Albert Frank-Duquesne, né en 1896 à Bruxelles et y décédé le Fr. Jean-Dominique, « Hommage à Albert Frank-Duquesne » 1955Nicolas Mulot (Sombreval), « Albert Frank-Duquesne, un aventurier de l'Esprit », est un écrivain et théologien belge d'expression française et d'origine juive mais ultérieurement converti au christianisme.

Biographie Il naît Albert Frank à Bruxelles en 1896, fils de Frédéric Frank, imprimeur juif d'origine hollandaise et rabbin converti au catholicisme pendant son service militaire en 1867Via Crucis : Chemin de la Croix, Éditions de Sombreval, p. 9, et d'une mère juive dont la famille provient d'Allemagne et est apparentée au poète Heinrich HeineMarie-France James, Ésotérisme, occultisme, franc-maçonnerie et Christianisme aux XIXe et XXe siècles, p. 123. Son grand-père fut également un rabbin qui se convertit, lui, au protestantisme ; de plus, il appartient à la lignée du controversé Jacob Frank.

Au cours d'une enfance et d'une jeunesse plutôt empreintes de tristesse et de solitude, il est initié par ses maîtres d'école aux œuvres d'Ignaz von Döllinger, Franz Delitzsch, Arthur Schopenhauer, Ernest Hello, Léon Bloy, entre autres ; il se plonge aussi dans la lecture d'écrits théologiques et découvre le Latin mystique de Remy de Gourmont qui l'impressionne grandementMarie-France James, Ésotérisme, occultisme, franc-maçonnerie et Christianisme aux XIXe et XXe siècles, p. 124.

Quand son père meurt alors qu'il n'est âgé que de 14 ans, il quitte les bancs d'école pour errer de par le monde pendant plusieurs années, effectuant de nombreux emplois des deux côtés de l'Atlantique puis s'engageant volontairement et combattant dans l'armée belge lors de la Première Guerre mondiale, avant d'aboutir à Paris, où sa pauvreté chronique le réduit à l'état de clochard. En dépit de conditions de vie extrêmement défavorables au labeur intellectuel, il parvient tout de même à poursuivre ses activités littéraires, s'intéressant un temps à l'occultisme, la théosophie et aux religions orientales comme l'hindouisme avant de revenir au christianisme. Frank épouse Elicia Duquesne en 1924 et adopte son patronyme : ses écrits porteront désormais la signature « Frank-Duquesne ».

Souhaitant se convertir à la foi chrétienne, il opte pour l'Église vieille-catholique en 1932 et sera par la suite ordonné prêtre et installé dans une paroisse nouvellement instituée pour lui à Bruxelles ; or, en 1937, il décide de s'attacher à l'Église orthodoxe, au sein de laquelle il est réordonné sous condition. Demeurant toujours à Bruxelles, il combine les exigences de son ministère, qu'il exerce sous le nom de « père Jean », avec son gagne-pain comme publiciste, jusqu'à ce qu'il se découvre insatisfait par l'orthodoxie russe et abjure sa foi en Marie-France James, Ésotérisme, occultisme, franc-maçonnerie et Christianisme aux XIXe et XXe siècles, p. 125, devenant ainsi un simple laïc et optant finalement pour l'Église catholique romaine.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il est arrêté par la Gestapo pour « diffamation épistolaire du Führer » et incarcéré au camp de concentration de Breendonk à partir du , ayant écrit (en 1937) à une russe avec laquelle il correspondait que « pour moi, Chrétien, Hitler et Staline, Gog et Magog, étaient à fourrer dans le même sac, parce que tous deux fidèles larbins de l'Antéchrist »Via Crucis : Chemin de la Croix, Éditions de Sombreval, p. 4. Il vivra là les plus difficiles moments – son « purgatoire », ainsi qu'il le décrit lui-même – d'une existence déjà fort éprouvante, avant d'être relâché à la Toussaint de la même année ; il racontera par la suite cette douloureuse expérience dans son ouvrage Via Crucis : Le Chemin de la Croix, qui paraîtra en 1955, l'année de sa disparition.

