La bataille de Svolder, ou bataille de Swold<ref group="note">En vieux norrois Svöld, Svöldr, Svölð ou Svölðr.</ref>, est une bataille navale qui s'est déroulée en l'an 999 ou 1000 dans la mer Baltique, opposant le roi de Norvège Olaf Tryggvason à une alliance de ses ennemis. Les enjeux de la bataille concernent le processus d'unification de la Norvège en un État unique, la volonté de longue date des Danois de contrôler le pays et la diffusion du christianisme en Scandinavie.
L'emplacement de la bataille n'est pas clairement établi, notamment du fait de la profonde modification des côtes de la Baltique au cours des siècles ; les historiens la situent généralement soit dans l'Øresund, soit près de l'île de Rügen.
En expédition sur les côtes sud de la Baltique, Olaf, le roi de Norvège, tombe dans une embuscade tendue par une alliance composée du roi de Danemark Sven à la Barbe Fourchue, du roi de Suède Olof Skötkonung et du Norvégien Éric Håkonsson, jarl de Lade. Pris par surprise, Olaf doit affronter une force largement supérieure d'au moins 70 navires avec seulement 11 navires. Arrimés les uns aux autres en une formation défensive, ses navires sont capturés l'un après l'autre jusqu'à la prise de son navire amiral, le Grand Serpent (Ormen Lange en vieux norrois), par le jarl Éric. Olaf se jette alors à la mer, mettant fin aux combats. Après la bataille, la Norvège est confiée à la gestion des jarls de Lade, en tant que fief des rois de Danemark et de Suède.
Les écrits les plus détaillés sur l'événement, les sagas royales, sont rédigés environ deux siècles après son déroulement. Historiquement peu fiables, elles offrent un récit littéraire détaillé de la bataille et des événements qui l'ont entraînée. Les sagas attribuent les causes de la bataille à la proposition malheureuse de mariage d'Olaf Tryggvason à Sigrid Storråda et à son mariage problématique avec Tyra, la sœur de Sven de Danemark. Au début de la bataille, Olaf est mis en scène injuriant les flottes danoises et suédoises à coup de bravades et d'insultes ethniques, tandis qu'il reconnaît qu'Éric Håkonsson et ses hommes sont dangereux, étant Norvégiens comme lui. L'épisode le plus connu de la bataille est le bris de l'arc d'Einarr Þambarskelfir qui annonce la défaite d'Olaf.
Dans les siècles qui suivent, la description de la bataille faite par les sagas, notamment par la Heimskringla de Snorri Sturluson, inspire de nombreuses œuvres littéraires. Magnifié par ces récits, le roi Olaf devient un personnage mythique de la littérature nordique.
Sources vignette|gauche|Parmi tous les récits de la bataille de Svolder présents dans de nombreuses sources médiévales, celui qu'en fait Snorri Sturluson dans la Heimskringla est le plus connu et le plus influent sur les travaux historiques et littéraires modernes. La bataille de Svolder est mentionnée dans de nombreuses sources historiques. Le premier document écrit qui y fasse référence est le fait d'Adam de Brême (vers 1080), qui en donne le déroulement du point de vue danois, d'après les données fournies par Sven II de Danemark. L'historien danois Saxo Grammaticus réutilise le récit d'Adam de Brême et le complète dans sa Gesta Danorum (vers 1200).
En Norvège, les trois histoires synoptiques, Historia de Antiquitate Regum Norwagiensium, Historia Norwegiae et Ágrip af Nóregskonungasögum (vers 1190), présentent toutes le même bref récit de la bataille. Les sagas royales islandaises présentent un traitement plus complet de l'événement, à commencer par Oddr Snorrason dans sa saga d'Olaf Tryggvason (vers 1190). Travaillant à partir de la poésie scaldique, de traditions orales, d'exemples européens connus et de sa propre imagination, Oddr construit un récit très détaillé de la bataille. Ce travail est repris dans les sagas islandaises tardives comme la Fagrskinna et lHeimskringla (vers 1220), qui comportent toutes deux des ajouts de citations de vers scaldiques. Trois poèmes islandais du début du présentent un intérêt historique : Nóregs konungatal, Rekstefja et Óláfsdrápa Tryggvasonar. L'immense Óláfs saga Tryggvasonar en mesta (vers 1300) combine plusieurs des œuvres précédentes pour former le dernier, le plus long et, finalement, le moins fiable des récits.
