Le sanctuaire de Sainte-Anne-d'Auray, composé principalement de la basilique Sainte-Anne, est un site de l'Église catholique situé à Sainte-Anne-d'Auray dans le Morbihan en France. Il reçoit de nombreux visiteurs étant le plus important lieu de pèlerinage de Bretagne, et accueillant plus de par an, dont la majorité sont des pèlerins. Chaque année, 20 à assistent au grand pardon de sainte Anne le , qui se situe au troisième rang des pèlerinages français après le sanctuaire de Lourdes et la basilique Sainte-Thérèse de Lisieux..

Historique

vignette|redresse|gauche|Le pèlerinage de Sainte-Anne-d'Auray (1847), lithographie d'après Pierre-Michel-François Chevalier. vignette|redresse|Des femmes montant à genoux la Scala Sancta afin d'implorer les faveurs de sainte Anne (L'Illustration, 1904).

Le culte de sainte Anne se développe sur le futur site de la basilique à la suite de manifestations et apparitions miraculeuses de la mère de Marie entre 1623 et 1625 (en pleine période de réforme catholique qui connaît un nouvel apogée du culte des saints et des reliquesLe concile de Trente réaffirme la légitimité de l'invocation des saints et de la vénération de leurs restes, tout en soumettant ces derniers à l'authentification épiscopale qui sous-tend une historicisation des reliques existantes. Cf. .) à Yvon Nicolazic, paysan aisé du village de Ker Anna, hameau de sept fermes et d'une cinquantaine d'habitants situé dans la paroisse de Pluneret et qui en breton signifie « village d'Anne ». Une tradition locale orale, diffusée par les fidèles chrétiens de cette région, évoque pour expliquer le toponyme Ker Anna une référence à sainte Anne mais cette tradition est en réalité un « rhabillage toponymique » résultant d'un syncrétisme entre le vieux fond païen de la déesse Dana/Ana et le culte des saints chrétiens.. Dans la nuit du au , un cierge mystérieux (ou selon une autre version un flambeau) conduit Yvon Nicolazic et des voisins jusqu'à son champ du Bocenno avant de s'enfoncer sous terre.

Les hommes y déterrent une antique statue en bois d'olivier fort mutilée. Selon Louis Réau, cette statue serait celle de la déesse romaine Bona Dea allaitant deux enfants mais elle a été discrètement re-sculptée et repeinte par les moines capucins d'Auray pour effacer cette origine païenne. Ils réussissent ainsi à opérer une substitution de cultes à la divinité païenne et en faire l'image de sainte Anne trinitaire tenant sur ses genoux la Vierge et l'Enfant Jésus.. Le naïf Nicolazic est ainsi le jouet d'une supercherie de ces capucins.. Le recteur de Pluneret et l'évêque de Vannes ne sont pas dupes de cette « invention miraculeuse » mais finissent ..

Cette tradition locale légendaire est ainsi à l'origine de la construction d'une chapelle sous la supervision de Nicolazic, sur le site même de la découverte de la statue. Un oratoire de genêts provisoire est aménagé et la première pierre est posée le . La chapelle reçoit le sa bénédiction solennelle par l'official de Vannes et devient un lieu de pèlerinage de la Bretagne, faisant concurrence avec Sainte-Anne-la-Palud..

