Victor Erneste Nessler, néacte de naissance le à BaldenheimBaldenheim, N, 1841, 4E19/2, Adeloch /14, acte , à . Les prénoms sont Victor "Erneste" et non Ernst (qui est la forme allemande)., au presbytère protestantLe presbytère a été construit en 1684., dans l'actuel département du Bas-Rhin et mort le à Strasbourg, est un compositeur franco-allemand du . Son opéra Der Trompeter von Säckingen lui apporta une popularité de longue durée en Allemagne.
Enfance Il était le du pasteur Charles Ferdinand NesslerLes Nessler ont été pasteurs pendant plusieurs générations. et de son épouse Wilhelmine (Mina) KampmannLes Kampmann ont également été pasteurs pendant plusieurs générations.. Il est baptisé en l'église du village, le , par le pasteur Keller, de Muttersholtz, et eut pour parrain Charles Kuss, juge de paix, et Victoire Kastler pour marraine. À peine âgé de 3 ans, il jouait du piano sans avoir reçu d'autre leçon que celle que lui donnait la finesse extrême de son ouïe quand il assistait aux leçons que prenait sa sœurD'après les dires de son biographe, Fritz Ehrenberg, dans Vom Jura zum Schwartzwald et dans un article paru le dans la Neue Musik Zeitung de Cologne.. En 1848, son père est nommé à Barr. Victor, alors âgé de sept ans, reçut les premières leçons de piano de l'organiste du lieu Wenning. Il progressa si rapidement qu'on contacta son père, de Strasbourg, pour organiser une série de concerts. Le pasteur refusa l'offre, car il destinait Victor au ministère pastoral.
Études et carrière En 1854, il rentre en au gymnase protestant de Strasbourg. Après avoir passé son baccalauréat, il s'inscrivit en 1861 à la faculté de théologie de cette même ville. Il logeait dans une pauvre chambre place Saint-Thomas. Celle-ci comprenait un piano droit, une table, un fauteuil à moitié défoncé, quelques chaises de paille. L'unique fenêtre donnait sur un jardinet, la vigne vierge qui l'encadrait la faisant ressembler à l'ogive d'un cloître. C'est là que Nessler recevait ses amis Édouard Schuré, Edmond Febvrel, Charles Auguste Schneegans et que la poésie s'y mêlait à la musique. La propriétaire, nommée « tante Wild », voyait cela d'un bon œil.
Ses premières œuvres furent la mise en musique des psaumes 125, 126 et 137. Ils furent exécutés par le "Sternenkränzel", la chorale de Théophile Stern, dont Nessler avec sa belle voix de baryton était un membre actif. Le psaume musical 137, Sur les bords des fleuves de Babylone fut joué en 1862 au Temple Neuf et rapporta la somme de . Nessler envoya cet argent aux édiles de Barr pour les pauvres, bien que lui-même avait du mal à faire face à ses frais d'études. C'est aussi dans la petite chambre place Saint-Thomas qu'Edmond Febvrel écrivit le livret de l'opéra-comique en deux actes FleuretteC'est l'histoire de l'amour malheureux entre Henri IV et la fille de son jardinier. Fleurette met fin à ses jours en se jetant dans l'étang de Garennes., que Nessler mit en musique et qui fut présenté au théâtre municipal de Strasbourg le . Ce fut un succès, mais la Faculté trouvait cela « incompatible avec le sacerdoce » et renvoya les deux étudiants. Il composa en tant que membre de la WilhelmitanaJules Herrenschneider, prédicateur libre, réunit au jeudi soir de novembre 1855 quelques étudiants en théologie pour une chorale. Ce fut le début de la Wilhelmitana. Les réunions de ce nouveau cercle se tenaient une fois par semaine dans la salle de musique du collegium Wilhelmitanum. le chant de celle-ci. Il écrivit encore d'autres chants pour cette association.
Il fit, avec son ami Édouard Schuré de longs voyages sur les bords du Rhin allemand pour étudier sur place la chanson populaire, le lied, et en tira le plus grand profit pour ses compositions.
