vignette|redresse=1.1|Notre-Dame de Paris et la Seine en 2011. vignette|redresse=1.1|Façade sud de Notre-Dame de Paris en 2009.

La cathédrale Notre-Dame de Paris, communément appelée Notre-Dame, est l'un des monuments les plus emblématiques de Paris et de France. Située sur l'île de la Cité, dans le de la capitale, elle constitue un lieu de culte catholique et sert de siège à l'archidiocèse de Paris, dédié à la Vierge Marie.

Sa construction est lancée en 1163 sous l'impulsion de l'évêque Maurice de Sully, et s'étale sur près de deux siècles, pour se terminer au milieu du vers 1345. Après la Révolution française, entre 1845 et 1867, la cathédrale bénéficie d'une importante restauration, parfois controversée, sous la direction de l'architecte Eugène Viollet-le-Duc, qui y incorpore des éléments et des motifs inédits, dont une nouvelle flèche. Pour ces raisons, le style n'est pas d'une uniformité totale : la cathédrale possède certains des caractères du gothique primitif et du gothique rayonnant. Les deux rosaces qui ornent chacun des bras du transept sont parmi les plus grandes d'Europe.

La cathédrale est liée à de nombreux épisodes de l'histoire de France. Église paroissiale royale au Moyen Âge, elle accueille l'arrivée de la Sainte Couronne en 1239, puis le en 1804, le baptême du dernier des Bourbons de France en 1821, ainsi que les funérailles de plusieurs présidents de la République française (Adolphe Thiers, Sadi Carnot, Paul Doumer, Georges Pompidou, François Mitterrand). C'est aussi sous ses voûtes qu'est chanté un Magnificat lors de la libération de Paris, en 1944. Le de sa construction est célébré en 2013.

La cathédrale inspire de nombreuses œuvres artistiques, notamment le roman de Victor Hugo Notre-Dame de Paris paru en 1831 et qui influence en retour en partie son histoire. Au début du , Notre-Dame est visitée chaque année par quelque de personnes. L'édifice, aussi basilique mineure, est ainsi le monument le plus visité en Europe et l'un des plus visités au monde jusqu'en 2019, et de ceux qui ont suscité une réflexion sur une régulation des flux touristiques.

Le violent incendie du détruit la flèche et la totalité de la toiture couvrant la nef, le chœur et le transept. Il s'agit du plus important sinistre subi par la cathédrale depuis sa construction. Dès lors, Notre-Dame est fermée au public. La reconstruction à l'identique des parties détruites ou gravement endommagées est décidée en 2020. La cérémonie officielle de réouverture de Notre-Dame a lieu le et l'ouverture au public le .

Histoire Édifices primitifs

vignette|gauche|Tracé, selon Marcel Aubert, de l'emplacement, en 1150, de la cathédrale primitive dédiée à Notre-Dame, à l'emplacement de la nef, du transept et du chœur de l'édifice actuel. La cathédrale Saint-Étienne de Paris se trouvait à l'ouest de la cathédrale actuelle, au niveau du parvisVoir son tracé sur Marcel Aubert, « Les anciennes églises épiscopales de Paris, Saint-Étienne et Notre-Dame, au et au début du », Comptes rendus des séances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 1939, 83-3, , figure..

Une tradition fait exister à l'emplacement de Notre-Dame un temple païen gallo-romain dédié à Jupiter. Il s'agit d'un mythe historiographique reposant sur la découverte du pilier des Nautes en 1711, retrouvé sous la cathédrale, démonté et réemployé dans les maçonneries du rempart gallo-romain entourant la Cité au Bas-Empire. Ce pilier, dédié effectivement à Jupiter entre 14 et 37 ap. J.-C., aurait pu se dresser n'importe où à Lutèce et être acheminé, comme nombre de blocs sculptés issus de monuments antiques, au , lors des travaux liés à la fortification de l'île, qui n'était alors que faiblement urbanisée..

Quatre édifices religieux se succèdent avant la cathédrale de l'évêque de Paris Maurice de Sully : une église paléochrétienne du remaniée en basilique mérovingienne, puis une cathédrale carolingienne . et enfin une cathédrale romane restaurée et agrandie, mais qui s'avère progressivement trop petite pour la population de Paris qui augmente rapidement..

