Gennadios (en , en ) est un patrice, ex-consul (consul honoraire), magister militum d'Afrique et premier exarque d'Afrique au . Il fut reconnu pour ses prouesses militaires contre les Maures, en particulier grâce à sa victoire sur le roi Garmul vers 578/579 alors qu'il n'était encore que magister militum ainsi que sa pacification durable de l'Afrique romaine en 595. Dès lors qu'il fut exarque, il entretint une correspondance régulière avec le patriarche de Rome, Grégoire le Grand, et c'est principalement par lui que nous le connaissons.
Contextes Les Maures en Afrique romaine
Les autochtones amazigh d'Afrique se faisaient appeler « Libyens » par les Grecs, « Maures » par les Romains, et plus tard, les Arabes les appelleront « Berbères ».
À l'époque de l'État phénicien de Carthage, il existait également plusieurs royaumes maures indépendants dans son voisinage. Ils prirent parfois le parti des Romains lors des guerres puniques, comme les Massyles en -203, dont l'apport fut décisif.
À la suite de la conquête de Carthage par Rome, les Romains s'ingérèrent de plus en plus dans les successions des monarchies maures. Ces royaumes étaient clients de Rome. De -112 à -105, au cours de la Bellum Jugurthinum, les Romains débutent leurs conquêtes de l'ouest maure à la suite d'un massacre de marchands, et l'est de la Numidie est annexée. Après la bataille de Thapsus en -46, Jules César annexe le reste du royaume de Numidie de Juba Ier. La pacification des provinces africaines est assurée par la Légion Auguste. Enfin, l'empereur Caligula annexa la Maurétanie par l'assassinat de son roi Ptolémée en 37, ce qui signa la fin des royaumes clients de Rome en Afrique.
Cependant, la domination romaine sur l'Afrique n'était pas aussi complète que le laisseraient suggérer les cartes : si la bande côtière et l'actuelle Tunisie étaient bien romanisées et urbanisées, il subsistait à l'intérieur des terres un mode de vie pastoral et tribal, et encore plus loin, dans la partie appelée Gétulie par les Romains, le contrôle romain y était presque inexistant. Vers 77, Pline l'Ancien dénombrait 516 tribus maures sous l'obéissance des Romains. La domination romaine en Tripolitaine était essentiellement déléguée à des tribus maures.
Plus tard, au , Ptolémée ne parlait plus que d'une quarantaine de peuples [ethnê] et plusieurs tribus semblaient à présent romanisées en cités romaines classiques. Néanmoins, il semble que du temps de Septime Sévère, il y eut des guerres contre des tribus en Tripolitaine et un mouvement vers une fortification croissante. Septime Sévère fut loué pour avoir rendu la sécurité à la TripolitaineYves Modéran, Les Maures et l'Afrique romaine (), Rome, École française de Rome, 2003, ..
Au , à l'occasion de la Crise du troisième siècle, la pression des « Maures de l'extérieur » (expression d'Yves Modéran) se faisait plus forte aux limes alors même que les populations romanisées se révoltes contre la pression fiscale de Maximin. En 253-254, une vague de révoltes tribales partit de Maurétanie Césarienne pour atteindre ensuite la Proconsulaire, mais fut vite réprimée. Sous Gordien III, malgré un certain retour à l'ordre romain, la Légion Auguste sera dissoute, ce qui ne sera pas sans conséquences pour le contrôle durable de l'Afrique, avec le début de révoltes tribales plus fréquentes et d'invasions extérieures en Numidie et Maurétanie césarienne. La légion Auguste sera reconstituée entre 253 et 258, mais il semble que loin de régler le problème, elle accrut l'instabilité. Les fœdæ ne suffisaient plus à calmer les tribus. En 253, les Bavares, les Quinquegentanei et les Fraxinenses occupèrent la Numidie, mais les Romains finiront par en venir à bout.
