Le conclave papal de 1914 se tint pour élire un successeur au pape Pie X, mort au Vatican le .
Contexte politique thumb|right|290px|La chapelle Sixtine, théâtre du conclave de 1914 À l'été 1914, avec l'Europe en train de sombrer dans la Première Guerre mondiale, quiconque serait élu aurait la difficile tâche de guider le Saint-Siège à travers la guerre qui devait mettre fin à toutes les autres guerres, dans laquelle la Belgique et la France, deux pays catholiques, étaient attaquées par l'Allemagne protestante, soutenue par l'Autriche-Hongrie, elle-même catholique, alors que la France était alliée au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande protestant et catholique et à la Russie orthodoxe. Nombreux étaient alors ceux à se demander si le Saint-Siège devait adopter une position de neutralité ou s'il devait assumer un rôle de guide moral en rendant public des jugements sur les actes des différents belligérants.
Le conclave réunit des cardinaux de pays en guerre, tels que l'Austro-hongrois Károly Hornig, le Belge Désiré-Joseph Mercier, le Français Louis Luçon, l'Allemand Felix von Hartmann, le Britannique Francis Bourne et l'Irlandais Michael Logue. La situation empêchait de fait l’élection de cardinaux impliqués dans la guerre ou comme Ferrata, ayant été nonce dans l'un des pays.
Abolition de l'exclusive Après la chapelle ardente et les funérailles du populaire mais controversé pape Pie X, le Collège cardinalice se réunit pour le conclave à la fin du mois d'. Une des différences majeures par rapport aux conclaves précédents était que désormais aucun monarque séculier ne pouvait opposer d'exclusive (veto) au choix du collège. Ce changement était l'une des principales réformes voulues par Pie X, désormais toute personne essayant de quelque manière que ce soit de poser un veto pendant le conclave risquait l'excommunication. Pour la première fois depuis des siècles, les cardinaux effectuent leur choix seuls et en toute indépendance. Toutefois des tensions nationales existaient et il semble que le cardinal Hartmann ait essayé de décourager les Allemands de voter pour Della Chiesa.
L'élection du pape Le conclave en lui-même se réunit dans la chapelle Sixtine à partir du . Dès le début du conclave trois courants se démarquent : Merry del Val puis Domenico Serafini, un Bénédictin, assesseur au Saint-Office, gagnent les voix des membres de la Curie dans la lignée de la politique conservatrice et réactionnaire du pape Pie X. À l'opposé, certains cardinaux, tels qu'Andrea Carlo Ferrari et Désiré Mercier, soutiennent l'archevêque de Pise Pietro Maffi, considéré comme très libéral mais à qui l'on reproche sa trop grande proximité avec la Maison de Savoie. Enfin, des modérés soutiennent Giacomo della Chiesa, archevêque de Bologne, qui se situe entre Maffi et Serafini, plus neutre diplomatiquement. Lors des premiers tours de scrutin, Della Chiesa récolta le même nombre de voix que Maffi, qui le trouvait "homme de bureau" et sembla au fil des tours gagner quelques voix du camp conservateur, divisé. Après quatre tours de scrutin, Della Chiesa obtint cinq voix de plus que ses concurrents directs, et, lorsqu'il devint clair que Maffi ne pourrait pas rassembler sur son nom les deux-tiers des votes, Serafini restait comme le dernier opposant à Della Chiesa. Le , à l'issue du dixième tour de scrutin, tous les partisans de Maffi s'étaient ralliés à Della Chiesa et il fut élu pape. Il prit le nom de pape Benoît XV. Matin du , premier scrutin Pietro Maffi, 12 votes Giacomo Della Chiesa, 12 votes Basilio Pompilj, 9 votes Rafael Merry del Val, 7 votes Domenico Serafini, 4 votes Domenico Ferrata, 2 votes