Des poèmes scaldiques contemporains des évènements, comme l'œuvre de Hallfreðr l'ennuyeux au service d'Olaf Tryggvason, relatent également la bataille. Hallfreðr n'était pas présent lors de l'événement mais il collecte des informations sur le sujet a posteriori dans le cadre de la réalisation d'un panégyrique d'Olaf. Du côté d'Éric, on possède de nombreuses stances de Halldórr ókristni, qui parle de la bataille s'étant déroulée et conte la capture par Éric du Grand Serpent, le navire d'Olaf. On trouve également des vers narrant les combats dans l'élégie d'Éric composée par Þórðr Kolbeinsson, probablement autour de 1015. Enfin, Skúli Þorsteinsson, qui combat aux côtés d'Éric durant la bataille, raconte l'affrontement dans des vers composés dans sa vieillesseL'édition standard du corpus de poésie scaldique demeure le travail de . Pour les carrières de Hallfreðr, Halldórr, Þórðr et Skúli, voir ..
Concernant l'importance accordée par les historiens contemporains aux sources provenant de la poésie scaldique en tant que source la plus fiable, il faut rappeler que les poèmes ne nous sont pas parvenus indépendamment mais sous forme de citations dans les sagas royales. Après deux siècles de tradition orale, il est possible que les poèmes n'aient pas tous été précisément transmis et correctement attribués. De plus, l'objectif premier de la poésie scaldique n'est pas de transmettre des informations, mais plutôt de traduire de manière artistiques des faits déjà connus des auditeurs. Les historiens se replient fréquemment sur les récits des sagas, moins fiables mais plus détaillés.
Contexte
Durant le Haut Moyen Âge, la Norvège est divisée en de nombreux petits royaumes indépendants, souvent rivaux, sans pouvoir central fort. Dans l'historiographie traditionnelle, l'avènement de Harald à la Belle Chevelure au marque le début du processus d'unification du pays et de consolidation du pouvoir royalLes travaux les plus récents considèrent plutôt Harald à la Belle Chevelure comme un personnage mythique. Voir .. Les héritiers d'Harald, de même que les autres prétendants au trône, doivent cependant encore compter avec des pouvoirs régionaux forts, comme celui des jarls de Lade dans le nord ou celui des maîtres du Vingulmark dans l'est, tandis que les rois du Danemark proclament leur souveraineté sur certaines régions du sud et cherchent à s'allier à certains seigneurs norvégiens pour accroitre leur influence. La diffusion du christianisme constitue également un fait politique marquant de la fin du . upright=1.5|right|thumb|Proclamé roi en 995, Olaf Tryggvason se lance rapidement dans la conversion de la Norvège au christianisme, utilisant tous les moyens à sa disposition. Dans les années 970, Håkon Sigurdsson, jarl de Lade, devient l'homme le plus puissant de Norvège, grâce au soutien initial de Harald à la Dent bleue, roi du Danemark, dont il devient le vassal. Ils se brouillent cependant rapidement pour des questions religieuses, Harald souhaitant convertir la Norvège au christianisme quand Håkon reste un ardent défenseur des religions païennes traditionnelles. En 995, Håkon est renversé et le jeune chef Olaf Tryggvason, un chrétien, monte sur le trône.
