vignette|Le maréchal Jean-de-Dieu Soult, duc de Dalmatie et commandant en chef les troupes françaises.
La deuxième invasion napoléonienne du Portugal, opposant les forces portugaises et britanniques à celles de l'Empire français, débute en et se termine après la bataille de Porto le .
Antécédents
Après la signature de la convention de Cintra qui marque la fin de la première invasion française, les généraux Dalrymple, Burray et Wellesley sont appelés à Londres afin d'être entendus par une commission d'enquête portant sur les termes de ce document. Le commandement des forces britanniques de la péninsule est confié au général John Moore le . Lors du congrès d'Erfurt (-), les termes du traité de Tilsit signé en 1807 sont réaffirmés par Napoléon et Alexandre de Russie. L'empereur français est désormais libre de s'occuper de l'Espagne et de résoudre la question de la péninsule Ibérique. Il entre en Espagne le avec une force supérieure à .
Cette grande offensive, dirigée par l'Empereur lui-même, amène Moore à se diriger vers l'Espagne avec la majeure partie des forces britanniques présentes au Portugal afin d'affronter la menace au côté des troupes espagnoles. La campagne se termine avec la retraite des troupes britanniques de Galice après la bataille de La Corogne le . Cependant, Napoléon doit rentrer en France pour faire face aux Autrichiens qui mobilisent et menacent d'entrer en guerre : il confie alors la poursuite de l'armée britannique au corps sous le commandement du maréchal Jean-de-Dieu Soult. Ce dernier a reçu l'ordre de Napoléon de marcher sur Porto dès l'embarquement des troupes britanniques à La Corogne, la ville devant être occupée le . Dix jours plus tard le corps doit être à Lisbonne. Le corps (depuis Mérida, à de Badajoz), sous le commandement du maréchal Claude Victor-Perrin, est chargé d'envoyer une colonne en direction de Lisbonne au moment où Soult arrivera à proximité de la capitale portugaise. Par ailleurs, sa commandée par le général Lapisse, située à Salamanque, a ordre de marcher sur Ciudad Rodrigo et Almeida une fois informée de l'arrivée de Soult à Porto.
Le plan de Napoléon oublie cependant de prendre en compte les conditions météorologiques et le mauvais état des routes qui ne permettent pas de mouvements rapides des troupes. Il ne prévoit pas non plus l'action des forces irrégulières qui, ne pouvant arrêter l'avancée d'une force expérimentée, disciplinée et bien équipée, peuvent tout au moins lui porter des coups, retarder sa marche et mettre en danger ses lignes de communications. Ce plan ne peut fonctionner sans une communication efficace entre les différents corps d'armée éloignés entre eux de plusieurs dizaines de kilomètres ; or, cette communication est rendue pratiquement impossible à moins que toute correspondance ne se voit protégée par une grosse escorte. Soult quitte La Corogne pour se diriger vers Ferrol qui se soumet sans difficulté le . La volonté de la population de résister aux Français se heurte au manque de détermination du commandement militaire. Vigo et Tui connaissent le même sort. Le , l'avant-garde de Soult atteint la rive nord du Minho mais les troupes françaises attendent d'être au complet le pour entrer au Portugal.
Première tentative
La première tentative de Soult d'entrer au Portugal est menée entre Camposancos (sur la rive nord du Minho, à près de de son estuaire) et Caminha (sur la rive sud). La traversée s'effectue grâce aux barques des pêcheurs qui permettent à peine de transporter à la fois. Les forces irrégulières portugaises qui surveillent depuis la rive sud ouvrent le feu ; seules parviennent à destination avec une trentaine d'hommes aussitôt capturés.
Soult abandonne l'idée de traverser le Minho et donne l'ordre à ses unités de marcher en direction d'Ourense, puis de Chaves à travers la vallée du Tâmega. Après un voyage marqué par des affrontements avec les insurgés espagnols, les premières forces atteignent Ourense le où le pont resté intact leur permet enfin de traverser. Ce n'est que le que les troupes se trouvent rassemblées. Soult maintient son quartier général à Ourense pendant 9 jours afin de pouvoir approvisionner les troupes et réparer les équipements. Le départ est prévu pour le .
Chaves
Le , l'armée française quitte Ourense vers Allariz puis vers Monterrei, où elle attend encore 3 jours le rassemblement des troupes. Le , elle reprend sa marche en direction de Chaves avec des troupes sur les deux rives du Tâmega. Les forces espagnoles du marquis de La Romana se sont retirées de la région et le brigadier Silveira, gouverneur militaire de Trás-os-Montes, est resté seul face à l'envahisseur. Les autres forces portugaises se trouvent alors à Braga et à Porto sous le commandement du général Bernardim Freire de Andrade, gouverneur militaire de Porto ; il a été décidé qu'elles ne se joindront pas à Silveira.
