Jules Charles Théodore Roux, dit Jules Charles-Roux, né le à Marseille et mort le à Paris, est un industriel, armateur et homme politique français.
Biographie Jeunesse
Jules Charles-Roux est issu d'une famille installée à Marseille depuis le : venue de Digne.
Le premier d'entre eux était un négociant en fruits. Son fils, Jean Charles Roux (ca 1776-1863) « marchand-saleur de viande » (aujourd'hui « marchand de salaisons »), meurt prématurément.
Son fils Jean-Baptiste Charles Roux (1806-1870) s’oriente vers la fabrication de savon, industrie alors en pleine expansion dans la cité phocéenne grâce aux ressources locales en soude. Le , il épouse à Marseille Marie Anne Arnavon (1814-1844), fille de son voisin de la rue Sainte, Louis Honoré Arnavon (1786-1841) (Savonnerie Arnavon), qui fabrique de l'huile et détient le procédé de fabrication du savon de Marseille. Le couple a deux enfants (leur enfant aînée Marie Julie Caroline épouse Ludovic Chancel, dont est issu Jules Chancel).
Jules Charles-Roux passe son enfance entre au Nord de Marseille, la fabrique de savons de son père, le château de Sausset-les-Pins, une villa de maître surplombant la rade, que son père a fait construire et où séjournent de nombreux peintres et écrivains; et au Sud de la ville, la campagne de Montredon.
Jules Charles-Roux est scolarisé au Lycée Thiers fait ensuite ses études à la faculté des sciences de Marseille, qu’il complète par les cours du chimiste Chevreul à Paris afin de pouvoir reprendre l'entreprise de son père avec le plus de compétences possibles.
vignette|gauche|Portrait de Claire Charles-Roux, née Canaple - par Stanislas Torrents.
Il épouse Marie-Claire Canaple, nièce d'Edmond Canaple. Sa fille, Marie-Louise Charles-Roux (1871-1912), épousera l'homme de lettres Jacques du Tillet. Son fils, François Charles-Roux (1879-1951) deviendra ambassadeur et membre de l'Institut de France, la fille de celui-ci, l'écrivain Edmonde Charles-Roux (1920-2016) épousera Gaston Defferre (1910-1986), homme politique et longtemps maire de Marseille).
Industriel et armateur En 1866, il entre au conseil d'administration de la Caisse d'épargne des Bouches du Rhône ; il a à peine 23 ans.
Au décès de son père (1870), il prend la direction de la fabrique de son père qu'il modernise entièrement pour faire face à la concurrence: on ne comptera pas moins de 90 savonneries à Marseille en 1900.
Il est élu au conseil municipal de Marseille en 1877 et devient adjoint au maire. La même année, il est nommé administrateur de la Banque de France à Marseille, en même temps que Gustave Luce et Joseph Bonnasse. Enfin, il s’associe avec son beau-frère Charles Canaple - tous deux assureront 10 % de la production de savon de Marseille à la fin du .
Ayant une conception libérale de l'économie, il mène un combat actif pour la reconnaissance de sa profession de fabricant de savon et obtient ainsi plusieurs médailles et distinctions internationales qui viennent consacrer son entreprise.
Même si on ne connaît pas réellement sa vision de la gestion des ressources humaines, le fait est qu'il est l'initiateur avec le juriste et banquier Eugène Rostand (1843-1915)cf https://musee-hlm.fr/ark:/naan/a011507798831gaB817 de programmes d'action sociale financés par l'initiative privée. Grâce à la Caisse d'épargne, dont il occupe le poste de directeur pendant quelques années, ils financeront et commercialiseront toute une gamme de logements au loyers abordables pour la classe ouvrière.
En effet, à cette époque, la promiscuité des logements et l'assainissement alors rudimentaire de Marseille provoquent à la fois des maladies récurrentes et une importante mortalité infantile. Ceci ne manque pas d'émouvoir mais aussi d'avoir des répercussions sur la capacité de production de biens. Or, Eugène Rostand, membre de la Société française des habitations à bon marché, menait campagne pour que les Caisses d'épargne puissent disposer de fonds collectés auprès de leurs clients, afin de développer l'économie locale et de mener des actions sociales de proximité, à l'exemple des « bons de pain » qu'il avait créé pour les plus pauvres. Unissant leurs forces de persuasion et de proposition, ils fonderont en 1889 la « Société des habitations salubres et à bon marché de Marseille » (SHSBM). La loi Siegfried du leur emboîtera le pas au niveau national, destinant des habitations à bon marché .
En 1910, à Marseille, la petite Cité-Jardin de Mazargues, programme d'accession à la petite propriété de la SHSBM, est la première cité jardin réalisée en France avant la guerre de 1914-1918 !
En 1912, la société loge dans six « ensembles immobiliers » de l'époque.
Dans les années 1900, il couronne son parcours en accédant à la présidence de plusieurs compagnies maritimes, parmi lesquelles la Compagnie générale transatlantique, dont il redresse la situation en 1904. Il exerce par ailleurs la présidence de plusieurs autres sociétés ayant un lien avec le transport maritime (chantiers navals, banques et compagnies d'assurances), dont la Compagnie marseillaise de navigation à vapeur Fraissinet et , les Chantiers et ateliers de Provence, les Chantiers et ateliers de Saint-Nazaire, de la Société de construction de Levallois-Perret, de la Compagnie d'assurances maritimes « La Foncière-Transports », et devient enfin président du comité central des Armateurs de France, de 1910 à 1917.
