Raphaël Mapou est un homme politique indépendantiste et coutumier kanak, né à la tribu d'Unia à Yaté le . Ancien porte-parole du Parti de libération kanak (Palika) de 1989 à 1998, maire de Yaté de 1990 à 1995, il est ensuite membre fondateur de la Fédération des comités de coordination indépendantistes (FCCI) de 1998 à 2002. Sous cette étiquette, il participe au de Nouvelle-Calédonie issu de l'Accord de Nouméa, présidé par Pierre Frogier, du au , chargé des affaires coutumières. Il est le secrétaire général depuis sa création en 2001 du Comité Rhéébù Nùù.

Carrière professionnelle

Raphaël Mapou est natif de la tribu d'Unia, au nord de Yaté, sur la côte Est de la Grande Terre. Un de ses frères, Louis Mapou, fait également une carrière politique.

Il fait l'essentiel de sa scolarité dans des établissements privés catholiques, avec la perspective étant jeune de devenir prêtre : à l'école d'Unia puis au petit séminaire Saint-Tarcissius de Canala pour le primaire puis au séminaire Saint-Léon de Païta pour le début du secondaire.

Il abandonne toutefois sa vocation et quitte le séminaire pour le lycée technique de Nouméa où il obtient son baccalauréat professionnel de technicien en génie civil en 1975. Il se rend ensuite en France métropolitaine pour parfaire sa formation à l'École spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l'industrie (ESTP, ou « école Eyrolles ») de Paris. Mais, ayant alors fondé une famille avec une étudiante néo-calédonienne, Paulette Takara, il abandonne rapidement ses études pour entrer dans la vie active.

Il est embauché comme conducteur de travaux par une PME de la région parisienne, avant de revenir à Yaté au début des années 1980. Il y est d'abord employé municipal (adjoint technique puis faisant office de secrétaire de mairie entre 1984 et 1989), puis crée sa propre petite entreprise en bâtiment et travaux publics (BTP), la « Société tous travaux et constructions horizon 2000 » (STTCH 2000).

Cadre du Palika

Raphaël Mapou commence à militer au sein du Parti de libération kanak (Palika), mouvement indépendantiste d'inspiration marxiste-léniniste, peu de temps après sa création en et, étant alors étudiant à Paris, il est l'un des membres fondateurs du Groupe des Kanak en France (GKF). Après son retour en Nouvelle-Calédonie, il s'implique activement durant les « Évènements » qui opposent violemment partisans et opposants de l'indépendance entre 1984 et 1988, en étant un militant du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) au sein duquel le Palika apparaît comme l'aile gauche et radicale, favorable à la lutte sociale sur un modèle marxiste et au boycott des institutions.

Après la signature des accords de Matignon en 1988 et le rétablissement de la paix civile, le Palika accepte le compromis trouvé et modère sa position. C'est à partir de cette date que Raphaël Mapou devient l'un des cadres dirigeants du mouvement. Il est ainsi à partir de 1989 son porte-parole, et en est de fait à partir de cette date le numéro 2, derrière le maire de Poindimié Paul Néaoutyine, devenu président unitaire du FLNKS en 1990. Cette même année, à l'occasion d'une élection municipale partielle, Mapou devient maire de Yaté au détriment de l'autre composante importante du FLNKS, l'UC, et le reste jusqu'en 1995, étant battu en retour par l'UC de Hubert Newedou. Et lorsque le Palika, de plus en plus en opposition interne au sein du FLNKS avec l'Union calédonienne (UC), décide de monter des listes dissidentes aux élections provinciales du , baptisées « Union nationale pour l'indépendance » (UNI), Raphaël Mapou mène celle au Sud. Il l'ouvre à la section locale du Parti socialiste (PS), avec son secrétaire fédéral et fondateur Max Chivot en troisième position. Il s'oppose ainsi non seulement au parti majoritaire sortant, le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) anti-indépendantiste du député Jacques Lafleur, mais également à la liste officielle du FLNKS menée par le grand-chef de Saint-Louis (au Mont-Dore) Rock Wamytan, membre de l'UC. La candidature Mapou n'arrive alors qu'en septième position parmi 10 listes présentées, avec voix (4,3 %) et aucun des 32 sièges à pourvoir. Il arrive loin derrière le RPCR (47,12 %, 18 élus) ou le FLNKS de Wamytan (9,82 %, 3 élus) Élections aux assemblées de province du 9 juillet 1995, JONC n°7080, 12/07/1995, p. 2028-2029.