Bartolomeo Bacilieri, 2 votes Pietro Gasparri, 1 vote Diomede Falconio, 1 vote Antonio Agliardi, 1 vote Andrea Carlo Ferrari, 1 vote Girolamo Maria Gotti, 1 vote Gaetano De Lai, 1 vote Giuseppe Francica-Nava de Bontifè, 1 vote Matin du , second scrutin Pietro Maffi, 16 votes Giacomo Della Chiesa, 16 voix Basilio Pompilj, 10 voix Rafael Merry del Val, 7 voix. Domenico Sefarini, 2 voix Domenico Ferrata, 2 voix Bartolomeo Bacilieri, 1 voix Agostino Richelmy, 1 voix Après-midi du , troisième scrutin Pietro Maffi, 16 voix Giacomo Della Chiesa, 16 voix Basilio Pompilj, 9 voix Rafael Merry del Val, 7 voix Domenico Serafini, 2 voix Agostino Richelmy, 2 voix Domenico Ferrata, 1 voix. Après-midi du , quatrième scrutin Giacomo Della Chiesa, 18 voix. Pietro Maffi, 16 voix Basilio Pompilj, 9 voix Rafael Merry del Val, 6 voix Domenico Serafini, 2 voix Domenico Ferrata, 1 voix Agostino Richelmy, 1 voix Matin du , cinquième scrutin Giacomo Della Chiesa, 20 voix Pietro Maffi, 13 voix Domenico Serafini, 10 voix Bartolomeo Bacilieri, 1 voix Agostino Richelmy, 1 voix Giuseppe Francica-Nava de Bontifè, 1 voix Willem Marinus van Rossum, 1 voix Matin du , sixième scrutin Giacomo Della Chiesa, 27 voix Domenico Serafini, 17 voix Pietro Maffi, 7 voix Basilio Pompilj, 2 voix Agostino Richelmy, 1 voix Giuseppe Francica-Nava de Bontifè, 1 voix Après-midi du , septième scrutin Giacomo Della Chiesa, 31 voix Domenico Serafini, 21 voix Pietro Maffi, 2 voix Agostino Richelmy, 1 voix Giuseppe Francica-Nava de Bontifè, 1 voix Après-midi du , huitième scrutin Giacomo Della Chiesa, 32 voix Domenico Serafini, 24 voix Agostino Richelmy, 1 voix Giuseppe Francica-Nava de Bontifè, 1 voix Matin du , neuvième scrutin Giacomo Della Chiesa, 34 voix Domenico Serafini, 22 voix Agostino Richelmy, 1 voix Giuseppe Francica-Nava de Bontifè, 1 voix Matin du , dixième scrutin Giacomo Della Chiesa, 38 voix (élu pape). Domenico Serafini, 18 voix Agostino Richelmy, 1 voix Giuseppe Francica-Nava de Bontifè, 1 voix.
Selon certains témoignages Della Chiesa aurait été élu par un seul vote. Selon les règles en vigueur à l'époque, les bulletins de vote étaient numérotés au verso, de telle sorte que, si l'élection avait lieu en un seul tour de scrutin, l'on pouvait vérifier si le cardinal élu avait voté pour lui-même, auquel cas l'élection était invalidée. Selon cette règle, le cardinal Rafael Merry del Val, qui avait été secrétaire d’État de Pie X, insista pour que les bulletins de vote soient vérifiés pour s'assurer que Della Chiesa n'avait pas voté pour lui-même - ce qu'il n'avait pas fait. Lorsque les cardinaux ont offert leur hommage au nouveau pape, Benoît XV aurait dit à Merry del Val, « La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire ». Ce à quoi Merry del Val répondit par le vers suivant du Psaume 118 : « C'est là l'œuvre du Seigneur, ce fut une merveille à nos yeux ».
Le cardinal Merry del Val ne fut pas reconduit dans ses fonctions de Secrétaire d'État par le nouveau pape, mais il est nommé secrétaire de la Congrégation suprême du Saint-Office (alors à la tête de ce dicastère, parce que les papes conservaient la charge de Préfet du Saint-Office, en laissant son administration quotidienne au Secrétaire d’État).
Voir aussi + CONCLAVE PAPAL DE 1914Durée4 joursNombre de tours de scrutin10ÉLECTEURS65Absents8Présents57Afrique0Amérique latine1Amérique du Nord1Asie0Europe55Océanie0Moyen-Orient0Italie33ExclusiveaboliePAPE DÉCÉDÉPIE X (1903-1914)PAPE ÉLUBENOIT XV (1914-1922)
Notes et références
1914 Catégorie:Benoît XV Catégorie:1914 en Italie Catégorie:Août 1914 Catégorie:Septembre 1914 Catégorie:1914 dans le christianisme Catégorie:Élection en 1914