vignette|Bossuet en 1698, peint par Hyacinthe Rigaud. Florence, Galerie des Offices. Les Oraisons funèbres de Bossuet, prélat, écrivain et prédicateur français, sont des pièces d'éloquence religieuse. Dix d'entre elles sont conservées. Le texte de deux autres est perdu.

Contexte L'oraison funèbre avant Bossuet

La pratique de l'oraison funèbre remonte à l'AntiquitéConstant Martha, « L'oraison funèbre chez les Romains », sur mediterranee-antique.fr, Revue des Deux Mondes, XXI, 1877..

En France, dès le , le genre est très développé, dans Bossuet, Oraisons funèbres, coll. « Folio classique », Paris, Gallimard, 2004, .. Un exemple célèbre est lOraison funèbre sur la mort de monsieur de Ronsard (1586), de Jacques Davy du PerronJacques Davy du Perron, Oraison funèbre sur la mort de monsieur de Ronsard, sur gallica.bnf.fr, Paris, Morel, 1636 (consulté le ). — L'orateur n'est pas encore entré dans les ordres lorsqu'il délivre cette oraison funèbre.. L'éloge n'y est pas triste et n'a pas le caractère religieux d'un sermon. L'orateur présente simplement Ronsard comme un grand poète de l'amour et comme un remarquable défenseur de l'ÉgliseJacques Truchet, , ..

Au début du , la déploration s'ajoute à l'éloge : on se lamente sur le vide laissé, sur le désarroi causé par l'absence du défunt. Une plainte revient souvent : La mort étend son ombre sur l'oraison funèbre, qui devient triste. La mort des rois, celle d' en particulier, suscite un grand nombre d'oraisons funèbres tristesJacques Perot, « Le mythe du bon roi Henri : entre histoire et légende au fil des siècles », sur canalacademie.com (consulté le ).. Les considérations religieuses y trouvent maintenant placeJacques Truchet, , ..

Dans les années 1640 et 1650, de nouveaux éléments apparaissent, sous l'influence peut-être du courant baroque : l'hyperbole, la complication, une présence plus importante encore de la mort. Ces nouveautés dérivent parfois vers des outrances. Le recours à l'idée de la mort n'est pas exempt d'effets de réalisme macabre. Mais il va permettre d'offrir à tous les auditeurs une leçon : la mort finit toujours par triompher de la grandeur, de la puissance et de la richesseJacques Truchet, , et ..

Bossuet est généralement présenté comme un novateur qui aurait profondément bouleversé l'art de l'oraison funèbre André Lagarde, Laurent Michard, , Paris, Bordas, 1962, 272 et 273.. combat cette idée, en proposant l'exemple d'une des oraisons funèbres d'Anne d'AutricheDans le cas d'un personnage de tout premier plan, plusieurs oraisons funèbres sont prononcées. Celle d'Anne d'Autriche donnée par Bossuet est perdue., celle délivrée par le jeune Jean-Louis de Fromentières. Elle annonce les principes et la technique de BossuetJacques Truchet, , .… On y trouve la citation biblique () Psaumes, 2, ., qui sera mise par Bossuet en exergue de l'''Oraison funèbre de Henriette-Marie de France. La mort de la reine est pour Fromentières . Les volontés de la Providence constituent l'idée maîtresse de l'œuvre de Bossuet, notamment dans ses oraisons funèbres. Le texte de Fromentières s'organise, remarque Truchet, Il s'agit de faire l'éloge d'Anne d'Autriche, tout en instruisant l'auditeur. Le discours évoque l'affliction du peuple de France, la perte des biens terrestres, mais offre surtout une leçon chrétienne : le caractère incorruptible et immortel de la conduite édifiante de la reine.

Cet exemple est pris en 1666. Truchet en déduit qu'.