Il partit pour Leipzig le , avec cette fois la bénédiction de son père. Au moment des adieux, celui-ci lui dit : « Victor, si tu ne réussis pas, tu seras simple organiste dans l'église où tu aurais pu monter en chaire ». À Leipzig, centre musical réputé, appelé aussi Petit Paris, Nessler habitait une petite chambre dans la Schützenstrasse, avec un vieux piano comme instrument de travail. Il pourra se perfectionner auprès d'éminents professeurs tels que Moritz Hauptmann, Edouard Bernsdorf, ou de célèbres compositeurs ou chefs d'orchestre comme Carl Reinecke ou Ignaz Moscheles.
Victor Nessler était un travailleur infatigable comme nous l'indique une lettre du début de son séjour à Leipzig à sa sœur Mathilde (future Ėdouard Schuré) où il lui énumère ses compositions depuis son arrivée : 15 chœurs d'hommes, 3 lieds et 1 quatuor divisé en 3 parties1. Mein schönster Kirchgang - 2. Treue Mutterliebe Wacht - 3. Sonntag - 4. Morgenlied - 5. Ein Lorbeerkranz dem Mannesmuth - 6. Abendglocke - 7. O denk an mich zurück - 8. Heimkehr - 9. Gebrochenes Herz - 10. Grablied - 11. Gesegnet sei die Stunde - 12. Der Morgen ist erwacht - 13. Ein Bauer - 14. Mein Traum - 15. Wanderers Nachtlied. Ce sont des chœurs d'hommes.
Ses premières années à Leipzig étaient très dures au point de vue matériel. Il avait également quelques difficultés à s'adapter à la vie en Saxe. Sa nomination au poste de directeur des chœurs et de second chef d'orchestre au théâtre municipal en 1871, ainsi que le soutien financier de son ami Ėdouard Schuré lui permirent enfin d'épouser sa fiancée depuis onze ans, Marie Marguerite Julie Ehrmann, de Strasbourg, en 1872Le mariage a lieu à Strasbourg le . Strasbourg, M, 1872, 4E482/39, Adeloch p. 49/102, registre n°3. Il prend en 1879 la direction de l'orchestre du "Carolathéâtre", et en 1880 celle du "Leipziger Sängerbund" composé de huit chorales différentes et dont il était encore le directeur honorifique après son retour à Strasbourg le .
Victor Nessler était très estimé par la population de Leipzig et des membres des chorales qu'il avait dirigées. En effet, lors de son , le , ils le fêtèrent par une retraite aux flambeaux à laquelle ont participé 300 personnes. Il a également été très ovationné ce jour-là.
Décès et postérité Le , il meurt à Strasbourg, emporté par une hépatite. Les journaux strasbourgeois ont publié deux grands faire-part bilingues le jour même et le lendemain de son décès. Voici le texte :
La municipalité strasbourgeoise, dirigée par le maire Otto Back, organise d'émouvantes obsèques. Une foule énorme forme la haie sur le parcours du cortège. La chorale chanta pendant le culte un chœur funèbre en français que le défunt avait remis un jour à Striebeck, le directeur de la chorale, avec prière de le chanter à ses obsèques.
La municipalité de Strasbourg fait aussi construire à Strasbourg dans le parc de l'Orangerie en face du Pavillon Joséphine un monument financé par une souscription publique des amis de Nessler. Le sculpteur Alfred Marzolff confectionne le buste en bronze qui est coulé à Munich, et l'architecte Hurg un socle en grès rouge. L'inauguration a lieu le , cinq ans après la mort de Victor Nessler, et cela pendant la grande exposition industrielle, ce qui amène beaucoup de monde. L'inauguration est présidée par Otto Back. En 1941, le buste est caché au Musée Historique par quelques fonctionnaires municipaux bien avisés, et y reste jusqu'à la fin de la guerre. Il est remis en place en 1953.
Le monument funéraire de Victor Nessler au cimetière Saint-Gall de Strasbourg (Koenigshoffen) (section 6.1.2.) est en granit rose avec lyre et plume, et porte son nom, celui de sa femme Julie Nessler (1841-1920)Strasbourg-Koenigshoffen. Cimetière Saint-Gall, Ville de Strasbourg, 2008, décédée à Berlin alors que, devenue aveugle en 1912, elle était allée habiter chez son fils. Y repose également son petit-fils, Peterle Nessler, décédé en 1909 à l'âge de 11 mois alors qu'il était en visite avec ses parents chez Madame Nessler.