Le pèlerinage est d'abord pris en charge par les pères capucins d'Auray de 1625 à 1628 mais leur règle est incompatible avec des fonctions de ce genre, si bien que l'évêque de Vannes demande aux pères carmes de prendre le relais. Ces derniers s'installent à Ker Anna (qui deviendra progressivement plus connu sous le nom de Sainte-Anne d'Auray) le . Réservés tout d'abord, face aux visions de Nicolazic, ils se montrent, à la suite des enquêtes effectuées, les ardents propagateurs du pèlerinage et prennent en main l'animation du sanctuaire.. Les religieux bâtissent, attenant à la chapelle, un couvent et un cloître (1638–1641) à deux niveauxLe niveau supérieur, réservé aux religieux, relie le couvent au chœur des carmes, lequel se situe dans la tribune actuelle du grand orgue et surplombe le sanctuaire. Cette galerie supérieure accueille chaque année une exposition temporaire. Le niveau inférieur est destiné aux pèlerins. encore visible aujourd'hui. La « croix aux Épingles » au centre de la cour rappelle la tradition pour les jeunes filles du pays qui souhaitaient à cette époque trouver un mari, de planter des épingles à la base de la croix (à l'origine en bois) pour voir leurs vœux exaucés. Les Carmes, dans un souci d'authentification du culte, enregistrent les miracles dus à la sainte ( sont consignés entre 1625 et 1684). Le modèle alréen est d'ailleurs imité, mais de façon plus discontinue et moins cohérente puisqu'on enregistre 700 miracles entre 1632 et 1710 durant un laps de temps assez court pour chaque des vingt sites spontanés de pèlerinage de la province bretonne..

La Scala Santa, construite par les Carmes en 1662 devant le porche de la chapelle pour faciliter de déroulement des cérémonies religieuses, est inaugurée le . À la suite d'une supplique de l'évêque de Vannes Jean-Marie Bécel, le pape , par un rescrit en date du , lui accorde les indulgencesNeuf années d'indulgences pour chacune des marches montées par les personnes qui gravissent à genoux cet escalier saint (montée par l'escalier nord et descente par l'escalier sud avec les dispositions requises, en priant ou en méditant sur la Passion du Christ. Indulgence de 40 jours aux pèlerins qui baisent avec dévotion et contrition une relique (une parcelle de la colonne de la Flagellation) placée dans une colonne en marbre eu haut de l'escalier saint. attachées à celle de Rome. En raison des travaux d'agrandissement, elle est démontée, pierre par pierre, en 1870 et transférée au fond du Champ de l'Épine où elle est bénite le . La source où Nicolazic eut sa première vision en est aujourd'hui une fontaine monumentale encaissée dans des blocs de pierre de taille et un enclos. Cette fontaine de Ker-Anna, appelée aussi fontaine « miraculeuse » (à cause des faveursJusqu'au début du , il existait une superstition qui consistait pour les jeunes filles désireuses de se marier dans l'année à jeter des épingles dans la fontaine. Si leur épingle flottait, leur vœu était exaucé. Source : ., de guérisons et même de vrais miracles obtenus en ce lieu par des pèlerins) est l'œuvre des Pères Carmes en 1898. Un haut piédestal de granite se dresse au-dessus de trois vasques de granit et supporte la statue de Sainte Anne avec la Vierge Marie qui accueillent les pèlerins..

La réforme catholique est diffusée par un clergé séculier mieux formé et surtout par les missions — qui doivent beaucoup aux formes imaginées à Sainte-Anne-d'Auray dès 1630, censées faire œuvre de conversion, mieux que les pèlerinages qui perdent alors de leur intérêt pour la hiérarchie : les enquêtes, les « manuels du pèlerin » et les enregistrements de miracles se tarissent à la fin du mais le succès du pèlerinage de Sainte-Anne d'Auray perdure et connaît même un regain de ferveur grâce à un système d'indulgences lié non pas aux versements d'offrandes mais aux pratiques de dévotion.. Avec le pèlerinage lointain qui recule, le sanctuaire de Sainte-Anne-d'Auray tend à ne plus rayonner que sur le Vannetais. La chapelle est saccagée pendant la Révolution française. À la suite du concordat de 1801, elle est légalement rendue au culte. La chapelle et le couvent des Carmes sont rachetés en 1803 par l'évêché de Vannes qui établit en 1815 un petit séminaire dans les bâtiments des Carmes..

L'évêque de Vannes, Jean-Baptiste Charles Gazailhan, procède à la « recharge sacrale » du sanctuaire en 1865 en faisant détruire la chapelle, devenue trop exiguë pour accueillir les fidèles (l'arrivée du chemin de fer dans les années 1860 ayant favorisé les pèlerinages), pour édifier à la place une église plus spacieuse. L'édifice actuel est édifié dans le style néogothique par l'architecte Édouard Deperthes, de 1866 (la première pierre est posée le ) à 1872. La nouvelle église est élevée au rang de basilique mineure par un bref du du pape Liste des 171 basiliques mineures en France., et est consacrée le ..