La dissidence et la FCCI

La question d'ouvrir de nouvelles négociations avec les anti-indépendantistes et l'État afin d'éviter que le référendum d'autodétermination soit tenu aussi tôt que 1998 (date prévue par les accords de Matignon, la certitude qu'une telle consultation se solderait par la victoire du « non » à l'indépendance et la déception des militants du FLNKS qu'occasionnerait un tel résultat font craindre la réouverture des blessures causées par les « Évènements » et donc un retour de la violence) se font jour dès le début des années 1990. Le , le FLNKS, désormais présidé par Rock Wamytan, pose un « préalable minier » avant toute discussion sur l’avenir institutionnel du pays. Il demande en effet l'obtention du massif minier de Tiébaghi pour alimenter la future usine du Nord de la Société minière du Sud Pacifique (SMSP, propriété de la Province Nord). Cette décision cause de nombreux désaccords internes, que ce soit au Palika (qui souhaite à partir de la fin 1997 reprendre les négociations sans préalable, même si lui-même est divisé entre un Palika-Nord mené par Paul Néaoutyine plus favorable au préalable et un Palika-Sud qui, derrière Raphaël Mapou, souhaite reprendre les négociations au plus vite et sans condition) ou de l'UC (Rock Wamytan, à l'origine pour les pourparlers, s'est rangé au préalable qui a surtout été défini par une nouvelle direction du parti mise en place en 1996 et menée par Bernard Lepeu, à quoi s'oppose l'ancien exécutif qui était présidé depuis 1989 par François Burck ainsi que le président de la Province Nord Léopold Jorédié). Finalement, dès , Burck, Jorédié et Mapou s'allient avec d'autres figures indépendantistes modérées non membres du FLNKS (Nidoïsh Naisseline du mouvement Libération kanak socialiste, dit LKS, et Cono Hamu du Front pour le développement des îles Loyauté, ou FDIL) au sein de « Comités de coordination indépendantistes » chargés de commencer à discuter avec le RPCR, sans préalable minier. Ce dernier étant finalement levé par le FLNKS, qui a obtenu gain de cause de l'État, en , l'accord de Nouméa est finalement conclu le .

Le suivant est créée la Fédération des comités de coordination indépendantistes (FCCI), nouveau parti indépendantiste qui décide de coopérer dans les institutions avec le RPCR. Raphaël Mapou en devient le porte-parole, formant avec François Burck (président) et Léopold Jorédié (commissaire politique) un véritable triumvirat, et mène la liste de ce nouveau mouvement aux premières élections provinciales organisées dans le cadre du nouveau statut transitoire créé par l'accord de Nouméa, le , dans le Sud. Baptisée « Un chemin pour la vie », et ouvert à la petite formation « accordiste » (neutre sur la question de l'indépendance et voulant se concentrer sur la construction d'une identité commune inter-ethnique néo-calédonienne) « Citoyens pour construire » d'Isabelle Ohlen (présente en troisième position) Arrêté n° 708 du 23 avril 1999 fixant l'état des listes de candidats à l'élection des membres du Congrès et des Assemblées de Province du 9 mai 1999, JONC n°7370, 24/04/1999, p. 1672, elle obtient le cinquième score sur huit avec voix, soit 5,75 % des suffrages exprimés mais 4,3 % des inscrits. Il n'obtient encore une fois aucun élu, à moins de 500 votes près (le seuil minimal étant fixé à 5 % des inscrits) Publication des résultats de l'élection des membres du Congrès et des Assemblées de province du 9 mai 1999, JONC n°7377, p. 2023. La FCCI obtient toutefois 4 élus sur 22 à l'Assemblée de la Province Nord et 2 sur 14 aux Îles Loyauté, et donc 4 sur 54 au Congrès où ils forment un groupe commun avec le RPCR, totalisant à eux deux 28 sièges, soit tout juste la majorité absolue.

Lors des élections municipales de 2001, Mapou mène la liste de la FCCI à Yaté, qui obtient la deuxième place avec 6 sièges sur 19, derrière les 9 élus du Palika désormais mené dans la commune par Adolphe Digoué. Mais surtout, le score cumulé de la FCCI et du RPCR (493 voix) dépasse celui des deux listes issues du FLNKS (489). Mais la logique de la répartition des sièges (3 pour le RPCR de Robert Attiti, 1 pour l'UC de Marc Homou) les maintient dans l'opposition et permet à Adolphe Digoué d'être élu avec le soutien de 10 conseillers municipaux. Cette élection est toutefois annulée par le tribunal administratif de Nouméa, du fait de la distribution par une association d'« enveloppes » de 15 000 F CFP alimentées par des subventions municipales à un certain nombre d’habitants, officiellement pour les aider à payer leur facture d’électricité mais considérées par l'instance judiciaire comme étant de nature à vicier les résultats du vote. Un nouveau scrutin est ainsi organisé le , avec les mêmes principaux acteurs en présence« Municipales de Yaté : Quatre listes en présence le 21 avril », Les Nouvelles Calédoniennes, 13/04/2002. Le résultat aboutit à la même répartition des sièges qu'en 2001 : 9 pour le Palika d'Adolphe Digoué, 6 pour la FCCI de Raphaël Mapou, 3 pour le RPCR de Robert Attiti et 1 pour l'UC de Marc Homou. Or, ce dernier, en désaccord avec le maire sortant, apporte son soutien à Attiti et donne la possibilité de voir se former une majorité RPCR-FCCI. Mais les querelles de personnes et familiales empêchent Attiti de se mettre d'accord avec Raphaël Mapou, qui maintient sa candidature aux trois tours de scrutin, permettant finalement à Adolphe Digoué de rester premier magistrat à la majorité relative (9 voix pour lui, 6 pour Mapou et 4 pour Attiti)« Yaté : la mairie reste au FLNKS », Les Nouvelles Calédoniennes, 27/04/2002.