Au , sitôt que l'Empire fût faiblissant, plusieurs dignitaires maures se rebellèrent à nouveau. En 363-367, la tribu des Austuriani en Tripolitaine se souleva. En 370-375, le dignitaire maure Firmus coalisa les mécontents et se souleva en Maurétanie césarienne. En 397-398, le prince tribal maure et donatiste Gildon se souleva à son tour. En 405-411, il y eut des assauts maures en Cyrénaïque selon Synésios.
En 427, Saint Augustin se plaignait au comte Boniface qu'il n'avait rien fait pour s'opposer à la dévastation des « barbares africains », alors qu'autrefois, en tant que tribun, il avait pourtant chassé toutes ces tribus avec un petit nombre de fédérésYves Modéran, ibid., ..
Le donatisme
C'était vers 180 que le christianisme se répandit en Afrique, et dès les débuts, il se manifesta par son intransigeance particulière et la multiplication des martyrs. Lors de la persécution de Dèce (249-251), les autorités forcèrent par un édit les chrétiens à faire des sacrifices et des libations, des rituels interdits dans le christianisme, ce qui ouvrit une première brèche dans l'unité de l'Église africaine. En effet, cela divisa l'Église en deux camps : ceux qui se soumirent à l'édit et ceux qui y résistèrent. Le même scénario recommença en 257 sous Valérien puis en 303-304 lors de la persécution de Dioclétien, à la suite duquel on força les chrétiens à faire des sacrifices aux dieux romains. Cela causa l'émergence du mouvement donatiste en 305, lorsque Donat refusa la communion à tous considérés comme lapsi (qui avaient brûlé de l'encens ou fait des sacrifices aux dieux romains). Les donatistes allaient même jusqu'à rebaptiser ceux qui avaient été baptisés par des « traîtres ». Le concile de Rome de 313 puis le concile d'Arles en 314 condamnèrent le donatisme, qui devint un schisme.
Comme nous allons le voir, il semble qu'à la période vandale, les clergés donatistes et orthodoxes se seraient fondus en un seul dans un contexte où les deux se trouvaient en opposition à la religion d'État arienne, et que malgré le fait que l'on ait cru à Rome à une résurgence du donatisme, l'Église africaine tentait plutôt de défendre son autonomie revendiquée de longue date.
Le royaume des Vandales et des Alains
C'est en profitant de la révolte du comte Boniface en 429 que les Vandales de Genséric s'emparèrent de la Maurétanie, pour ensuite conquérir le reste de l'Afrique en 439. Il semble que le soutien des populations maures y ait été pour quelque chose. Ce qui est remarquable avec la domination vandale, c'est que leurs relations furent bonnes avec les Maures à l'exception des derniers 50 ans. En 455, Genséric envahissait chaque année la Sicile et l'Italie avec le concours des Maures. Il en fut de même avec l'invasion de Rome, après lequel les Vandales et les Maures se partagèrent le butin. L'investiture des chefs tribaux maures, faite par les Romains autrefois, se faisaient à présent par les Vandales, ce qui impliquait le renouvellement des accords militaires. Selon Procope, « les Maures s'étaient tenus tranquilles car ils redoutaient Genséric ». En 484, la paix entre les Vandales et les Maures prit fin sous le règne d'Hunéric, et la guerre se poursuivit sous Gunthamund (r. 484-496) et sous Thrasamund (r. 496-523) en Tripolitaine contre Cabaon, sous Hildéric (r. 523-530) en Byzacène et en Tripolitaine. Le roi Gélimer, qui obtint le trône par un coup d'État, était très impopulaire chez ses sujets romains. En 529, le chef maure Antalas envahit les plaines de la Byzacène. Ce seront les mêmes Maures de Byzacène qui plus tard se soulèveront contre Solomon en 534Yves Modéran, ibid., .. Ces révoltes maures permirent à certains peuples de devenir indépendants. Cela est confirmé par deux inscriptions. Une première, découverte à Altava, parle en 508 d'un Masuna, « rex gentium/gentis Maurorum et Romanorum ». Une autre, découverte dans l'Aurès, parle de Masties, dux et imperator, qui est probablement celui qui a arraché son indépendance aux Vandales dans l'Aurès d'après ProcopeYves Modéran, ibid., , 398-405..
