche|Jardin botanique de Palerme

Tout en s'en distinguant, l'activité sicilienne est liée à celle de Naples. On considère généralement qu'en Sicile l'affranchissement du fastueux baroque local se produit avec la présence du français Léon DufournyL. Dufour, G. Pagnano, La Sicilia del '700 nell'opera di Léon Dufourny : l'Orto Botanico di Palermo, 1996, spécialiste des temples antiques présents dans la région, qui, à partir de 1789 élabora le projet de l'édifice principal du nouveau Jardin botanique de Palerme, avec un pronaos de style dorique. Toutefois, en 1750, la façade principale du Palazzo Isnello, œuvre d'un architecte inconnu, était achevée, qui présentait déjà des éléments stylistiques précurseurs du néo-classicisme de la régionRita Cedrini, Giovanni Tortorici Monteaperto, Repertorio delle dimore nobili e notabili nella Sicilia del XVIII secolo, Palermo, Regione Siciliana, BBCCAA, 2003, .

Par la suite, l'architecture palermitaine s'orienta vers le néo-classicisme grâce à l'œuvre d'un élève de Vanvitelli, Giuseppe Venanzio Marvuglia, qui réalisa de nombreuses constructions appartenant au style nouveau. Entre 1799 et 1802, Marvuglia édifia également la palazzina Cinese. Dans cette curieuse construction coexistent des éléments classiques et d'autres, inspirés de l'architecture orientale, manifestant la vocation éclectique du néo-classicisme sicilien, pendant que dans le jardin se trouve encore une fontaine ayant la forme d'une grande colonne dorique surmontée de la représentation d'un Hercule.

La Sicile contribua en outre indirectement au succès du néo-classicisme grâce à la présence de nombreux témoignages de l'art grec pour l'étude desquels séjournèrent sur l'île une multitude d'artistes qui furent les protagonistes du débat architectonique qui se tint entre la fin du et le début du comme Karl Friedrich Schinkel (en 1804), Jacques Hittorff, Leo von Klenze, Théodore Labrouste, et d'autres.

Beaucoup plus tardive et plutôt inscriptible à l'éclectisme du , la construction du Teatro Massimo de Palerme (1875-1897), sur un projet de et de son fils Ernesto, s'enrichit d'un imposant appareil décoratif en antithèse au strict fonctionnalisme imposé au début du siècle par Jean-Nicolas-Louis Durand.

Toscane

vignette|Coupole de la Tribuna d'Elci de la Bibliothèque Laurentienne à Florence

En Toscane le climat est particulièrement intéressant. Sous Léopold II et dans les premières décennies de la domination lorraine, commença une approche graduelle des thèmes néoclassiques en opposition avec la mode du baroque tardif. Les principaux représentants de ce renouveau, essentiellement appliqué aux œuvres d'utilité publique, furent Gaspare Paoletti, Giuseppe Manetti élabora le projet du Giardino Corsi Annalena, considéré comme le premier parc « romantique » de Florence, , et Giocondo Albertolli, , et Giovan Battista CiardiArchitettura del classicismo illuministico in Toscana sur le site itinerarilorenesi.it.

Avec la Restauration, les modèles classiques furent filtrés à travers l'architecture Renaissance, dans ce que la critique a identifié comme le « Classicisme romantique ». Un des architectes les plus significatifs de l'époque fut Pasquale Poccianti, élève de Gaspare Paoletti et qui avait, au début de sa carrière, collaboré avec pour l'aménagement de la Villa di Poggio Imperiale, à Florence. La réputation de Poccianti est liée surtout à la finition de l' de Livourne : il réalisa là des œuvres extraordinairement proches de celles de l'architecture de Claude-Nicolas LedouxD. Matteoni, Pasquale Poccianti e l'acquedotto di Livorno, Rome - Bari, 1992, comme le Cisternone (1829-1842), le château d'eau situé en fin de parcours des conduites et caractérisé par une originale semi-coupole à caissons. Il élabora également deux autres réservoirs pour l'aqueduc : le et le , toujours à Livourne. Il s'agit d'édifices aux volumétries claires et contrastantes, où, à l'influence française, s'ajoute l'évidente connaissance de l'architecture thermale des Romains et de la tradition toscane du , reconnaissable dans les étroites fenêtres en forme de meurtrières ouvertes le long des massives constructions des réservoirs. Poccianti fut aussi actif à Florence où, aux travaux pour le Palazzo Pitti et pour la Bibliothèque Laurentienne, s'ajoutent les projets (non réalisés) pour la façade de San Lorenzo, imaginée comme une rigoureuse superposition de deux portiques classicisants.

vignette|L'aqueduc de Lorenzo Nottolini près de Lucques : le tempietto-citerne de Guamo (1823-1825) et les premières arches.