Les Fusillés de Saint-Julien-du-Verdon sont 11 résistants qui ont été fusillés collectivement le par la Gestapo de Nice à Saint-Julien-du-Verdon (Alpes-de-Haute-Provence, anciennement Basses-Alpes) dans un champ.
Aujourd'hui, un espace commémoratif rappelle cette exécution collective. Il se trouve près du champ où a eu lieu l'exécution, le long de la RN 202 (207), à proximité de la départementale 955 (552) provenant de Castellane (Alpes-de-Haute-Provence). Cet espace commémoratif a été inauguré le et a connu depuis plusieurs transformations.
Une cérémonie commémorative y a lieu tous les . Elle regroupe les officiels, les anciens combattants, une délégation du Lycée Masséna de Nice (Alpes-Maritimes) et les citoyens.
Ce sont cependant 13 résistants que la Gestapo de Nice a emmenés vers Saint-Julien-du-Verdon (Alpes-de-Haute-Provence). Deux d'entre eux ont été exécutés sur la route au Bar-sur-Loup (Alpes-Maritimes).
Les causes de l'exécution
Dans le cadre d'un débarquement allié à venir, la Résistance reçoit comme consigne d'intensifier les actions de guérillas et de formation de maquis aussi bien dans le nord que le sud de la France. Le lieu précis du débarquement est encore inconnu.
Le , un détachement de maquisards Francs-tireurs et partisans (FTPF) occupe le village de Saint-Pierre (Alpes-de-Haute-Provence). Le détachement est commandé par Henri Hutinet alias Jean-Louis (Voray), ancien officier de l'armée d'armistice. Deux miliciens sont arrêtés, jugés, condamnés à mort et exécutés en public à 19h30Voir Musée de la Résistance Azuréenne : Documents, Témoignages, Recherches, L'insurrection et les drames - Verdon : - 12 juin. Vers 21 heures, les maquisards quittent le village à bord de deux bus réquisitionnés. Jean-Louis reçoit alors une information du sous-secteur FTP : la Gestapo de Nice (Alpes-Maritimes) va effectuer un déplacement par la route en direction de Digne (Alpes-de-Haute-Provence). L'ordre est donné d'attaquer les véhicules. Jean-Louis organise l'embuscade au col de Toutes-Aures, qui relie les vallées du Var et du Verdon (1.120 mètres d’altitude), entre Vergons et Annot. L'attaque a lieu le à 8 h 45. Deux voitures sont interceptées par les maquisards. La première voiture passe puis est immobilisée après le col. La seconde voiture est interceptée au niveau du col. Les chauffeurs sont tués. Dans la seconde voiture, 3 officiers allemands sont tués dont l'adjoint (le lieutenant X) du chef de la Gestapo de Digne en uniforme SS. De la première voiture s'enfuient sous les tirs des maquisards 3 hommes (deux officiers et un civil) : le commandant Wolfram de la sûreté allemande de Digne, le capitaine Von Padorski et le lieutenant Heitman. Wolfram est grièvement blessé et décède quelques jours après à l'hôpital de Digne. Les maquisards récupèrent les papiers, les documents, les bottes, les armes. Ils arrosent ensuite les cadavres d'essence avant de les faire brûler ONAC 06, Les fusillés de Saint-Julien-du-Verdon 11 juin 1944, Collection Mémoire de la seconde guerre mondiale dans les Alpes-Maritimes, page 4..
Les maquisards FTP partent ensuite à Vergons (Alpes-de-Haute-Provence) où les villageois leur apprennent le débarquement en Normandie. Ils se rendent ensuite à Saint-Julien-du-Verdon (Alpes-de-Haute-Provence) où ils arrivent vers midi. Des habitants les aident à dresser un barrage de madriers et de matériaux divers pour contrôler la circulation au carrefour de trois routes venant de Nice (Alpes-Maritimes), Castellane et Digne (Basses-Alpes). Rapidement, une voiture de police française arrive de Castellane (Alpes-de-Haute-Provence). Elle est suivie d'un camion remplis d'Allemands. Les maquisards mitraillent le convoi au carrefour. Un convoi de camions chargé d'Allemands surgit alors depuis Saint-André-les-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence). Les maquisards décrochent vers la montagne. Dans la panique, les deux convois allemands se tirent dessus et s'infligent ainsi des pertes. Au total, 7 Allemands sont tués.
