Rodolphe de Maistre (Rodolfo de Maistre), né le à Chambéry et mort au château de Borgo, près de Turin, le est un diplomate et militaire savoisien.
Il commence sa carrière comme secrétaire d'ambassade du royaume de Sardaigne à Saint-Petersbourg, auprès de son père, Joseph de Maistre. Puis, il entre au service du tsar Alexandre Ier de Russie, dans les rangs des chevaliers-gardes. Rentré en Pays de Savoie, il est officier dans l'armée du royaume de Sardaigne et il termine sa carrière comme gouverneur du comté de Nice.
Biographie Origines Anne André Rodolphe de Maistre naît le à Chambéry. Rodolphe est le fils de Joseph de Maistre (1753-1821) et de Françoise de Morand de Saint-Sulpice (1759-1839). Sa famille est originaire du comté de Nice. Son grand-père paternel, François-Xavier Maistre (1705-1789), s'est fixé définitivement en Savoie comme second président du souverain sénat de Savoie. Son grand-père maternel, Jean-Pierre de Morand (1703-1759) a été colonel du régiment de Chablais.
Rodolphe a deux sœurs, Adèle, l'aînée, et Constance, la cadette..
Enfance
Né place Saint-Léger à Chambéry, il est baptisé à Saint-François par son oncle, le chanoine André de Maistre. Unique fils du sénateur Joseph de Maistre, il est destiné à vivre une jeunesse paisible en pays de Savoie, éloigné des orages de la Révolution française qui ne concernait pas le royaume de Sardaigne, gouverné par Victor-Amédée III, auquel appartenaient le Piémont, le duché de Savoie et le comté de Nice. Et pourtant, l'invasion de la Savoie en 1792 par les révolutionnaires français, aux ordres de Montesquiou, va bouleverser sa vie ainsi que celle de toute sa famille.
Dès sa naissance, il est placé en nourrice à Vimines, sous la surveillance de sa tante, Thérèse de Maistre, qui habitait Les Échelles. Le , à l'approche de l'ennemi, la comtesse Joseph de Maistre, emmenant avec elle Adèle et Rodolphe, âgés respectivement de 5 ans et de 3 ans, part pour Moûtiers où elle va rejoindre son beau-frère, le chanoine André de Maistre, en attendant son mariJoseph de Maistre avant la Révolution. Souvenirs de la société d'autrefois (1753-1793). par François Descostes. Alphonse Picard et fils, éditeurs à Paris.1893.. C'est le début d'un périple qui va durer plus de vingt ans. La famille de Maistre va se réfugier dans la cité d'Aoste, puis revenir à Chambéry en passant en plein hiver, sous la neige, par le col du Grand-Saint-Bernard. Les enfants sont transportés à dos d'homme, enveloppés dans une couverture à l'intérieur d'une hotte de vigneron. Les Maistre vont tenter en vain en 1793, sous le régime de la Terreur imposé aux Savoyards par les révolutionnaires français, de sauver leur patrimoine qui sera vendu comme bien national. Entretemps naîtra à Chambéry un troisième enfant, Constance, qui sera confiée à sa grand-mère maternelle Anne de Morand. Cette dernière subira deux années de prison en tant que mère d'émigré, cependant que le ménage de Maistre reprend son exode avec les deux aînés en direction de Turin, puis de Lausanne.
