thumb|Manifestation à Grenade le . thumb|Manifestation à Paris le . thumb|Les slogans et consignes sont écrits sur des papiers et des cartons de récupération. thumb Le mouvement des Indignés (Indignados en espagnol) ou Mouvement 15-M est un mouvement de manifestations non-violentes né sur la Puerta del Sol à Madrid, en Espagne, le , rassemblant des centaines de milliers de manifestants dans une centaine de villes, se prolongeant par divers modes d’action (campements, marches). A suivi une série de manifestations pacifiques, rassemblant jusqu'à plusieurs dizaines de milliers de personnes, organisées sur les réseaux sociaux et des sites web dont ¡Democracia Real Ya!Le site web ¡Democracia Real Ya! (visité le 16 octobre 2011). (Une vraie démocratie, maintenant), auxquels se sont joints de 200Soledad Alcaide, « Mouvement 15-M : les citoyens exigent de reconstruire la politique », El País, 17 mai 2011 (édition du jour même). à 500 organismes soutenants, parmi lesquels les collectifs ATTAC, Anonymous, NoLesVotes et Juventud Sin Futuro (« Jeunesse sans avenir »).

Ce mouvement était inédit de par son ampleur et ses revendications. Le , des centaines de milliers de manifestants réunirent, principalement en Espagne, pour fêter le premier anniversaire du mouvement.. En , la manifestation (« prise du Parlement »), cependant pas directement liée aux initiateurs du mouvement 15-M, rassembla des dizaines de milliers de manifestants en Espagne.

Le nom "indignés" a été donné par les médias. Il reprend le titre du manifeste Indignez-vous !, de Stéphane Hessel, qui connaissait alors un important succès en Espagne. Les manifestants avaient plutôt recours au sigle 15-M (pour , date de commencement du mouvement). Le mouvement se réclamait des Printemps arabes.Sylvie Kauffmann, « Diplômés et indignés, une tendance mondiale », Le Monde, 24 juin 2011, Interview d’Anne Dufresne par Paule Masson, « Les syndicats sont devenus beaucoup plus réactifs », cahier spécial En direct avec les Indignés d’Europe, publié par L’Humanité, 7 juin 2011, (idem témoignage bas de page).Entretien de Jean-Paul Piérot avec Francis Wurte, « La démocratie limitée, ils n’en veulent plus », En direct avec les Indignés d’Europe, , .Gérard Mordillat, « La force des choses », En direct avec les Indignés d’Europe, , (voir aussi l’éditorial)., ainsi que du mouvement portugais Geração à rasca du Antoine Reverchon, Anne Rodier, « Les peuples européens à l'épreuve de la rigueur », Le Monde Économie, 31 mai 2011, . et des mouvements grecs et islandais de 2008Óscar Gutiérrez, « Les samedis d'Islande sont arrivés au 15 mai », El País, 17 mai 2011 (édition du 18 mai 2011).. Il s'est progressivement répandu, avec des variations dans les revendications et en intensité, en Grèce., avec une moindre intensité dans le reste de l'Europe, en Israël avec la révolte des tentes, et aux États-Unis avec le mouvement Occupy.

Formation du mouvement

Contexte international

Le mouvement du naît alors que l’Europe et le monde subissent les conséquences de la crise économique de 2008, née du scandale de la crise des subprimes. La crise s’étend dans tous les pays du monde : en Islande, la population refuse le sauvetage de certaines banques, alors que le sauvetage de la Grèce par la troïka apparaît à beaucoup comme une condamnation. La hausse des prix alimentaires provoque le Printemps arabe.

Un autre facteur qui apparaît comme fondamental aux activistes du 15-M est le réseau Internet, qui permet de nouer des contacts entre personnes partageant les mêmes centres d’intérêt, et une coordination rapide entre espagnols, français, allemands et belges.