Sous Gélimer, le royaume des Vandale et des Alains était en mauvaise posture. Les relations avec le Royaume ostrogoth étaient au plus mal. Une révolte avait éclaté en Sardaigne, et les meilleures troupes étaient parties la réprimer. C'est en profitant de ce contexte que Justinien envoya son magister militum Bélisaire reconquérir l'Afrique en 533, aidé de troupes hérules et massagètes. C'était significatif car auparavant, les Romains connurent des échecs lors de deux expéditions. Après un débarquement réussi sans encombre, Bélisaire vainquit Gélimer lors de la bataille du col de l'Ad Decimum, malgré un commencement défavorable. Les Romains étaient à nouveau maîtres de Carthage. Gélimer rassembla ensuite ses troupes, notamment celles de Sardaigne. Trois mois plus tard, Bélisaire attaqua leur campement sis derrière une rivière, à Tricamarum, et les Romains remportèrent une victoire décisive. En exil chez les Maures du mont Pappua, Gélimer donnerait sa reddition trois mois plus tard. Cependant, la victoire romaine n'était pas totale, car Constantinople n'était pas maîtresse de toute l'Afrique. La Proconsulaire, la Byzacène et la Tripolitaine étaient contrôlées, mais pas les deux tiers de la Numidie à l'ouest ni la MaurétanieCharles Diehl, L'Afrique byzantine : Histoire de la domination byzantine en Afrique (533-709), Paris, Ernest Leroux (éditeur), 1896, ..
Les Maures jouèrent un rôle décisif dans cette conquête, notamment lorsqu'ils envoyèrent en 533 des émissaires à Bélisaire en promettant de s'allier à luiYves Modéran, op. cit., ..
Démêlés de Constantinople avec les Maures Parlant des Maures, les témoins romains de Constantinople étaient unanimes : ils étaient innombrables (innumerus), et on les trouvait partoutYves Modéran, ibid., ..
Le commandement militaire et civil de l'Afrique en tant que magister militum per Africam et en tant que préfet du prétoire serait donné à l'ancien domesticus de Bélisaire, Solomon. Dès le printemps de 534, une insurrection maure d'ampleur éclatait en Tripolitaine. 50 000 Maures attaquèrent la Byzacène sous les ordres de Cusina, Esdilasas, Iourphouthès et Mesidinissas. Les Romains succombèrent sous le nombre. La Numidie elle fut envahie par 30 000 hommes menés par Iaudas. Les Romains parvinrent néanmoins à mâter cette insurrection. L'année suivante, Solomon parvint à capturer le chef Esdilasas, et à pacifier la Byzacène. Une expédition contre la Numidie fut tentée, mais le découragement gagna les troupes et ce fut un échec.
En 536, une révolte majeure de l'armée romaine eut lieu contre Solomon, menée par Stotzas. Elle fut si grave que Solomon dut gagner la Sicile, où Bélisaire menait sa campagne contre l'Italie. Germanus fut envoyé comme magister militum pour mettre fin à l'insurrection. Aussi bien du côté gouvernemental que du côté rebelle, il fallut s'allier avec des tribus maures. Les armées s'affrontèrent lors de la bataille de Cellas Vatari dans une lutte désespérée. Ce qui changea le cours de la bataille fut l'intervention maure en faveur de Germanus, et Stotzas dut fuir en Maurétanie, où il avait épousé la fille d'un chef. L'armée romaine était affaiblie, mais pas les tribus maures.
Solomon revint au commandement de l'Afrique en 539, et déjà à ce moment, des Maures menés par Iaudas attaquèrent la plaine de Bagaï, mais furent vaincus au pied du mont Aurès. Solomon dévasta la campagne, puis prit la forteresse de Zerbula, et enfin parvint à vaincre une deuxième fois les Maures et à blesser Iaudas. Il s'en prit ensuite au chef Orthaias, et ainsi put soumettre la Maurétanie sitifienne. Il fit bâtir ensuite un grand nombre de citadelles.