Le , la municipalité de Baldenheim, avec à sa tête le maire Daniel Tubach, honore l'enfant du pays par l'apposition d'une plaque commémorative sur sa maison natale.
Une rue de Strasbourg porte son nom. Elle est située dans le « quartier des musiciens » (Neustadt).
Le , à l'initiative du Président de l'Harmonie Echo de Baldenheim Mr Clément Renaudet, une statue représentant Victor Nessler a été érigée au nord de la mairie du village. Cette statue a été réalisée par le sculpteur colmarien Jean Luc Schické. François Killian descendant de Victor Nessler a dévoilé la statue lors de l'inauguration.
Quelques anecdotes
vignette|gauche|Victor Nessler par August Weger Pour illustrer davantage le personnage de Victor Nessler, voici quelques anecdotes tirées de sa vie Plaquette éditée par l'Association des Amis de l'Église Historique de Baldenheim. Imprimée par ses soins sur l'Offset du Consistoire de Sundhouse..
À Leipzig ses amis le surnommaient « ours des Vosges » (Vogesenbär) ou encore Victor der lieder-liche jeu de mots qui signifiait en même temps bohème et chanteur de lieds. Édouard Schuré donnait l'explication de ce surnom quand il disait de lui : « C'est un garçon énergique, d'une indépendance sauvage et d'une extrême sensibilité ».
En 1888, Nessler se promenant au Herrewasser, dans la banlieue strasbourgeoise, rencontre quatre jeunes gens qui, sur leurs cors de chasse, jouaient le célèbre refrain du Trompette de Säckingen. Le compositeur, ravi et heureux, les aurait comblés de présents. Parmi eux se trouvait Alfred Marzolff, le futur sculpteur de son buste.
Toujours au sujet du célèbre refrain du trompette, il serait dû à un pari : lequel des deux chemins allant de Strasbourg au Fuchs am Buckel (un lieu au nord de Strasbourg vers La Wantzenau) est le plus court ? Certains auteurs pensent que la mélodie aurait déjà été composée dès 1864 dans le jardin du presbytère de Barr comme consolation du départ à Leipzig. Supposition touchante et poétique mais tout de même légendaire.
Nessler est resté durant toute sa vie attaché à l'Alsace, à ses Vosges, à Strasbourg.
Il se dispensait chaque année de diriger sa chorale lors des fêtes patriotiques du , jour de la bataille de Sedan.
Il a aussi composé deux lieds consacrés à l'Alsace : An die Heimat et Abendstille.
Victor Nessler composa, sous le pseudonyme de H.R. Elsten, une facétie carnavalesque qui fut jouée au Tivoli, à Strasbourg le . La pièce s'appelait Die Sängermeister von Strassburg (Les maîtres chanteurs de Strasbourg). Seuls quelques initiés connaissaient le véritable nom de l'auteur.
Sa famille compte encore d'autres talents artistiques dans ses rangs : sa tante Caroline Gass (née Nessler, 1808-1869), poète, et qui, après avoir perdu la vue, publie une œuvre de haute spiritualité : L'âme d'une aveugle. Son oncle, Frédéric, qui a également publié des œuvres poétiques à Lausanne où il était professeur. Le fils de Victor Nessler, Ernest (1873-1934) sera acteur et régisseur à Berlin.
Actuellement, la famille Nessler a toujours son représentant dans le monde musical en la personne de François Killian., jeune pianiste de renommée internationale ; son arrière-arrière grand-mère, Wilhelmine Aurélie Fanny Nessler (épouse de Jacques Killian) était la cousine de Victor Nessler. À la suite de recherches généalogiques, il s'avère que François Killian n'est pas le seul représentant de la famille Nessler. Georges Grausi, auteur-compositeur-interprète, poète et écrivain, descend de la famille Nessler. Il est l'arrière-arrière-arrière-arrière petit-fils de Frédéric Nessler, l'oncle de Victor Nessler.
Œuvres vignette|Der Trompeter von Säckingen.