Contexte espagnol

Au début de 2011, des dizaines de petits groupes protestataires ou revendicatifs dénoncent les mécanismes de la crise espagnole, le renoncement de la classe politique à défendre les idéaux des droits de l’homme, la passivité des électeurs, et appellent à mobilisations. Sont cités l’assemblée des centres éducatifs de Madrid, dans le quartier de Vallecas, en mars ; le mouvement Juventud sin futuro (« Jeunesse sans futur »), qui naît en , et avec une organisation à la base rassemble manifestants le ; et quelques autres manifestations où l’esprit dirigiste, hiérarchique, était absent.

En pleine campagne pour des élections municipales espagnoles de 2011, ces petits groupes se réunissent pour appeler à une manifestation le , qui finit sur la symbolique place de la Puerta del Sol.

Motivations Bien que les manifestants forment un groupe assez hétérogène, ils ont en commun un désaveu des citoyens envers la classe politique, la volonté d'en finir avec le bipartisme politique entre les deux principaux partis, Parti populaire (PP) et parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), et avec la corruptionAurora Muñoz Lara, « Le mouvement des indignés occupe à nouveau la Puerta del Sol », El País, 17 mai 2011 (édition du jour même).. Les membres du mouvement du 15-M sont majoritairement des jeunes (entre 20 et 35 ans), diplômés, connaissant l’anglais et sont nés avec une souris entre les mains ; ils sont accoutumés à l’usage de l’informatique pour mettre en forme et communiquer des informations, ce qui est un point commun avec le Printemps arabe. Dotés d’esprit critique, ils ne sont pas portés à l’affrontement. Ayant été éduqués dans cet esprit, ils tiennent pour acquis que tous les hommes disposent de certains droits : liberté, égalité, droit à une vie digne (logement, travail, et tout ce qui concourt à des chances égales dans la vie). Mais en vieillissant, ils ont appris que la réalité était différente, et que les efforts des générations précédentes pour construire une société plus juste avaient été détruits. Cependant, les idéaux des Indignés sont universels, ils rassemblent des jeunes mais aussi d'autres générations et le précariat.

On retrouve la volonté d’en finir avec la « dictature des marchés » et ses conséquences sociales, environnementales, sur le vivre-ensemble et la démocratie. Mais surtout, il cherche à se démarquer des mouvements précédents en pratiquant la désobéissance civile et surtout la non-violence, voulant éviter que des revendications qu’il estime justes soient délégitimées par un enchaînement d’actions violentes entre la police et les manifestants (quel que soit le camp à l’origine de la première violence). Il met en avant le fait de n’avoir ni représentants ni porte-parole.

Les sensibilités des manifestants varient beaucoup, on retrouve certaines personnes qui réclament seulement un peu plus de compréhension de la part de la classe politique, d'autres veulent une réforme de la loi électorale, d'autres encore désirent une révolution citoyenne qui déboucherait sur la création d'une véritable démocratie. thumb|Campement à la Défense, en novembre 2011. Le mouvement s'accompagne notamment d'une réflexion critique quant aux systèmes politiques contemporains. Ainsi des concepts comme oligarchie, démocratie représentative, démocratie directe, mandat impératif ou encore aristocratie sont employés. Des questions se posent quant aux revendications du mouvement : doivent-elles porter seulement sur les systèmes politiques, en proposant de réelles démocraties, ou doivent-elles comprendre des propositions sociales et économiques ? Le débat est notamment important sur le forum du mouvement français. et en Espagne des critiques fusent quant à l'éparpillement des revendications : « Des demandes unitaires de « démocratie réelle », on serait passé à une collection de chapelles. Ici les féministes, là les animalistes, plus loin les Sahraouis.… »

En Espagne, les revendications sont débattues dans les assemblées générales sous proposition de comités. Ainsi un manifeste de propositions a été produit par le campement madrilène. : il y est notamment question du respect des droits de base, à savoir : le logement, le travail, la culture, la santé, l'éducation, la participation politique, la liberté de développement personnel et le droit à des produits de première nécessité. La plate-forme a aussi un manifestehttp://owni.fr/2011/05/22/manifeste-democracia-real-ya-democratie-maintenant/..

