Bachir ou Béchir Gemayel (en arabe : ), né le à Beyrouth où il est mort assassiné le , trois semaines après avoir été élu président de la République, est un chef de milice et homme politique libanais, membre de la .
Il a fondé et est devenu le commandant suprême des Forces libanaises (FL), en dirigeant, avant cela, les Phalanges libanaises, unissant par la force les principales milices chrétiennes. Gemayel s'est allié à Israël, et ses forces ont combattu l'Organisation de libération de la Palestine et l'armée syrienne. Lors de l'invasion israélienne du Liban, il est élu président le , mais est assassiné avant d'entrer en fonction le de cette année, via l'explosion d'une bombe par Habib Chartouni, membre chrétien du Parti social nationaliste syrien.
Gemayel est souvent décrit comme le personnage le plus controversé de l'histoire du Liban. Même après sa mort, il reste populaire parmi les chrétiens de droite, où il est considéré comme un « martyr » ou une « icône ». À l'inverse, il a été critiqué par d'autres pour avoir commis ou ordonné des crimes de guerre sur des chrétiens rivaux et des Palestiniens, et est accusé de trahison par une partie des Libanais pour son alliance avec Israël.
Biographie gauche|vignette|Bachir (à gauche) et son père Pierre Gemayel lors de l'anniversaire de la Phalange en 1977. Fils de Pierre Gemayel, Bachir Gemayel naît dans une importante famille chrétienne. Pendant la guerre du Liban, il fonde la milice des Forces libanaises (FL) en 1976, regroupant presque toutes les milices chrétiennes de Beyrouth-Est et du Mont-Liban, notamment au moment des massacres des populations dans des villages du Sud-Liban (Damour, Jieh…).
Il prend alors la tête de la milice chrétienne et s'impose par la force comme chef du camp dans la guerre qui fait rage face aux milices palestiniennes de Yasser Arafat.
Il affronte des rivaux chrétiens comme Tony Frangié et Dany Chamoun, qui dirigeait la milice des Tigres. On lui attribue également les carnages du « samedi noir », durant lequel des dizaines de civils musulmans sont égorgés par la milice phalangiste. Le , ses hommes éliminent Tony Frangié et massacrent la famille de ce dernier dans un assaut contre leur résidence. Sa fille Maya est assassinée, le , dans un attentat. gauche|vignette|Bachir Gemayel, commandant en chef des Forces libanaises chrétiennes, serrant la main à Rafael Eitan, chef d'état-major israélien, devant Avner Azoulay, représentant du Mossad (au centre), le , cinq jours avant l'invasion israélienne du Liban. Reconnu comme interlocuteur par les États-Unis, Bachir Gemayel ouvre le dialogue avec les pays arabes, et passe une alliance politique et militaire avec Ariel Sharon et Rafael Eitan pour chasser les Palestiniens du Liban. Au cours de l'invasion militaire israélienne, et en tant que candidat unique, il est élu président de la République libanaise le Le livre Les Secrets de la guerre du Liban, du coup d'État de Bachir Gemayel en passant par les camps de Sabra et Chatilla écrit par Alain Ménargues montre que Bachir Gemayel a été élu légalement selon la Constitution libanaise, président de la République libanaise le 23 août 1982. Une vidéo diffusée sur Internet montre le président du Parlement en train d'annoncer la victoire de Bachir Gemayel à l'élection présidentielle..
Assassinat
Voulant résoudre le et faire la paix avec Israël, Bachir Gemayel est réputé pour son rejet des Palestiniens. Il affirme à la presse : et au directeur du Mossad, Nahum Admoni : .
Après avoir prononcé, le matin même, un discours en forme de testament politique., il est assassiné trois semaines après son élection, le , avant même d'avoir pu prêter serment à la présidence. Encouragés par Ariel Sharon., ministre israélien de la Défense dont les troupes occupent la zone, des miliciens des FL, commandés par Elie Hobeika, pénètrent dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila dans la nuit du 17 au . Sur place, ils commettent un massacre « punitif » : entre 700 et 3 500 personnes sont assassinées.. Le frère de Bachir, Amine, lui succède à la présidence.