Selon Jean Hubert, la cathédrale primitive dédiée à Notre-Dame forme, du , avec la cathédrale Saint-Étienne une qui, accompagnée par le baptistère de l'église Saint-Jean-le-Rond de Paris, constitue au Moyen Âge lecclésia du diocèse de Paris, le groupe épiscopal qui précède la cathédrale de l'évêque Maurice de Sully..

Marcel Aubert appuie la thèse de son élève en affirmant que l'église, dont le mur occidental s'élevait à environ en avant de la façade actuelle, est l'ancienne église mérovingienne de la cathédrale Saint-Étienne de Paris, abandonnée à partir de 857 et en ruines en 1112. La cathédrale primitive Notre-Dame de Paris est située plus à l'est, sur l'emplacement d'une partie de la nef, du transept et du chœur de la cathédrale actuelle. Son abside est préservée jusqu'à la construction du nouveau chœur en 1163, le culte se poursuivant dans sa nef pendant les travaux de la nouvelle cathédrale jusqu'en 1180..

Cette approche de Jean Hubert et Marcel Aubert au , faisant de Saint-Étienne et Notre-Dame une cathédrale double, est cependant remise en question par des études plus récentes qui ne permettent pas de confirmer les hypothèses avancées...

Étapes de l'édification En 1160, l'évêque de Paris Maurice de Sully décide (initiative personnelle, initiative des chanoines ou initiative du roi des Francs Michel Rouche, , émission La voix est libre, Radio Notre-Dame, 19 décembre 2012. ?) la construction d'un sanctuaire d'un nouveau type, beaucoup plus vaste, à la place de la cathédrale romane démolie au fur et à mesure, les pierres sacrées étant parfois retaillées ou utilisées pour les fondations. Comme dans l'ensemble de l'Europe de l'Ouest, les se caractérisent en effet par une rapide augmentation de la population des villes françaises, liée à un important développement économique, et les anciennes cathédrales deviennent pour la plupart trop petites pour contenir l'afflux des fidèles. Les spécialistes estiment que la population parisienne passe de en 1180, début du règne de , à vers 1220, ce qui en fait la plus grande ville d'Europe, en dehors de l'Italie...

L'architecture de la nouvelle cathédrale doit s'inscrire dans la ligne du nouvel art français (francigenum opus), nommé a posteriori art gothique. Plusieurs grandes églises gothiques existent alors déjà (l'abbatiale Saint-Denis, la cathédrale Notre-Dame de Noyon et la cathédrale Notre-Dame de Laon), tandis que la cathédrale Saint-Étienne de Sens est en voie d'achèvementNotre-Dame de Paris. Une des premières cathédrales gothiques de France .. La construction, commencée sous le règne de Louis VII le Jeune (qui offre la somme de ), dure de 1163 à 1345. À cette époque, Paris n'est qu'un évêché, suffragant de l'archevêque de Sens, Sens étant au Bas-Empire la métropole de la province romaine de Lyonnaise quatrième, et en ayant conservé à ce titre la prééminence.

Première période (1161–1250) vignette|redresse|Dessin de Villard de Honnecourt (v. 1200) présentant le modèle de contrefort.

vignette|redresse|Coupe schématique de la grande nef montrant ses deux bas-côtés d'égale hauteur et ses tribunes, telle qu'elle se présentait en 1220–1230.. Vers 1230, à la suite de l'agrandissement des fenêtres hautes, on remplace les arcs-boutants supérieurs à double volée par de grands arcs-boutants à simple volée, tels que le montre la photo ci-dessous. vignette|redresse|Les arcs-boutants de la nef, qui datent des environs de l'an 1230. vignette|redresse|La moitié inférieure de la face sud de la tour sud, fort peu ornée, a des allures austères de forteresse.