L'oraison funèbre selon Bossuet

Il nous reste aujourd'hui de Bossuet dix oraisons funèbres, dont deux sont particulièrement célèbres, celle d'Henriette d'Angleterre (1670) et celle du Grand Condé (1687)René Pommier, « Oraison funèbre de Condé », sur rene.pommier.free.fr (consulté le 10 mai 2018).. Les oraisons funèbres de Bossuet font mention, souvent de manière détournée, de toutes les controverses religieuses de l'époque : le jansénismeSeulement dans les oraisons funèbres du père Bourgoing et de Nicolas Cornet. Jacques Truchet, , 40 et 74., le courant Les thèmes le plus souvent repris par l'orateur sont la Providence divineAndré Lagarde, Laurent Michard, , Paris, Bordas, 1962, 280., l'orgueil humainJacques Truchet, , ., la conversion et, surtout, la mortJacques Truchet, , -.. Ces thèmes sont illustrés par le contexte dans lequel vécut le personnage dont Bossuet retrace l'existence : l'oraison funèbre d'Henriette de France comprend un tableau historique de la première révolution anglaise, celle de Le Tellier évoque la Fronde, celle de Condé livre le récit des batailles de Rocroi et de FribourgPierre-Georges Castex, Paul Surer, Georges Becker, Manuel des études littéraires françaises : , Paris, Hachette, 1966, 187.André Lagarde, Laurent Michard, , Paris, Bordas, 1962, 272..

En tant que premier aumônier de Marie-Anne de Bavière, Bossuet prononce deux allocutions en avril et , lors de la remise du cœur, puis du corps de la défunte. On ne les considère pas comme des oraisons funèbresJacques Truchet, , , ..

Les quatre premières oraisons funèbres de Bossuet

Bossuet n'appréciait guère ce travail, mais il ne pouvait pas toujours échapper aux sollicitationsFrançois Le Dieu (le secrétaire de Bossuet), Mémoires et Journal, sur archive.org, Paris, Didier, 1856, I, 181 et 182 (consulté le 13 mai 2018).Laffont, Bompiani, Le Nouveau Dictionnaire des œuvres de tous les temps et de tous les pays, Bompiani, Laffont, 1994, IV, 5224.. Dans la période 1655-1663, il accepte de prononcer des oraisons funèbres parce qu'elles concernent des personnages vertueux. Il ne les publie pas. Nous en connaissons quatre. Jacques Truchet, , 5.. Oraison funèbre de madame Yolande de Monterby, abbesse des religieuses bernardines« Oraison funèbre de madame Yolande de Monterby, abbesse des religieuses bernardines », sur abbaye-saint-benoit.ch (consulté le ). (abbesse du Petit Clairvaux, à Metz). Le manuscrit est conservéJacques Truchet, , 413.. Automne 1658. Oraison funèbre de messire Henri de Gornay« Oraison funèbre de messire Henri de Gornay », sur abbaye-saint-benoit.ch (consulté le ). (seigneur de Talange et de Louyn-sur-Seille, maître échevin de Metz). Le manuscrit est conservéJacques Truchet, , 416.. , dans l'église de l'Oratoire. Oraison funèbre du révérend père Bourgoing, supérieur général de la congrégation de l'Oratoire« Oraison funèbre du révérend père Bourgoing, supérieur général de la congrégation de l'Oratoire », sur abbaye-saint-benoit.ch (consulté le ).. Le manuscrit circule, puis est perdu. On a comme sources l'édition de Jean-Pierre Deforis et celle du père Anselme BatterelJacques Truchet, , 418 et 457.. . Oraison funèbre de messire Nicolas Cornet, grand maître du collège de Navarre« Oraison funèbre de messire Nicolas Cornet, grand maître du collège de Navarre », sur abbaye-saint-benoit.ch (consulté le ).. Le manuscrit est perdu. On a comme source le texte publié à Amsterdam en 1698 par Charles-François Cornet de Coupel, petit-neveu du défuntJacques Truchet, , 67, 419 et 457..

Les oraisons funèbres disparues

En 1666, la mort d'Anne d'Autriche donne lieu à plusieurs oraisons funèbres : celle de Jean-François Senault, celle de Jean-Louis de FromentièresJacques Truchet, , ., celle de Jules Mascaron (dans l'église de l'Oratoire), celle du François Faure, évêque d'Amiens (lors des funérailles, dans la basilique Saint-Denis). Quelques jours après les funérailles, lors d'un service anniversaire, Bossuet fait devant le roi, dans la chapelle du château de Saint-Germain, lÉloge funèbre de la reine Anne d'AutricheLaffont, Bompiani, , 5225, 5228 et 5229.. En 1686, il prononce l'oraison funèbre de Marie Constance du Blé d’Uxelles, abbesse de Faremoutiers.

Le texte de ces deux oraisons funèbres de Bossuet n'est pas arrivé jusqu'à nous.