Un détachement allemand arrive à Vergons (Alpes-de-Haute-Provence) dans l'après-midi. Paul Simon, le frère du maire, s'enfuit. Il est abattuIl est inscrit sur le Monument aux morts de Vergons. Six personnes sont arrêtées : Angelin Audibert, Élie Bérault, Émile Goujon, César Guérin, Émile Mourrin et le maire Simon. Ils sont amenés à Digne puis finalement relâchés. Trois hommes sont arrêtés à Saint-André-les-Alpes et Digne (René Dedieu-Amour, Jean Pianetta et Jean Tarentola) à la suite de coups de feu contre un collaborateur. Les Allemands fouillent le village de Saint-Julien-du-Verdon et arrêtent le maire Jean Martel qui est déportéVoir Musée de la Résistance Azuréenne : Documents, Témoignages, Recherches n°2, Du Férion au Verdon, les lycéens de Nice et les autres. Le drame du maquis du Férion Version en ligne.
Les combats se poursuivent les jours suivants notamment autour de Saint-André-les-Alpes dont les maquisards de la de FTP et les groupes de l'Armée secrète (AS) de Gérard Pierre-Rose (alias Manfred) et Lagoutte (commandés par Trouyet alias capitaine Charles) prennent le contrôle le . Des combats ont lieu vers 15 heures au col des Robines entre une colonne allemande (3 camions, 80 hommes environ) et la Cie FTP. Les maquisards repoussent les Allemands qui ont trois morts et un prisonnier. Deux prisonniers allemands capturés en descendant du train des Pignes doivent être exécutés à Saint-André-les-Alpes. Mal fouillés, ils blessent six résistants d'origine russe avec des grenades. Ils sont maîtrisés et exécutés. Un agent de la Gestapo est arrêté par les maquisards à Castellane ainsi qu'un membre du PPF. Ils sont jugés puis exécutés.
Pour venger les morts allemands et mater l'insurrection dans le secteurSur la suite de l'insurrection et des combats dans le Verdon, lire Musée de la Résistance Azuréenne : Documents, Témoignages, Recherches, L'insurrection et les drames - Verdon : - 12 juin, la Gestapo de Digne décide de mener des représailles en exécutant 11 résistants à Saint-Julien-du-Verdon sur les lieux de l'embuscade du . Cependant, l'insécurité qui règne sur le réseau entre Castellane et Digne l'empêche de mener à bien elle-même cette opération de répression. Elle demande donc à la Gestapo de Nice d'organiser les représailles ONAC 06, Les fusillés de Saint-Julien-du-Verdon 11 juin 1944, Collection Mémoire de la seconde guerre mondiale dans les Alpes-Maritimes, page 6..
L'organisation de l'exécution par la Gestapo de Nice
Le , 13 résistants sont extraits du quartier allemand de la prison de Nice aux nouvelles prisons. Ils sont poussés dans un fourgon cellulaire qui prend la route des Alpes.
Parmi les 13 résistants se trouvent notamment 4 élèves du lycée de garçons Félix Faure de Nice (Gilbert Campan, Césaire Aubé, Francis Gallo et Roger Demonceaux) ainsi qu'un ancien élève (Jacques Adam). Ces 4 lycéens ont rejoint le maquis du Férion le . Ce maquis formé début sur les hauteurs de Bendejun attend un parachutage d'armes. Les lycéens partent de Nice le . Ils se sont donné rendez-vous sous l'olivier de la paix devant le lycée Masséna. Joseph Arnaldi, fondateur du groupe de résistants lycéens Jojo est présent pour leur dire au revoir. L'agent de liaison Bernard Audibert les conduit à Bendejun. Ils arrivent au maquis de Férion. Cependant la Milice et les Allemands ont repéré les mouvements des groupes de résistance. Dans le même temps, ces derniers se rendent compte que le parachutage n'aura pas lieu, probablement du fait d'une incompréhension avec les Alliés sur le lieu de parachutage. Le , l'évacuation du maquis commence. Les lycéens quittent à leur tour le maquis accompagnés par Jacques Adam pour rejoindre la maison de campagne de M. Gallo, à l’Aire Saint-Michel. Ils sont cependant arrêtés en route par la Milice (à Saint-André ou à Saint-Pancrace) qui les livre à des gendarmes allemands qui les conduisent à la prison de Nice Musée de la Résistance Azuréenne : Documents, Témoignages, Recherches n°2, Du Férion au Verdon, les lycéens de Nice et les autres. Le drame du maquis du Férion..
