Tolosa est le nom de la métropole (civitas) du peuple gaulois des Volques Tectosages, fondée vers le , devenue colonie romaine après la conquête de la Gaule narbonnaise à la fin du Plusieurs sites sont occupés par les populations tectosages dans la boucle de la Garonne, mais il semble que ce soit le site de Vieille-Toulouse qui soit le plus important. Vers 10 cependant, les Romains déplacent les populations dans la plaine, sur le site de l'actuel centre-ville de Toulouse.

La nouvelle ville gallo-romaine de Tolosa devient une des plus vastes de la Gaule romaine, au cœur d'un riche terroir, et elle connaît un important développement au , comme en témoignent son enceinte de prestige et les nombreux bâtiments publics — forum, aqueducs, thermes — et religieux qui y sont construits. La campagne toulousaine s'orne également de bâtiments de prestige, comme l'ensemble monumental du site d'Ancely, à l'ouest de la ville gallo-romaine.

La ville médiévale et moderne s'étant développé sur le site même de la ville gallo-romaine, la plupart des vestiges ont disparu. Les fouilles menées depuis le ont permis de réévaluer l'importance de la Tolosa gauloise et romaine.

Origine du nom Le nom Tolosa apparaît dans des écrits antiques mais pas antérieurs au (Τολώσσα en grec par Posidonios et Strabon, en latin par Cicéron, César, Pline)Pierre Moret, Le Nom de Toulouse, Université Toulouse Le Mirail - Toulouse II, 1996, .. Son origine reste cependant incertaine. La plupart des linguistes le considèrent cependant comme pré-latin, peut-être ibère..

Histoire La cité des Tolosates

vignette|Drachme frappé par les Tolosates. (). vignette|Cinq torques gaulois (, musée Saint-Raymond).

Le peuple des Tolosates, fraction du peuple celte des Volques Tectosages, s'établit au dans le sud de la Gaule, particulièrement dans la boucle de la Garonne. Les implantations principales se trouvent sur les hauteurs de la rive droite du fleuve, autour de plusieurs oppida. Parmi ceux-ci, le site de Vieille-Toulouse serait le centre politique des Tolosates, à en juger par l'importance des vestiges découverts, qui indiquent l'existence d'une agglomération fortifiée de 140 hectares, peuplée d'environ . L’agglomération, créée sur un terrain vierge vers 200 , possède un plan régulier, constitué d'îlots définis par le croisement de rues. Au centre devait se trouver un complexe religieux.

Un deuxième site est également connu dans la plaine, au pied de Pech-David, près de l'actuel Férétra et qui s'étend peut-être jusqu'aux coteaux de Guilheméry, formant un vaste ensemble d'une centaine d'hectares : dans tous les cas, l'habitat semble relativement lâche et peu structuré. On trouve sur ces sites les traces d'une occupation d’artisans avec la présence d'ateliers : fours de potiers, fosses de travail du métal.

Dès cette époque, les Volques Tectosages tirent profit de la situation de carrefour de l'axe nord-sud des Pyrénées au Massif central, et l'axe est-ouest entre la mer Méditerranée à l'océan Atlantique. Les céramiques à peinture graffitée du centre de la Gaule, les amphores massaliotes, les vases étrusques en bucchero nero et les vases attiques à figures noires et rouges attestent de l'ampleur du commerce qui se fait à Tolosa. Autour de la ville, plusieurs fermes, protégées par des enclos fossoyés, produisent des denrées alimentaires (céréales, viandes) et fabriquent des productions artisanales (peaux).

La conquête romaine Vers 121 , les Romains organisent la Provincia romana, leur nouvelle province entre les Alpes et les Pyrénées. En 118 , le général Cnaeus Domitius Ahenobarbus fonde la colonie de Narbo Martius, peuplée de vétérans, confirmant la volonté des Romains de peupler le pays et de l'organiser. Cette colonie, port important sur la mer Méditerranée protégé au fond d'une baie naturelle, est reliée aux axes commerciaux qui longent la mer Méditerranée et la relient à l'océan Atlantique. Vers la même époque, le général romain conclut un traité avec les Volques Tectosages qui obtiennent le statut de peuple fédéré, préservant leur indépendance, mais devant accepter la présence d'une garnison romaine.. Celle-ci s'installe dans un castellum à proximité de la Garonne, probablement sur le site de l'actuelle place Auguste-Lafourcade.

En 109 , les peuples germaniques des Cimbres (de l'actuel Danemark) et des Teutons envahissent la Gaule. En 107 , leurs alliés Tigurins (Helvètes) écrasent l'armée romaine du consul Lucius Cassius Longinus à la bataille d'Agen, au nord du territoire des Tectosages, qui en profitent pour chasser la garnison romaine de Tolosa. En représailles, l'année suivante, la ville est conquise par traitrise et pillée par le consul Cépion (Quintus Servilius Caepio). D'après Strabon, le butin est exceptionnel : en barre d'or et en barre d'argent composent le trésor ou « or de Toulouse ».