Parallèlement à son rejet de l'autorité danoise, Olaf se donne pour objectif de convertir la Norvège et ses colonies de l'ouest aussi rapidement et complètement que possible. Usant de menaces, tortures et exécutions, Olaf parvient à vaincre la résistance païenne et en quelques années, au moins officiellement, la Norvège devient un pays chrétien. Le roi Olaf s'est cependant créé de nombreux ennemis lors de son accès fulgurant au pouvoir. Les plus importants sont le jarl Éric Håkonsson, fils d'Håkon, et Sven de Danemark, roi du Danemark, chacun se sentant dépossédé de sa part de la Norvège par Olaf.
Les intérêts qui s'affrontent lors de la bataille de Svolder vont diviser la Norvège pour les décennies à venir, entraînant d'autres batailles majeures, comme celles de Nesjar et de Stiklestad. Le conflit prend fin en 1035, lorsque Magnus le Bon monte sur le trône d'une Norvège chrétienne et indépendante.
Genèse de la confrontation vignette|Olaf Tryggvason demande Sigrid Storråda en mariage, à condition qu'elle se convertisse au christianisme. À la suite du refus de Sigrid, Olaf la frappe avec un gant. Elle le prévient alors que ce geste pourrait entraîner sa mort. Il n'y a rien à tirer des poèmes scaldiques contemporains sur les causes de la bataille. Adam de Brême rapporte que la femme danoise d'Olaf Tryggvason, Tyra, le pousse à déclarer la guerre au Danemark. La nouvelle de l'alliance entre Sven de Danemark et Olof de Suède provoque la colère d'Olaf, qui décide de passer à l'attaque. Ágrip et Historia Norwegie font un récit similaire. Quand Tyra, la sœur de Sven, épouse Olaf, Sven refuse de payer la dot promise. Insulté, Olaf lance une expédition contre le Danemark. Impatient d'attendre le rassemblement des forces en provenance de toute la Norvège, il se décide de partir sans tarder et prend la mer avec seulement 11 navires, attendant que le reste des troupes suive. Cet espoir ne se réalisant pas, il prend le chemin du Wendland (la Poméranie) à la recherche d'alliés, avant d'être pris en embuscade par Sven et ses alliés et . Ces allégations sont contredites par un vers contemporain de Halldórr ókristni, qui rapporte qu'Olaf Tryggvason venait du sud à son arrivée sur le site de la bataille.
left|thumb|upright|Olaf offre à Tyra du Danemark une racine d'angélique. Il la trouve en train de pleurer et Tyra lui reproche de ne pas avoir le courage de quitter la Norvège par crainte de son frère Sven à la barbe fourchue. Oddr Snorrason propose un récit complet des problèmes provenant des mariages de Tyra. Il raconte qu'elle est la fiancée puis qu'elle épouse le roi des Wendes, Boleslas de Pologne, qui reçoit une généreuse dot pour cette union. Tyra ne souhaite cependant pas cette union et se laisse mourir de faim après la cérémonie de mariage. Boleslas la renvoie au Danemark, et elle s'arrange ensuite pour épouser Olaf Tryggvason, au déplaisir de son frère Sven. La femme de Sven, Sigrid Storråda, une opposante féroce d'Olaf, convainc Sven de lui déclarer la guerre. Sven conspire alors avec le jarl Sigvaldi et le roi Olof de Suède pour attirer Olaf dans un piège. Olaf Tryggvason voyage vers le pays des Wendes pour récupérer la dot de Tyra auprès du roi Boleslas et, une fois sur place, a vent des rumeurs d'un piège qui lui est tendu. Sigvaldi arrive alors et lui assure que ces rumeurs sont fausses. Sur la foi des dires de Sigvaldi, Olaf renvoie une partie de sa flotte, car ses hommes sont impatients de rentrer. Il n'a alors à sa disposition qu'une armée réduite quand il est pris en embuscade près de Svolder.
La Fagrskinna et la Heimskringla reprennent largement les éléments fournis par Oddr en les simplifiant, mais divergent néanmoins par certains aspects. Selon la Heimskringla, Sigvaldi voyage depuis le pays des Wendes avec Olaf et une flotte wende pour le mener sur le lieu de l'embuscade.