Les six oraisons funèbres publiées par Bossuet

En 1689, Bossuet publie six oraisons funèbres d'importants personnages. Prononcées de 1669 à 1687Notice bibliographique FRBNF30135531, sur catalogue.bnf.fr (consulté le 2 mai 2018)., ce sont les six dernières de celles dont le texte est conservé. Régulièrement rééditées, elles restent les plus connues.

Oraison funèbre d'Henriette de France (1669)

Exorde. Dieu instruit les rois non seulement à travers les Écritures mais aussi à travers les événements du monde. Bossuet invite l’assistance à considérer la vie mouvementée de la Reine d'Angleterre.

Premier point : la vie heureuse. Rappel de la naissance illustre de la reine et de son mariage avec Charles d'Angleterre. Générosité et charité de la reine, son dévouement pour l’Église catholique. Elle a permis de réconcilier la France et l'Angleterre.

Deuxième point (bien plus développé) : les malheurs qui ont frappé la reine. Bossuet en rend responsable la Révolution anglaise et surtout la Réforme et sa « fureur de disputer des choses divines sans fin, sans règle, et sans soumission. » Le roi a été victime d'une révolte suscitée par un intrigant : portrait de Cromwell. Bossuet insiste sur l'admirable courage de la reine dans les épreuves qu'elle a traversées. Rappel de son exil et de sa misère en France. Elle ne vivait que pour Dieu.

Péroraison : sa mort laisse de nombreux regrets. Bossuet forme le vœu que ces terribles événements ne se reproduisent plus et que la reine connaisse la félicité éternelle.

Oraison funèbre d'Henriette d'Angleterre (1670)

Exorde. La vie de « Madame » témoigne du néant et de la grandeur de l'homme.

Premier point: "ce qu'une mort soudaine lui a ravi". La mort frappe tous les hommes, sans tenir compte de leur statut social. La princesse était de très haute naissance et d'une grande valeur personnelle. Mais la mort a tout emporté. Premier récit, pathétique, de la mort de Madame. Cette jeune princesse, qui laissait entrevoir de grandes espérances, n'est plus qu'"un cadavre, non, pas même un cadavre, mais un je ne sais quoi qui n'a de nom dans aucune langue."

Deuxième point: "ce qu'une mort soudaine lui a donné". On ne peut juger un homme que selon son rapport avec Dieu. Madame est un témoignage de l'action divine. Dieu lui a donné à la fois une grâce de conversion qui l'a amenée à la foi catholique, et la grâce de persévérer dans sa foi. Deuxième récit, mystique, de sa mort.

Péroraison. Bossuet exalte la sagesse de Dieu, qui a guidé la princesse toute sa vie.

Oraison funèbre d'Anne de Gonzague de Clèves (1684)

Exorde. Même les hommes les plus éloignés de Dieu peuvent et doivent se convertir: "Mon discours, dont vous vous croyez peut-être les juges, vous jugera au dernier jour."

Premier point : la princesse dans l'ignorance de la foi. Sa naissance, son enfance paisible dans les couvents. Sa jeunesse dissipée, ses intrigues, son éloignement de Dieu : dénonciation des incroyants.

Deuxième point : la conversion. Intervention de Dieu pour assurer son salut. Un songe la convertit, un autre lui donne l'espérance du salut. Éloge de sa vie pénitente: sa charité, sa constance dans les épreuves, sa foi dans l'amour de Dieu.

Péroraison. Bossuet invite chacun à ouvrir son cœur à Dieu et évoque le Jugement dernier.

Oraison funèbre du Grand Condé (1687)

Commentaires

Pour Voltaire, les oraisons funèbres réclament

Publication

Premières éditions

Bossuet ne publie lui-même que six de ses oraisons funèbres, les dernières, celles de grands personnages. Après des éditions ponctuelles, il les réunit toutes les six en 1689 sous le titre Recueil d'oraisons funèbres composées par messire Jacques-Bénigne Bossuet, de Meaux, chez Mabre-Cramoisy. Les manuscrits ne sont pas conservés, mais c'est l'auteur lui-même qui a procédé aux corrections. On considère donc le texte de cette édition comme définitifJacques Truchet, , 424..

En 1762, Claude Lequeux publie à Paris, chez Desaint et Saillant, une édition critique des six dernières oraisons funèbres, intitulée Recueil des oraisons funèbresNotice bibliographique FRBNF30796415, sur catalogue.bnf.fr (consulté le 2 mai 2018)..

Éditions récentes