Le pape célèbre une messe devant la maison Keranna à l'ouest de la basilique le et à laquelle assistent . Après sa visite, un « espace Jean-Paul- » est aménagé à l'extérieur de la basiliqueCe espace est constitué de offerts par les pèlerins ayant assisté à l'événement, pavés gravés aux initiales des acquéreurs. Il est entouré de de granit, rappelant que ce sont les douze évêques des douze diocèses de la région apostolique de l'ouest de la France qui ont invité le Pape à venir en cette région. Source : Visite des lieux - Espace Jean-Paul-, sur sainteanne-sanctuaire.com.. À l'occasion de en 2014, la basilique reçoit à titre définitif une relique (« », quelques-uns de ses cheveux) et une statue du pape..

Le , à l'occasion des 400 ans de l'apparition de Sainte Anne, une messe pontificale est célébrée par le cardinal Robert Sarah en tant que légat, envoyé spécial du pape Léon XIV.

Architecture et mobilier vignette|redresse|Façade principale de la basilique. vignette|redresse|Alexandre Falguière Sainte Anne et la Vierge (1874), ancienne statue de la tour-clocher, déposée en 1972« Sainte Anne et la Vierge », notice sur anosgrandshommes.musee-orsay.fr.. vignette|redresse|Autel de sainte Anne avec son brûloir à veilleuses.

L'église est en forme de croix latine. La façade principale est composée d'une triple division horizontale et verticale. La division verticale comprend, au milieu, le porche central, avec la grande porte à deux vantaux sous une profonde voussure. Puis, après la première galerie, l'étage est percé d'une grande rose. Au-dessus de la seconde galerie s'élève le grand pignon triangulaire inscrit entre deux clochetons, dont les rampants correspondent à ceux de la toiture de la nef. Au-dessus des portes latérales de cette façade sont placées dans deux niches à dais les statues en marbre, œuvres du sculpteur Alexandre Falguière qui représentent le pénitent Pierre Le Gouvello de Keriolet et Yvon Nicolazic, habillé en paysan breton. Leurs tombeaux se trouvent dans deux petits caveaux pratiqués sous le palier d'autels au fond de la basilique..

La basilique dispose d'une nef et de deux collatéraux dont les voûtes sont à compartiments et à cinq clefs pendantes, de légères peintures recouvrant les arceaux. L'élévation de la nef, à deux niveaux, comporte des arcades à crossettes qui retombent sur des pilastres, des fenêtres hautes séparées du premier niveau par une frise et une corniche. Les piles montent avec leurs colonnes engagées jusqu'à la voûte pour recevoir les arcs-doubleaux et le faisceau étoilé de nervures. La clôture sculptée qui entoure le chœur est incrustée de granite des Alpes et de pierre de l'Échaillon. Elle est rythmée par des piliers supportant des candélabres et est décorée d'un médaillon qui rappelle l'endroit où Nicolazic déterra la statue miraculeuse.

Au centre du grand arc couronnant le chœur, orné de rinceaux modelés sur fond d'or, sont sculptées les armoiries papales, accompagnées de l'inscription en latin : (.. L'avant-chœur possède les statues de saint Joachim et de saint Joseph adossées aux piliers. Le retable du maître-autel, œuvre de 1874 d'Alexandre Falguière, est en marbre blanc rehaussé de marbres polychromes. Orné des statues des quatre évangélistes avec leurs attributs, il est doté d'un tabernacle entouré de quatre reliquairesDons de reliques de sainte Anne par l'impératrice Eugénie de Montijo en 1858, et dons de reliques de saint Joachim et d'un fragment de la maison de la sainte Vierge. et d'un crucifix en bronze doré.. Derrière domine le buffet d'orgue de la Maison Cavaillé-Coll. Classé Monument historique en 1997, il est restauré en 2010 après un séjour de plus de deux ans et demi dans l'atelier nantais du facteur d'orgues Nicolas Toussaint..