L'appel du 15 mai 2011 Le mouvement a commencé par un appel à manifester, pacifiquement, dans 58 villes espagnoles, le , afin de revendiquer un changement dans la politique espagnole. Les manifestants considèrent que les partis politiques ne les représentent pas et ne prennent aucune mesure en leur faveur. Ces manifestations se produisent à l'approche des élections municipales, fixées au . Selon la presse, elles sont en relation avec la crise économique, le livre Indignez-vous !, de Stéphane Hessel« Indignados en la calle », El País, 17 mai 2011 (édition du jour même)., l'exemple du Printemps arabe, ainsi que celui du mouvement Geração à rasca du au Portugal et des mouvements grecs et islandais de 2008. Le mouvement est aussi souvent comparé à Mai 68 malgré les propositions concrètes avancées par « los indignados. »

L’appel est lancé à un moment où la jeunesse espagnole est plus diplômée que jamais et que, selon l'agence Metroscopia, 89 % des Espagnols croient que les partis politiques ne pensent qu'à eux-mêmesJosé Juan Toharia, « Llaman a la puerta », El País, 17 mai 2011 (consulté le jour même).. Beaucoup de manifestants sont jeunes, ces derniers étant deux fois plus touchés par le chômage que le reste de la population (44 % contre 21 % en ) mais on peut voir aussi des travailleurs, des cadres, des personnes âgées et même de nombreuses familles« Des milliers de personnes descendent dans la rue et passent la nuit à la Puerta del Sol », El Mundo, 18 mai 2011 (consulté le jour même).. Tous ont rappelé la nature pacifique des manifestations.

Les indignés en général, comme les appelle la presse, et l'organisation citoyenne ¡Democracia Real Ya! en particulier, se sont désolidarisés publiquement des divers incidents qui se sont produits pendant ces manifestations à Grenade« « Democracia Real Ya » se désolidarise des insultes « ciblées » d'une fraternité grenadine », ABC Sevilla, 16 mai 2011 (consulté le 18 mai 2011)..

Pensée du mouvement

Le mouvement des indignés est vu comme en cours de renouvellement du corpus intellectuel de gauche en Espagne par Philippe CorcuffPhilippe Gorcuff, « La gauche est en état de mort cérébrale », Rue89, publié le 4 octobre 2012..

Un des éléments prégnants du mouvement est la volonté de transcrire les discours politiques dans la réalité, de mise en pratique immédiate de la théorie politique. De cette volonté découlent beaucoup de caractéristiques suivantes, mises en application grâce à un esprit de profond respect mutuel (lui aussi revendiqué) : le mouvement est horizontal, c'est-à-dire qu'aucune hiérarchie n'existe entre les membres du mouvement, qui sont tous protagonistes« 2011 : les combats d'un monde en colère », Les Inrocks. ; l’égalité du temps de parole ou la publication sous licence libre des livres du mouvement ; certains auteurs du mouvement modifient l’orthographe pour éviter l’emploi du genre masculin comme neutre (avec l’emploi du @ comme contenant à la fois le o du masculin et le a du féminin), cependant chacun est laissé libre d’utiliser les règles classiques ; le mouvement n'est pas lié à un parti politique ou à une organisation syndicale ; le mouvement est non violent et appelle à la désobéissance civile. ; le mouvement transcende les classes. ; c'est, avec l’anarchisme, le plus important mouvement progressiste dénonçant le parlementarisme. Les participants dénoncent en effet le manque de représentativité des partis politiques. ; c'est un mouvement qui a connu une exportation rapide et de grande ampleur, même si le terme exportation est parfois contesté puisque des mouvements sont nés simultanément et spontanément dans différentes villes à travers le monde et que l'on parle parfois plutôt d'un effet traînée de poudre« Indignés : les nouvelles formes de protestation », scienceshumaines.com. ;