Joseph est très attentif à l'éducation de son fils et lui prodigue des leçons suivies. Le , il note sur son carnet : Aujourd'hui, j'ai 44 ans. J'ai beaucoup respiré mais point du tout vécu ; et pour moi tout est dit en ce monde.- A vous Mr Rodolphe !-. De retour à Turin en 1797, la famille de Maistre doit à nouveau s'exiler devant l'invasion française et se dirige vers Venise en s'embarquant sur un petit bateau pour descendre le Pô. Vers Casal, l'embarcation fut déportée vers un poste militaire français de contrôle : les soldats menaçaient de faire feu sur Rodolphe et sur sa sœur qui jouaient sur le pontDepuis la Polisela, la rive gauche du Pô était occupée par les Autrichiens, et la rive droite par les Français. À chaque instant la barque était appelée à obéissance, tantôt sur une rive, tantôt sur l'autre. Les glaçons empêchaient d'arriver, et les menaces qui partaient des deux bords alternativement ne facilitaient pas la manœuvre. La voiture de de Karpoff était sur le pont, et les deux enfants s'y étaient juchés... Le poste prend les armes et couche en joue les matelots. Enfin on aborde avec peine… Un des soldats, apostrophant le comte de Maistre : citoyen, vous dites que vous êtes sujet du roi de Prusse; cependant vous m'avez un accent... je suis fâché de n'avoir pas envoyé une balle dans cette voiture d'aristocrate! - Vous auriez fait une belle action, lui répondit de Maistre, vous auriez blessé ou tué deux jeunes enfants et je suis sûr que cela vous aurait causé du chagrin". Extrait de la notice biographique sur Joseph de Maistre, par son fils, le comte Rodolphe de Maistre. Paris. Emile Vaton.1851.. Libérée de cet embarras, la famille de Maistre parvient à Venise où elle passe un an. Puis, Joseph de Maistre rejoint Cagliari en 1798 avec sa femme et ses enfants, pour exercer les fonctions de régent de la chancellerie. Il est envoyé en 1803 à Saint-Pétersbourg comme ministre plénipotentiaire du roi de Sardaigne et doit se séparer, la mort dans l'âme, de sa femme et de ses enfants qui repartent en SavoieDes circonstances impérieuses de famille m'obligent à me séparer de moi-même. Aujourd'hui, ma femme et mes deux enfants me quittent pour rentrer en Savoie. Depuis le commencement de la Révolution, je ne me rappelle pas d'avoir éprouvé un moment si amer; - mes enfants, qui lirez ceci quand je ne serai plus, vous savez bien que je n'exagère pas. Ressouvenez-vous de cette cruelle séparation sur le môle. Ressouvenez-vous des larmes de votre mère, des vôtres, des miennes. Il me semblait que nous nous séparions pour jamais. Je ne puis vaincre les noirs pressentiments qui s'élèvent dans mon cœur. Devons-nous nous revoir tous les quatre ? Grand Dieu !-Les Carnets du comte Joseph de Maistre. 25 octobre 1802, Vitte, Lyon, 1923..En 1805, Joseph de Maistre obtient de faire nommer son frère, Xavier de Maistre comme directeur du musée de l'Amirauté à Saint-Pétersbourg.
Officier russe Au cours de la même année 1805, Joseph de Maistre fait venir, depuis Turin, son fils Rodolphe alors âgé de 16 ans, pour exercer les fonctions de secrétaire de l'ambassade de Sardaigne. En 1807, Rodolphe de Maistre devient officier de l'armée du Tsar Alexandre , dans le régiment des chevaliers-gardes. Il participe à plusieurs grandes bataillesLe 13 janvier 1807. Joseph de Maistre note dans son livre-journal:Mon fils est parti pour l'armée à 6h.1/2 du matin. Quelle séparation! Mais s'il revient, quels transports. Il était né pour être sénateur au Sénat de Savoie.: Friedland (1807), Smolensk, La Moskova, La Bérézina (1812), Dresde, Leipzig (1813)Anne de Maistre-Petit, Rodolphe de Maistre et les siens. Mémoire de Maîtrise, Université de Nice, 1993.. Lors de la bataille de la Moskova (bataille de Borodino en Russie) les 5 à (24 au du calendrier julien), il était lieutenant de cavalerie dans la armée de l'ouest sous le général prince GalitzineAlexei Vasiliev "cavalerie russe régulière à la bataille de Borodino. Horaire Martial." Magazine "Zeughaus" № 3. 1993.. Après ce début de carrière dans l’armée russe, il revient au Piémont en , au service du roi de Sardaigne, Charles-Félix, puis de son successeur Charles-AlbertSaint-Pétersbourg, le 23 septembre 1817… Rodolphe me quitte aujourd'hui, c'est lui qui portera ma lettre. Il a passé chez moi des jours bien tristes et je n'ai pu jouir de lui comme j'aurais voulu. C'est un jeune homme qui a beaucoup d'esprit et de solidité de caractère. Le voilà lieutenant-colonel ; il fera son chemin suivant toutes les apparences. Lettre de Xavier de Maistre à son frère Nicolas.. Il entre dans l'armée du gouvernement de Novare à son arrivée, et en devient le chef d'état major. Il commande la citadelle d'Alexandrie (Italie) après 1821, puis, il est appelé au secrétariat royal des Affaires Étrangères à Turin dont il sera nommé premier officier le . En 1838 il commande les troupes sardes de la garnison de Gênes. Puis il est nommé gouverneur du comté de Nice, fonction qu’il exerça entre 1838 et 1848.