Le chrétien Habib Tanious Chartouni, militant pro-syrien, est appréhendé par les FL et revendique le meurtre de Bachir Gemayel. Il est remis à la justice libanaise et emprisonné à la prison de Roumieh. Mais il se trouve illégalement relâché par « des éléments armés inconnus » pendant l'offensive de l'armée syrienne à Beyrouth, en 1990 "Bashir Gemayel's Son Thrust into the Limelight", Lebanese Forces, 2003.. Ce ne sera que le que Chartouni sera condamné, avec Nabil Alam, par le Haut Conseil judiciaire à la peine de mort par contumace..
La veuve de Bachir Gemayel, Solange Gemayel (née Toutounji), a été élue députée maronite de Beyrouth de 2005 à 2009. Leur fils, Nadim Bachir Gemayel, est député maronite depuis 2009.
Héritage et controverses Héritage Gemayel est perçu positivement par de nombreux libanais chrétiens. Ils le considèrent comme un leader patriote qui s'est battu pour les droits des chrétiens et l'autonomie du Liban.
Un mémorial a été érigé en son honneur sur la place Sisses à Achrafieh à Beyrouth, et une rue de Beyrouth porte son nom.
Les condamnations de son assassinat sont venues du monde entier, y compris du président américain Ronald Reagan. Ce dernier était l'un des dirigeants qui faisaient le plus confiance à Bachir, allant jusqu'à dire que « ce jeune leader prometteur avait apporté la lumière de l'espoir au Liban »Statement on the Assassination of President-elect Bashir Gemayel of Lebanon.
La chanson Promesse ô Liban de Pascale Sakr. est un hommage tendancieux rendu par Nadim à son pays, ainsi qu'à tous ceux qui sont morts en martyrs, dont son père Bachir.
Gemayel était considéré comme une option extrême pour la présidence. Les musulmans et les dirigeants de gauche préféraient un parti modéré, comme son frère Amine ou l'ancien président Chamoun. Georges Haoui a déclaré dans un documentaire avec Al Jazeera : « Une fois élu, j'étais sûr qu'il ne prendrait pas la présidence et qu'il serait assassiné. De nombreuses parties essayaient de le tuer et j'en faisais partie. Je n'ai pas réussi alors que quelqu'un d'autre l'a fait. Il était une solution au mauvais endroit et au mauvais moment ».
Controverses Gemayel est cependant rejeté et détesté par certains libanais pour le massacre d'Ehden, sa collaboration avec Israël, sa tentative d'annihiler les autres milices chrétiennes pour les absorber dans les Forces libanaises. Il lui est également reproché d'être le meneur de l'action ayant mené au massacre du bus de Beyrouth en 1975. Un nombre important de chrétiens pro-syriens mais également anti-syriens, ont tenté de l'assassiner.
Ses adversaires estiment qu'il a commis une grande trahison dans ses relations avec Israël, et ils le classent également comme un criminel de guerre en raison de son style violent dans les batailles et les opérations militaires qui ont conduit intentionnellement au meurtre d'un grand nombre de civils.
Le député musulman Nawaf al-Moussawi, chef du bureau des relations internationales du Hezbollah, a déclaré lors d'une séance parlementaire que Gemayel était arrivé à la présidence « à dos d'un char israélien »., et le professeur chrétien Christo El Morr l'a comparé à Philippe Pétain. Gemayel est critiqué pour le recours à la force contre des civils et pour avoir perpétré des massacres contre des musulmans et des chrétiens rivaux, comme à Karantina, le Samedi noir et le massacre d'Ehden..
Les musulmans chiites sont majoritairement hostiles à la figure de Gemayel.
Dans la culture Le film d'animation Valse avec Bachir (Ari Folman, 2008) fait référence à l'assassinat de Bachir Gemayel et au massacre de Sabra et Chatila qui s'ensuivit.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Yann Baly et Emmanuel Pezé, Béchir Gemayel, Grez-sur-Loing, Pardès, coll. « Qui suis-je ? », 2022, 128 p. .
Articles connexes Assassinats politiques au Liban depuis les années 1970 Valse avec Bachir
Reportages télévisuels Reportage de la télévision belge sur Bachir Gemayel. Portrait des Gemayel après la mort de Bachir. Source INA : émission Midi 2, Antenne 2, diffusée le 21/09/1982, durée : 2 min 25 s.
Liens externes Jean-Marc Aractingi, La politique à mes trousses, éditions L'Harmattan, Paris, 2006
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