Jusqu'alors poliment refusés par les milieux catholiques décontenancés par certaines des positions défendues, les écrits de Frank-Duquesne parviennent à Paul Claudel en 1946 qui, s'enthousiasmant de la fraîcheur et de la pertinence des propos tenus, veillera à faire publier chez Vrin Cosmos et Gloire, qui paraîtra l'année suivanteNicolas Mulot (Sombreval), « Le manuscrit de la 'messe contemplée' : début de l'enquête ». Fort de l'humble succès de son livre et d'une reconnaissance nouvellement acquise, on le met en contact avec maintes personnalités influentes gravitant autour de la capitale française, et plusieurs maisons d'édition commencent à accueillir et publier ses textes. Toutefois, sa réputation grandissante ne peut rien contre le déclin de son état physique : Frank-Duquesne meurt le à Bruxelles.

Intellectuel autodidacte, il connaît à fond la pensée juive et puise avec facilité dans une vaste gamme de sources – juives, latines, russes, grecques – que son long et sinueux parcours spirituel lui a fait découvrir et permis d'exploiter, se jouant ainsi des cloisonnements disciplinaires et des limites doctrinales ; il a voulu mettre son génie et son érudition, dans toute sa diversité, au service de l'Unité.

Œuvres Essais Cosmos et Gloire. Dans quelle mesure l'univers physique a-t-il part à la Chute, à la Rédemption et à la Gloire finale? (Avant-propos de Paul Claudel, préface de Dom Bernard Capelle), Librairie Philosophique J. Vrin, Paris, 1947. « Joie de Jésus-Christ », dans Études Carmélitaines, Ma Joie terrestre où donc es-tu ?, Desclée de Brouwer, Paris, 1947, pp. 22-37. (Disponible en ligne) « Réflexions sur Satan en marge de la tradition judéo-chrétienne », dans Études Carmélitaines, Satan, Desclée de Brouwer, Paris, 1948, pp. 179-313. (Disponible en ligne ici et ici) Le Dieu vivant de la Bible : Unité, Trinité, Éditions Franciscaines, coll. « Lumières d'Assise » (6-7), Paris, 1950 Ce qui t'attend après ta mort. La vie dans l'au-delà à la lumière de la Révélation chrétienne (Préface d'Albert Béguin), Éditions Franciscaines, Paris, 1950. Création et Procréation. Métaphysique, théologie et mystique du couple humain, Éditions de Minuit, Paris, 1951 Seul le Chrétien pardonne : Jésus-Christ trahi par les siens, Nouvelles éditions latines, Paris, 1953 Via Crucis : Chemin de la Croix, Éditions Universitaires, Paris / Bruxelles, 1955. Le Problème juif et autres textes, Éditions de Sombreval, 2008 (Présentation et extraits en ligne) Passion et Résurrection, Éditions de Sombreval, 2012

Traduction Frederik Jacobus Johannes Buytendijk, Traité de psychologie animale, Presses universitaires de France, coll. « Logos », Paris, 1952

Notes et références Notes

Références Marie-France James, « Frank-Duquesne, Albert (1896-1955) », dans Ésotérisme, occultisme, franc-maçonnerie et Christianisme aux XIXe et XXe siècles : exploration bio-bibliographiques, Volume 2, Éditions Lanore, Paris, 2008, pp. 123-126 (Extraits sur Google Books) , dans Cahiers de vie Franciscaine 9, « L'Action de Grâces », 1956

Voir aussi Bibliographie Joseph Boly, Albert Frank-Duquesne et Paul Claudel, Société Paul Claudel en Belgique, 1977 France Windal, « Albert Frank-Duquesne. Un aventurier de l'Esprit », dans Fernand Lelotte (dir.), Convertis du XXe siècle, Volume 4, Casterman / Foyer Notre-Dame, Paris-Tournai / Bruxelles, 1958, pp. 231-246

Liens externes

Liens généraux : biographie, recensions des ouvrages, articles et œuvres de Frank-Duquesne : contient plusieurs textes sur et de Frank-Duquesne : ouvrages réédités par les Éditions de Sombreval

À propos de Frank-Duquesne

Marc Cools, Kathleen Van Acker, Eddy Testelmans, David Stans, Veerle Pashley, Robin Libert et Patrick Leroy, 1915-2015: l'Histoire du service de renseignement militaire et de sécurité belge, Maklu-Uitgevers, Antwerpen, 2015, pp. 260 et ss

Autour de Frank-Duquesne

Texte de Frank-Duquesne

Catégorie:Écrivain belge francophone Catégorie:Écrivain belge du XXe siècle Catégorie:Essayiste belge du XXe siècle Catégorie:Théologien belge Catégorie:Théologien catholique du XXe siècle Catégorie:Naissance en 1896 Catégorie:Naissance à Bruxelles au XIXe siècle Catégorie:Décès en juin 1955 Catégorie:Décès à Bruxelles