Au moment des "moti" du Piémont de 1847-48En 1847, le roi Charles-Albert, sous l'influence des libéraux et des démocrates, réforme la censure et autorise la publication de journaux politiques. Le 4 mars 1848, il accorde à son peuple le statut fondamental de la monarchie de Savoie, dit Statut Albertin ou Statuto, qui institue une monarchie de type constitutionnel. L'entrée au pouvoir des Libéraux entraîne le départ du ministre Clemente Solaro della Margarita et, à sa suite, celui d'un grand nombre de monarchistes conservateurs., son intervention dans les polémiques du moment, et en particulier sa lettre au rédacteur du journal lÉcho des Alpes-MaritimesL'Écho des Alpes Maritimes, fondé le 16 janvier 1848 par le banquier Augusto Carlone, exprime les idées libérales. Augusto Carlone en rédige les principaux articles. Lorsque le roi Charles-Albert promulgue le 8 février 1848 les premiers articles de la Constitution, L'Écho se fait enthousiaste : Le roi aime son peuple. Il nous fait libres. Le périodique loue le pragmatisme de son roi. Mais le journal proclame le 5 mars 1848, le lendemain de la publication du Statuto, que le mouvement constitutionnel étant une révolution, il faut substituer aux hommes anciens des hommes nouveaux et de réclamer que notre gouvernement s'étant débarrassé des influences austro-jésuites, mette entre lui et elles une ligne de démarcation franche et nette . D'après l'étude de Thierry Cousin, docteur en Histoire de l'université de Nice. La pensée d'Auguste Carlone : De l'engagement politique à la Réflexion historique sur le Comté de Nice. le rendent impopulaire auprès des libérauxNice Historique, Organe officiel de l'Academia nissarda, année, , avril-mai 1914 , & année Mars 1913, , "LA MESSE DU GOUVERNEUR" par M.-L.. Il est remplacé en par le comte Hippolyte Gerbaix de Sonnaz comme gouverneur du comté. En effet, Rodolphe de Maistre avait été prié dès de donner sa démission, comme la plupart des conservateurs restés fidèles à l'ancien régime royal, opposés à la promulgation d'une nouvelle constitution. On savait très bien dans les ministères turinois dirigés par les libéraux que le comte de Maistre, en tant que gouverneur de Nice, ne se serait jamais prêté à l’expulsion des Jésuites ordonnée par décret, puis objet d'une loi votée le , adoptée par le Sénat en août. C'est donc son successeur qui fut chargé de l'expulsion des religieux et de la réquisition de leurs biens qui tombèrent dans l'escarcelle de l'ÉtatComme le lendemain de son arrivée à Gênes, Charles-Albert voulait aller à la messe chez les Jésuites, dont la chapelle était voisine du palais Durazzo, la foule se précipitait à sa rencontre en criant: Non ci vada, Maestà... Non ci vada... Viva Gioberti!... Abbasso i gesuiti ! (N'y allez pas, Sire... N'y allez pas... Vive Vincenzo Gioberti... À bas les Jésuites ! "Jamais position plus extrême que la nôtre, écrivait Sonnaz; pour justifier l'infâme expulsion des Jésuites, on a imaginé un complot de ceux-ci contre la sûreté de l'État, contre la vie même du Roi... Ai-je à vous dire que toutes ces lâchetés n'ont d'autre but que de calmer des gens dont on ne sait plus que faire ? On accuse le roi, et le Roi est malade de désespoir. J'ai dîné à la cour, le jour de la lamentable exécution des Jésuites, le Roi faisait pitié. J'ai entendu un ministre, pour le consoler, lui souffler à l'oreille que c'était un sacrifice nécessaire". Les Dernières Années du Roi Charles-Albert par le marquis Costa de Beauregard. Plon 1895.. Il est mis en disponibilité et promu général par patentes du . Une dépêche ministérielle du le met à la retraiteIndicatore Generale Militare dell' Esercito Piemontese par Matteo Dho, s.segretaro al Ministero di Guerra, 1852, Turin, page 33 (Ufficiali Generali in Ritiro)..
Retraite et décès