Une légende, fondée par le chroniqueur Jean de Saint-Victor dans son Memoriale Historiarum écrit au et rapportée par une longue et abondante tradition historiographique, veut qu'entre le et le , le pape Alexandre IIICette légende naît probablement de la confusion avec la dédicace de l'église abbatiale de Saint-Germain-des-Prés par ce pape le . La vue de l'évêque de Paris Maurice de Sully dans le cortège indispose les moines soucieux de l'indépendance de l'abbaye royale qui bénéficie d'une exemption pontificale, si bien qu'ils chassent l'évêque. Voir., alors réfugié à Sens, pose lui-même la première pierre, en présence du roi des Francs Louis VII le Jeune... En l'état actuel des connaissances, la date traditionnellement retenue pour le début des travaux de Notre-Dame est 1163., mais il est probable que le chantier a débuté dès 1161.. L'essentiel des travaux se fait sous la direction de l'évêque Maurice de Sully (1160–1197) et de son successeur Odon de Sully (1197–1208) – les deux n'ayant aucun lien de parenté. On distingue quatre campagnes d'édification, correspondant à quatre maîtres d'œuvre différents, dont les noms ne nous sont pas parvenusParmi les familiers de Sully qui sont évoqués dans divers actes de sa chancellerie, figurent en 1164 un laïc « Ricardus cementarius » (Richard le maçon) et, en 1170 et 1187, un « Symon carpeutarius » (Symon le maçon), ces deux termes de métiers pouvant avoir une acception plus large à cette époque et désigner des architectes, mais cela relève de la conjecture. Source : . : 1163-1182 : construction du chœur et de ses deux déambulatoires. Selon le chroniqueur Robert de Torigni, le chœur est achevé en 1177 et le maître-autel est consacré par le cardinal Henri de Château-Marçay, légat du pape et Maurice de Sully, le Chronique de Robert de Torigni, abbé du Mont-Saint-Michel, Éd. Léopold Delisle, Rouen, Le Brument, 1872–1873, .. Des messes sont alors célébrées dès 1180 ; 1182-1190 : construction des quatre travées orientales de la nef, des bas-côtés et des tribunes. La construction de la nef commence en 1182, après la consécration du chœur. Certains pensent même que les travaux débutent dès 1175. Les travaux s'arrêtent après la quatrième travée, laissant la nef inachevée ; 1190-1225 : construction de la base de la façade et des deux travées occidentales de la nef. On commence l'édification de la façade en 1208. À partir de cette année, les portails sont construits et décorés. L'étage de la rose date de 1220–1225. La construction des travées occidentales de la nef reprend en 1218 afin de contrebuter la façade ; vers 1225–1230 : selon Viollet-le-Duc, qui en trouve les traces dans le monument, un incendie détruirait à cette époque la charpente supérieure et les combles ; 1225-1250 : construction de la partie haute de la façade et des deux tours. Agrandissement des fenêtres hautes (suppression des petites rosaces) pour remédier à l'obscurité (vers 1230). Simultanément, la toiture des combles des tribunes est remplacée par des terrasses et de nouveaux arcs-boutants, dotés de chaperons à chéneaux, permettant l'évacuation des eaux de pluie de la partie supérieure de l'édifice. Entre 1235 et la fin des années 1250, construction, pour célébrer les messes périodiques, des chapelles latérales de la nef entre les culées des arcs-boutants à partir de l'extrémité ouest jusqu'au transeptHenry Kraus, L'Argent des cathédrales, , 25-26 note 2.. La tour nord est achevée en 1240. En 1250, s'achève la construction de la tour sud. À cette date, pendant le règne du roi , la cathédrale est terminée et totalement fonctionnelle. Les phases ultérieures de l'édification concernent des additions, embellissements, réparations et modifications parfois fort importantes.

Financement de la construction de la cathédrale La construction de la cathédrale de Paris ne dure qu'environ , jusqu'au début des travaux de réalisation des chapelles latérales entre les contreforts, à partir de 1235. Cette rapidité de construction nécessite un financement important. Le livre d'Henry Kraus sur L'Argent des cathédrales montre que cette première phase de construction ne mobilise, pour l'essentiel, que des biens propres de l'évêque et du chapitre de religieux. La construction de la cathédrale profite peut-être d'une période de prospérité et de paix.