À partir de cette date, la cité des Volques Tectosages est intégrée à la province romaine de Gaule transalpine et la ville de Tolosa est administrée par les autorités romaines. La garnison est renforcée et on donne des terres aux vétérans romains, afin de favoriser l'implantation de soldats fidèles. Le site de peuplement autour du Férétra est également abandonné vers l'an 80 Dès lors, la Tolosa des années 70 se développe. Elle joue le rôle d'un poste militaire avancé face aux menaces des peuples aquitains au-delà de la Garonne, particulièrement les Ausques et les Convènes. Elle est aussi un carrefour commercial important, particulièrement pour les échanges de vins italiens, grecs et espagnols, qui sont acheminés jusqu'à Burdigala, mais aussi l'Ariège et le Massif central. Pendant la guerre des Gaules, les Tolosates sont de fidèles alliés de Jules César et, en 52 , ils refusent de se joindre à la révolte gauloise menée par le chef arverne Vercingétorix. vignette|Restitution du temple du Capitole de Toulouse, au centre du forum, dans l'Antiquité romaine. La romanisation des habitants de Tolosa se poursuit. Ils obtiennent un statut privilégié, avec l'acquisition du droit latin pour ses habitants, dont une partie des droits civils, politiques et militaires attachés à la citoyenneté romaine sont reconnus. Vers l'an 50 , le site de Vieille-Toulouse se transforme, avec de nombreux bâtiments construits en brique et l'érection de nouvelles infrastructures publiques, comme des rues pourvues de caniveaux, un bassin monumental et des temples. On trouve également un grand nombre de produits importés de l'espace méditerranéen. Entre 27 et 18 , à la suite des réformes administratives de l'empereur Auguste, Tolosa est intégrée à la province de Narbonnaise, administrée depuis Narbo Martius par un proconsul. Tolosa est quant à elle le chef-lieu de la cité des Tectosages (civitas Tectosagium en latin). Dans le même temps, vers l'an 10 , la population est forcée d'abandonner le site principal de Vieille-Toulouse et déplacée dans la plaine, à proximité du castellum romain, sur le site actuel de la ville.

Expansion et apogée vignette|Gradins du théâtre antique découverts sous le n°1 de la rue de Metz, entre 1869 et 1871, lors des travaux réalisés par Jacques-Jean Esquié.

La « ville nouvelle » de Tolosa est délimitée par la place du Capitole au nord, la place du Salin au sud, la Garonne à l'ouest. Dans les années 20-30., un rempart, long de trois kilomètres, est bâti afin de souligner la prospérité de la nouvelle colonie romaine. Il enferme une superficie de 90 ha. et s’ouvre sur la Garonne. Constitué de briques et de moellons tirés des carrières de calcaire antiques de Pédégas à Belbèze-en-Comminges., le rempart romain a de hauteur et d'épaisseur.

Puis les Romains mettent en place les axes de communications principales : le cardo et le decumanus se croisent sur la place Esquirol où se trouve le forum et le capitolium antique.. Ils construisent aussi un théâtre (actuelle place du Pont-Neuf), un temple (actuelle place Esquirol) et un amphithéâtre à Ancely-Purpan. Un réseau d'égouts permet d'évacuer les eaux usées tandis qu'un aqueduc alimente la ville en eau potable depuis les sources de Lardenne et du Mirail jusqu'au château d'eau situé au point culminant de la cité (actuelle place Rouaix).

Dans les premières années du , la nouvelle Tolosa connaît un fort développement. Ainsi, en quelques dizaines d'années, la ville est dotée de tous les équipements qui font le confort et le prestige des villes nouvelles romaines. Elle connaît aussi une forte croissance démographique, atteignant . Dans les faubourgs de la ville se développent des nécropoles. Dans les campagnes proches de Tolosa, les exploitations rurales mettent en valeur le territoire. Sur le site d'Ancely, on édifie des équipements de loisirs (amphithéâtre, thermes) à destination des populations rurales.

La ville est alors dirigée par des aristocrates en toge dont les noms ont été romanisés et dont les membres bénéficient de la citoyenneté romaine. Quatre magistrats municipaux, les quattuorviri, et un petit sénat, la curia, exercent leur autorité sur tout le territoire de la cité des Volques Tectosages. Un groupe dominant de colons romains exerce également une influence sur la vie locale. À la fin (ou peut-être au début du ), Tolosa obtient le titre de colonie romaine, ce qui donne à ses habitants le droit romain. Quintus Trebellius Rufus est un exemple de ces élites toulousaines romanisées au : haut fonctionnaire formé à Tolosa, citoyen et chevalier romain, il préside la confrérie des prêtres de Caecina, un culte local, mais aussi sénateur et flamine du culte impérial. Il quitte ensuite Tolosa pour Rome, où il exerce des fonctions sacerdotales, puis Athènes, où il est élu archonte éponyme en 86-87.

Palladia Tolosa : Toulouse, cité de Pallas Dès la fin du , le poète Martial évoque Toulouse sous le nom de Palladia Tolosa (Toulouse palladienne). Cet épithète honorifique, repris plus tard par Ausone et Sidoine Apollinaire, pourrait avoir été attribué à la ville par l'empereur Domitien, possiblement pour honorer l'ancien sénateur et chef de guerre Marcus Antonius Primus, revenu passer ses vieux jours à Toulouse dont il était originaire. Le titre semble également contemporain de l'obtention du statut de cité romaine et de la construction de l'enceinte honorifique, ce qui pourrait signifier que la ville a bénéficié des largesses de cet empereur fervent de la déesse Pallas, dans des circonstances tombées dans l'oubli du fait de la Damnatio memoriae l'ayant frappé à sa mort...

Période tardo-antique Au , l'empire romain est marqué par une grave crise économique associée à une grande instabilité politique. Le rempart, simple instrument de prestige de la ville, devient un outil de défense. Il est complété à l'ouest par un nouveau rempart, le long de la Garonnette, bras secondaire de la Garonne. Relativement protégée, Tolosa échappe aux pillages de bandes armées de Francs en 260. On constate également de nombreux remaniements dans l’urbanisme. Son importance ne se dément cependant pas. En 333, l'anonyme de Bordeaux sur la route de Jérusalem s'y arrête et note cette étape : Civitas Tholosa.