Le , ou Ishitsu zōshi, est un emaki japonais datant du . Il illustre diverses maladies ou difformités de l’époque de façon humoristique. De nos jours, le rouleau a été découpé en plusieurs scènes appartenant à diverses collections.
Contexte et thèmes
Apparue au Japon depuis environ le grâce aux échanges avec l’Empire chinois, la pratique de l’emaki se diffuse largement auprès de l’aristocratie à l’époque de Heian : il s’agit de longs rouleaux de papier narrant au lecteur une histoire au moyen de textes et de peintures. Vers la fin de l’époque de Heian, les troubles politiques et sociaux offrent un terrain propice au prosélytisme pour le bouddhisme.
Le Rouleau des maladies était initialement composé d’au moins vingt-et-une peintures représentant une maladie ou une difformité humaine ; chacune est accompagnée d’un texte décrivant les symptômes ou présentant le malade. On date communément ces rouleaux de la fin de l’époque de Heian (seconde moitié du ), ou plus rarement du début de l’époque de Kamakura (toute fin du XII), mais l’artiste reste inconnu. L’emaki appartient au genre de l’anecdote (sōshi ou zōshi). De nos jours, toutes les scènes ont été découpées et neuf sont exposées au musée national de Kyōto, les autres appartenant à des collections privées ou ayant disparu. Les neuf extraits exposés au musée de Kyōto ont été reconnus trésor national du Japon.
Deux théories ont été avancées quant au but du rouleau. De par sa proximité stylistique et thématique avec les Rouleaux des enfers et le Rouleau des êtres affamés, il pourrait s’inscrire dans le mouvement d’illustrations des six voies du bouddhisme (rokudō-e), censées fidéliser le peuple, en particulier par la représentation des tourments dans les enfers. E. Grilli note d’ailleurs dans les rouleaux une , souffrances attachées à la vie terrestre. Toutefois, il est plus probable que les rouleaux ne soient qu’un recueil d’anecdotes (setsuwa-shū) ou de peintures de genre en vogue à l’époque, mais sans prétention religieuse, notamment car les textes ne renvoient à aucun sûtra connu et s’attachent parfois plus à décrire la vie des personnages que les thèmes bouddhiques. De ce fait, le Rouleau des maladies pourrait aussi avoir été conçu à destination de médecins ou de la cour de l’empereur Go-Shirakawa.
Composition des peintures
Le Rouleau des maladies est réalisé à l’encre et peinture légère sur papier, dans un style yamato-e qui met l’accent sur les lignes et les contours. Chaque scène représente donc une maladie, mais de façon caricaturale : l’artiste raille la condition humaine en lui conférant un aspect pitoyable et exagérément laid de par l’asservissement à la chair. L’œuvre ne manque en tout cas pas d’un certain humour, tangible par exemple dans l’illustration des Soins d’une maladie oculaire où un charlatan préconise de soigner une maladie oculaire avec une aiguille, et rend son patient aveugle. La composition elle-même varie beaucoup d’une scène à l’autre ; certaines sont en effet dépouillées et centrées sur le malade, tandis que d’autres illustrent aussi le cadre de vie en détail (comme la maison du diseur de bonne aventure dans l’Androgyne).
La liste des peintures exposées au musée national de Kyōto est indiquée ci-dessous.
Les autres peintures du rouleau dépeignent également l’obésité, des nains, des personnes au nez noir, l’insomnie ou l’hallucination.
Historiographie et postérité
En partie grâce à ses textes, le Rouleau des maladies renseigne sur quelques aspects de la vie quotidienne de l’époque, comme l’agencement d’une maison de soldat non gradé ou les tenues vestimentaires. Certaines études s’intéressent également à la nature des maladies d’alors, parfois mentionnées dans des ouvrages médicaux d’époque ; la femme souffrant d’entérite présente ainsi des symptômes d’empoisonnement ou de choléra. L’emaki a été partiellement recopiée par le poète Odate Takakado à l’époque d'Edo et a pu influencer d’autres œuvres similaires.
Annexes Notes
Articles connexes
Rouleaux enluminés Liste d'emaki Rouleaux illustrés du Dit du Genji (le plus ancien: du ) Rouleau des êtres affamés () Rouleaux des légendes du mont Shigi () Ban dainagon ekotoba (Rouleaux enluminés du grand courtisan Tomo no Yoshio, ou Histoire de Ban dainagon) () Rouleaux des enfers (fin ) Roman enluminé du roman de Nezame (fin ) Chōjū-giga (Rouleaux enluminés des hommes et des animaux en folie) ( Rouleaux enluminés du journal intime de Murasaki Shikibu () Rouleaux illustrés du Dit de Heiji () Rouleaux enluminés de la procession nocturne des cent démons (entre le )
Autres articles connexes Art japonais Peinture japonaise Setsuwa Art bouddhique Bouddhisme au Japon
Liens externes Rouleau des Maladies sur l’e-museum de l’Institut national pour l’héritage culturel du Japon Yamai no Sōshi sur le site du musée national de Kyōto Autres peintures du rouleau sur le site du Koujin Kai
Bibliographie
Notes et références
Catégorie:Emaki Catégorie:Trésor national dans la préfecture de Kyoto Catégorie:Œuvre conservée au musée national de Kyoto Catégorie:Japon au XIIe siècle