Devant l'impossibilité de résister aux Français, Silveira retire ses troupes vers les positions de São Pedro de Agostém, au sud de Chaves. Cependant, les nombreuses forces irrégulières qui l'accompagnent, ainsi qu'une partie du d'infanterie de Chaves, décident de défendre la place. Soult s'en prend d'abord aux forces de Silveira à São Pedro et les oblige à se retirer vers Vila Real. Fragilisés par cette situation, les défenseurs de Chaves se rendent le . Soult fait de Chaves sa base pour les futures opérations au Portugal. Il décide alors de poursuivre vers Porto à travers la Serra da Cabreira et de suivre la vallée du Cávado en passant par Ruivães et Salamonde. Il espère ainsi éviter les forces du général Silveira et un territoire plus facile à défendre. Avec l'itinéraire choisi, après Salomonde, il doit rejoindre Braga pour ensuite disposer d'une route en bon état jusqu'à Porto.
vignette|upright=1.5|Principaux mouvements des forces françaises lors de la deuxième invasion française du Portugal.
Braga
Le général Bernardim Freire se contente de poster des sentinelles sur les positions de Ruivães et de Salamonde dont les défenses sont solides. Il demande leur aide à l'évêque de Porto et à la régence : le premier lui envoie le de la légion royale lusitane commandée par le baron d'Eben mais les renforts envoyés de Lisbonne — deux bataillons — tardent à traverser le Douro. Bernardim Freire, peu confiant dans ses troupes indisciplinées et mal équipées, décide d'envoyer vers l'arrière l'artillerie et les vivres afin de rejoindre les défenseurs de Porto. Cet acte est vu comme une trahison par la population de la région et Bernardim Freire est assassiné.
De leur côté, les troupes de Soult quittent Chaves et se dirigent sur Braga le . Le maréchal envoie un détachement en direction de Vila Real pour tenir éloignées les forces du général Silveira, tandis que le corps de cavalerie du général Franceschi-Delonne et la division Delaborde avancent en se débarrassant facilement des foyers de résistance rencontrés jusque dans les plus petits villages. Parmi les combattants se trouvent aussi bien des hommes que des femmes, des jeunes, des vieillards, des hommes d'église et des paysans. Dans le village de Carvalho d'Este, à un peu moins de de Braga, sur les collines qui dominent chaque côté de la route, une troupe hétérogène de près de tente d'arrêter l'avancée française malgré ses faibles moyens, mais la bataille de Carvalho d'Este, le , est rapidement remportée par les troupes impériales qui s'emparent alors de Braga.
Porto
Après l'occupation de Braga, Soult reprend sa marche en direction de Porto. De nouveau, il est confronté aux forces improvisées portugaises qui font résistance sur le Ave, à Ponte d'Ave et Trofa, sans pour autant réussir à empêcher le passage des forces françaises. Le , Soult découvre Porto et les travaux de fortification de la ville. La ville est alors défendue par une ligne de tranchées et d'artillerie qui s'étend sur près de , au sommet des collines qui dominent la ville, depuis le fort São João Baptista da Foz jusqu'à la chapelle de Bonfim (où se trouve aujourd'hui l'église paroissiale). Les travaux de défense sont effectués sous la direction d'officiers du génie portugais et britanniques. 200 affûts d'artillerie et des barricades sont placés dans les principales rues de la ville, le tout sous la garde d'une armée nombreuse. Les forces réunies pour la défense de Porto comportent près de de troupes régulières, dont une majorité de jeunes recrues, trois ou quatre régiments de milices mal équipées et indisciplinées ainsi qu'un nombre élevé de citoyens, peu armés, dépourvus de disciplines et sans expérience militaire. L'effectif de cette armée n'est pas connue avec précision mais on l'estime au moins à .
Les Portugais refusent les propositions de reddition faites par Soult. Le débute donc la bataille de Porto. Une nouvelle fois, le manque d'efficacité des forces improvisées coûte cher aux Portugais. La défense ne résiste pas et la ville tombe aux mains des Français. L'affrontement se prolonge dans la ville autour des barricades successives levées dans chaque rue, mais en vain. Outre les atrocités perpétuées sur la population, l'épisode désastreux du pont de barques jeté sur le Douro, qui provoque des milliers de morts, reste dans les mémoires. Après l'occupation de Porto, Soult envoie des troupes au sud du Douro formées par la cavalerie de Franceschi et l'infanterie de Mermet.
Réorganisation de l'armée portugaise et unification des états-majors anglais et portugais
Au moment où les Français lancent la seconde invasion du Portugal en , l'armée portugaise se trouve dans une situation chaotique. Démantelée par Junot en , elle est privée du gros de ses troupes expérimentées et de ses meilleurs cadres, exilés au Brésil ou réquisitionnés dans la légion portugaise napoléonienne. Afin d'empêcher toute résistance, les Français ont confisqué l'essentiel de son armement et dissout les milices populaires évoluant à sa marge. En dépit des mesures rapides prises à l'été 1808 par le gouverneur des armées de la région militaire de Porto, Bernardim Freire de Andrade, ainsi que par son cousin le gouverneur Miguel Pereira Forjaz, pour recréer et réorganiser les forces armées en métropole, les responsables portugais prennent rapidement conscience dans l'urgence de la situation que les réformes effectuées de l'intérieur ne suffisent pas. La petite armée des opérations de l'Estrémadure (Exército de Operações da Estremadura) mène toutefois des interventions décisives sur le flanc gauche des forces britanniques en 1808. En outre, des attaques coordonnées des forces de Freire de Andrade et du général portugais Bacelar empêchent la jonction des corps d'armée du général Loison et du général Delaborde, ce qui permet les victoires anglo-portugaises à la bataille de Roliça le et à la bataille de Vimeiro, le .