Trois des 11 fusillés de Saint-Julien-du-Verdon sont des résistants originaires de Puget-Théniers, membres du groupe François monté sur Puget-Théniers par Gabriel Mazier (alias capitaine François). Ces trois résistants sont Nonce Casimiri arrêté le ainsi que les frères Aimé et Roger Magnan arrêtés le Voir Gabriel MAZIER alias Capitaine François, "Un officier d'occasion dans le Haut Pays niçois", Guerre 1939 / 1945, Nice, mars 1992..
Deux résistants fusillés au Bar-sur-Loup
thumb|left|200px|Photographie de la stèle commémorative au Pré-du-Lac au Bar-sur-Loup honorant Pierre Appolin et Joseph Graffino exécutés le 10 juin 1944. thumb|right|200px|Photographie de la plaque commémorative située au-dessus de l'entrée de la maison de retraite allée du docteur Maffet au Bar-sur-Loup rappelant que les corps de 4 résistants tués le 10 juin 1944 ont été déposés en cet endroit. Le fourgon qui emmène les résistants encadrés par des soldats allemands s'arrête une première fois sur la commune du Bar (Alpes-Maritimes vers 19 heures au carrefour du Pré-du-Lac (quartier Saint-Andrieu). Pierre Appolin et Joseph Graffino, deux FTP antibois, sont extraits du fourgon et exécutés quelques mètres plus loin, à l'angle de la route de Grasse et du chemin des Martelles, en représailles de l'attentat organisé par la résistance et qui coûte la vie au consul fasciste-républicain d'Antibes Jean-Louis Panicacci, Les lieux de mémoire - De la deuxième guerre mondiale dans les Alpes-Maritimes, Éditions Serre, Nice, 1997, page 18.. Cet attentat du à Antibes a été organisé par le détachement Korsec ONAC 06, Les fusillés de Saint-Julien-du-Verdon 11 juin 1944, Collection Mémoire de la seconde guerre mondiale dans les Alpes-Maritimes, page 7. . Une stèle commémorative a été érigée sur les lieux de l'exécution des deux FTP. Leurs corps sont déposés par la population dans l'actuelle maison de retraite allée du docteur Maffet avec les corps des frères Albert Albert Belleudy alias Gabriel : Il est né le 11 septembre 1915 à Nice. Il est employé de l’école Freinet de Vence. Militant communiste, il rejoint la Cie FTPF-FFI de Vence. Il est exécuté le 10 juin 1944 avec son frère dans les gorges du Loup à Gourdon (Alpes-Maritimes) pour avoir voulu désarmer des soldats allemands. Une plaque commémorative de cette exécution existe à Gourdon à la sortie du canal du Foulon. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif de la Libération de Nice, sur le monument aux morts de Vence, sur le monument commémoratif de la Résistance de Vence et sur la plaque commémorative au-dessus de l'entrée de la maison de retraite située allée du docteur Maffet au Bar-sur-Loup. Il est reconnu Mort pour la France, cote S.G.A. AC-21P-18142 Fiche S.G.A.d'Albert Belleudy. et Marcel Belleudy Marcel Belleudy : né le 9 octobre 1924 à Nice. Militant communiste, il rejoint la Cie des FTPF-FFI de Vence. Il est exécuté le 10 juin 1944 avec son frère dans les gorges du Loup à Gourdon pour avoir voulu désarmer des soldats allemands. Une plaque commémorative de cette exécution existe à Gourdon à la sortie du canal du Foulon. Son nom est inscrit sur le monument commémoratif de la Libération de Nice, sur le monument aux morts de Vence, sur le monument commémoratif de la Résistance de Vence et sur la plaque commémorative au-dessus de l'entrée de la maison de retraite située allée du docteur Maffet au Bar-sur-Loup. Il est reconnu Mort pour la France. . Les frères Belleudy sont des résistants membres des FTP et originaires de Vence. Ils sont exécutés pour avoir voulu désarmer des soldats allemands dans les Gorges du Loup à Gourdon. Une plaque commémorative de cette exécution existe à Gourdon à la sortie du canal du Foulon Jean-Louis Panicacci, Les lieux de mémoire - De la deuxième guerre mondiale dans les Alpes-Maritimes, Éditions Serre, Nice, 1997, pages 18 et 19. .
L'exécution de 11 résistants à Saint-Julien-du-Verdon