Il est également membre du conseil des directeurs de la Caisse d'épargne des Bouches-du-Rhône et vice-président de la Compagnie du canal de Suez, ainsi qu'administrateur des Raffineries de Saint-Louis, du Comptoir national d'escompte de Paris, de la Compagnie coloniale de Madagascar, de la Société des mines d'or de Soavinarivo.
Homme politique et colonialiste Jules Charles-Roux est élu au conseil municipal de Marseille en 1887 (adjoint au maire délégué aux finances de 1888 à 1891), puis deux ans après député conservateur social et enfin conseiller général des Bouches-du-Rhône en 1895. Il se fait le porte-parole du libéralisme économique, contre les orientations protectionnistes défendues par le ministre Jules Méline. Bien qu'en 1898 il ne se représente pas au poste de député, son influence demeure importante au regard du rôle essentiel dans la politique coloniale de la France jusqu'au début du .
Ardent promoteur de la colonisation, il en fut aussi un des acteurs essentiels. Président de l'Union coloniale française à partir de 1903, il soutient l'expansion française en Tunisie, au Dahomey et à Madagascar. Il fut le fondateur de plusieurs comités coloniaux, président de la Société de géographie de Marseille, ami de Gallieni et Lyautey dont il favorisa la carrière. À l'Exposition universelle de 1900, il créa une section des colonies et organisa en 1906 l'Exposition coloniale de Marseille dont il fut le commissaire général et Édouard Heckel son adjoint. Il est l'ami de l'explorateur français Aimé Olivier de SandervalTierno Monénembo, "Le Roi de Kahel". Voir aussi l'article « Exposition coloniale de Marseille (1906) »..
Mécène Il soutint activement les peintres locaux contemporains tels que Stanislas Torrents, Joseph Suchet et Gustave Ricard. Il devint un des piliers du Cercle artistique de Marseille en organisant des expositions de peinture, conférences et concerts. Ardent défenseur de l'identité provençale, il apporta sa contribution financière à la fondation du Museon Arlaten à Arles ainsi qu'à l'achat du palais du Roure à Avignon pour en faire un musée de la langue provençale. Grand admirateur et ami de Frédéric Mistral, il devient majoral du Félibrige en 1909.
Distinctions
50px|PRT Order of Christ - Commander BAR Commandeur de l'ordre du Christ Il était commandeur de la Légion d'honneur. et de l'ordre du Christ du Portugal, officier d'Académie, officier de l'ordre du Médjidié.
Le , il est élu membre de l'Académie de Marseille.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Béatrix Chevallier ; sous la direction de P. Guiral, Un essai d'histoire biographique : un grand bourgeois de Marseille : Jules Charles-Roux (1841-1918), Aix-Marseille : 1969
Roland Caty, Éliane Richard et Pierre Échinard, Les patrons du second Empire, Picard, Paris, 1999, 113-116, . Colonel Henri Charbonnel, De Madagascar à Verdun - Vingt ans à l'ombre de Gallieni, Éditions Karolus 1962, p. 156 Le centenaire de Jules Charles-Roux : 1841-1918, Marseille : le Sémaphore, 1941 Jules Charles-Roux, Les colonies françaises : l'organisation et le fonctionnement de l'exposition des colonies et pays de protectorat : rapport général, Paris, Imprimerie nationale, 1902. Jules Charles-Roux, L'isthme et le canal de Suez : historique, état actuel, Paris, Hachette, 1901. Jules Charles-Roux, Lettres d'un père à son fils : 1905-1918, Marseille, J. Lafitte, 2007 Jules Charles-Roux, Un Félibre irlandais. William Bonaparte-Wyse, sa correspondance avec Mistral, Paris, A. Lemerre, 1917 Jules Charles-Roux, Le Jubilé de Frédéric Mistral, cinquantenaire de "Mireille" (Arles, 29, 30, 31 mai 1909), Paris, Bloud, 1913 Jules Charles-Roux, Autour de l'Histoire : avec 78 illustrations hors texte dont 1 héliogravure et 20 chromotypies, Paris : A. Lemerre, 1910 Jules Charles-Roux, Une Cour d'amour en 1886..., Paris, A. Lemerre, 1905 Jules Charles-Roux, Saint-Gilles : sa légende, son abbaye, ses coutumes, Paris, Bloud et Cie, 1911 Jules Charles-Roux, J.-H. Fabre en Avignon, Paris, Librairie A. Lemerre, 1913 Jules Charles-Roux, Livre d'or de la Camargue : le pays, les mas et les châteaux, le Rhône camarguais, Nîmes, Camariguo, 1984 Jules Charles-Roux, Souvenirs du passé, le cercle artistique de Marseille, Paris, Lemerre, 1906. Jules Charles-Roux, Aix-en-Provence, Raphèle-lès-Arles, M. Petit C.P.M, 1984 Jules-Charles Roux, Arles : son histoire, ses monuments, ses musées, Paris, A. Lemerre, 1914 Jules-Charles Roux, Nîmes, Paris : Bloud, 1908 Jules-Charles Roux, Aigues-Mortes, Paris, Bloud et Cie, 1910 Jules-Charles Roux, Légendes de Provence, Paris, Bloud et Cie, 1910 Jules Charles-Roux, Le costume en Provence, Raphèle-les-Arles : Ed. Culture provençale et méridionale, 1983
Liens externes
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